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Expert - Politique chinoise

Chine : Xi Jinping poursuit son "nettoyage" politique dans le Jiangxi

Le président chinois Xi Jinping a presque terminé d'éliminer politique la "bande du Jiangxi" menée par Zeng Qinghong, ex-vice-président. (Source : ITV)
Le président chinois Xi Jinping a presque terminé d'éliminer politique la "bande du Jiangxi" menée par Zeng Qinghong, ex-vice-président. (Source : ITV)
Xi Jinping, l’éternel « nettoyeur ». Le 19ème congrès du PC chinois n’a pas marqué la fin de la vaste campagne d’élimination politique des adversaires du président, désormais libre de continuer à dominer le pays au-delà de 2022. Si la première phase de sa « lutte anti-corruption » visait d’abord les plus gros « tigres », les lieutenants de son grand rival Jiang Zemin, Xi s’attaque maintenant à l’échelon inférieur. Dernier exemple en date : la série d’inculpations dans le Jiangxi, fief de Zeng Qinhong, le bras droit de l’ex-numéro un chinois.
La mise en examen le 28 mai de Zhao Liping (赵力平), à présent ex-directeur du bureau de la propagande du Jiangxi, a refait trembler la scène politique au Jiangxi. Depuis 2013, cette province de la Chine centrale est régulièrement le théâtre de coups d’éclat en matière de corruption. Et ce n’est pas n’importe où : Le Jiangxi est l’un des bastions forts de Zeng Qinghong, « prince de Shanghai », ancien vice-président sous Hu Jintao et ex-bras droit de Jiang Zemin. La province a vu plusieurs de ses têtes dirigeantes être mises en examen, notamment Su Rong (苏荣) en 2014, secrétaire du parti provincial de 2007 à 2013 et allié très proche de Zeng. Son équipe rapprochée a elle aussi été touchée avec l’inculpation de son secrétaire Zhao Zhiyong (赵智勇) en 2014, de son directeur du bureau de la culture Yan Hailei (郜海镭) en 2016, de son directeur du département de l’organisation Mo Jiancheng (莫建成) en 2017, ainsi que deux gouverneurs-adjoints Li Yuhuang (李贻煌) en 2017 et Yao Mugen (姚木根) en 2014. Sans compter une panoplie d’autres responsables mis en examen dans le cadre des organes provinciaux de la Conférence consultative du peuple chinois ou encore de l’Assemblée nationale populaire.
*Qiang Wei est à présent à vice-directeur d’une commission sous la supervision de la Commission Consultative politique nationale. **Associé de Meng Jianzhu et de Zhou Yongkang, Shu est vice-secrétaire au Conseil d’État aux côtés de Xiao Jie [肖捷] (1957), allié de Li Keqiang. ***Non-assigné depuis 2016.
L’objectif de Xi Jinping et Wang Qishan était simple : éradiquer une partie des supporteurs de Zeng Qinghong, de Zhou Yongkang et de Su Rong. Ils ont donc avancé leurs pions en plusieurs étapes avec la chute de Zhao Liping, celle de Su Rong, ainsi que la mise à l’écart d’éléments « pernicieux » comme Qiang Wei* (强卫), secrétaire de la province de 2013 à 2016, de Shu Xiaoqin** (舒晓琴 ), responsable des affaires politiques et légales de 2001 à 2013, et de Zhou Zemin*** (周泽民), responsable de la commission disciplinaire de 2012 à 2016.
Xi parvient alors à briser l’emprise de Zeng. Dès 2016 et jusqu’en 2018, il place Lu Xinshe (鹿心社) aux commandes de la province aux côtés de Sun Xingyang (孙新阳), chef de la commission disciplinaire provinciale, de Yao Zhengke 姚增科 – acteur-clé dans la chute de Huang Xingguo (黄兴国), l’ancien chef de Tianjin – et de Li Bingjun (李炳军), le secrétaire de Zhu Rongji, ex-Premier ministre de Jiang Zemin. C’est à présent Liu Qi, un proche de Xi Jinping, qui cumule les postes de secrétaire et de gouverneur du Jiangxi. Ce dernier, entouré d’autres alliés du président chinois, continue de mener la vie dure aux loyalistes de Zeng Qinghong dans la province.
Quant à Zhao Liping, il est immédiatement remplacé par Shi Xiaolin (施小琳), dite proche de Han Zheng, ex-secrétaire de Shanghai, désormais membre du comité permanent du Politburo et allié de Jiang Zemin. Shi deviendra la porte-parole de Liu Qi à pied d’oeuvre pour terminer de « nettoyer » la province de l’influence de Zeng Qinghong.
Pour l’heure, il ne reste que Qiang Wei à supprimer de l’échiquier politique. Mis au placard depuis un moment déjà dans une commission liée à la Conférence consultative nationale, Qiang, un allié de Zhou Yongkang et de Ling Jihua, ne peut politiquement plus nuire. Mais à l’instar de Su Rong, il est soupçonné par le biais de sa femme Yu Lifang (于丽芳) d’être lié au système de corruption impliquant la tristement célèbre banque Minsheng [].
Si la première phase de la lutte anti-corruption visait essentiellement l’éviction des grands lieutenants de Jiang Zemin, ce renouvellement s’inscrit lui dans la chasse aux alliés de second et de troisième rangs. A savoir les lieutenants de Zeng Qinghong et de Zhou Yongkang, surtout dans les grandes institutions du Parti, dont la commission des affaires légales et judiciaires ou de la sécurité publique.
*Présente non seulement dans les instances provinciales (gouverneurs ou vice-gouverneurs) mais aussi dans les réseaux politiques locaux à Nanchang, Jiujiang et de Jingdezhen. **Qui fait référence à la nouvelle IVème armée de terre de l’armée populaire vers 1937, qui comprenait entre autres le père de Zeng Qinghong.
Si la fameuse « bande du Jiangxi »* (江西帮) de Zeng Qinghong a pu connaître son âge d’or dans les années 1990, elle contemple aujourd’hui sa finitude. Et que dire alors de la bande du Jiangsu et même de la bande de Shanghai ? Ces groupes, connus sous le nom générique de « bande du Huadong » (华东帮) – en référence au système de commandement de l’Est** (华东系统) -, ont presque disparu.

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A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est co-fondateur et Pdg du Groupe Cercius, une société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique. Ancien stagiaire post-doctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines (CRSH). Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa (2015). Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique (2013), l’International Journal of Chinese Studies (2015/2016), le Journal of Contemporary Eastern Asia (2016), East Asia : An International Quarterly (2017), Issues and Studies (2011) ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie (2013/2015). Il a également publié une note de recherche faisant le point sur le « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.