Revue de presse Asie - 1er août 2016

Manufactures chinoises au ralenti, lois sécuritaires en Malaisie et Intouchables en Inde

Le BJP ne sait pas comment gérer les manifestations des Dalits après la mise en ligne d'une vidéo montrant un "Intouchable" se faire flageller en public. Copie d'écran de The Indian Express, le 1er août 2016.
Le BJP ne sait pas comment gérer les manifestations des Dalits après la mise en ligne d'une vidéo montrant un "Intouchable" se faire flageller en public. Copie d'écran de The Indian Express, le 1er août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – La production manufacturière chinoise est en berne. Le Bureau national des Statistiques a indiqué aujourd’hui, lundi 1er août, que l’indice PMI chinois était en baisse de 0,1 point tandis que celui des PME manufacturières connaissaient leur première croissance depuis février 2015 (+ 2 points). Un déclin imputé aux inondations du mois de juillet qui auraient tiré la demande vers le bas, estime le statisticien Zhao Qinghe. La déception des investisseurs s’est répercutée sur les marchés chinois : l’indice composite de Shanghai a notamment chuté de 1,25 % et celui de Shenzhen de 1,94 %. La bourse de Hong Kong, elle, a « fait peu de cas » de la nouvelle en clôturant à + 1,31 %.

Dans un autre article, le South China Morning Post, se demande ce qui handicape la machine à exporter de la Chine. L’une des principales raisons de cette stagnation est, d’après Julia Su – manager des ventes à la Shanghai Eastern Resources Arts & Crafts – la hausse des salaires chinois, qui entraînerait une augmentation des prix. Les consommateurs étrangers se tourneraient alors vers d’autres pays fournisseurs.

D’après les économistes, ce faible indice PMI chinois indique des conditions économiques agitées, sans doute liées aux mesures de relance lancées par Pékin. La politique fiscale devait stimuler la croissance via une augmentation de la demande intérieure, ce qui ne s’est finalement pas produit. Zhong Zhengsheng, directeur des analyses macroéconomiques chez CEBM a cependant déclaré que malgré « des signes de stabilisation dues à l’implantation graduelle de politiques fiscales proactives, […] la pression sur la croissance économique continue et les politiques de soutien fiscal et monétaire doit perdurer. »

New York Times – C’est la fin d’une longue bataille de plus d’un an entre Uber China et Didi Chuxing. Les deux compagnies de VTC devraient annoncer leur fusion dès demain, mardi 2 août. Didi Chuxing va absorber la branche chinoise de la compagnie américaine. La nouvelle entreprise est évaluée à 35 milliards de dollars, après la mise en commun des 28 milliards de Didi Chuxing et les 7 milliards de Uber China. Un deal qui devrait mettre fin aux « dizaines de millions de dollars dépensés chaque mois pour attirer plus de conducteurs » selon le New York Times. La compagnie chinoise devrait aussi investir 1 milliard de dollars dans l’entreprise Uber Global.

« C’est le dernier exemple des difficultés auxquelles font face les entreprises technologiques américaines quand elles essaient de s’implanter en Chine », commente le quotidien. Uber a su y construire une entreprise en constante progression, malgré les restrictions d’Internet. Début 2015, la mise en place du service Uber Pop en Chine avait même permis à la compagnie américaine de prendre des parts de marché au géant Didi Chuxing.

Japan Times – C’est une victoire écrasante pour Yuriko Koike, qui devient la première femme gouverneure de Tokyo. L’ancienne ministre de l’Environnement a remporté de loin les élections d’hier dimanche 31 juillet, devenant ainsi la première femme gouverneure de Tokyo. Bien qu’elle ait concouru aux élections sans le consentement du Parti Libéral Démocrate (PLD) au pouvoir, elle a amplement dépassé ses deux principaux adversaires : Hiroya Masuda, candidat préféré de la coalition PLD – Komeito, et Shuntaro Torigoe, ancien journaliste soutenu par le bloc adverse – mené par le parti démocrate et le parti communiste. Les derniers scrutins indiquaient qu’elle avait recueilli 2 912 628 votes (contre 1 793 453 votes pour Masuda et 1 346 103 votes pour Torigoe). Elle a ainsi dépassé de 13,59 points l’ancien vainqueur des élections gouvernementales de Tokyo de 2014.

La nouvelle gouverneure de Tokyo siège à la Diète depuis 1992 et a occupé les fonctions de ministre de l’Environnement, ministre d’État en charge des Affaires d’Okinawa et des territoires du Nord, et plus brièvement de ministre de la Défense. Elle est entrée en politique après avoir travaillé en tant qu’animatrice pour TV Tokyo news. Parlant couramment l’arabe, elle a travaillé comme traductrice.

Yuriko Koike supervisera désormais la métropole capitale et compte d’ailleurs y mettre en place « de nouvelles politiques que personne n’a jamais vues ». Elle a notamment l’intention de promouvoir de meilleures conditions pour les femmes, cause qu’elle se sent responsable de soutenir. Les principales problématiques qu’elle souhaite aborder sont celles des crèches, du soin aux personnes âgées et de la vie professionnelle. Yuriko Koike a également pour but de redonner à Tokyo sa place de capitale financière leader en Asie, utilisant pleinement la stratégie de zone économique spéciale de la ville.

The Straits Times« Au nom du gouvernement, je présente mes plus sincères excuses au peuple aborigène pour les souffrances et l’injustice qu’ils ont subies ces 400 dernières années. » Par ces mots, Tsai Ing-wen est devenue la première présidente taïwanaise à formuler des excuses officielles aux autochtones de Taïwan, qui représentent aujourd’hui 2% des 23,5 millions d’habitants de l’île, note le Straits Times. Tsai présidera notamment un comité chargé d’enquêter sur les exactions commises envers ces tribus – un volet de sa « justice transitionnelle » promise lors de l’élection présidentielle de janvier 2016. L’enjeu lui tient particulièrement à coeur, Tsai étant la première présidente taïwanaise d’ascendance aborigène, explique le quotidien singapourien. Ces derniers jours, à l’approche de son discours, des centaines d’autochtones s’étaient néanmoins réunis devant le palais présidentiel pour demander des actions concrètes auprès du gouvernement. Les aborigènes réclament notamment la protection de leurs droits à la chasse, mis en péril par la reclassification de leurs terres en parcs nationaux.

Asie du Sud-Est

The Straits Times – La démocratie malaisienne est-elle menacée ? Le National Security Council Act, nouvelle législation en matière de sécurité, entre en vigueur ce lundi 1er août en Malaisie – et ravive les inquiétudes des groupes de défense des droits de l’homme. « Nous sommes profondément inquiets… La loi pourrait encourager les violations des droits de l’homme », a déclaré la semaine dernière Laurent Meillan, qui dirige le bureau Asie du Sud-Est du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme. Que permet au juste cette nouvelle législation ? La possibilité pour le gouvernement de proclamer une « loi martiale virtuelle » dans les domaines dont la sécurité serait jugée « menacée ». Un Conseil de Sécurité nationale, dirigé par le Premier ministre, pourra dès lors suspendre les libertés civiles dans certains « domaines de sécurité » délimités et allouer aux forces de sécurité des pouvoirs considérables. « La loi va résolument instiller la peur chez les personnes qui souhaitent participer à des manifestations », résume ainsi Saiful Wan Jan, à la tête du think tank malaisien Democratic and Economic Affairs.

La nouvelle loi, votée au Parlement en décembre, pourrait servir d’arme pour le Premier ministre Najib Razak afin d’écarter les nombreux défis politiques et légaux auxquels il doit faire face, analyse le Straits Times. Embourbé dans le scandale financier du fonds étaitique d’investissement 1MDB, le chef du gouvernement est accusé d’avoir détourné des milliards de dollars de ce fonds qu’il dirigeait. Un scandale qui lui a valu de très fortes oppositions, sur le plan politique comme dans la rue. En août 2015, des dizaines de milliers de manifestants avaient paralysé la capitale en réclamant sa démission. Actuellement, les autorités de plusieurs pays enquêtent sur ces accusations. La semaine dernière, le ministère américain de la Justice a lancé une opération pour saisir plus de 1 milliard de dollars d’actifs qui auraient été acquis avec l’argent détourné du fonds, notamment par un « responsable politique malaisien de haut-rang » – référence à peine voilée à Najib Razak. La déclaration américaine a ainsi attisé les protestations anti-Najib en Malaisie. Des protestations qui pourraient être muselées grâce à la nouvelle législation.

Myanmar Times – Les efforts se multiplient et pourtant, l’incertitude plane toujours autour de la nouvelle conférence de Panglong. En témoigne le sommet de Mai Ja Yang, qui s’est achevé ce lundi 1er août sur « une note ambivalente », selon le Myanmar Times. Les groupes ethniques armés réunis lors de ce sommet, dans l’Etat Kachin, ont indiqué qu’ils se présenteraient à ladite conférence sur l’unité nationale uniquement si cette dernière incluait l’ensemble des groupes ethniques armés du pays. Deux incertitudes pèsent cependant sur l’inclusivité de la conférence de Panglong : le gouvernement enverra-t-il des invitations à tous les groupes armés ? Et ces derniers y répondront-ils tous favorablement ? Outre la National Democratic Alliance Army et l’United Wa State Army, qui n’ont pu assister au sommet de Mai Ja Yang pour cause d’entretien avec le gouvernement central, les soupçons pèsent sur la participation de la Myanmar National Democratic Alliance Army et la Ta’ang National Liberation Army…

Quoi qu’il en soit, les groupes présents au sommet de Mai Ja Yang ont formulé plusieurs requêtes sur l’avenir de la Birmanie, en vertu de leur conception de l’unité nationale. Ils souhaitent notamment que le pays prenne la forme d’une véritable union fédérale, et que l’armée (le Tatmadaw) soit placée sous « contôle civil ». L’ensemble de ces recommandations sont recensées dans un document de consensus intitulé « Références aux principes de Panglong », note le Myanmar Times.

Cambodia Daily – Le droit doit évoluer avec les pratiques sociales pour mieux les encadrer. C’est le discours qu’a tenu l’ambassadrice australienne à Phnom Penh auprès du ministre cambodgien de la Justice, Ang Vong Vathana, dévoile le Phnom Penh Post ce lundi 1er août. Au coeur des enjeux : la rédaction d’une loi sur les mères porteuses – la première du pays. « L’Australie a soumis l’idée, mais le ministère doit encore étudier la question », a déclaré le porte-parole du ministère de la Justice. Si le Cambodge ne représente pas encore une destination de premier choix pour les couples à la recherche d’une mère porteuse, force est de constater que le pays devient de plus en plus attractif. Ses tarifs « abordables » contrebalancent les « risques inhérents » à l’absence de cadre législatif, note le directeur d’une agence coordonnant les recherches de mères porteuses à travers le monde, Bill Houghton. Il explique que la promulgation d’une nouvelle loi permettrait de protéger « les droits des mères porteuses, des parents et des enfants », et de garantir « les droits de garde ainsi que la bonne exécution des paiements et des frais médicaux ».

Asie du Sud

The Indian Express – Le parti nationaliste hindou (BJP) est dans la tourmente. En pleine pré-campagne pour les élections locales en Uttar Pradesh et dans d’autres États fédérés en 2017, le parti ne sait pas comment gérer les manifestations des « Intouchables » (Dalit). Leur colère vient de la mise en ligne d’une vidéo montrant des Dalit se faire déshabiller et fouetter en public dans l’État du Gujarat, fief du Premier ministre Narendra Modi. Les partis politiques ont ainsi pointé du doigt la responsabilité du BJP. Lors d’un meeting à Agra, le président du parti en Uttar Pradesh a contre-attaqué, devant une salle peu remplie. Le Président national du BJP, Amit Shah, devait lui aussi se rendre à ce meeting, mais a annulé sa venue deux jours avant. Selon The Indian Express, le BJP « a mal mesuré l’intensité des manifestations », alors qu’elles prenaient de l’ampleur sur une très courte durée. « Dix jours après l’incident, rappelle le journal, un policier a déjà perdu la vie et plusieurs bus ont été incendiés par la foule. »
The Indian Express – Les Cahemiris pakistanais descendent dans la rue. Les habitants de Gilgit, dans la région du Gilgit-Baltistan, manifestent contre la présence chinoise. D’autres mouvements ont été signalés dans l’Azad-Cachemire, dans la vallée du Neelum. En cause : le développement du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui doit relier les deux Etats par un nouveau réseau autoroutier, ferroviaire et de pipelines. Mais ce n’est pas du goût des populations locales, qui accusent Pékin et Islamabad d’avoir établi leur feuille de route « sans les avoir consultées ». De ce fait, les Cachemiris craignent que le CPEC ne se développe sans leur région, voire à son détriment. Par exemple, aucune des 60 zones économiques spéciales prévue dans le projet ne sera implantée au Cachemire pakistanais, note le Times of India. Néanmoins, pour permettre la construction des axes ferroviaires et autoroutiers, les autorités pakistanaises sont accusées de saisir les terres ancestrales des Cachemiris.

Ces manifestations font également suite à celles contre « les élections truquées qui ont eu lieu le 21 juillet, rapporte The Indian Express. Les manifestants ont brulé des drapeaux pakistanais et ont affronté la police. » Le parti du Premier ministre Nawaz Sharif avait remporté 31 des 41 sièges. Comme le rappelle le journal, l’année dernière en juillet, l’Inde s’inquiétait des élections pakistanaises au Gilgit-Baltistan. Le pays y voit « un camouflage de l’occupation illégale [du Pakistan] dans la région » (voir notre revue de presse du 29 juillet).

Dawn – A quand la fin des attentats à Kaboul ? Ce lundi 1er août, l’hôtel pour étrangers Northgate a été pris pour cible par une attaque au camion piégé. L’attaque, revendiquée par les Talibans, a précédé un siège qui a duré sept heures. Une nuit pendant laquelle les coups de feu et les explosions de grenades ont retenti dans la capitale. Si on ne déplore aucune victime parmi les clients et le personnel de l’hôtel, l’explosion du camion a causé la mort d’un policier et trois autres blessés. Du côté des assaillants, trois terroristes ont trouvé la mort, selon la police. Les Talibans ont quant à eux annoncé par la voix de leur porte-parole Zabihullah Mujahid que les assaillants avaient tué et blessé plus de cent « envahisseurs américains » dans l’attaque. Mais ils sont connus pour « exagérer le bilan de leurs attaques », estime Dawn

L’hôtel Northgate avait déjà été visé par une attaque en juillet 2013 par les Talibans. Le même mode opératoire avait été employé et avait entraîné le mort de 9 personnes. Cette attaque intervient par ailleurs moins de dix jours après l’attentat le plus meurtrier en Afghanistan depuis quinze ans (voir notre revue de presse du 25 juillet). Une recrudescence qui marque une détérioration inquiétante de la sécurité dans la capitale : le premier semestre 2016 établit un triste record. Entre janvier et juin, 1 601 civils ont été tués et 3 565 blessés par des attaques terroristes. Une augmentation de 4% par rapport à la même période l’année dernière, révélée par la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan.

Par Alexandre Gandil, Nicolas Baranowski, Marie Bonnamy et Jeremy Masse