Revue de presse Asie - 18 avril 2016

Bilan des séismes japonais, fédéralisme birman et castes indiennes

Les Etats-Unis ont proposé leur aide au Japon après les deux séismes de la semaine dernière qui ont fait 42 morts jusqu'à présent. Copie d'écran du “Japan Times”, le 18 avril 2016.
Les Etats-Unis ont proposé leur aide au Japon après les deux séismes de la semaine dernière qui ont fait 42 morts jusqu'à présent. Copie d'écran du “Japan Times”, le 18 avril 2016.

Asie du Nord-Est

Japan Times – 42 morts et 11 disparus : le bilan humain des deux séismes qui ont frappé l’île de Kyushu, au sud du Japon, ne cesse de s’alourdir alors que l’espoir de retrouver des survivants se fait de plus en plus mince. Sur les 196 000 personnes évacuées, 86 000 ont pu rejoindre leur habitation hier dimanche 17 avril, les 110 000 restantes continuent d’en être tenues à l’écart en raison des nombreuses répliques – 378 depuis jeudi. Les pluies torrentielles qui s’abattent sur la région accroissent également le risque de glissements de terrain.
Et alors que des dizaines de milliers de foyers sont toujours privés d’électricité, de gaz et d’eau courante, le Premier ministre Shinzo Abe s’est vu offrir l’aide logistique des Etats-Unis dans la gestion de la catastrophe. Une nouvelle loin de ravir les activistes anti-américains (particulièrement à Okinawa), qui dénoncent l’utilisation des aéronefs à rotor basculant « Osprey » dans le cadre des opérations conjointes de sauvetage. Ils considèrent en effet ces appareils comme dangereux, en raison du grand nombre d’incidents mortels qui ont émaillé son développement.
The Korea Herald – Peu de chance pour que l’échec embarrassant d’essai de tir de missile balistique à moyenne portée du 15 avril dernier, ne tempère les ardeurs de Pyongyang à démontrer sa puissance militaire. Bien au contraire ! Selon Moon Sang-gyun, le porte-parole du ministère sud-coréen de la Défense, Pyongyang pourrait procéder prochainement à un cinquième essai nucléaire souterrain. Une thèse accréditée, d’après l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, par la fréquence anormalement accrue des mouvements de véhicules, d’employés et d’équipements à Punggye-ri, le site nucléaire où ont eu lieu les précédents essais de 2006, 2009, 2013 et janvier 2016. Cette nouvelle provocation pourrait intervenir en amont de l’ouverture du congrès du Parti des Travailleurs qui aura lieu en mai, un rendez-vous capital pour le pays et son jeune dirigeant puisqu’il s’agit du premier congrès depuis trente-six ans.

Pas question en effet pour la Corée du Nord de renoncer à ce qu’elle considère comme une « assurance-vie », l’arme nucléaire, seul moyen à ses yeux d’obtenir ce qu’elle veut : la reconnaissance diplomatique, un traité de paix sur la péninsule, la possibilité de poursuivre son programme nucléaire civil et un pacte de non agression avec les Etats-Unis. Selon l’adage latin, « si vis pacem para bellum », si tu veux la paix prépare la guerre !

Korea Times – La défaite du parti Saenuri aux élections législatives sud-coréennes contrecarre les projets de la présidente Park Geun-hye – au premier rang desquels la fameuse réforme des manuels d’histoire. Le Minjoo Party of Korea (MPK) et le Parti du Peuple, qui disposent désormais à eux deux de la majorité au Parlement, ont déclaré sur proposition du second qu’ils déposeraient une résolution coinjointe visant à bloquer l’introduction de manuels scolaires d’histoire rédigés par l’Etat. D’après le Korea Times, il s’agit là d’un signal fort envoyé à Park en faveur d’un changement de gouvernance. La présidente sud-coréenne est en effet réputée pour son manque de communication avec les partis d’opposition. Néanmoins, l’adoption d’une telle loi reste hypothétique : d’après la Constitution sud-coréenne, 60% des députés doivent être favorables à ce que la proposition soit soumise au vote… Or, avec 40,7% des sièges (122 sur 300), le parti Saenuri dispose de suffisamment de législateurs pour faire blocus.
BBC News – La Chine critique Taïwan pour avoir relâché 20 suspects impliqués dans une affaire de fraudes téléphoniques en lien avec la Chine continentale. Le mois dernier, la Malaisie a arrêté 119 personnes venant de Chine et de Taïwan, suspectées d’être impliquées dans des cas d’arnaques téléphoniques. Tandis que la Chine voudrait les poursuivre, les officiels taïwanais estiment que les preuves sont insuffisantes. Pourtant la Chine affirme que certains suspects ont déjà avoué leur crime. Selon l’Etat chinois, les fraudeurs se faisaient passer pour des officiers de police dans le but d’extorquer de l’argent à leurs victimes, dont la plupart viennent de Chine continentale. Pékin a réagi avec colère : « En relâchant les suspects, les autorités taïwanaises ont nié les intérêts des victimes et les ont attaquées une seconde fois » déclarait un porte-parole du Bureau des Affaires taïwanaises (Taiwan Affairs Office – l’organisme chinois chargé des politiques à l’égard de Taïwan, Ndrl) qui déclarait que Taïwan devrait sérieusement poursuivre les malfaiteurs.

À peu près 30 Taïwanais impliqués dans cette affaire sont toujours en Malaisie, en attendant une décision qui déterminera l’endroit où ils seront extradés. Cette histoire n’est pas sans rappeler une situation semblable la sa semaine dernière, lorsque le gouvernement kenyan a déporté 45 Taïwanais vers Pékin pour le même type de délit. Les autorités chinoises affirment avoir juridiction sur eux en vertu de la « politique d’une seule Chine » que le gouvernement kenyan applique. Taipei de son côté conteste cette décision et demande leur libération.

Asie du Sud-Est

The Straits Times – Un premier geste du gouvernement pour apaiser le conflit avec les ethnies minoritaires de Birmanie ? Dans son allocution télévisée du lundi 18 avril pour le nouvel an bouddhiste, Aung San Suu Kyi, Premier ministre de facto du nouveau gouvernement, a promis de faire pression en faveur d’une plus grande autonomie de ces groupes ethniques. La Dame de Rangoun a évoqué l’établissement d’une véritable « union fédérale démocratique » par la Ligue nationale pour la démocratie (LND). « Ce qu’il y a de plus important, c’est la réconciliation nationale » a-t-elle rappelé, un leitmotiv qui a déjà marqué la campagne électorale. Jusqu’à maintenant la Constitution de 2008, promulguée par la junte militaire, centralisait le pouvoir.

Cet appel à créer une union fédérale doit rassurer les chefs de file des groupes ethniques sur la capacité du LND à gouverner l’ensemble de la population, bien que la majorité de ses membres soient issus de l’ethnie birmane majoritaire, celle des bouddhistes bamars. Les tentatives antérieures pour amender la Constitution ont été contrecarrées par l’armée qui détient toujours 25 % des sièges au Parlement. La moindre tentative de modifier le texte risque donc de rencontrer une forte résistance chez les militaires.

Bangkok Post – Semaine après semaine, le second projet de Constitution thaïlandaise s’attire de nouvelles critiques. C’est au tour d’un groupe d’universitaires, le « réseau des académiciens pour les citoyens », d’organiser leur contestation. Lors d’une conférence de presse à l’université de Thamasat à Bangkok, l’un de ses meneurs, le doyen de la faculté de sociologie et d’anthropologie, Anisorn Anno, s’est positionné contre le projet qui fragiliserait selon lui la démocratie. Expliquant que la Constitution bénéficierait d’abord à un groupe d’individus en particulier et non à l’ensemble de la société, les universitaires ont jugé liberticides plusieurs mesures du texte. Le projet nuit selon eux aux droits du peuple au nom de la sécurité nationale et à la séparation des pouvoirs avec des institutions judiciaires qui domineraient le Parlement et le gouvernment.

Si le projet de loi était rejeté lors du référendum qui doit avoir lieu le 7 août prochain, le groupe demande à ce que le Conseil national pour la paix et l’ordre rende le pouvoir au peuple et appelle à la tenue d’élections législatives. Les réformes seraient ainsi menées par le Parlement nouvellement élu. Le groupe va continuer à organiser des activités et des séminaires pour discuter du projet de Constitution, tout en se conformant à la loi, comme l’a rappelé Anusorn. Un projet de loi qui interdit de faire campagne en faveur ou contre le projet de Constitution, voté par l’Assemblée législative le 7 avril dernier, attend en effet d’être approuvé par le roi. Une loi qui, selon Pichit Likitkijsomboon, autre meneur du mouvement, risque d’être appliquée de manière discriminatoire à la faveur des défenseurs.

The Jakarta Post – L’Indonésie va-t-elle pouvoir bientôt parler librement des « événements de 1965 » ? Plus de 50 ans après les faits, le massacre d’au moins un demi-million de communistes (avérés ou soupçonnés) par la dictature du général Soeharto continue d’être soumis à une lourde chape de plomb dans l’archipel… Mais si le symposium qui s’ouvre aujourd’hui à Jakarta entre le Conseil consultatif présidentiel (Wantimpres) et la Commission nationale des Droits de l’Homme (Komnas HAM) pourrait remettre en cause le poids de la censure, des initiatives individuelles ont déjà fleuri pour tenter de « rétablir la vérité ».

Le Jakarta Post s’intéresse ainsi à Diah Wahyuningsih, professeur d’histoire dans un lycée de Batam (îles Riau), qui n’hésite pas dans ses cours à aborder les massacres de 1965 et leurs conséquences sur la société. « À l’école, les matériaux pédagogiques doivent révéler la réalité de la faillite de l’Etat par le passé », explique-t-elle, puisque « la jeune génération peut tout trouver sur Internet ». Reste à savoir si le président Jokowi partage de telles opinions.

Le Quotidien du Peuple – Le 3 avril dernier, les Philippines ont saisi la Cour Internationale de Justice de La Haye pour arbitrer le conflit en Mer de Chine du Sud selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS).

Selon la Chine, le rejet de l’arbitrage est légitime : le Tribunal des Nations unies n’aurait pas le droit de statuer sur les revendications territoriales de Manille en Mer de Chine du Sud. Lorsque la Chine a ratifié la Convention en 2006, elle aurait bénéficié du droit de déroger à certaines clauses, notamment l’arbitrage obligatoire du Tribunal pour la délimitation des frontières maritimes et historiques.

Selon la presse officielle chinoise, des experts chinois et étrangers ont réfuté la position des Philippines lors d’un séminaire ayant eu lieu dans la ville de Wuhan, en Chine. Les experts ont évoqué la légitimité historique de la souveraineté chinoise sur les îles revendiquées, les motivations politiques des Philippines à provoquer la Chine au « moyen du droit », et l’incapacité de la Cour à résoudre un conflit de nature principalement politique. Il en ressort également qu’un conflit entre les Philippines et la Chine devrait se résoudre par des négociations bilatérales et que la Déclaration sur le Code de Conduite en Mer de Chine du Sud signée par la Chine et les pays de l’ASEAN pourrait servir de base légale pour le règlement du conflit.

Asie du Sud

India Today – Elle avait fait la Une de la presse indienne en août dernier. La caste des Patels (ou Patidars) fait de nouveau les gros titres aujourd’hui après que des manifestations réclamant la libération de ses leaders arrêtés en 2015 ont dégénéré dans l’Etat du Gujarat (Est). Au total, 25 manifestants auraient été blessés par la police à coups de matraque et 400 personnes ont été placées en détention provisoire, notamment pour jets de pierre envers les forces de l’ordre. Un couvre-feu a été imposé dans la ville de Mehsana où Internet a également été coupé, comme à Ahmedabad, à Surat et à Rajkor. Reuters rappelle que les Patel s’estiment lésés par des mesures de « discrimination positive » au Gujarat, puisque leur caste n’est pas suffisamment basse pour en bénéficier.
The Hindu – Dans la vallée du Cachemire, région marquée par un fort ressentiment vis-à-vis de New Delhi, c’est désormais l’apaisement qui prévaut. L’aggression sexuelle supposée d’une jeune adolescente de Handwara par un militaire indien avait plongé la région dans de violents heurts pendant cinq jours, causant la mort de cinq personnes et blessant plus de 200 policiers et paramilitaires. Mais les tensions ont pris fin hier dimanche 17 avril, depuis que la principale intéressée a finalement déclaré avoir été molestée par « deux jeunes locaux » ayant tenté de voler son sac à main. Si le couvre-feu a été levé à Srinagar, la connexion Internet y était encore coupée hier, pour la troisième journée consécutive. D’après The Hindu, les autorités mettent tout en œuvre pour éviter une répétition des événements de l’été 2010 qui avaient coûté la vie à plus de 110 personnes dans la région.
Dawn – Le gang de Chotoo semble finalement mis en déroute par l’intervention des forces armées pakistanaises décidée la semaine dernière. Le groupe qui s’était installé dans une île du district de Rajanpur dans le centre du pays a libéré deux douzaines de policiers qu’il retenait en otage et a demandé en retour un passage sûr pour se retirer. La requête aurait néanmoins été rejetée et les malfrats auraient reçu un dernier avertissement leur intimant de se rendre, selon une source anonyme du Dawn. Ils auraient pour le moment abandonné leur position et se seraient réfugiés dans la forêt à l’approche des forces de sécurité. Un large dispositif aérien et terrestre a été déployé dès samedi 16 avril, incluant des frappes aériennes d’hélicoptères, l’utilisation de drônes ou d’images satellite. L’état d’urgence a été déclaré dans les hôpitaux de Rajanpur et Rahim Yar Khan alors que des opérations décisives devaient, toujours selon la source du journal, être menées lundi 18 avril. À Rahim Yar Khan, le chef de la police du Pendjab a indiqué qu’une centaine de soutiens du gang avaient été arrêtés en parallèle des opérations. Des agents de police ainsi que des députés locaux pourraient également être impliqués dans l’affaire. Au chapitre des membres du parti au pouvoir qui pourraient avoir des relations avec le gang, le chef de la police a indiqué qu’aucun ne figurait sur la liste des dits « facilitateurs ».
Par Alexandre Gandil, Juliette Buchez, Alice Hérait, Juliette Morillot et Antoine Richard, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris.