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Japon : la fin du règne impérial ?

L'empereur Akihito lors de l'ouverture d'une session extraordinaire de la Diète le 1 août 2016.
L'empereur Akihito lors de l'ouverture d'une session extraordinaire de la Diète le 1 août 2016. La rumeur de son souhait d'abdiquer, évoquée dans la presse depuis mi-juillet, sera confirmée, à mi-mots, une semaine plus tard, le 8 août. Cette allocution télévisée exceptionnelle a plongé les Japonais dans la stupéfaction et contraint les instances impériales à se pencher sérieusement sur le problème afin d'y apporter une solution. (Crédit : Toru Yamanaka/AFP)
Dynastie régnante la plus ancienne au monde, la famille impériale japonaise intrigue et fascine. Dernièrement, elle a retenu plus particulièrement l’attention des médias avec une nouvelle étonnante. En effet, le 8 août dernier, l’empereur Akihito s’adressant en direct à la télévision à son peuple médusé, a annoncé à mots couverts son profond souhait d’abdiquer. Raisons invoquées: l’âge et la fatigue.
Cela pourrait sembler tout à fait normal et sans aucune conséquence sachant qu’en théorie, l’empereur n’a plus aucun rôle politique. Mais les choses sont autrement plus complexes en pratique pour cet empereur de 82 ans, respecté et populaire, qui, incarnant la nation, voit ses moindres faits et gestes en permanence surveillés. Akihito n’a d’ailleurs pas pu exprimer clairement sa volonté d’abdication, se contentant d’évoquer « sa peine à remplir ses fonctions en tant que symbole de l’État ».
Les obstacles qu’il doit aujourd’hui affronter pour céder le trône impérial à son fils sont en réalité révélateurs d’un rôle impérial bien plus important qu’on ne l’imaginerait de prime abord. Analyse en cartes et infographies des obligations et devoirs d’un souverain aux prises avec le carcan de la tradition impériale.

Contexte

En japonais, le mot empereur se dit tennō (天皇), littéralement « empereur céleste ». L’empereur serait en effet d’essence divine. D’après le Nihon shoki* (日本書紀, chroniques japonaises) et le Kojiki (古事記, chroniques des faits anciens), le premier empereur japonais fut Jinmu (神武, « puissance divine »). Considéré comme le fondateur mythique du Japon, il serait le descendant de cinquième génération de la déesse shintō du soleil, Amaterasu (天照, « qui illumine le ciel »).

Le Nihon shoki (日本書紀, « Annales ou Chroniques du Japon »), achevé en 720, a été rédigé par le prince Toneri (舎人親王), par Ō no Yasumaro (太安万侶), chroniqueur de l’impératrice Genmei et par d’autres historiens de l’époque. Cet ouvrage constitue l’une des rares sources officielles écrites sur l’histoire des origines du Japon après le Kojiki (古事記, « Chronique des Faits anciens »). Ils décrivent l’un comme l’autre l’origine divine de la famille impériale japonaise.

Le premier empereur historique du Japon est Ōjin (応神, IIIème et IVème siècles après J.-C.). Son existence a été attestée par la découverte de sa sépulture ou kofun (古墳, « ancienne tombe ») dans la préfecture d’Osaka. Les empereurs qui lui succédèrent sont tous considérés comme historiques bien que leur existence ne soit pas toujours avérée.

Quelques femmes ont aussi régné sur l’empire japonais. Ce qui n’allait toutefois pas entièrement à l’encontre du principe agnatique de la succession impériale (selon lequel seul l’héritier mâle aîné peut hériter du trône). En effet, leur règne n’était théoriquement que provisoire puisque dès qu’un héritier mâle naissait, le trône lui revenait aussitôt. C’est ce système de succession, en vigueur depuis plus d’un millénaire, qui est actuellement remis en question.

L’empereur n’a toutefois pas toujours été au centre du pouvoir. Les shōgun (将軍, général) l’ont notamment usurpé du XIIème au XIXème siècles, établissant alors un système féodal. Celui-ci fut aboli en 1868 avec la restauration de l’empereur Meiji et la restitution de ses pouvoirs.
Ce n’est qu’avec la Constitution de Meiji de 1889 que le principe agnatique fut officiellement mis en place au Japon. Désormais, les empereurs sont de sexe masculin, sacrés et leur pouvoir est total.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident va cependant imposer au Japon de se réformer, notamment sur le plan politique. Le peuple japonais entend pour la première fois la voix de son empereur le 15 août 1945 alors qu’il proclame la reddition du pays. Quatre mois plus tard, Hirohito annonce lui-même sa « non divinité ». Dans la foulée une nouvelle Constitution est rédigée en 1946.
L’empereur du Japon n’a donc plus qu’un rôle symbolique. Mais si tel est le cas, pourquoi Akihito évoquerait-il alors comme raison de son souhait d’abdiquer, sa possible incapacité future à remplir ses fonctions impériales ? Quels devoirs se cachent-ils derrière le symbole puisque théoriquement l’empereur n’a plus aucune prérogative particulière si ce n’est incarner l’État?

Quel est le rôle actuel de l’empereur du Japon ?

D’après la Constitution japonaise de 1947, l’empereur du Japon est le symbole de l’État et de l’unité du peuple (article 1). Ce rôle lui impose cependant quelques devoirs politiques annexes précisés dans les articles 6 et 7. L’empereur se doit ainsi de remplir, en accord avec les décisions de la Diète, un certain nombre de fonctions présentées dans l’infographie ci-dessous.
Les rôles de l'empereur du Japon d'après la Constitution de 1947.
Les rôles de l'empereur du Japon d'après la Constitution de 1947.
En outre, l’empereur doit attester de la nomination et de la révocation des ministres d’État et des fonctionnaires, des pleins pouvoirs et des lettres de créances des ambassadeurs et des ministres, ainsi que de l’amnistie. Il atteste aussi des commutations de peine, des décisions de grâce et de réhabilitation, ainsi que des instruments de ratification et des documents diplomatiques.

Enfin, il est chargé d’organiser des réceptions pour les ministres et les ambassadeurs étrangers et de représenter l’État aux cérémonies officielles. Ces dernières fonctions, qui l’obligent à quitter régulièrement son palais pour se déplacer dans l’archipel nippon ou à l’étranger, revêtent un double caractère politique et symbolique. À leur occasion, chaque parole, chaque geste de l’empereur, considéré comme représentatif de la pensée du pays tout entier, est strictement encadré par l’agence de la Maison impériale (en japonais 宮内庁, kunaichō) – elle-même contrôlée par la Diète. S’il peut exceptionnellement lui arriver de sortir de sa réserve et d’agir plus « spontanément » par lui-même, l’empereur n’a guère de latitude puisque l’avis et l’approbation du cabinet sont nécessaires pour chacun de ses actes accomplis en tant que symbole de l’État. À noter que les autres membres de la famille impériale ont, eux aussi, un rôle symbolique non évoqué par la Constitution. Ils se doivent ainsi de participer à un certain nombre de cérémonies officielles et rencontrent régulièrement des dignitaires étrangers, notamment lors de leurs séjours hors de l’archipel.

La Constitution de 1947 a également aboli le rôle religieux de l’empereur. Sans que ce soit clairement exprimé, elle établit en effet la séparation de l’Église et de l’État, énonçant notamment que « l’État et ses organes s’abstiendront de l’enseignement religieux ou de toute autre activité religieuse » (article 20). L’empereur qui, de par la Constitution de Meiji de 1889 et le shintoïsme d’État, était considéré comme une « personne sacrée et inviolable » et un « prêtre suprême », perd donc tout rôle religieux officiel. Le 1er janvier 1946, l’empereur Hirohito (Shōwa, de son nom posthume) renonce à son statut divin et devient un simple mortel par ces quelques mots : « les liens entre nous (朕, chin, terme employé par le souverain quand il parle de lui même) et vous, le peuple, (…) ne sont pas fondés sur le concept fictif que l’empereur serait une divinité vivante ».

Tous les rites shintoïstes que l’empereur effectue sont donc réalisés à titre privé. Même si ce titre provient à l’origine de la mythologie shintoïste. Akihito, l’actuel empereur, serait ainsi le 125ème descendant de la déesse du soleil Amaterasu.

Bien qu’elles aient été largement réduites avec la nouvelle Constitution de 1947, les fonctions de l’empereur n’ont pas pour autant disparu. En dépit du contrôle permanent du gouvernement, Akihito conserve une importance indéniable même si avant tout symbolique. S’il n’avait été justement de l’importance de ce devoir de représentation de l’État et de l’unité du peuple, sans doute sa volonté d’abdiquer aurait été plus facile à imposer.

En quoi l’empereur Akihito se distingue-t-il de ses prédécesseurs ?

Les grands moments de la vie d’Akihito dans l’histoire du Japon.

L’empereur Akihito n’a pas eu la trajectoire classique de ses prédécesseurs. Né en 1933, il n’a que treize ans lorsque son père, l’empereur Hirohito, annonce renoncer à son statut divin. Mais c’est surtout son éducation qui, tranchant radicalement sur la tradition, va le distinguer.

C’est une Américaine en effet, Elizabeth Gray Vining, (voir l’article du Los Angeles Times) qui pendant quatre ans fut chargée de son éducation. Cette chrétienne quaker de 44 ans lui enseigna l’anglais et l’accoutuma à la culture occidentale, lui apportant une ouverture d’esprit inhabituelle à la cour impériale. Choisie expressément par l’empereur Hirohito qui voulait une femme pour éduquer ses enfants (afin de contrebalancer l’entourage masculin de la cour), une chrétienne (sans être « fanatique » pour autant) mais aussi une étrangère (Hirohito fut le premier empereur japonais à se rendre à l’étranger), elle eut une grande influence sur le jeune homme mais aussi sur ses frères et sœurs dont elle était aussi la tutrice. Marque de la grande estime qu’il lui portait, Akihito l’invita même à son mariage en 1959, faisant d’elle la seule étrangère conviée à l’événement.

Ce mariage est lui aussi surprenant. Rompant avec la tradition, c’est en effet sur une roturière qu’Akihito posa son dévolu : Michiko Shōda (美智子正田), fille aînée d’Hidesaburō Shōda, président de la société Nisshin Seifun. Une rencontre fortuite « à l’occidentale », lors d’un match de tennis à Karuizawa, près de Nagano, à la suite duquel, il décida de l’épouser, par amour.

Si le couple reçut le soutien de la population japonaise qui voyait dans ce mariage, avec lequel il pouvait aisément s’identifier, une façon de se rapprocher de l’empereur, il dut en revanche affronter l’ire de la famille impériale et de l’agence de la Maison impériale qui s’opposèrent à cette union.

Ce mariage avec une roturière, bien qu’issue d’une famille aisée, représentait en effet des perspectives de changement peu souhaitées. Le couple dut donc se battre pendant plusieurs années pour enfin sceller son union. La mère d’Akihito, l’impératrice Kōjun, mena ensuite la vie dure à la jeune mariée qui ne cacha d’ailleurs pas le mal qu’elle eut pour se faire accepter et combien elle en souffrit. En 2007, l’impératrice Michiko déclarait ainsi : « Après mon mariage, j’ai rencontré des difficultés dans ma nouvelle vie, parmi lesquelles de nombreuses demandes et attentes. » Une pression telle par moments que l’impératrice en perdit même la voix pendant de longues périodes.

L’éducation qu’Akihito et Michiko donnèrent à leurs enfants diffère aussi radicalement des habitudes de la cour impériale. C’est en effet le couple lui même qui éleva ses enfants – alors que la tradition aurait voulu qu’ils les confient à un précepteur dès l’âge de 3 ans. Dernier point enfin qui distingue Akihito de ses prédécesseurs : sa grande proximité avec le peuple japonais. Considéré comme un « homme du peuple « , il n’a cessé de multiplier les visites sur le terrain dans les 47 départements nippons et a toujours été présent auprès de la population lors des moments difficiles qu’a connus le Japon. Ainsi, en mars 2011 au lendemain du tsunami qui a ravagé le nord du pays, il n’hésite pas à visiter avec son épouse un centre d’évacuation de Tōkyō, allant jusqu’à s’asseoir au même niveau que les victimes. Un acte symbolique fort de proximité et de compassion dans ce Japon où un siècle plus tôt, le simple fait de lever les yeux sur l’empereur du Japon était impensable.
L’empereur Akihito se rend également très souvent à l’étranger. Depuis son accession au trône en 1990 il a effectué des visites officielles dans 29 États. Une ouverture d’esprit héritée de son père qui, lui même un précurseur, s’était déplacé en Europe et aux États-Unis. Akihito fut le premier empereur à aller en Chine* qu’il visita, accompagné de l’impératrice, à l’occasion des vingt ans de la reprise des relations sino-japonaises en 1992. Il exprima alors de  » profonds remords » pour « les grandes souffrances infligées […] au peuple chinois ». Une visite et une déclaration hautement symboliques, même si, on le lui reprochera, il n’a pas réellement prononcé d’excuses.

SEIZELET Éric, Akihito en Chine. Les limites de la diplomatie expiatoire In : Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°39, juillet-septembre 1993, pp. 55-71
L’empereur Akihito fut également le premier à se rendre sur l’île de Saïpan, dans l’archipel des Mariannes, lieu de l’une des batailles les plus importantes de la Guerre du Pacifique.Cet autre voyage historique du couple impérial est le premier effectué en hommage aux victimes de la guerre, japonaises et étrangères. Le couple se recueillit sur plusieurs mémoriaux de l’île, et notamment devant le monument aux morts coréen, geste d’apaisement très apprécié par la Corée du Sud qui en avait fait la demande. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un millier de Coréens, travailleurs forcés, femmes de réconfort avait été envoyé combattre à Saïpan*.
Lire à ce sujet « À Saïpan, un geste d’apaisement de l’empereur japonais« ,
publié dans Le Monde, du 26 août 2005.
Récemment, en janvier dernier, à 82 ans, l’empereur s’est rendu aux Philippines avec l’impératrice. Il s’agit encore une fois de la première visite d’un empereur japonais en fonction dans ce pays d’Asie du Sud-Est lui aussi marqué par la Seconde Guerre mondiale. Après avoir déposé des gerbes de fleurs et s’être incliné devant les monuments mémoriaux, le couple impérial a, là aussi, rendu hommage aux victimes de la guerre confirmant une fois de plus la volonté de transmettre un profond message de paix.
Heisei (平成, accomplissement de la paix), le nom posthume de l’empereur Akihito, qui est aussi le nom de l’ère actuelle, convient donc tout à fait à la personnalité de ce souverain profondément pacifiste.

Quel avenir pour la famille impériale ?

La question de l’avenir de la famille impériale se pose avec d’autant plus d’acuité que l’empereur Akihito a fait savoir cet été sa volonté d’abdiquer. Il a en effet indiqué dans une vidéo diffusée le 8 août son inquiétude quant à sa possible incapacité à remplir ses fonctions (voir notre revue de presse du 8 août). L’empereur Akihito n’est pas le premier à émettre un tel souhait. Avant lui en 1817, l’empereur Kōkaku avait abdiqué en faveur de son fils Ninkō. Paradoxalement, il finit ensuite par détenir plus encore de pouvoirs que lorsqu’il était en « poste ».

Mais ce n’est pas aussi facile qu’il y paraît car Akihito doit faire face à un problème de taille : la loi actuelle ne prévoit en effet pas de possible abdication. Le prince Naruhito ne serait donc censé hériter du trône de son père que si celui-ci décédait, comme l’énonce l’article 4 de la loi de la Maison impériale de 1947.

L’impasse toutefois n’est pas totale. Plusieurs solutions peuvent être envisagées: tout d’abord une révision de la dite loi. Nombreux sont cependant ceux qui craignent qu’une telle révision ne nuise à la stabilité du système impérial. Elle aurait donc beaucoup de mal à passer.

Autre possibilité: l’empereur pourrait se réclamer de l’article 16 de la loi de la Maison impériale qui institue une régence en cas de « maladie incurable » ou « d’obstacle sérieux empêchant l’empereur d’accomplir ses actes ». Bien que les nationalistes soient pour cette solution, Akihito n’y semble pas du tout favorable. En effet, pourquoi garderait-il son titre s’il ne peut pas remplir ses devoirs impériaux ?

Akihito pourrait également rester empereur sans avoir de régent et voir ses fonctions impériales diminuer – comme cela avait déjà été le cas à la suite de ses ennuis médicaux, une opération de la prostate en 2003 et un pontage aorto-coronarien en 2012. Mais Akihito semble farouchement contre toute restriction de ses devoirs impériaux qu’il considère capitaux puisqu’ils lui permettent de conserver un lien avec le peuple japonais et les dignitaires étrangers.

Le Premier ministre japonais, Shinzō Abe, a quant a lui proposé une dernière solution pour permettre à Akihito d’abdiquer : la création d’une loi spéciale. Il a ainsi souligné que le gouvernement envisageait de mettre en place un « système exclusif à sa Majesté [l’empereur] » (voir notre revue de presse du 11 août) lui permettant d’abdiquer. La décision de la Diète devrait être rendue pour l’anniversaire de l’empereur le 23 décembre prochain. Si le choix de la révision ou de la législation spéciale l’emportait, un consensus de la Diète serait nécessaire pour rédiger une proposition de révision ou de loi. Le processus complet pourrait donc prendre plusieurs années. Soit une éternité pour un homme de cet âge, malade qui plus est.

Le débat sur le système de succession au Japon aujourd’hui déborde largement le simple cas de l’empereur Akihito. L’idée de permettre l’accession au trône à une femme, et ainsi d’aller à l’encontre du principe agnatique afférent à la succession impériale, a fait son chemin dans les esprits. En 2005, le gouvernement avait même évoqué la possibilité de réformer la loi dans le but justement de permettre l’accession au trône d’une femme. À l’époque en effet, l’empereur Akihito n’avait pas encore de petit-fils mais une petite-fille, la princesse Aiko de Toshi, fille du prince héritier Naruhito et de son épouse, la princesse héritière Masako. Le cabinet de Junichirō Koizumi prévoyait donc de réformer la loi de la Maison impériale. Mais les conservateurs s’y opposèrent, considérant que le prestige de la Maison impériale en serait affecté.

Le débat s’était ensuite clos de lui même avec la naissance du prince Hisahito d’Akishino en septembre 2006 jusqu’à ce que Toshihiro Nikai, secrétaire du parti Libéral démocrate – actuellement au pouvoir – ne le relance en août dernier. (voir notre revue de presse du 26 août). À ses yeux en effet, l’impossibilité pour une femme de la famille impériale d’accéder au trône à une époque où règne le « respect des femmes » est une aberration « irraisonnable » et « inacceptable ».

Si le problème de succession masculine semble provisoirement réglé grâce au prince Hisahito d’Akishino, la question pourrait bien se poser de nouveau si le système impérial n’évolue pas. La famille impériale n’est en effet composée que de 21 membres. Et parmi les 4 petits-enfants de l’empereur Akihito et les 5 du prince de Mikasa, frère cadet de l’empereur Shōwa (Hirohito), le seul héritier mâle est justement le prince Hisahito d’Akishino. Les autres petits-enfants sont tous des filles, donc susceptibles de quitter la famille impériale : la loi impose en effet le départ des femmes mariées de la famille. Leur nom est alors rayé du registre impérial (皇統譜,kōtōfu) et inscrit à la place dans un registre familial civil (戸籍, koseki). Si, dans le futur, Hisahito d’Akishino n’avait lui même pas de descendant mâle, la lignée pourrait donc s’éteindre.

Si la dernière dynastie impériale au monde ne veut pas disparaître, il lui faudra bien un jour ou l’autre se résoudre à accepter une réforme du principe de succession et sans doute faire place aux femmes. Un hommage somme toute à la genèse de la dynastie et à la déesse Amaterasu…

Par Marie Bonnamy
A propos de l'auteur
Marie Bonnamy
Etudiante en japonais et en relations internationales à l'INALCO, Marie Bonnamy s'intéresse particulièrement aux enjeux de société au Japon et notamment à la place des femmes.