Revue de presse Asie - 9 septembre 2016

Essai nucléaire nord-coréen, Kofi Annan en Arakan et "guerre par procuration" au Cachemire

La Corée du Nord a procédé à son cinquième essai nucléaire, le plus important jamais conduit par Pyongyang. Copie d'écran du South China Morning Post, le 9 septembre 2016.
La Corée du Nord a procédé à son cinquième essai nucléaire, le plus important jamais conduit par Pyongyang. Copie d'écran du South China Morning Post, le 9 septembre 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Times – C’est l’essai nucléaire « le plus important » jamais conduit par Pyongyang. Ce vendredi 9 septembre à 9h30 du matin heure locale, l’armée sud-coréenne a détecté un séisme d’origine artificielle de magnitude 5,3 – le jour du 68e anniversaire de l’établissement du régime communiste au nord de la péninsule. Ce qui correspondrait à un essai nucléaire d’une puissance de 10 kilotonnes, « à peine moins que celui d’Hiroshima ». Les soupçons de Séoul étaient d’autant plus grands que l’épicentre avait été localisé à l’endroit même ou a été conduit le dernier test nord-coréen au mois de janvier, rapporte le Korea Times.

Des soupçons rapidement confirmés par les principaux intéressés. Les médias nord-coréens ont ainsi déclaré : « Nos scientifiques ont réalisé un test d’explosion sur une nouvelle tête nucléaire standardisée, dans le site nucléaire du nord du pays » – et ce, en dépit de toutes les sanctions internationales prises à son encontre. Peu rassurant pour les Etats-Unis, dont le territoire pourrait désormais être touché par une attaque nord-coréenne si Pyongyang a bel et bien réussi à développer des dispositifs nucléaires suffisamment petits pour être fixés sur un missile, analyse le South China Morning Post. Barack Obama a ainsi averti Kim Jong-un de « conséquences sérieuses » et appelé le Premier ministre japonais Shinzo Abe et la présidente sud-coréenne Park Geun-hye à « se concerter » sur la crise.

Cette dernière a vivement condamné l’essai nord-coréen, rapporte le Korea Times dans un second article. D’après Park, une telle entreprise ne fera que « déclencler de nouvelles sanctions internationales, renforcer l’isolement de Pyongyang et conduire à son autodesctruction ». La présidente sud-coréenne estime également qu’il s’agit là d’une négation de la position internationale à l’encontre du programme nucléaire nord-coréen, ce qui prouve « l’imprudence » de Kim Jong-un. D’après le Bureau de la présidence sud-coréenne, Barack Obama aurait promis d’envisager toutes les options consacrées par le traité de défense mutuelle entre Séoul et Washington, dont la « dissuasion nucléaire élargie » – c’est-à-dire la mobilisation de l’ensemble des capacités militaires américaines, conventionnelles et non-conventionnelles, pour défendre la Corée du Sud contre une attaque ou une invasion en provenance du Nord.

Côté chinois, allié traditionnel de la Corée du Nord, le ministère des Affaires étrangères a déclaré sa « forte opposition » à la manoeuvre de Pyongyang : « Nous incitons fortement la Corée du Nord à honorer ses engagements en matière de dénucléarisation, à se plier aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et à cesser de prendre toute mesure qui pourrait dégrader la situation. » Mais la marge de manoeuvre de Pékin est faible dans la mesure où les autorités chinoises souhaitent éviter l’effondrement du régime nord-coréen, qui conduirait à une crise frontalière et à un basculement de l’équilibre en faveur des Etats-Unis sur la péninsule, estime le South China Morning Post. Dans un autre article, le quotidien hongkongais informe également que la Chine a déclenché son système d’urgence de surveillance des radiations dans les deux provinces frontalières avec la Corée du Nord – Jilin et Liaoning – à la suite de l’essai nucléaire. Néanmoins, aucune mesure suspecte n’a encore été effectuée.

Désormais, la grande inconnue réside dans la nature réelle du dispositif nucléaire testé par Pyongyang ce matin. S’agit-il d’une bombe atomique traditionnelle (bombe A) ou d’une bombe à hydrogène (bombe H), encore plus dévastatrice – comme l’avait déjà revendiqué la Corée du Nord en janvier ? Pour la directrice générale du think tank américain 38 North spécialisé sur la Corée du Nord, Jenny Town, il s’agit bien d’une arme classique : « L’analyse des ondes sismiques révèle qu’il ne s’agit pas d’un test thermonucléaire », déclare-t-elle au South China Morning Post.

South China Morning Post – Cela fait 40 ans jour pour jour que Mao Zedong est mort. Pourtant, à Shaoshan, la ville natale du Grand Timonier – dans la province centrale du Hunan – il reste omniprésent. Mao apparaît sous forme de statues dans le square, sur les tableaux de bord des taxis, dans les hôtels et centres commerciaux… La ferveur pour Mao Zedong semble être restée intacte, même si ce dernier a été jugé responsable de la mort de dizaines de millions de personnes pendant la Grande famine et et la Révolution culturelle. Shaoshan est resté un lieu de pèlerinage. Les Chinois viennent parfois de loin pour acheter une effigie fabriquée dans le village, jugée « magique » et censée porter bonheur. Quand une nouvelle statue arrive dans un domicile, une petite cérémonie est systématiquement organisée pour s’attirer la bonne fortune. La ville s’est transformée comme destination phare du « tourisme rouge », sur les pas de Mao. Selon le gouvernement local, le village, d’une population de 118 000 personnes produit plus de 30 000 statues du “Président” chaque année.

Pourtant, aujourd’hui, ce commerce d’effigies commence à montrer des signes de déclin alors que l’économie chinoise ralentit et que le Parti communiste au pouvoir appelle à lutter en faveur de l’austérité et contre la corruption. Les employés du gouvernement, qui étaient jusqu’alors de grands acheteurs de ces statues, ont commencé à réfréner leur passion explique Global Times. A Shaoshan, trois des entreprises spécialisées dans la fabrication de ces effigies ont fait faillite. Les six restantes ont vu leur chiffre d’affaire divisé par deux. Su Jun travaille dans l’une des entreprises les plus célèbres de la ville. Cette dernière emploie plus de 100 personnes. Mais depuis quelques années, il voit la file d’attente devant sa boutique diminuer, ses ventes ont été diminuées par trois l’obligeant à diversifier son activité. Il propose aujourd’hui, à côté des statues de Mao Zedong, des statues de Bouddha, rapporte le South China Morning Post.

Malgré cette frénésie et cette ferveur toujours présentes pour Mao, les médias chinois parlent peu de l’anniversaire de sa mort. Pour cause, le gouvernement actuel souhaite éviter toute polémique sur la légitimité du Parti. S’ils ne peuvent se passer du symbole du Grand Timonier, ils refusent d’accorder une occasion de s’exprimer aux nostalgiques de Mao.

The Japan Times – Shinzo Abe remet à sa place le secrétaire général de son propre parti (Parti libéral-démocrate – PLD). Quelques jours après que ce dernier s’est dit favorable à l’accession d’une femme au trône impérial nippon (voir notre revue de presse du 26 août), le Premier ministre indiqué que le sujet n’était pas à l’ordre du jour. D’après lui, l’enjeu réside dans « les anxiétés de l’Empereur Akihito » quant à sa préoccupation de ne plus pouvoir assumer ses fonctions (voir notre revue de presse du 8 août). La question d’une succession féminine, non autorisée par la loi de la Maison impériale, n’est donc pas une priorité – Shinzo Abe serait même réticent à envisager un tel « concept », souligne le Japan Times. Pour tout comprendre des questionnements liés à la succession d’Akihito, (re)lire notre temps fort : « Japon : la fin du règne impérial ? ».

Asie du Sud-Est

Myanmar Times« On ne se réconcilie pas en se concentrant sur une partie du problème. » Devant la presse birmane ce vendredi 9 septembre, l’ex-secrétaire général de l’ONU a réaffirmé son impartialité dans sa mission de chef de la Commission consultative sur l’Etat de l’Arakan. A son arrivée dans la région mardi dernier, l’ex-secrétaire général de l’ONU chargé par Aung San Suu Kyi de trouver une solution au drame que vit la minorité Rohingya, majoritairement présente dans l’Arakan, avait été hué par des centaines de personnes manifestant contre l’implication d’un étranger dans leurs affaires intérieures.

Au total, trois étrangers ont été chargés de participer à cette nouvelle commission : Kofi Annan, Ghassam Salamé – politologue libanais – et l’ambassadeur norvégienne Laetitia Van Den Assum. Le Parti national arakanais, principal groupe politique de la région, avait rapidement fait savoir son mécontentement à cette annonce refusant de rencontrer Kofi Annan lors de sa visite.

Lors de son voyage, Kofi Annan s’est rendu dans le village de Thet Kay Pyin qui se situe à proximité de plusieurs camps où sont parqués des Rohingyas. Déclarés apatrides par l’ancien gouvernement militaire depuis mars 2015, ces derniers sont reclus dans des camps de fortune à la frontière avec le Bangladesh et privés de tout droit. Il a aussi rencontré le président Htin Kyaw, le commandant en chef des armées Min Aung Hlaing ainsi qu’Aung San Suu Kyi.

Un bureau permanent de la commission va maintenant être installé à Sittwe, capitale de l’Etat de l’Arakan. Dix personnes, dont un représentant de Kofi Annan, doivent élaborer un rapport qui devrait être publié l’année prochaine.

The Straits Times – C’est une avancée importante dans la lutte contre la piraterie en Asie du Sud-Est. Le président philippin Rodrigo Duterte a affirmé ce vendredi 9 septembre qu’il autoriserait les navires indonésiens à pénétrer dans ses eaux territoriales afin de « capturer » les pirates qui chercheraient à leur échapper. « Si la traque commence dans les eaux indonésiennes, se poursuit dans les eaux internationales puis dans les eaux philippines, [les Indonésiens] pourront aller de l’avant pour les détruire (sic), » a déclaré le chef d’Etat lors de sa première visite dans l’archipel. Un séjour qui intervient alors que le gouvernement de Jakarta fait pression sur Manille pour favoriser la libération de 9 marins indonésiens, otages aux mains du groupe islamiste Abou Sayyaf, dévoile le Jakarta Post. Pour comprendre les enjeux liés à la traque de la piraterie en Asie du Sud-Est, (re)lire notre dossier « L’Asie, royaume de la piraterie ».

Rodrigo Duterte a également tenu à s’exprimer de nouveau sur ses propos insultants à l’encontre de Barack Obama – il l’avait traité de « fils de pute » en amont du G20 (voir notre revue de presse du 6 septembre). Sa nouvelle stratégie consiste à nier les faits qui lui sont reprochés : « Je n’ai jamais fait aucune référence à Obama, se défend-il. Je n’ai jamais déclaré de telles choses : vous pouvez vérifier et revérifier. » Quoi qu’il en soit, le principal intéressé répond à la polémique avec flegme, comme le rapporte le Philippine Star : « Je ne prends pas ses remarques personnellement, a glissé Barack Obama. C’est une expression qu’il semble employer souvent, notamment à l’encontre du pape et d’autres encore, donc cela ressemble plutôt à une habitude pour lui. »

The Straits Times – Elections anticipées ou pas ? Voilà des jours que la rumeur se propage. Le Premier ministre malaisien Najib Razak et les hautes instances du parti de l’UMNO au pouvoir ont profité de la douzaine de rencontres du parti organisées ces dernières semaines pour pousser certains de leurs membres à aller à la rencontre des jeunes citoyens. Et dans leur bouche, il n’y a que les prochaines élections qui semblent compter. Au point que certains spéculent que les Malaisiens pourraient se rendre aux urnes bien avant mi-2018, date officielle des élections.

Au coeur du scandale financier 1MDB (1Malaysia Development Berhad) depuis plusieurs mois, la légitimité politique du Premier ministre Najib Razak est remise en question. Une victoire à des élections anticipées pourrait non seulement redorer son blason mais aussi lui assurer un nouveau mandat pour mettre en place ses réformes.

« Le mois de mars a été évoqué », a avoué un membre du parti de l’Umno souhaitant rester anonyme. En faveur du parti au pouvoir : les dissensions actuelles dans l’opposition qui peine à s’organiser, et qui rabattent les cartes politiques. « L’opposition est dispersée. Nous sommes plus prêts que jamais. » Les experts, quant à eux, sont plus mitigés. « Organiser des élections à une période où les prix du pétrole et des marchandises sont si bas, où la situation est si fluctuante, paraît risqué », explique Sholto Byrnes, professeur à l’Institut en affaires internationales à l’université de Kuala Lumpur.

Lors des dernières élections en 2013, Najib Razak avait dissout le Parlement à la dernière minute permettant à l’opposition de se renforcer. La coalition du Barisan national majoritaire avait fait son pire score depuis son arrivée au pouvoir cinq ans auparavant. Si la rumeur devait être vite confirmée officiellement, l’opposition serait prise par surprise.

Asie du Sud

The Hindustan Times – Alors que de légers signes d’apaisement semblaient pointer au Cachemire ces derniers temps, voilà que la situation se tend de nouveau. En cause : les déclarations du leader du Peoples Democratic Party, Muzaffar Hussain Baig, appelant Mehbooba Mufit, ministre-en-chef du Jammu-et-Cachemire – issue dudit parti, en coalition avec le parti nationaliste hindou (BJP) au pouvoir à New Delhi – à démissionner en raison de « l’incapacité du gouvernement central à maîtriser la situation ». Cela fait plus de 60 jours que la région est sous tension après la mort d’un militant séparatiste abattu par les forces de l’ordre.

La réaction du BJP ne s’est pas faite attendre : réaffirmant son soutien à Mehbooba Mufti, le porte-parole du parti nationaliste hindou a déclaré que le Jammu-et-Cachemire était le théâtre d’une « guerre par procuration » orchestrée par le Pakistan, et que cette situation ne pouvait être gérée que « stratégiquement ». Parallèlement, le couvre-feu a été réimposé dans la quasi-totalité du Cachemire indien ce vendredi 9 septembre afin d’éviter tout débordement à l’issue des prières du vendredi, informe The Indian Express. Les séparatistes cachemiris ont appelé à la fermeture des banques, des magasins et des stations essence jusqu’au 16 septembre.

The Express Tribune – Les appels à tenir une enquête indépendante sur le scandale des Panama Papers au Pakistan sont-ils lancés en vain ? Les députés de l’opposition en sont convaincus, révèle The Express Tribune. Près de six mois après les premières révélations qui ont éclaboussé des centaines d’hommes d’affaires et politiques pakistanais – dont la famille du Premier ministre Nawaz Sharif -, Islamabad évite toujours d’apporter un « éclairage institutionnel » sur l’affaire. Deux événements récents font penser à l’opposition que le parti au pouvoir repousse à dessein toute avancée sur ledit « Panamagate ». D’une part, le cinquième blocage opéré par le Comité fédéral des Recettes publiques à l’encontre d’une requête du Comité permanent de l’Assemblée nationale, demandant l’ouverture d’une enquête institutionnelle. D’autre part, le boycott par quatre institutions d’Etat d’une session spéciale du Comité des Comptes publics sur le scandale d’évasion fiscale.

« C’est un mouvement planifié derrière lequel se trouve le gouvernement », estime un député de l’opposition ; « Les institutions gouvernementales ne remplissent pas leur rôle en raison de l’implication de la famille Sharif dans le scandale », déclare un autre. La colère gronde également autour de la Commission pakistanaise des Opérations de bourse qui, si elle a bien confirmé l’implication de 444 citoyens pakistanais dans des faits d’évasion fiscale, s’est déclarée incompétente pour entreprendre des poursuites judiciaires à leur encontre – ce qui lui est pourtant permis en vertu de la section 101 du Securities Act de 2015…

The Hindu – Le président des Maldives est-il corrompu ? C’est en tout cas la thèse mise en avant par le documentaire « Stealing paradise » (« Voler le paradis ») diffusé sur la chaîne de télévision Al Jazeera. Le président Yameen et son gouvernement y sont accusés d’avoir blanchi 1,5 milliards de dollars soit 1,3 milliards d’euros. Une accusation tout de suite niée par le gouvernement qui a accentué la répression contre les médias.

Peu après la diffusion de ce documentaire, résultat de cinq mois d’enquête, et de sa diffusion massive sur les réseaux sociaux ce vendredi 9 septembre, la police nationale a pénétré les bureaux du quotidien local The Maldives Independant, dans la capitale Malé ; un journal fidèle à l’ancien président d’opposition Mohamed Nasheed. Selon sa rédactrice en chef, Zaheena Rasheed, qui a quitté les Maldives pour des « raisons de sécurité », cette intervention a eu lieu dans le cadre d’une enquête pour complot visant à mettre à mal le gouvernement.

Cet épisode intervient alors que de plus en plus de voix s’élèvent contre une répression grandissante de l’Etat contre les médias. Début septembre, le gouvernement maldivien a fait passer une loi contre la diffamation perçue comme une façon de limiter la liberté d’expression.
Les Maldives vivent une période de vives tensions politiques depuis 2012, date à laquelle l’ancien Premier ministre Mohamed Nasheed a été chassé du pouvoir et obligé de chercher l’asile au Royaume-Uni.

Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Cyrielle Cabot et Anda Djoehana Wiradikarta