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Chine : pourquoi le bilan de Xi Jinping en 2020 est loin d'être positif

Le président chinois Xi Jinping lors de son allocution de Nouvel an le 31 décembre 2021. (Source : Global Times)
Le président chinois Xi Jinping lors de son allocution de Nouvel an le 31 décembre 2021. (Source : Global Times)
Quel bilan tirer pour la Chine des douze mois tumultueux de 2020 ? Pour Xi Jinping, il n’est pas nécessairement positif. Ceux qui, à la fin de l’année, ou encore au tout début de 2021, se sont empressés de dire que la Chine s’en était bien sortie – ou du moins mieux que les autres -, que Xi avait réussi à renforcer sa position au sein du Parti, ou même que les Chinois avait « gagné » le jeu de go contre les Américains, sont, pour reprendre les mots de Jiang Zemin, « sometimes naive ».
*Les gains se trouvent du côté des États-Unis, d’autant qu’ils ont réussi en particulier à forcer la Chine à ouvrir son système financier, ce que les Européens attendent encore après sept ans de négociations.
2020 a prouvé une fois de plus à quel point un État léniniste demeure inefficace lorsque vient le temps de passer en mode multitâche tout en essayant de stimuler la croissance. Pékin a eu beaucoup de mal à louvoyer à travers la guerre commerciale avec Washington et a été forcé de signer la phase 1 de l’accord en janvier 2020. Ce qui fut loin d’être une victoire*. Le Parti a su démontrer, lors des négociations, à quel point il était divisé entre ses conservateurs et ses réformateurs et à quel point il est difficile pour Xi de concilier les deux camps.
Ensuite, la gestion chaotique des premiers jours de la pandémie a attesté de la torpeur et de l’inefficacité administrative inhérente au Parti-État. Pour ce qui est de la « relance », le PCC a continué à privilégier l’injection de capitaux dans les entreprises publiques et les grands projets d’infrastructure publique. En ce sens, il n’y a, semble-t-il pas de réel progres, au grand dam du secteur privé qui demeure en alerte et s’interroge sur l’avenir des réformes depuis la saisie des avoirs de Sun Dawu (孙大午) en août dernier et la chute graduelle de Jack Ma, amorcée en novembre dernier.
*Nous pourrions dire la même chose de la guerre commerciale : les conservateurs ne manquaient jamais une occasion de critiquer Liu He et les concessions qu’il tentait de faire. Ce qui a causé des retard supplémentaires dans les négociations. **Ainsi, Zhao Lijian (赵立坚) et à Hua Chunying (华春莹), depuis février-mars, ne cessent de nuire à la réputation de Pékin. ***Et ce, malgré le fait que Wang Huning apprécie cette notion.
La pandémie nous a aussi rappelé l’ampleur des dissensions en matière de communication, tant sur le plan domestique qu’international*. Alors que la Chine reprenait le dessus sur le Covid-19 grâce à la quarantaine et au contrôle social propre au régime autoritaire, elle tentait d’aider les pays en marge des « Nouvelles Routes de la Soie » – et plus tard le reste du monde – avec des envois gracieux de masques et de matériels médicaux. Mais dès que certains pays ont voulu faire la lumière sur les causes de la pandémie, la « diplomatie des masques » a cédé la place à la « diplomatie des loups guerriers ». Par la voix de son ministère des Affaires étrangères, Pékin s’est mis à crier à l’injustice chaque fois que la Chine était prise à partie, et de donner des leçons de respect aux autres, et parfois d’histoire**. Il ne s’agit pas ici de dire que le peut n’a pas le droit de se défendre sur la scène internationale. Mais les salves de commentaires désobligeants sur Twitter démontrent bien une chose : le Parti ne comprend toujours pas le concept de soft power***. Ainsi cette attitude a-t-elle durement érodé le capital politique de la Chine, faisant ressortir le pire, semble-t-il, de la diplomatie chinoise. Fini une fois pour toutes la rhétorique de « l’émergence pacifique ».
*L’arrestation de Sun ainsi que les conséquences du ralentissement économique dû à la pandémie ont également poussé Xi à remettre sur pied le « groupe pour la construction d’une Chine sécuritaire et pacifique » (平安中国建设协调小组), qui vise à resserrer l’appareil de gouvernance et de sécurité. **Inspirée directement de la campagne de rectification de Yan’an, cette « nouvelle » campagne vise à nettoyer une fois pour toutes le système de la commission politico-légale du Parti (« zhengfa »), et donc à abattre les réseaux des protections pour forcer les cadres à choisir entre soutenir Xi ou être remplacé.
Au même moment, le Parti était aux prises avec des crises multiples : la poursuite des manifestations « anti-extradition » à Hong Kong, les critiques de la communauté internationale sur les camps de rééducation au Xinjiang et l’intensification des luttes intra-Parti. Ces dernières ont culminé avec l’arrestation de Sun Lijun en avril 2020*. La chute de ce dernier déclenché la campagne de rectification** visant à « remettre de l’ordre » à l’intérieur du système des affaires politiques et légales – connu pour ses affinités avec Meng Jianzhu, Zhou Yongkang, et Zeng Qinghong – avant la possible transition de 2022.

Cadres double face

Vinrent ensuite les « deux assemblées » (两会) menées par Li Zhanshu, président de l’Assemblée nationale populaire, durant la dernière semaine de mai. Un nouveau « code civil » est entériné. il vise à protéger les Chinois. Surtout un projet de loi pour Hong Kong remplace celui sur l’extradition : la loi sur la Sécurité nationale. Votée puis promulguée le 30 juin, elle transforme le principe « un pays, deux systèmes ». Les puissances occidentales critiquent lourdement Pékin pour ce changement de cap sur Hong Kong, tandis que les « loups guerriers » reprennent leur assaut sur Twitter.
*D’ailleurs, Li manquera de plus en plus de réunions portant sur l’économie entre juillet et novembre.
La fin des « deux assemblées », chambardée par l’annonce de la loi sur la Sécurité nationale, a aussi remis en lumière la houleuse relation qui existe entre Xi Jinping et Li Keqiang. Le Premier ministre, avec son commentaire sur les « 1 000 yuans », se place directement en opposition à Xi. Le président, depuis le début 2020, insiste tantôt sur la lutte contre la pauvreté, tantôt sur le développement ou la relance, sans toutefois donner vraiment suite. Au lieu de se concentrer sur l’économie, Xi Jinping continue de mettre l’accent sur l’idéologie et la « sécurité politique ». Ses commentaires publics vont déboucher sur une espèce de mouvement contre Li Keqiang qui l’isolera encore plus*.
Cela dit, la « résistance » de Li, aussi minime soit-elle, rappelle à Xi qu’il n’est pas encore le seul maître à bord à l’intérieur du Parti. Certaines institutions demeurent dotées de cadres à « double face » (双面人), qui agissent pour plaire à Xi sans pour autant vraiment le soutenir – et qui pourraient lui nuire d’ici 2022. C’est dans ce contexte que Chen Yixin (陈一新) a lancé la campagne de rectification au début juillet.
*Rien si ce n’est une campagne anti-gaspillage.
« L’université d’été » du Parti à Beidaihe en août fut assourdissante de silence. Pratiquement rien de nouveau n’en est sorti, si ce n’est une légère réorientation de la politique étrangère avec les « 3 inflexibles et les 3 flexibles » (三硬三软). Rien sur l’économie, rien sur la gestion des inondations (qui avaient déjà causé beaucoup de dégâts depuis mai), et presque rien sur la pénurie potentielle de grains, liée à la pandémie, au climat commercial extérieur, aux inondations, aux sauterelles et à la sécheresse, entre autres*.

Où est Jack Ma ?

Le mois de septembre restera dans les annales quant à lui pour la mise en scène de la condamnation de Ren Zhiqiang. Cette arrestation a aussi créé des frictions entre Wang Qishan – un ami de longue date de Ren – et Xi Jinping. Cela dit, la condamnation de Ren à 18 ans de réclusion démontre que Wang, surnommé le « pompier en chef », a bien choisi son camp et est prêt à jouer le jeu jusqu’à la fin. Li Keqiang, de son côté, poursuit sa tournée et ses commentaires (sur l’emploi et les réformes cette fois-ci) lors de son passage à Shanghai les 21 et 22 septembre, commentaires qui s’opposent toujours aux idées et discours de Xi.
*Et donc utiliser le commerce et les échanges avec l’extérieur comme complément.
Beaucoup de réponses étaient attendues du 5ème plénum qui a eu lieu à la fin du mois d’octobre. Parmi, elles la composition de l’équipe de transition ou les objectifs de développement. Cependant, Xi a décidé de renouer avec de vieux slogans du temps de l’économie planifiée en parlant d’économie à « circulation duale », stratégie qui consiste à mettre l’accent sur le développement des capacités de production nationales (surtout dans le secteur des hautes technologies) afin de devenir plus indépendant et plus autonome*. Ce discours confirme ainsi la préférence de Pékin : adhérer à ses propres règles et éviter les blocus venant de l’extérieur.
*Liu He, en plus d’être un allié de longue date de Xi, est aussi le directeur de la Commission pour la stabilité financière et le développement (金稳会). C’est lui qui a averti Jack Ma avant la demande d’entrée en bourse d’Ant Group et qui, par la suite, l’a convoqué avec son équipe.
La fin octobre fut également le théâtre de deux autres évènements importants. D’abord, la « démission » de Wang Hunning de l’office central de recherche politique. Son départ signale le premier changement majeur en vue de 2022 dans le secteur de la propagande. Pour autant, la carrière de Wang n’est pas encore terminée : elle pourrait se poursuivre à l’Assemblée nationale populaire ou encore à la Conférence consultative. Autre fait marquant, le discours de Jack Ma lors de la conférence économique du Bund à Shanghai. Il sonne le début de la fin pour l’empire Alibaba. Les critiques de son fondateur sur le statut du système financier chinois – ou plutôt sur son « inexistence » – furent très mal reçues par Xi, Wang Qishan ainsi que par Liu He*.
De fait, le Parti a décidé de stopper l’introduction en bourse d’Ant Group, le bras financier d’Alibaba, le 2 novembre. Bien entendu, derrière la version officielle sur les problèmes de réglementation, il existe une intense lutte entre les factions des financiers de « l’ancien régime », le réseau de l’ancien président Jiang Zemin, et de l’administration de Xi Jinping. De manière plus générale, le Parti ne peut simplement pas accepter qu’une firme privée soit aussi puissante, ni qu’une compagnie comme Ant joue un rôle de « banque majeure », de « créditeur-en-chef », et puisse donc contrôler une énorme partie des flux fiscaux, de la dette privée ou de l’assurance, sans être une entité étatique. Surtout, Xi ne peut accepter qu’une telle entreprise représente les intérêts des associés de la clique de Jiang Zemin. Cela dit, le Parti fait preuve de prudence et s’assure d’utiliser le « bouclier » de la régulation pour s’en prendre à l’empire de Jack Ma. L’arrêt de l’entrée boursière d’Ant ne sera que le début des ennuis pour Jack Ma qui a, pour l’instant, « disparu ».
« Mais où se trouve Jack Ma ? », se demande-t-on alors. Souvenons-nous des autres cas de « disparition » comme l’actrice Fan Bingbing ou le président de Fosun, Guo Guangchang. Quand une enquête est ouverte sur une personne ou une compagnie, il arrive que certains individus soient « détenus » afin de répondre aux questions des régulateurs et du Parti. Et même si ce n’était pas le cas, lorsqu’une compagnie fait l’objet d’une mise en examen de la part du PCC (en plus des régulateurs), il est normal que son patron fasse profil bas pour ne pas envenimer la situation. Dans tous les cas, Jack Ma refera surface à une date ultérieure, tout comme Fan et Guo.

Questions de libre-échange

Douze jours après l’élection présidentielle américaine, soit le 15 novembre, l’accord de libre-échange qu’est le Partenariat régional économique global (ou RCEP) a été annoncé au reste du monde. Ce partenariat, qui englobe plus du tiers du PIB mondial, confirme l’autonomisation économique de l’Asie depuis la fin du TPP, le partenariat transpacifique, sous Donald Trump. Certains y voient le signe que les dirigeants chinois façonnent leur zone d’influence dans le but de se « découpler » des États-Unis. Or le RCEP n’est pas mené par la Chine ni accepté en tant que tel par ses membres. À cause des tensions entre Pékin et New Delhi, l’Inde a décidé de ne pas se joindre au partenariat. En parallèle, la Chine continue de mener la vie dure à l’Australie, l’un des pays signataires. Depuis que le traité a été signé, Pékin n’a pas su se comporter en leader. Au contraire, la Chine joue déjà un rôle « destructeur » qui pourrait remettre en cause le bien-fondé du partenariat à long terme.
La Chine a également réussi, durant les dernières heures de décembre, à parvenir à une entente avec l’Union Européenne sur le traité sur les investissements. Plusieurs voix se sont déjà élevées contre ce qu’elles considèrent comme une grande victoire pour la Chine au détriment des questions liées aux droits humains. N’oublions pas tout de même qu’il reste encore énormément de détails à régler et que Pékin peut encore à tout instant faire dérailler l’accord. Ainsi, tant que ce dernier n’est pas ratifié par le parlement européen, il est prématuré de crier victoire ou au scandale.

Des remaniements qui en disent long

Entre la fin novembre et le début décembre, le Parti a procédé à deux salves importantes de promotions et de remaniements sur la scène provinciale. Bien entendu, il s’agit de préparer le terrain pour 2022 : Xi et les autres forces en présence doivent faire « bouger » le plus de cadres possible entre 2020 et mars 2021 afin de pouvoir justifier une autre salve de promotion au cours de l’automne 2022 et du printemps 2023.
Cependant, parmi les six nouveaux secrétaires provinciaux du Parti et les sept nouveaux gouverneurs, on ne compte que peu d’associés directs de Xi Jinping. Au contraire, on retrouve des alliées de Zhao Leji, le chef de la Commission de discipline, de Li Zhanshu, du vice-président Wang Qishan et du vice-premier ministre Liu He – sans parler des cadres associés à « l’ancien régime ». Ce qui en dit long sur la position de Xi Jinping. Force est de constater que ses alliés semblent pressés de remplir les chaises vides, comme si eux-mêmes avaient des doutes sur la suite des événements. Résultat, l’édifice du pouvoir de Xi à l’intérieur du Parti, quoique très vaste, garde des fondations relativement peu profondes, ce qui pourrait à moyen terme devenir problématique pour son style de gouvernance.
*Zhang Youxia sera remplacé par Miao Hua (苗华) et Xu Qiliang par Yi Xiaoguang (乙晓光). **Le conseiller militaire le plus important de Xi et son ami d’enfance. ***Et ce, malgré le fait que Xu devrait également quitter son poste de vice-président en 2022. ****Cette attitude transparaît allègrement lorsque Xi demande à l’armée d’être prête au combat « à tout moment ». Ce genre de commentaires trahit de l’incertitude, mais souligne aussi le fait que Xi a conscience que, suite à la campagne anti-corruption, beaucoup de généraux ont décidé de l’ignorer.
Par ailleurs, même les changements à la tête de la Commission militaire centrale pour 2022 sont déjà prêts. Ils sont le fait de Xu Qiliang (许其亮)*, premier vice-président de la commission militaire centrale. Avec le déclin progressif de Zhang Youxia (张又侠)**, deuxième vice-président de la même Commission, Xi devra de plus en plus s’adresser à Xu pour maintenir son autorité sur l’armée***. Car ce général de l’armée de l’air possède un réseau des plus impressionnants à l’intérieur de l’armée populaire et bien qu’il soit un ami de Xi, il ne semble pas être en accord avec la politisation des forces armées. En ce sens, comme à l’époque des généraux Xu Caihou (徐才厚) et Guo Boxiong (郭伯雄) pour Hu Jintao, Xi ne contrôle pas entièrement les militaires. Il doit beaucoup à « l’armée de Xu (Qiliang) » (许家军)****.
Au bout du compte, l’année 2020 a-t-elle permis à Xi Jinping de consolider son pouvoir ? Pas nécessairement. Il centralise, parle de sécurité, purge ses rangs, change les chaînes de commandements, et donc agit comme s’il était tout puissant. Mais il demeure dans une situation délicate, tant au sein du Parti qu’au sein de l’armée. Chaque fois qu’il centralise, il crée du ressentiment et des mécontents, ce qui fragilise sa position.

Enfin la « société de moyenne aisance »

2020 fut l’année des « victoires » pour le Parti. En premier lieu, malgré un départ chaotique, le PCC a annoncé en septembre que la partie était gagnée et que la pandémie était sous contrôle. Quelques mois plus tard, Xi annonçait une autre « victoire » du Parti sur la « pauvreté absolue » en Chine. Rappelons que le président s’était engagé à résoudre ce problème depuis un moment déjà. Notons par contre que la nouvelle ne vient pas de Hu Chunhua, chef du groupe dirigeant sur la lutte contre la pauvreté, ni même du Premier ministre Li Keqiang. La nouvelle est donc à prendre avec prudence.
*Le gouvernement central n’est pas naïf et sait bien que les fonds sont souvent utilisés de manières inappropriées.
Ce que l’on sait en revanche, c’est que les fonds dédiés à la lutte contre la pauvreté ont aidé plusieurs cadres locaux à améliorer leurs conditions de vie, sans aider l’ensemble de la population vivant dans la pauvreté. Or la « victoire » contre la pauvreté – qui vise principalement à donner du galon à Xi – va permettre à Pékin de remettre les pendules à l’heure en matière de budget : si la pauvreté absolue n’existe plus, alors il n’y a plus raison pour le gouvernement central de continuer à envoyer des fonds pour ce programme*. Et Si Pékin réduit la voilure, les gouvernements locaux seront forcés de dire qu’il n’y a plus de pauvreté au sein de leur juridiction et de parler de la « société de moyenne aisance » (小康社会). Ils devront nier l’existence (ou l’ampleur) d’un problème afin de consolider la victoire politique de Xi. Ainsi, cette « victoire » prématurée contre la pauvreté absolue pourrait devenir problématique pour le Parti.

Parti en tension

En soi, le bilan de 2020 pour Xi n’est pas très positif. Plusieurs des politiques mises en place durant l’année ont placé la Chine dans une position délicate sur la scène internationale. Sans parler de l’absence d’un vrai plan de relance – au-delà des infrastructures et des crédits débloqués pour les hautes technologies – afin de remettre la Chine sur le chemin de la « vraie » croissance. Il ne faut pas oublier que les gains économiques de 2020 peuvent être en grande partie attribués aux injections de capitaux publics. Ensuite, pour ce qui est de l’activité économique en tant que telle, rappelons la manière dont la production industrielle peut être mesurée et rapportée en Chine. Par exemple, avec « l’indice Keqiang » (克强指数) qui permet de dire que la consommation d’électricité et la circulation de trains de marchandises même vides contribuent à ladite « croissance ». Et que penser du taux de chômage annoncé par le gouvernement ? Dans la mesure où ce dernier en a changé la définition au cours de 2020 pour y inclure les blogueurs/vlogueurs, ainsi que plusieurs autres occupations, les chiffres sont demeurés relativement bas. Mais ils ne représentent potentiellement pas la réalité des choses.
Les choix politiques récents de Xi Jinping sont certes cohérents. Mais de son insistance sur la sécurité politique à la mise en place d’un appareil de surveillance encore plus imposant, en passant par une attitude de confrontation face aux puissances étrangères, ces choix commencent à peser lourd sur le Parti.
Xi demeure fermement convaincu que la centralisation et la sécurité du régime sont la solution aux problèmes du PCC. C’est la « leçon » qu’il tire de l’époque maoïste. Cependant, cette stratégie a jusqu’à présent exacerbé les tensions au sein du Parti ainsi que les tensions entre le Parti et la société. Ainsi, continuer dans cette direction pourrait avoir des conséquences inattendues face auxquelles le PCC n’aura pas de solution.
À cet égard, il est logique que la dernière réunion d’étude collective du Politburo pour 2020 se soit concentrée sur la sécurité nationale. La tenue de ce type de réunion à la fin de l’année est très révélatrice de l’état d’esprit de Xi Jinping pour 2021 : résoudre des problèmes avant qu’ils ne surviennent afin de protéger le Parti. La sur-centralisation du pouvoir autour de Xi et de ses alliés proches, en plus de la promotion ces derniers mois d’un grand nombre de cadres aux affiliations peu claires (par exemple des membres de la « clique de l’aérospatiale », de la « clique du secteur militaire », ainsi que plusieurs cadres de Shanghai), ont aussi eu des conséquences inattendues sur le Parti. La tension a augmenté, conduisant des luttes de pouvoir entre ces « nouveaux partisans » et les alliés de longue date de Xi. Cette situation pose problème pour le PCC, mais surtout pour son numéro un en prévision de 2022.
L’attachement actuel du président chinois à la sécurité, la stabilité, la loyauté et l’idéologie trahit un soupçon d’anxiété. Il est ainsi fort probable qu’il choisisse des alliés loyaux, mais politiquement plutôt faibles en guise d’équipe de transition avant le XXème Congrès. Cela peut s’expliquer par la peur d’être mis de côté par un successeur trop fort (peur qui hantait d’ailleurs Mao). Cependant, l’histoire du Parti montre que la nomination d’un successeur faible (Hua Guofeng dans le cas de Mao) mène souvent à des luttes de pouvoir. Aussi, le vainqueur est susceptible d’abandonner l’héritage de Xi sans hésitation.
Par Alex Payette

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A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est co-fondateur et Pdg du Groupe Cercius, une société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique. Ancien stagiaire post-doctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines (CRSH). Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa (2015). Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique (2013), l’International Journal of Chinese Studies (2015/2016), le Journal of Contemporary Eastern Asia (2016), East Asia : An International Quarterly (2017), Issues and Studies (2011) ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie (2013/2015). Il a également publié une note de recherche faisant le point sur le « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.