Revue de presse Asie - 17 août 2016

Défection nord-coréenne, "honorable" limogeage indonésien et Cachemire indien

L’ambassadeur adjoint de la Corée du Nord à Londres a fait défection vers un pays tiers. Copie d'écran du Straits Times, le 17 août 2016.
L’ambassadeur adjoint de la Corée du Nord à Londres a fait défection vers un pays tiers. Copie d'écran du Straits Times, le 17 août 2016.

Asie du Nord-Est

Straits Times – L’ambassadeur adjoint de la Corée du Nord à Londres a fait défection vers un pays tiers avec sa famille. Si cette fuite annoncée hier mardi 16 août par la presse sud-coréenne et qualifiée de « soudaine » par le Straits Times est confirmée, cela ferait d’elle l’une des plus importantes défections depuis des années.

Il s’agirait de Thae Young-ho, un homme plutôt ouvert et mesuré dans ses propos, souvent en contact avec la presse britannique dont il disait pouvoir comprendre le besoin d’histoires à sensation : « Je ne condamne pas les reporters, aurait-il déclaré fin 2014 lors d’une conférence dans une librairie londonienne, s’ils diffusaient des articles ou des reportages sur la Corée du Nord telle qu’elle est vraiment, leurs articles seraient édités et modifiés par leur hiérarchie au sein de la rédaction. Plus ce que l’on raconte sur la Corée du Nord est terrifiant et choquant, plus l’audience et le succès sont retentissants. »

Le Straits Times rappelle qu’il y a eu en tout 814 défections à ce jour en 2016 vers la Corée du Sud, soit une augmentation de 15% par rapport à l’an passé à la même époque. Toutefois le quotidien singapourien souligne que le nombre total de défections a diminué depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2012. Celles-ci sont en revanche plus spectaculaires et souvent motivées par des raisons politiques [et non familiales ou économiques, NDLR]. La défection d’un groupe d’employées nord-coréennes d’un restaurant en Chine avait fait la une des journaux au printemps dernier. Leur présence en Corée du Sud est toutefois contestée par Pyongyang qui affirme qu’elles y sont retenues contre leur gré. (voir notre revue de presse du 22 avril).

Channel News Asia – Un apaisement des relations en mer de Chine ? Des hauts représentants de la Chine et de l’Asean ont déclaré hier mardi 16 août être parvenus à un accord sur la mise en place d’une ligne téléphonique directe entre diplomates, ainsi que sur la publication d’un « Code pour les rencontres maritimes non planifiées » (Code for Unplanned Encounters at Sea, CUES). Les deux documents seront soumis à approbation des parties concernées lors du sommet Asean-Chine du mois prochain.

Le but d’un tel accord : maîtriser les éventuels risques qui pourraient survenir en mer de Chine méridionale à la suite du refus de Pékin de reconnaître la décision de La Haye concernant les litiges territoriaux opposant les gouvernements chinois et philippins (voir notre revue de presse du 15 juillet).

Cette annonce fait suite à leur rencontre à Manzhouli (Mongolie) lors de la treizième réunion des Hauts représentants sur la mise en œuvre d’une déclaration sur la Conduite des parties en mer de Chine méridionale (DOC). À cette occasion, la Chine et l’Asean ont également accepté d’élaborer, d’ici le milieu de l’année prochaine, un projet-cadre concernant un code de Conduite (COC). Selon le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Liu Zhenmin, le DOC – signé par la Chine et l’Asean en 2002 – n’a pas encore été utilisé pour résoudre efficacement les litiges territoriaux. Il lui semble pourtant indispensable de s’y référer si l’on veut parvenir à un apaisement dans la région.

The Korea Herald – A dix-huit mois du terme de son mandat, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a procédé hier mardi 16 août à un remaniement ministériel partiel. Dans le but, souligne le Korea Herald, d’assurer « plus fermement sa mainmise sur le gouvernement. » Cette redistribution des cartes a aussitôt entraîné une pluie de critiques de l’opposition : en effet, la présidente a clairement favorisé son entourage politique proche et surtout gardé en fonctions le secrétaire d’État aux Affaires présidentielles pourtant impliqué dans un important scandale de corruption (voir notre revue de presse du 27 juillet).

Le parti d’opposition Minjoo, par la voix de son porte-parole Park Kwang-on, a aussitôt déclaré qu’il était « incompréhensible qu’une telle personne soupçonnée d’irrégularités dans plusieurs affaires puisse être maintenue à un tel poste clé du gouvernement. Ce remaniement, à nos yeux, n’est qu’une façon d’éluder les demandes populaires d’une réforme en profondeur de l’État. » Woo Byung-woo est accusé d’avoir abusé de sa position pour obtenir un poste militaire à son fils, d’avoir sous-estimé les biens de son entreprise mais aussi d’avoir entretenu des liens étroits avec un autre politicien récemment arrêté pour malversation et corruption.

Asie du Sud-Est

The Jakarta Post – Le limogeage « honorable » le 15 août d’Arcandra Tahar, ministre indonésien de l’Énergie et des Ressources minières, après trois semaines seulement d’exercice, n’en finit pas d’agiter les milieux politiques de Jakarta. C’est la découverte la semaine dernière par le ministère de la Loi et des Droits de l’homme de la binationalité du nouveau membre du gouvernement qui a déclenché sa soudaine éviction : Arcandra Tahar est en effet porteur de la nationalité américaine et aurait passé les vingt dernières années hors de l’archipel, aux États-Unis. Selon l’article 39/2008 de la loi indonésienne, les membres du gouvernement doivent en effet répondre à six critères parmi lesquels la possession de la nationalité indonésienne à l’exclusion de toute autre.

Arcandra, jusqu’ici un inconnu sur la scène politique indonésienne, serait un diplômé en technologie de l’université du Texas et propriétaire d’une société basée à Houston, Petroneering LLC. Il aurait quitté un confortable salaire mensuel de plusieurs « milliards de roupies pour de maigres émoluments de 40 millions de roupies, soit
3 000 dollars environ »,
rapporte dans un tweet AM Hendropriyono, ancien chef du renseignement indonésien, qui qualifie en outre le nouvel ex-ministre de « génie ».

Si cette éviction fait autant de bruit, c’est qu’elle met en relief le manque de maturité politique de Jokowi qui agit sans prendre de recul, note le Jakarta Post. D’après Fahmy Radhi, de l’université Gajah Madah, le président indonésien devrait prendre cette fois-ci le temps de choisir un véritable professionnel à la tête de cet important ministère au sein duquel il est capital d’éviter d’éventuelles dérives et enrichissement personnel. Serait ainsi pressenti pour ce poste Syamsu Alam, actuellement à la tête de la compagnie d’État Pertamina.

Bangkok Post – La faction Wadah ne veut plus être le bouc émissaire de la junte. En effet, les autorités thaïlandaises ont mis en avant une nouvelle théorie pour expliquer les attentats des 11 et 12 août dans le sud bouddhiste du pays. Selon celle-ci, les opérations auraient été organisées par une faction politique qui aurait utilisé les services des insurgés séparatistes musulmans du Sud profond, près de la frontière malaisienne. Et comme souvent par le passé, le doigt est pointé vers la faction Wadah, un groupe de politiciens basé dans les provinces de Yala, Pattani et Narathiwat. Dans un article exclusif, le Bangkok Post donne la parole à Najmuddin Umar, un leader clé de la faction Wadah. Celui-ci dément toute implication, et constate avec philosophie : « nous sommes habitués, cela fait des décennies que l’on nous accuse dès qu’il y a une bombe qui explose ».

Pour la junte, la série d’attentats qui a frappé le pays est de caractère politique, en réaction au vote favorable au référendum de la nouvelle Constitution le 7 août dernier (voir notre revue de presse du 8 août). La faction Wadah, qui avait été accusée d’avoir « déformé » le contenu du projet de Constitution avant le vote, rejette cette théorie. « Le référendum est désormais fini. Qu’on le veuille ou non, il n’y a rien qui puisse être fait. En tant que politiciens, tout ce que nous pouvons faire est d’attendre les élections. La police doit enquêter sur cette affaire avec prudence et fournir des preuves solides pour retrouver les personnes impliquées dans l’attaque avant de tirer des conclusions hâtives », a déclaré Yala Wan Muhammad Nor Matha, un autre leader de la faction.

Channel News Asia – Baron Waqa nie en bloc. Le président de la république de Nauru, île du Pacifique au nord-est de la Papouasie-Nouvelle Guinée, a réfuté ce mardi 16 août les accusations d’abus dans les centres de détention australiens du territoire, les jugeant « sans fondement » et « fabriquées », rapporte Channel News Asia. La semaine dernière, le Guardian avait en effet dévoilé 2 000 rapports de cas détaillant des accusations d’abus subis entre 2013 et 2015 par des demandeurs d’asile, placés sur l’île en attendant que le gouvernement australien traite leurs dossiers. Les témoignages évoquent notamment des agressions et des viols d’enfants.

Actuellement, plus de 400 demandeurs d’asile sont détenus dans les centres australiens de Nauru. « Il y a des personnes qui veulent discréditer le programme, ou qui s’empressent de dévoiler aux médias des faits négatifs. Mais nous continuerons d’enquêter et, en ce qui concerne Nauru, chaque plainte individuelle est étudiée », a déclaré le président Waqa à l’occasion d’une table ronde à Kuala Lumpur. « Nauru est un endroit unique, nous prenons soin des gens, nous les accueillons [dans le but de leur fournir un environnement sécurisé] et nous mettons tout en œuvre pour y parvenir. » Lundi 15 août, une centaine d’employés de centres de détention ont publié une lettre ouverte appelant l’Australie à accueillir ces réfugiés pour qu’ils puissent être en sécurité. Le département de l’Immigration a cependant considéré que ces allégations n’étaient pas suffisamment concrètes.

Asie du Sud

India Today – L’escalade des tensions continue au Cachemire. Entre l’Inde et le Pakistan, les provocations se multiplient. Cette fois, c’est Hafiz Saeed, fondateur du groupe djihadiste Lashkar-e-Taiba (LeT), qui lance l’offensive, selon le site d’informations India Today. L’homme accusé d’être responsable de l’attentat de Bombay de 2008 a appelé Raheel Sharif, chef de l’armée pakistanaise, à envoyer des troupes dans l’État du Jammu-et-Cachemire où, depuis plus d’un mois, une partie des habitants manifeste et s’oppose aux forces de l’ordre indiennes dans de violents affrontements.

Lors d’un rassemblement à Karachi dimanche dernier, Hafiz Saeed a déclaré : « Les Cachemiris ont annoncé avant la partition qu’ils voulaient être intégrés au Pakistan. Mais après cette dernière, l’Inde a envoyé de force son armée au Jammu-et-Cachemire. » Hafiz Saeed a notamment réagi aux propos du Premier ministre indien Narendra Modi, qui a dénoncé les violences au Baloutchistan lors de son discours du jour de l’Indépendance (voir notre revue de presse du 16 août). « Le Pakistan est devenu une zone de guerre et des Cachemiris innocents sont tués, pendant que Modi parle de séparer le Balouchistan. Pourquoi notre Premier ministre est-il silencieux, hésitant à répondre à Modi de la même manière ? » s’est-il interrogé.

Dawn – L’opération annoncée hier mardi 16 août a été lancée. Des sources régionales ont rapporté à Dawn que les troupes pakistanaises – couvertes par les bombardements de l’artillerie lourde tirés du camp de Meshtara – avaient rejoint la vallée de Rajgal. Celle-ci était considérée comme le dernier bastion des groupes terroristes hors-la-loi.

Les tirs auraient débuté il y a deux semaines suite à l’annonce par les forces de sécurité de leur intention de « déterrer » les militants de leur abris dans la vallée. 2 500 habitants de Rajgal avaient quitté celle-ci dès l’arrivée chez eux des Taliban et des activistes du groupe armé Lashkar-e-Islam. D’après un habitant de la région qui a fui à Jamrud, leurs habitations ont été transformées en camps d’entraînement, dépôts de munitions, prisons et cellules de torture. L’une d’entre elles aurait même servi de fabrique de vestes explosives.

L’opération avait été annoncée hier matin (voir notre revue de presse du 16 août). Elle a permis de sécuriser les zones de Pak Darra, Bagh, Barrai, Ghakhi, Wachay Wanny et Patai avant l’assaut final mené à Rajgal. Les forces de sécurité ont également pris le contrôle de Haider Kandaw et de ses alentours. Les responsables de la sécurité affirment qu’au moins 5 repaires de terroristes ont été détruits. Et, bien que l’armée n’ait encore rien confirmé, des représentants de l’administration politique ont indiqué qu’au moins 15 individus suspectés d’être des terroristes avaient été tués et plusieurs autres blessés lors de l’attaque aérienne.

Le groupe Lashkar-e-Islam a toutefois nié avoir été touché par l’opération. Son porte-parole, Salahuddin Ayubi, a affirmé que leurs repaires étaient intacts et qu’ils continueraient leur « guerre sainte » contre les forces pakistanaises. Il a également revendiqué le meurtre de policiers pakistanais dans le district Swabi de Khyber Pakhtunkhwa, ajoutant que les forces de police demeuraient leur cible.

Katmandu Post – Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a annoncé lors d’une réunion avec le vice-Premier ministre népalais Krishna Bahadur Mahara, que le changement politique du Népal n’influerait pas sur la politique chinoise vis-à-vis de son gouvernement. Il faisait ici référence au changement de régime de Katmandou du 3 août dernier à l’issue duquel le leader maoïste Pushpa Kamal Dahal avait succédé à Sharma Oli au poste de Premier ministre (voir notre Revue de presse du 4 août).

Le ministre chinois a également exprimé les attentes de son pays de voir le Népal renforcer son unité, sa paix, sa stabilité et son développement et de conduire des projets mutuels de coopération. Les deux pays ont déjà signé plusieurs accords de coopération dans les secteurs énergétique, commercial et des transports.

Mahara a quant à lui rapporté au Kathmandu Post avoir informé son homologue de la volonté népalaise de renforcer ses relations avec la Chine et l’Inde. En mission à Pékin en tant qu’envoyé spécial du Premier ministre, Mahara avait également pour but de s’assurer de la visite du Président chinois Xi Jinping au Népal prévue en octobre prochain. Selon lui, la Chine a répondu positivement à l’invitation népalaise.

Par Juliette Morillot, Myriam Sonni et Marie Bonnamy, avec Arnaud Dubus à Bangkok et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris