Revue de presse Asie - 3 août 2016

Tir nord-coréen en eaux japonaises, Bersih en Malaisie et Premier ministre népalais

Les deux missiles Rodong lancés par Pyongyang ont pour la première fois atteint les eaux territoriales japonaises. Copie d'écran du Korea Herald, le 3 août 2016.
Les deux missiles Rodong lancés par Pyongyang ont pour la première fois atteint les eaux territoriales japonaises. Copie d'écran du Korea Herald, le 3 août 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Herald – Pyongyang franchit un cap dans la provocation. Ce mercredi 3 août, la Corée du Nord a procédé a un « lancement simultané de deux missiles Rodong à 7h53 heure locale, près de la ville de Hwangju, dans le Hwanghae », selon le US Strategic Command du Département américain à la Défense. Des armes dont la portée pourrait atteindre 1300 km, comme le rappelle le Korea Herald. Une distance qui lui permettrait d’atteindre le Japon. « Un des missiles a explosé immédiatement après le lancement, alors que le second a été suivi jusqu’en mer du Japon », a annoncé l’instance américaine dans son communiqué de presse.

Une source japonaise haut placé a précisé au Straits Times que la fusée s’était abîmée dans les eaux territoriales nippones. Une première, qui a été qualifiée de « menace grave » pour le pays par son Premier ministre Shinzo Abe. La situation en Asie du Nord-Est est électrique après l’annonce par la Corée du Sud et les États-Unis de l’installation d’une batterie antimissile THAAD dans la péninsule. La Corée du Nord avait menacé les deux alliés de « réponses physiques » contre ce dispositif. Pyongyang avait déjà procédé au lancement de 3 missiles le 19 juillet dernier (voir notre revue de presse du 19 juillet). Ils s’étaient écrasés en mer du Japon, mais hors des eaux territoriales nippones, après un vol de 500 à 600 km.

South China Morning Post – Les impossibles candidatures des indépendantistes hongkongais. Suite au rejet hier, mardi 2 août, de la candidature d’Edward Leung Tin-kei aux élections législatives prévues pour le 4 septembre, de nombreux doutes et plaintes concernant la sélection des candidats et la surveillance des élections se sont fait entendre.

Des manifestations ont notamment eu lieu lors d’une réunion de la Commission des affaires électorales afin de faire valider les candidatures rejetées. Les protestataires ont forcé la Commission à interrompre sa séance. Nathan Law Kwun-chung, le chef du parti Demosisto a été notamment été poussé à terre, avant que la police n’éloigne les manifestants. Hospitalisé pour blessures, Nathan Law a l’intention de porter plainte. Il suspecte notamment des officiers en civil de l’avoir brutalisé. La commission des élections a quant à elle condamnée les « actes violents » des manifestants.

Edward Leung est le sixième candidat dont la candidature a été rejetée après avoir revendiqué l’indépendance hongkongaise. Membre du groupe Indigènes de Hong Kong, il avait de grandes chances de se faire élire. Pour Leung, le rejet de sa candidature est « une décision prise selon le bon vouloir du prince et non selon l’Etat de droit ». D’après lui, les élections sont manipulées par le gouvernement. Il compte donc soumettre une pétition pour boycotter les résultats des législatives.

Etudiant en philosophie à l’Université de Hong Kong, il réclamait l’indépendance de la métropole jusqu’à la semaine dernière, date à laquelle il a dû « clarifier sa position »en acceptant de signer un « formulaire de confirmation » pour garantir son attachement au statut de Hong Kong, partie inaliénable de la Chine. Les candidatures de 42 autres listes de candidat du camp pan-démocratique local avaient pourtant été acceptées malgré leur refus de signer le formulaire. Pour la coordinatrice du scrutin, Cora Ho Lai-sheung, le changement de position d’Edward Leung n’est que « tactique » : il l’a fait uniquement pour participer aux élections et il continuera de prôner l’indépendance une fois devenu législateur.

Japan Times – Une nationaliste à la Défense. Le Premier ministre Shinzo Abe a procédé aujourd’hui, mercredi 3 août, à un remaniement ministériel qui fait débat avec le choix de Tomomi Inada comme ministre de la Défense. L’actuelle présidente du Conseil pour les recherches politiques du Parti Libéral Démocrate, est en effet perçue comme une « révisionniste » et fervente supportrice du temple Yasukuni – sanctuaire considéré comme un symbole du passé colonialiste et nationaliste du Japon – où elle se rend régulièrement. La visite de ce sanctuaire où reposent notamment d’anciens criminels de guerre est ainsi à l’origine de nombreuses polémiques avec les voisins du Japon, particulièrement avec la Corée du Sud et la Chine.

Le Premier ministre japonais avait déjà confié à Tomomi Inada un bon nombre de postes clefs au sein du PLD et du gouvernement. Certains la voient donc comme prochain successeur d’Abe à la tête du PLD, voir même à la tête du pays. La tâche ne sera cependant pas simple pour Inada qui devra se confronter dès sa prise de fonction à d’inextricables problèmes allant des provocations de la Corée du Nord – qui a une fois de plus envoyé un missile en mer du Japon – à la relocalisation de la base militaire américaine de Futenma.

Quant au reste des ministres, 9 d’entre eux ont été reconduits, dont le ministre des Finances Taro Aso, le ministre des Affaires intérieures Sanae Takaichi, le ministre des Affaires étrangères Fumio Kishida et le secrétaire général du Cabinet Yoshihide Suga. Parmi les nouveaux arrivants, Katsutoshi Kaneda est nommé à la Justice et Hirokazu Matsuno à l’Education.

Shigeru Ishiba, actuel ministre en charge de la revitalisation des régions, a lui décliné la proposition d’Abe de garder son poste. Kozo Yammamoto – l’un des juristes conseillers d’Abe sur les Abenomics – prendra sa place. Sorti du gouvernement, Shigeru Ishiba se trouvera plus libre de le critiquer et de se présenter éventuellement au poste de Premier ministre.

Global Times – La Chine durcit le ton après la publication du livre blanc japonais sur la défense. Alors que la gouvernement nippon s’inquiète de la « coercition chinoise » dans les affaires maritimes (voir notre revue de presse du 2 août), Pékin indique que ce livre blanc est utilisé par le Japon pour « justifier sa propre militarisation afin d’attirer les soutiens pour la révision constitutionnelle ». Une réaction qui s’associe a de nouvelles mesures prises contre les « pêcheurs travaillant illégalement dans les eaux territoriales chinoises ». Ils feront face à des sanctions « plus lourdes qu’auparavant », selon China Daily. La Cour suprême du peuple a annoncé que « de tels actes seront considérés comme criminels », passibles d’une amende et de plusieurs mois de prison. Selon certains experts chinois, cette mesure était nécessaire, alors que Pékin « avait des difficultés à restreindre l’activité des pêcheurs illégaux des pays voisins, notamment du Vietnam ».

Mais la mesure vise aussi les pêcheurs chinois. « Les bateaux chinois entrant illégalement dans les zones de pêche d’autre nation, chassant des coraux rares et mettant en danger les animaux marins a fait du tort à l’image du pays à l’international. » C’est ce qu’a indiqué le porte-parole de la Cour suprême du peuple au Straits Times. Impossible de ne pas y voir une référence à l’arbitrage de la Haye en mer de Chine méridionale. Cependant, pour le professeur Fu Kuncheng de l’université de Xiamen, cette déclaration ne servirait qu’à normaliser la situation dans tous les gouvernements locaux. « Cela n’a rien à voir avec l’arbitrage du tribunal », précise-t-il.

Pour « éviter toute confrontation », les Philippines de leur côté appellent leurs pêcheurs à rester loin des côtes de l’atoll Scarborough, rapporte le Straits Times dans un autre article. « Attendons que la situation se clarifie pour savoir comment nos pêcheurs peuvent y retourner sans être harcelés », a annoncé Charles Jose, le porte-parole du ministère philppin des Affaires étrangères. « La Chine y est présente, donc nous devons en discuter. C’est pour la sécurité de tous », a-t-il précisé. Cela reflète aussi la volonté du président philippin Rodrigo Duterte et de sa nouvelle politique conciliatrice à l’égard de Pékin, malgré l’arbitrage de La Haye.

Asie du Sud-Est

Free Malaysia Today – Bersih 2.0 remet le couvert. Ce mercredi 3 août, Maria Chin Abdullah, à la tête du mouvement malaisien de la société civile, a affirmé que de nouvelles manifestations seront organisées pour s’opposer au Premier ministre Najib Razak et son gouvernement. Les rassemblements, qui se nommeront Bersih 5, auront pour but de dénoncer l’inaction des autorités autour du scandale du fonds d’investissement 1Malaysia Development Berhad, dans lequel est impliqué le chef du gouvernement malaisien (voir notre revue de presse du 20 juillet). « Ne pas manifester n’est pas une option, a déclaré Maria Chin Abdullah lors d’une conférence de presse, selon le journal Free Malaysia Today. En tant que citoyens, nous devons prendre une position ferme contre cette immense corruption et cette trahison. »

Les manifestations, dont les dates n’ont pas encore été dévoilées, seront soutenues par la coalition d’opposition, le Pakatan Harapan (Pacte de l’espoir). Cette annonce du mouvement rassemblant diverses ONG et qui appelle à des élections justes et propres, arrive quelques jours après la mise en vigueur du National Security Council Law, une législation qui permet au Premier ministre d’instaurer des « zones d’état d’urgence », officiellement pour contrer le terrorisme (voir notre revue de presse du 1er août). Elle pourrait néanmoins donner lieu à des violations des droits de l’homme et priver les Malaisiens de certaines libertés civiles, dont le droit de protester dans la rue. Les dernières manifestations de Bersih 2.0, en août 2015, appelaient à la démission de Najib Razak après la révélation du scandale de corruption 1MDB par la presse.

The Bangkok Post – La junte militaire resserre toujours plus son étau. A l’approche du référendum constitutionnel, qui sera organisé ce dimanche 7 août, le Premier ministre Prayuth Chan-ocha souhaite contrer toute opposition au résultat du vote. Près de 200 000 policiers seront déployés pour maintenir l’ordre à travers le pays, et toutes les unités ont été ordonnées de veiller au « bon déroulement de la campagne » pour le projet de nouvelle Constitution et « empêcher la circulation de faits déformés ». Rappelons que la junte a interdit toute campagne contre le référendum. « La Royal Thai Police est prête à 100% pour le referendum constitutionnel du 7 août et aucun groupe qui se préparerait à manifester ce jour-là n’a été signalé », a déclaré ce mercredi 3 août un porte-parole de la police thaïlandaise, selon le Bangkok Post.

Jusqu’à présent, les forces de l’ordre ont arrêté de nombreux « suspects » liés à 58 affaires, dont la destruction des panneaux pour la campagne du référendum. En revanche, le gouvernement de Prayuth Chan-ocha a arrêté ces dernières semaines plusieurs personnalités du parti d’opposition, le Pheu Thai, qui appelaient à voter contre la nouvelle Constitution (voir notre revue de presse du 28 juillet).

The Cambodia Daily – Rainsy ne serait pas assez « sérieux » pour être chef de l’opposition. C’est ce que déplorent certains analsytes politiques cambodgiens. Fin 2015, le président du CNRP (Parti national du sauvetage du Cambodge) avait accusé Heng Samerin, président honoraire du CPP (Parti du peuple cambodgien) d’avoir condamné a mort le roi Norodom Sihanouk alors qu’il dirigeait le gouvernement dans les années 1980. Il a par la suite été attaqué par Samerin pour diffamation. « Il ne travaille pas sérieusement au développement de politiques efficaces, affirme Cham Bunthet de l’organisation Khmer for Khmer créée par Kem Ley, l’analyste politique récemment assassiné. Il ne nous dit jamais clairement à quelles politiques il donnerait la priorité et comment elles seraient mises en place. »

Un problème urgent alors que la population est « frustrée par le système de santé déficitaire, le manque d’options d’éducation sérieuses et une corruption incessante », précise Cambodia Daily. Le journal ajoute qu’il est tout de même difficile pour Rainsy de s’impliquer pleinement dans la politique du pays. Le leader politique vit à Paris depuis novembre, et n’est toujours pas retourné au Cambodge, où le CPP menace de l’emprisonner 2 ans dès son arrivée sur le sol cambodgien. Une situation qui provoque un cercle vicieux pour Cham Bunthet : « Si l’ont fuit quand on doit faire face à une injustice qu’on subit, le peuple fuira aussi quand il fera face à des injustices. »

Asie du Sud

Titre – Pas de suspense au Népal. Le leader maoïste du parti communiste unifié du Népal et ancien chef rebelle Pushpa Kamal Dahal devrait être élu Premier ministre. Hier, mardi 2 août, il était le seul à s’être porté candidat. Le parti communiste du Népal marxiste léniniste unifié, le plus important parti communiste du pays, a refusé de briguer cette fonction, mais a déjà annoncé qu’il voterait contre. Au total, 16 partis ont soutenu Dahal. Un total de 368 députés, selon le Kathmandu Post.

Sa candidature a été appuyée par Sher Bahadur Deuba, président du Congrès népalais, qui est « le partenaire clé dans son gouvernement de coalition », selon le journal. The Hindu indique que cette candidature unique « donne l’espoir que ce gouvernement, le 24e en 26 ans, sera plus stable que ses prédécesseurs ». Le dernier Premier ministre Sharma Oli avait été obligé de démissionner après avoir perdu un vote de confiance du parlement. Les maoïstes l’avaient accusé de ne pas avoir respecté sa parole sur un accord de partage de pouvoir. Désormais, ils dirigent le gouvernement.

Times of India – Panique pour les entreprises indiennes. Une nouvelle réforme fiscale, la plus importante depuis l’indépendance de l’Inde, pourrait bientôt entrer en vigueur. Un amendement constitutionnel fondamental pour l’avancée de la taxe sur les biens et services (Goods and Services Tax, GST) est présentée au Parlement ce mercredi 3 août. Portée par le Premier ministre Narendra Modi, cette réforme permettrait de transformer l’économie indienne et d’unifier près d’1,3 milliard de consommateurs en un seul marché. Cependant, les entreprises, qui ont vu plusieurs tentatives de modifier le régime fiscal du pays au cours des dernières décennies, sont inquiètes. « Les entreprises, surtout les petites, appréhendent », confie un patron indien aux Times of India. Celui-ci réclame davantage de temps pour s’adapter au nouveau système.

Le gouvernement de Modi espère voir cette législation entrer en vigueur dès la nouvelle année fiscale, en avril 2017. Cependant, les experts estiment plutôt un lancement pour l’automne suivant. Les pays qui ont mis en place une GST ont souvent rencontré un ralentissement de l’économie avant d’en tirer des avantages, même si les économistes de la HSBC prévoient 0.8% de croissance en plus pour l’économie indienne grâce à cette nouvelle réforme d’ici trois à cinq ans. Cependant, seulement 20% des entreprises indiennes se seraient préparées à cette unification du marché, rapporte le Times of India. Pour Modi, qui a récemment remanié son gouvernement (voir notre revue de presse du 5 juillet), l’objectif est de stabiliser le régime fiscal avant 2019, afin de pouvoir briguer un second mandat.

Dawn – Des centaines de combattants pakistanais en dehors du pays. Selon le gouvernement fédéral à Islamabad, ils seraient plus de 650 actuellement engagés dans un conflit à l’étranger. Ils ont notamment été localisés en Syrie, en Irak, au Yemen, en Afghanistan et en Asie centrale. Les services de renseignement en ont identifié 132 et craignent qu’ils se réfugient au Pakistan après avoir perdu contre les forces internationales. Selon Amir Rana, directeur du Pakistan Institute of Peaces Studies, ces chiffres seraient même en dessous de la réalité et le contingent dépasseraient les 700 combattants.

La cellule nationale de gestion de crise (NCMC) du gouvernement fédéral a demandé des mesures à ses diverses agences, dont le renforcement de la sécurité aux frontières – plus particulièrement au Baloutchistan – et dans les aéroports.

D’après un haut responsable de la sécurité, les défaites des combattants au Moyen-Orient, en Afghanistan et en Asie centrale ont poussé le Pakistan à la limite de violences sectaires et leur retour pourrait amener l’insécurité et l’instabilité dans le pays. La NCMC a ainsi conseillé au ministre de l’Intérieur de prendre des mesures pour empêcher leur retour. Les familles des combattants sont également sous surveillance.

La NCMC avait déjà sonné l’alerte en janvier dernier, appelant le chef de police du Pendjab et du Khyber Pakhtunkhwa, et le commandant des forces frontalières, à améliorer les contrôles – notamment de véhicules suspects – aux check-points inter-provinciaux. Ce renforcement faisait suite à la découverte du passage de trafiquants d’armes. Deux d’entre eux avaient été arrêtés à Lahore, seconde ville la plus peuplée du Pakistan, alors qu’ils transportaient un grand nombre d’armes et de munitions. Selon Amir Rana, le niveau de vigilance du pays a également augmenté depuis l’attentat d’un terroriste syrien en Allemagne.

Par Joris Zylberman, Nicolas Baranowski, Marie Bonnamy et Myriam Sonni