Histoire

Vie et mort des Républiques du Turkestan oriental (1933-1934 et 1944-1949)

Scène de rue à Yarkand, dans les années 1870. Quelques décennies plus tard, la ville fera partie de la première République du Turkestan oriental (1933-1934).
Scène de rue à Yarkand, dans les années 1870. Quelques décennies plus tard, la ville fera partie de la première République du Turkestan oriental (1933-1934). (Crédit : domaine public, via Wikimedia Commons)
On l’appelle le « Grand Ouest chinois ». Créée en 1955, la région autonome ouïghoure du Xinjiang (新疆维吾尔自治区 Xinjiang weiwuer zizhiqu) recouvre un territoire grand comme trois fois la France métropolitaine, intégré dans le giron chinois par la dynastie Qing au milieu du XVIIIe siècle. S’il est aujourd’hui surtout – et à regret – connu pour les tensions interethniques qui le secouent, cela fait bien longtemps que l’ex « Turkestan chinois » est victime de frictions entre Ouïghours et Hans – qui représentaient respectivement 75 % et 6,7 % de la population locale en 1949 contre 46 % et 40,5 % en 2010. Elles ont même abouti à l’indépendance d’une partie de la région à deux reprises, entre 1933 et 1934 puis entre 1944 et 1949. Retour sur la vie et la mort des Républiques du Turkestan oriental (1933-1934 et 1944-1949).

Contexte

Tout l’été, Asialyst se penche sur l’histoire de quelques États d’Asie éphémères ou disparus. L’occasion de revenir sur les événements qui ont façonné les frontières du continent que l’on connaît aujourd’hui.

Si les juristes s’écharpent encore sur les contours de ce qu’est un État, ses trois critères constitutifs ont été consacrés par la Convention de Montevideo (1933) : un territoire déterminé, une population permanente, et un gouvernement exerçant une autorité effective (en fait, sa souveraineté) sur ce territoire et cette population. Si la reconnaissance diplomatique est majoritairement rejetée comme condition nécessaire à l’existence d’un État, ce dernier doit néanmoins être apte à « entrer en relation avec d’autres États », d’après cette même convention.

Les États sélectionnés pour ce dossier répondent donc à ces quatre critères – quand bien même la capacité à « entrer en relation avec d’autres États » s’avère difficilement appréciable pour les plus éphémères d’entre eux.

Panorama des États éphémères ou disparus d'Asie retenus par Asialyst et carte des Républiques du Turkestan oriental (1933-1934 et 1944-1949).
Panorama des États éphémères ou disparus d'Asie retenus par Asialyst et carte des Républiques du Turkestan oriental (1933-1934 et 1944-1949).

De marge impériale à province périphérique

Comment expliquer l’établissement successif de deux Républiques du Turkestan oriental durant la première moitié du XXe siècle ? Deux raisons à cela : l’intégration récente du Xinjiang au territoire chinois et les difficultés du gouvernement central à imposer sa mainmise de façon permanente et incontestable sur la région.
*L’objectif d’alors était d’assurer un meilleur contrôle des itinéraires de la route de la soie et de se prémunir contre d’éventuelles invasions « barbares ». **A l’époque, le Xinjiang ne bénéficie pas du statut de province mais de « marche frontalière défensive » (藩部 fanbu) – une catégorie de territoire propre à la dynastie Qing.
L’Empire chinois avaient imposé un protectorat sur les « territoires de l’Ouest » (西域 xiyu) à deux reprises : entre le IIe siècle avant JC et le IIe siècle après JC (dynastie Han), puis entre le VIIe et le VIIIe siècles (dynastie Tang)*. Mais ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle que la dynastie mandchoue des Qing finit par exercer durablement son contrôle sur ce qu’elle rebaptise le « Xinjiang » – « nouvelle frontière » en mandarin. Une administration certes indirecte** mais bien mal vécue par les autochtones, qui se soulèvent à plusieurs reprises – notamment entre 1863 et 1877 dans le cadre de la révolte des Dounganes. Il faut dire que le Xinjiang se rattache géographiquement et culturellement à l’Asie centrale, ce qui a peu à voir avec le reste de l’Empire.
*Xiongnu, Ruan Ruan, Turcs, Khitans, Mongols… Voir : Rémi Castets, « Opposition politique, nationalisme et islam chez les ouïghours du Xinjiang », Etudes du CERI, n° 110, octobre 2004.
Barré par quatre grandes chaînes de montagnes (Altaï, Tian Shan, Pamir, Kunlun Shan) entre lesquelles s’étendent trois déserts constellés d’oasis (Dzoosotoyn Elisen, Kumtagh, Taklamakan), le territoire du Xinjiang abrite une population majoritairement turcophone. Pratiquant un islam sunnite, les ethnies principales de la région sont les Ouïghours, les Kazakhs et les Kirghizes. Leurs terres ont, comme le reste de l’Asie centrale, fait l’objet de conquêtes successives par des confédérations nomades turco-mongoles*. Ainsi, les lignes de fractures culturelles entre le Xinjiang et la Chine sont d’ordre ethno-linguistique et religieux, mais aussi architectural et alimentaire.
"Bataille de la rivière Honbasi - Campagne de 1828", gravure du XIXe siècle.
"Bataille de la rivière Honbasi - Campagne de 1828", gravure du XIXe siècle. (Crédit : domaine public, via Wikimedia Commons)
La révolte des musulmans est écrasée en 1877 par le Général Zuo Zongtan (左宗棠). Mais la déstabilisation régionale a permis à la Russie tsariste de conquérir une partie du Xinjiang, occupant la vallée d’Ili – à cheval avec le Kazakhstan – dès 1871. Une prolongation de sa politique d’expansion en Asie centrale, qui a véritablement pris corps depuis l’accession au trône de Nicolas Ier (1825). Dès lors, les autorités pékinoises ne peuvent pas faire l’économie du facteur russe dans leur stratégie régionale. Le traité de Saint-Pétersbourg de 1881 fixe la frontière entre les deux Empires, restituant la vallée de l’Ili à Pékin dans sa quasi-totalité tout en conférant à Moscou de nombreux droits sur le Xinjiang – notamment l’installation de consulats disposant de puissants moyens politiques, militaires et financiers.

Par la suite, en le dotant du statut de province en 1884, les autorités de Pékin font passer le Xinjiang d’espace-frontière à composante inaliénable du territoire chinois. Les particularismes locaux sont progressivement étouffés via la mise en place d’une administration majoritairement composée de fonctionnaires han, l’immigration encouragée de cette même ethnie, et l’assimilation des jeunes générations au détriment de l’islam. Et si la région connaît une relative accalmie les années suivantes, la chute de l’Empire mandchou et l’instauration de la République de Chine en 1911-1912 ouvrent la voie à de nouvelles tensions.

Vie et mort de la première République du Turkestan oriental

*Voir : K. Warikoo, Xinjiang, China’s Northwest Frontier, New York : Routledge, 2016, 224 p.
Certes Yang Zengxin (楊增新), premier gouverneur de la province du Xinjiang sous le nouveau régime, s’efforce de jouer les équilibristes entre les autorités chinoises, l’influence russe puis soviétique et les autochtones musulmans. Cela permet à la région de jouir d’une relative autonomie et stabilité. Mais son assassinat en 1928 et sa succession par Jin Shuren (金樹仁), un seigneur de la guerre, rompt cet équilibre précaire. A la tête d’une administration corrompue, le nouveau gouverneur resserre l’étau autour des musulmans. Ils sont désormais privés d’effectuer le hajj à la Mecque* tandis que les autochtones dotés des terres les plus fertiles sont expropriés afin d’encourager l’installation de migrants venus du Gansu – la province d’origine du nouveau gouverneur. Le Xinjiang finit par basculer dans le chaos à partir de 1930, lorsque Jin Shuren annule le régime d’autonomie dont jouissait jusqu’alors la dernière principauté turque de la région : celle de Komul (Hami), au nord de la province.

Les Ouïghours de l’ex-principauté se soulèvent contre l’autorité du gouverneur en 1931. Ils sont soutenus dans leur lutte par l’armée d’un seigneur de la guerre du Gansu, province limitrophe de Komul : Ma Zhongying (馬仲英) – qui rêve de constituer un nouvel Empire timouride. Et tandis que les oasis du bassin du Tarim se rebellent les unes après les autres dès 1932, c’est au sud du Xinjiang que s’opère un véritable tournant. La « République islamique du Turkestan oriental » – également appelée à ses débuts « République du Ouïghouristan » – est officiellement proclamée le 12 novembre 1933, avec pour capitale Kashgar. Objectif : soustraire le Xinjiang aux mains chinoises et permettre à sa population de recouvrer culture et traditions.

Proclamation de la première République du Turkestan oriental à Kashgar.
Proclamation de la première République du Turkestan oriental à Kashgar. (Crédit : domaine public, via Wikimedia Commons)
Si la Constitution de la nouvelle République consacre cette dernière comme un État islamique, fondé sur l’application de la charia, son administration est néanmoins relativement progressiste. En effet, elle regroupe en son sein plusieurs figures de proue du réformisme jadid – un courant mêlant panturquisme et panislamisme, diffusé depuis l’Asie centrale vers le Xinjiang grâce aux élites commerçantes. Cependant, la priorité est accordée à la survie du régime, qui subit plusieurs attaques. Les populations sont fortement sollicitées : impôts, travaux non payés, dons de nourriture aux troupes et de fourrage pour leurs chevaux. Impossible, donc, de mettre en place le programme de développement souhaité par la nouvelle administration.
*Voir : Elisabeth Allès, « Usages de la frontière : le cas du Xinjiang (XIXe-XXe siècles) », dans Extrême-Orient, Extrême-Occident, n°28, 2006, pp. 127-146.
Le coup fatal est porté en sous-main par Moscou. L’URSS voit en effet d’un mauvais oeil l’indépendance de la République islamique du Turkestan oriental, inspirée par le réformisme jadid – qui lutte contre l’assimilation des populations turcophones musulmanes – et qui administre un territoire réputé anticommuniste. La crainte soviétique réside ainsi dans une potentielle expansion du mouvement indépendantiste vers l’Asie centrale, en faveur de la création d’une République du Turkestan réunissant le Turkestan chinois (dit oriental) et le Turkestan russe… De façon encore inexpliquée*, l’URSS arrive alors à retourner le seigneur de la guerre Ma Zhongying contre le nouvel État. Cela provoque son extinction le 6 février 1934, à peine trois mois après sa création.

D’une indépendance à l’autre

En réalité, l’influence russe connaît un réel sursaut au Xinjiang depuis que Sheng Shicai (盛世才) a remplacé Jin Shuren au poste de gouverneur, ce dernier ayant fui en avril 1933 en raison de son incapacité à maîtriser les révoltes. Les liens entre Moscou et la province chinoise sont alors particulièrement denses : Sheng Shicai – qui adhère au PCUS en 1938 – dispose de conseillers soviétiques, les jeunes générations sont envoyées faire leurs études en URSS, et d’importants privilèges sont accordés à Moscou en matière de commerce et d’exploitation minière. Ainsi à l’époque, la souveraineté de Nankin – capitale de la République de Chine – sur le Xinjiang est essentiellement théorique.
Le seigneur de la guerre et futur gouverneur du Xinjiang Sheng Shicai, photographié en 1928.
Le seigneur de la guerre et futur gouverneur du Xinjiang Sheng Shicai, photographié en 1928. (Crédit : domaine public, via Wikimedia commons)
C’est la Seconde Guerre mondiale qui change la donne. Attaquée par l’Allemagne nazie fin 1941, l’URSS revoit ses priorités et se détourne du Xinjiang. Au même moment, le gouvernement chinois du Kuomintang souffle grâce à l’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon, contre lequel l’armée chinoise lutte depuis 1937. Dès lors, les autorités centrales chinoises décident de profiter de ce contexte pour balayer l’influence soviétique à l’ouest du pays. Parallèlement, sentant le vent tourner, Sheng Shicai rompt son alliance avec l’URSS en 1942 et ouvre les bras au Kuomintang. Le Xinjiang retourne dans l’orbite de la République de Chine dès le mois d’octobre.
*Voir : David D. Wang, « The USSR and the Establishment of the Eastern Turkestan Republic in Xinjiang », dans Journal of Institute of Modern History, Academia Sinica, vol. 25, 1996, pp. 337-378.
Ce brusque renversement de situation provoque l’ire des populations locales. Celle des Ouïghours et des Kazakhs particulièrement. En effet, la nouvelle administration s’avère non seulement incompétente et corrompue, mais apporte aussi avec elle l’inflation galopante qui ronge le reste de la Chine*. Une dynamique accentuée par la fermeture de la frontière entre le Xinjiang et l’URSS, qui met fin à tout commerce avec les Républiques socialistes soviétiques voisines. Sheng Shicai tente d’ailleurs une nouvelle volte-face après la défaite de l’Allemagne nazie à Stalingrad en 1943, ce qui conduit les autorités du Kuomintang à le remplacer par Zhu Shaoliang (朱紹良).

Vie et mort de la seconde République du Turkestan oriental

*Voir : David D. Wang, op. cit. ** Une date qui fait écho à celle de la proclamation de la première République du Turkestan oriental onze ans plus tôt, le 12 novembre 1933. ***Voir : Allen S. Whiting, « Nationality Tensions in Sinkiang », dans Far Eastern Survey, vol. 25, n°1, janvier 1956, pp. 8-13.
Ce n’est donc pas un hasard si, en septembre 1944, une rébellion panethnique éclate à Ili – district encore plus dépendant au commerce avec la RSS du Kazakhstan, dont il est frontalier, que le reste du Xinjiang*. La fronde entraîne la proclamation de la seconde République du Turkestan oriental le 12 novembre**, consacrant l’indépendance de facto de trois districts septentrionaux : Ili, Tacheng et Ashan (Altaï). À l’époque, ces derniers représentent un sixième de la population totale du Xinjiang et sont majoritairement peuplés de Kazakhs***. La capitale du nouvel État est fixée à Ghulja.
*Voir : Linda Benson, The Ili Rebellion: The Moslem Challenge to Chinese Authority in Xinjiang 1944-1949, New York : Routledge, 1989, 306 p.
Les Soviétiques ne sont pas étrangers à la naissance de cette nouvelle République. Bien qu’elles se soient temporairement détournées du Xinjiang, les autorités de Moscou n’ont pu tolérer l’absolue remise en cause de leurs intérêts dans la région. Ainsi, après avoir mis en place dès 1943 le « Comité de libération des peuples turcs du Xinjiang » à Alma Ata (RSS du Kazakhstan), l’URSS a déployé des camps d’entraînement sur son sol à destination des rebelles et a constitué leur principal fournisseur d’armes*. Une dépendance qui vaut parfois à la seconde République du Turkestan oriental le label « d’État satellite » de l’URSS.

Rapidement néanmoins, les autorités de Moscou arrivent à la même réflexion que celle nourrie une dizaine d’années auparavant, lors de la proclamation de la première République du Turkestan oriental. Elles craignent de nouveau que la dynamique indépendantiste ne déborde chez les populations turcophones d’Asie centrale. Alors, une fois signé un traité d’alliance et d’amitié avec la République de Chine en 1945, l’URSS encourage les représentants de la République du Turkestan oriental à mener des négociations avec les autorités de Chongqing (où s’est déplacé le siège du gouvernement chinois). Cela aboutit à l’armistice de 1946 prévoyant l’autonomie du Xinjiang sous réserve que la République du Turkestan oriental renonce à la sécession.

Bien que l’accord ait été rompu l’année suivante par Chiang Kaï-chek, le gouvernement de Ghulja finit par s’effondrer le 19 septembre 1949 avec l’entrée des troupes communistes chinoises au Xinjiang. Sept ans plus tard, en 1955, Pékin crée la « région autonome ouïghoure du Xinjiang ». Ce qui lui offre toute la latitude nécessaire pour mener son projet d’assimilation des peuples autochtones. Parallèlement, les espoirs de création d’une République autonome du Turkestan oriental – sur le modèle des Républiques socialistes soviétiques – s’effondrent définitivement.

Une troisième République du Turkestan oriental ?

*Voir : Rémi Castets, op. cit.
L’actualité le montre régulièrement : la frustration des ethnies locales vis-à-vis des Hans s’est loin d’être apaisée au Xinjiang. Car ces derniers sont désormais les principaux bénéficiaires du développement économique de la région et continuent de contrôler l’essentiel de l’appareil politique local. Malgré une relative accalmie sous l’ère maoïste, les voix des autochtones se sont de nouveau faites entendre depuis l’accession au pouvoir de Deng Xiaoping (fin des années 1970), passant progressivement « d’échauffourées ponctuelles » et de « manifestations » à des « émeutes », de « vastes insurrections », des « actes de guerrilla, voire de terrorisme »*. Alors, y aurait-il un avenir pour une troisième République du Turkestan oriental ?

C’est bien la crainte de Pékin : que le Xinjiang fasse sécession. Il faut dire que depuis l’assassinat de Jume Tahim, imam proche du gouvernement central en 2014, la cause autonomiste incarne une option de moins en moins crédible – et de moins et moins représentée par les forces d’opposition.

Manifestation tenue à Washington contre la répression chinoise lors des émeutes d'Urumqi, en 2009.
Manifestation tenue à Washington contre la répression chinoise lors des émeutes d'Urumqi, en 2009. (Crédit : Malcolm Brown, via Wikimedia commons)
La cause indépendantiste est brandie par deux principaux mouvements. Le Congrès mondial ouïghour (WUC), le premier, présidé par Rebiya Kadeer, et dont l’objectif affiché est « d’encourager [les Ouïghours] à parvenir à l’autodétermination de leur futur par la paix, par les mouvements non-violents ». Deuxième organisation : le Parti islamique du Turkestan, mieux connu sous son appellation de Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM). Visant à établir un État islamique du Turkestan oriental, il est considéré comme proche d’Al-Qaïda par les Nations Unies. Pékin lui impute d’ailleurs la quasi-totalité des attentats commis sur son sol.
*Voir : Artoush Kumul, « Le séparatisme ouïghour au XXe siècle : histoire et actualité », dans Cahier d’Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde turco-iranien, n° 25, 1998, pp. 83-93
Il n’est pas certain que les deux Républiques du Turkestan oriental constituent un véritable modèle pour les indépendantistes du Xinjiang, au-delà de la « liberté du peuple ouïghour à disposer de lui-même » dont elles ont témoigné*. La première, trop éphémère, est rarement évoquée en profondeur. La seconde, quant à elle, est décriée pour l’instrumentalisation dont elle a fait l’objet. L’universitaire indépendant Nabijan Tursun explique ainsi, dans un document disponible sur le site du WUC : « La [Seconde] République du Turkestan Oriental est devenu un pion sur l’échiquier stratégique des puissances internationales, et la lutte pour la liberté et l’indépendance du peuple ouïghour a été trahie par les complots politiciens des Soviétiques. » Aussi, l’importance de sa composante kazakhe est fréquemment passée sous silence – la cause indépendantiste confinant désormais à un apanage ouïghour.
*Voir : Allen S. Whiting, op. cit.
De son côté, l’historiographie communiste chinoise retient des deux Républiques qu’elles sont nées d’une incompréhension. En effet, les « rebelles » se seraient soulevés contre l’ethnie han en l’associant dans son ensemble au Kuomintang*. Une façon de leur donner raison à l’époque, tout en excluant une perspective similaire désormais que le pouvoir est aux mains du Parti communiste.
Par Alexandre Gandil

Pour aller plus loin

Jean-Claude Rolinat, Dictionnaire des États éphémères ou disparus de 1900 à nos jours, Paris : Dualpha, 2005, 506 p.

Rémi Castets, « Opposition politique, nationalisme et islam chez les ouïghours du Xinjiang », Etudes du CERI, n° 110, octobre 2004.

A propos de l'auteur
Alexandre Gandil
Doctorant en science politique, rattaché au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), Alexandre Gandil est membre de la rédaction d'Asialyst. Ses travaux de recherche portent sur la trajectoire politique de Taïwan depuis la partition chinoise de 1949 et sur l'évolution corollaire des relations sino-taïwanaises. Journaliste et cartographe, il a auparavant travaillé pour l'émission Le Dessous des cartes, diffusée sur Arte. Alexandre Gandil a été formé en chinois et en relations internationales à l'INALCO puis en géopolitique à l'IFG (Université Paris 8).