Revue de presse Asie - 15 septembre 2016

Sourires de Prayuth en Thaïlande, journalistes à Wukan et rencontre indo-afghane

Deux ans après le coup d'Etat et l'arrivée au pouvoir du parti pour la paix et le maintien de l'ordre, c'est l'heure du bilan pour Prayuth Chan-ocha. Copie d'écran du Bangkok Post, le 15 septembre 2016.
Deux ans après le coup d'Etat et l'arrivée au pouvoir du parti pour la paix et le maintien de l'ordre, c'est l'heure du bilan pour Prayuth Chan-ocha. Copie d'écran du Bangkok Post, le 15 septembre 2016.

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – C’est l’heure du bilan pour Prayuth Chan-ocha. Deux ans après le coup d’Etat du 22 mai 2014 et l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre, le général Premier ministre n’a pas lésiné sur la liste de ses accomplissements. Lors d’un discours à la chambre du gouvernement, le Prayuth n’a pas hésité à dresser un tableau noir de la Thaïlande à son arrivée au pouvoir. Le pays, en proie à des tensions politiques et à des conflits, vivait « dans le chaos » et subissait de plein fouet une crise économique mondiale. En cause, une administration en plein désarroi et une mauvaise politique économique.

« Aujourd’hui, le sourire est revenu sur le visage des Thaïlandais », s’est félicité le général. Les secteurs public et privé et les ONG devraient souligner qu’après dix années pendant lesquelles le pays a été dans la tourmente, la situation s’est nettement améliorée. » Pour le chef du gouvernement, les progrès se ressentent dans tous les domaines. « Le risque d’une instabilité politique a diminué. Les tensions dans les trois provinces à l’extrême sud du pays [en proie à une insurrection musulmane, NDLR] se sont apaisées et le nombre de procès pour trafic de drogues ont eux aussi chuté. Notre économie a continué à fleurir. L’intérêt à investir dans notre pays a été revu à la hausse selon un classement des Nations Unies. »

Ce discours fait suite au référendum organisé début août sur une nouvelle Constitution, adoptée à une large majorité et qui garantit la prééminence de l’armée. Les mois précédents le vote avaient été marqués par une forte répression de la société civile. De nombreux membres de l’opposition avaient été arrêté alors qu’ils tentaient de faire campagne pour le « non » (voir notre revue de presse du 27 juin 2016).

Pendant ce temps, l’enquête sur les attentats qui ont touché la Thaïlande les 11 et 12 août stagne toujours, rapporte Channel News Asia. Plusieurs mandats d’arrêt ont été diffusés, concernant tous des personnes originaires du sud du pays en proie à l’insurrection musulmane (voir notre revue de presse du 5 septembre). Dernièrement, un membre de l’un des principaux groupes rebelles, Barisan Revolusi Nasional (BRN), a même revendiqué l’attaque. Pourtant, le gouvernement continue à refuser de lier officiellement les attentats aux insurgés plaidant que ces rebelles n’attaquent que leurs propres provinces. « Admettre que cette série d’attentats est l’oeuvre de rebelles du BRN reviendrait à admettre l’échec dans les opérations de sécurité dans ces régions », explique l’analyste Rungrawee Chalermsripinyorat au Strait Times.

The Philipine Star – Rodrigo Duterte sera-t-il rattrapé par son passé sanglant à la tête de Davao City ? Surnommé « Dirty Harry of Davao », il ne s’est jamais caché d’avoir initié un mouvement d’enlèvements et d’assassinats dans sa municipalité contre les trafiquants de drogue, notamment. Mais personne n’a jamais pu prouver par un document écrit ou enregistré qu’il avait lui-même mis en place les « escadrons de la mort » chargés de cette campagne. Même si c’est de notoriété publique. C’est donc là que le témoignage d’Edgar Matobato, tueur à gages, pourrait avoir son importance. Avouant faire parti de l’une de ces brigades de la mort, Matobato a assuré agir sous les ordres du président philippin. Il aurait été embauché par Duterte pour intégrer cette brigade, dénoncée par les associations de défense des droits de l’homme comme une justice extra-judiciaire, utilisant illégalement des milices de citoyens armés.

Selon les révélations de Matobato, le président Duterte serait ainsi responsable de l’explosion d’une bombe dans une mosquée en 1993 ou encore de la mort d’un terroriste présumé Salim Makdhum. Interrogé sur ces affirmations, le porte-parole du gouvernement Ernesto Abella a appelé à rester objectif et à peser chacun des propos entendus.

Au cours de sa campagne électorale, Rodrigo Duterte avait promis d’éliminer des dizaines de milliers de criminels autorisant les forces de police à « tirer pour tuer » et poussant les citoyens aux exécutions extrajudiciaires. Depuis juin, le nouveau président traduit en acte sa lutte féroce contre la drogue, puisqu’on estime à plus de 2 000 les exécutions de trafiquants dans tout le pays.

Myanmar Times – Les sanctions américaines envers la Birmanie seront-elles bientôt levées ? Barack Obama a annoncé mercredi 14 septembre, lors de la visite d’Aung San Suu Kyi à Washington, qu’il acceptait de lever les sanctions économiques qui visent actuellement la Birmanie. Cette décision devrait prendre effet « bientôt », selon le président américain qui n’a pas donné de date précise. « C’est la bonne chose à faire pour récompenser la Birmanie sur sa nouvelle façon de faire du commerce. »

Mi-mai, les Etats-Unis avaient décidé de maintenir les sanctions tout en les modifiant. Ils avaient maintenu l’embargo sur les ventes d’armes, l’importation de rubis et de jade, mais réduit les restrictions dans les secteurs bancaire, minier et du bois. Sept entreprises d’Etat et trois banques nationales avaient été retirées de la liste noire. Une centaine de personnes y sont toujours inscrites, empêchant les Américains de conclure de contrats avec eux ou leur compagnie. Parmi eux, Asia World, plus gros conglomérat de Birmanie dirigé par l’homme d’affaires Steven Law et proche de l’ancienne junte militaire.

Dans le bureau ovale de Washington, Barack Obama a félicité la Birmanie pour « les progrès accomplis ». « C’est une jolie histoire à une période où tant de pays vont dans la mauvaise direction », a félicité le président américain. Obama par ailleurs annoncé que la Birmanie bénéficierait de nouveau de préférences tarifaires, suspendues pendant la dictature militaire. Ces dernières valorisent les exportations de la Birmanie vers les Etats-Unis.
Mais cette décision se heurte à de vives critiques de la part d’associations de défense des droits de l’homme. Selon Global Witness, la levée complète des tensions est un « retour en arrière dans les efforts pour lutter contre la corruption birmane et un environnement de travail abusif. » Et de déplorer : « Lever les sanctions avant que les réformes du gouvernement aient pu porter leurs fruits amènera les compagnies américaines à faire du commerce avec les pires personnes de ce pays. »

En Birmanie, certains membres issus des minorités ethniques s’opposent eux aussi à la levée de ces sanctions. Le 12 septembre dernier, l’alliance Kachin a adressée une lettre ouverte au président Obama demandant de maintenir sur la liste noire certaines personnes qui s’approprient les territoires où vivent ces minorités afin de profiter des ressources.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Le couvercle ne semble pas se refermer sur le village dit « rebelle » de Wukan (voir notre revue de presse du 13 septembre) dans la province du Guangdong. Ainsi, le quotidien hongkongais nous apprend que ce jeudi 15 septembre cinq journalistes – dont un membre du journal – ont été arrêtés et détenus, avant d’être relâchés ce matin vers 2h, par les autorités chinoises qui les accuse de « reportage illégal ». La rédaction du South China Morning Post assure pourtant que tous les papiers d’accréditation de son journaliste sont en règle et que lesdits papiers « délivrés par Pékin, l’autorise à travailler partout sur le continent ».

Cet incident doit être placé dans un contexte plus large : celui de l’accès à l’information, voire même d’une véritable « guerre à l’information » qui a cours dans ce village de pêcheurs. Ainsi, le très officiel journal chinois Global Times n’hésite pas dans son éditorial du jour à villipender les « rumeurs colportées par les médias étrangers » qui « exagèrent tout ce qu’ils entendent ». Alors même que, d’un autre côté, selon un reporter du site américain Quartz les autorités chinoises « sont dans une chasse aux journalistes étrangers » puisqu’elles diffusent dans le village des annonces audio promettant une prime de 20 000 yuans [soit 2 700 euros, NDLR] à quiconque « pouvant offrir des indices permettant de « découvrir des forces étrangères » cachées dans le village ».

Mainichi Shimbun – C’est une première dans l’histoire de la démocratie nippone. Hier, mardi 14 septembre, le Parti démocrate japonais a élu à sa tête une femme de 48 ans qui effectue son troisième mandat à la Chambre des conseillers [chambre haute de la Diète japonaise, NDLR]. Renho Murata, connue publiquement et politiquement sous son seul nom de Renho, est née au Japon d’un père taïwanais et d’une mère nippone et a été naturalisée japonaise en 1985 à l’âge de 17 ans. Elle est élue à la Chambre des conseillers depuis 2004 dans la circonscription de Tokyo. Au cours de ces deux semaines d’élections internes au principal parti d’opposition du pays, elle s’est surtout exprimée sur sa volonté d’empêcher à tout prix une réforme de l’article n°9 de la Constitution – tel que voulue par le gouvernement de Shinzo Abe.

Selon le quotidien japonais, au terme de son élection, Renho doit désormais « améliorer la crédibilité du parti » afin que ce dernier soit vu comme une alternative possible au Parti libéral du Premier ministre, notamment en vue des prochaines élections à la Chambre des représentants [chambre basse de la Diète japonaise, NDLR]. Elle devra également décider si le Parti doit continuer sur la ligne politique décidée par son prédécesseur : à savoir une alliance électorale avec le Parti communiste japonais et d’autres formations politiques de moindre importance, malgré l’existence de fossés idéologiques évidents.
A l’issue de l’élection, alors même que le sujet avait trouvé un écho dans les rangs du Parti démocrate ces derniers jours, elle a annoncé avoir commencé les procédures de renoncement à la citoyenneté taïwanaise qu’elle avait jusqu’alors conservée – la double nationalité étant découragée mais pas pénalisée par la loi au Japon.

The Straits Times – Le ministre chinois des Affaires étrangères a prévenu son homologue japonais. La Chine, a déclaré Wang Yi, s’opposera à toutes « sanctions unilatérales » à l’égard de la Corée du Nord, même si le pays est prêt à travailler de concert avec les Nations Unies pour « formuler une réponse nécessaire » au dernier essai nucléaire nord-coréen. Selon les mots du chef de la diplomatie chinoise rapportés par Reuters, « la Chine est opposée au dernier essai nucléaire [nord-coréen, NDLR] et est prête à proposer des réponses nécessaires aux nouveaux changements à l’oeuvre dans la péninsule ».

Cette réponse chinoise intervient quelques heures à peine après que le ministre japonais des Affaires étrangères a demandé officiellement au gouvernement de Pékin « d’apporter une réponse constructive en tant que membre responsable du Conseil de sécurité de l’ONU », à la suite d’un essai nucléaire qui constitue « une menace impardonnable, directe et grave contre le Japon ».

Asie du Sud

Times of India – L’Afghanistan se retrouve au centre de la guerre des mots entre l’Inde et le Pakistan. Le président afghan Ashraf Ghani n’a pas hésité à déclarer hier, mercredi 14 septembre, lors d’une conférence à l’Institut d’analyses et de défense de New Dehli que « l’Afghanistan est un pays enclavé qui pense ouvertement, à l’opposé du Pakistan qui est ouvert sur la mer mais pense comme un pays enclavé ». Une allusion aux récentes allégations faisant état d’un refus annoncé du gouvernement d’Islamabad d’autoriser la livraison par l’Inde d’une tonne sept de blé à destination de l’Afghanistan en utilisant la route traversant le pays frontalier.

Selon le ministre indien des Affaires étrangères, une demande d’autorisation d’utilisation des routes a été faite auprès des autorités pakistanaises « mais ces dernières n’ont pas répondu ». Ce que conteste le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères dans un article du quotidien Dawn, qui rappelle néanmoins que « l’accès à l’Afghanistan se fait soit par voie aérienne, soit par voie maritime ». A ce titre, le gouvernement de Delhi « aurait mieux fait d’acheminer sa cargaison par des routes ouvertes et elle serait alors déjà arrivée à destination plutôt que de prendre l’excuse d’une non réponse de la part du Pakistan », a ajouté le porte-parole Nafees Zakaria. Le tout sur fonds de tensions toujours plus importantes au Cachemire (voir notre revue de presse du 9 septembre).

The Express Tribune – La sûreté des chemins de fer reste un éternel débat au Pakistan. Ce jeudi matin 15 septembre, au moins 4 personnes sont mortes et plus d’une centaine d’autres blessées lorsqu’un train de passager est entré en collision avec un train de marchandises à l’arrêt près de Multan, dans la province du Pendjab au nord-ouest du pays. L’Awami Express se rendait à Karachi. Près de 50 blessés ont été transportés à l’hôpital Nishtar à Multan, alors que 50 autres étaient soignés sur le site de l’accident. L’armée a été mobilisée en plus de 40 ambulances et de 200 sauveteurs en provenance de Lodhran, Muzafar Garh et Multan.

La cause de ce terrible accident serait due à une erreur humaine : selon Saima Khizar, directeur Vigilance de la Pakistan Railways, le chauffeur du train de passager n’aurait pas vu un feu rouge signalant le train de marchandises à l’arrêt. En novembre dernier, 19 personnes ont péri dans le déraillement d’un train dont les freins n’ont pas fonctionné, dans la province du Balouchistan. En juillet 2015, un train militaire a déraillé dans le canal après l’effondrement partiel d’un pont ferroviaire, tuant au moins 17 passagers.

The Hindu – C’est officiel : les deux ennemis d’hier sont tombés d’accord. Mohamad Nasheed, leader de l’opposition et premier président démocratiquement élu des Maldives en 2008, a trouvé un accord avec son pire ennemi Maumoon Abdul Gayoom, qui a régné pendant 30 ans sur l’archipel. Leur objectif commun : pousser vers la sortie l’autoritaire président Yameen.

Il y a quelques années, cela aurait été impensable. Pour cause, Nasheed accusait Gayoom d’avoir orchestré sa chute et d’exercer son influence sur le régime actuel. « Comment voulez-vous construire le futur si nous continuons à aller dans le passé », a lancé Nasheed. Depuis Londres où il est exilé, l’ancien président a assuré qu’un changement de régime était imminent et appelé à une convergence entre les différentes figures de l’opposition.

Depuis sa victoire controversé, le président Yameen a fortement durci la démocratie maldivienne. Des milliers de dissidents, dont la majorité des leaders de l’opposition, ont été emprisonnés, tandis que d’autres ont été forcés de s’exiler.

Par Joris Zylberman, Antoine Richard et Cyrielle Cabot, avec Sylvie Lasserre Yousafzaï à Islamabad