Revue de presse Asie - 6 mai 2016

Congrès nord-coréen, "nouveau ministère" pour Aung San Suu Kyi et Sonia Gandhi en Inde

Aujourd'hui s'est ouvert à Pyongyang le septième Congrès du Parti des travailleurs, il consacrera le pouvoir de Kim Jong-Un. Copie d'écran de "Korea Herald", le 6 mai 2016.
Aujourd'hui s'est ouvert à Pyongyang le septième Congrès du Parti des travailleurs, il consacrera le pouvoir de Kim Jong-Un. Copie d'écran de Korea Herald, le 6 mai 2016.

Asie du Nord-Est

The Korea Herald – Aujourd’hui s’est ouvert à Pyongyang le tant attendu septième Congrès du Parti des travailleurs, le premier depuis trente-six ans. Lors du dernier Congrès en octobre 1980, Kim Il-sung, le fondateur de la Corée du Nord, avait officiellement adoubé son fils Kim Jong-il comme son successeur. Cette fois-ci, le Congrès consacrera Kim Jong-un, au pouvoir depuis la mort de Kim Jong-il en décembre 2011. Son discours, très attendu, devrait donner les grandes lignes de sa politique dans les prochaines années. Les experts spéculent sur d’éventuelles annonces de nomination dans un vent de rajeunissement global des membres du gouvernement : la jeune sœur du dirigeant, Kim Yo-jong, en charge depuis 2015 du bureau de la Propagande, pourrait ainsi accéder à des fonctions de plus grande responsabilité. Mais l’accent sera certainement mis sur le byongjin, la « double poussée », soit le développement en parallèle de la technologie nucléaire et de l’économie. Pas question en effet de renoncer au nucléaire. Le Korea Times rapporte ainsi que la commission pour la Réunification pacifique de la Corée, en charge des relations intercoréennes, a averti que, tant que les Etats-Unis s’obstineraient dans une politique d’agression, la Corée du Nord poursuivrait le développement de l’arme de dissuasion nucléaire. « La réponse à l’arme nucléaire est l’arme nucléaire », a souligné l’agence de presse officielle nord-coréenne, KCNA.

(Pour approfondir, lire notre Temps fort de ce jour: Kim Jong-un et les priorités économiques, entretien avec Antoine Bondaz)

South China Morning Post – La marine chinoise a commencé un exercice de combat complet en mer de Chine du Sud. Mercredi 4 mai, un groupe de navires à quitté Sanya, capitale provinciale de l’île chinoise de Hainan. Chaque bateau transporte 3 hélicoptères et une douzaine de troupes des forces spéciales. Selon la télévision d’Etat CCTV, les navires se dirigent en direction des archipels des Paracels et des Spratleys, mais aussi vers le Pacifique occidental et l’Océan indien.

Les tensions en mer de Chine du Sud n’ont cessé de croître depuis que les Philippines ont demandé l’arbitrage de la Cour Internationale de Justice contre les revendications chinoises sur l’ensemble des îles de la zone. La Chine ne reconnaîtra pas la décision prise par le tribunal de La Haye. Elle estime que le conflit doit se régler par des négociations entre les pays concernés.

Par ailleurs, hier jeudi 5 mai, Pékin a fait savoir que « la porte du dialogue était toujours ouverte avec les Philippines », rapporte le quotidien officiel Global Times . Les Chinois démentent ainsi l’argument des Philippines qui estime que les dialogues bilatéraux ont atteint leurs limites. Selon un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Pékin, la Chine et les Philippines ont conclu une série d’accords bilatéraux et multilatéraux afin de régler le conflit par la négociation. Mais Manille n’a pas respecté ses promesses. Le ministère réaffirme que les actions de la Chine sont en accord avec la Convention des Nations-unies sur le droit de la mer (UNCLOS), et exclut tout arbitrage supranational obligatoire.

Mainichi Shimbun – Tenir tête à la Chine est essentiel. Depuis la visite de Fumio Kishida à Hanoï ce jeudi 5 mai, le ministre japonais des Affaires étrangères et son homologue vietnamien Pham Binh Minh entendent renforcer la coopération en termes de sécurité maritime. Pour cela, Kishida a affirmé que le Japon fournirait plus de vaisseaux de seconde main au Vietnam afin de renforcer ses capacités de patrouille. Les deux ministres ont ainsi insisté sur la nécessité des pays de l’ASEAN de s’unir face au problèmes en mer de Chine du Sud. Fumio Kishida a par ailleurs rencontré le Premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc. Les deux hommes se sont mis d’accord pour établir un rapprochement entre les deux pays.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – La lutte de pouvoir continue entre Aung San Suu Kyi et les militaires. Htin Kyaw, le président de la Birmanie voudrait créer un nouveau « ministère » pour augmenter les pouvoirs de la « dame de Rangoun ». Toutefois, le nom de celui-ci n’a encore pas été déclaré. Selon le journal d’Etat Global news light of Myanmar, le nouveau ministère devrait « accélerer les efforts du gouvernement pour la réconciliation nationale, la paix, le développement et l’Etat de droit ».

Si la Ligne Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi a remporté les élections de novembre dernier, la Constitution birmane interdit toujours aux personnes dont les enfants sont étrangers d’acceder à la fonction présidentielle. Ce qui est le cas de la leader de la LND. Pour l’instant, Aung San Suu Kyi cumule les fonctions de « conseillère d’Etat » (équivalent du Premier ministre), ministre des Affaires étrangères et ministre officier du président. Mais ces fonctions lui octroient un pouvoir difficilement définissable pour guider les affaires parlementaires.

Certains membres du parlement ne comprennent pas en quoi cette proposition serait bénéfique pour la réconciliation nationale. On attend par ailleurs une vive opposition des parlementaires militaires, qui avaient déjà fait part de leur mécontentement lorsque le poste de « conseillère d’Etat » avait été créé pour Aung San Suu Kyi.

Bangkok Post – La section 112 du code pénal en Thaïlande banni les critiques contre la monarchie. « Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le successeur présumé ou le régent » sera puni de plus de 15 ans de prison. C’est en vertu de ce principe que la Cour militaire de Bangkok a approuvé un mandat d’arrêt pour crime de lèse-majesté contre Patnaree Charnkij, la mère du militant anti-coup d’Etat surnommé « Ja New ». Patnaree est accusée d’avoir insulté la monarchie à travers un échange de sms avec Burin Intin, un militant du même groupe que son fils. Mr Burin a déclaré avoir critiqué le roi de façon non-intentionnelle.

Selon le centre de documentation sur la liberté d’expression en Thailande, 64 personnes se sont vues accusées de crime de lèse-majesté depuis le coup d’Etat du 22 mai 2014. Jusqu’ici, les personnes visées étaient celles qui avaient publiquement commis une infraction. Mais depuis la semaine dernière, la police se sert de preuves extraites de conversations privées sur les réseaux sociaux. L’objectif des militaires au pouvoir est en ce moment d’éliminer tous les opposants « leaders d’opinion » sur Facebook, entre autres.

The Inquirer – On le surnomme le Trump Philippin . Dans un pays à majorité catholique, Rodrigo Duterte a commencé sa campagne électorale en traitant le pape de « fils de pute ». Pourtant 3 jours avant les élections, il figure en tête des sondages. A l’instar du candidat américain, Duterte est connu pour ses déclarations controversées et sa capacité à fournir des solutions rapides pour des problèmes profondéments ancrés dans la société philippine, tels que l’insécurité et la pauvreté. En visant violemment les élites et les criminels, il séduit une grand de l’électorat nostalgique d’un homme fort comme l’ancien dictateur Ferdinand Marcos. Duterte a promsi par exemple de mettre fin à la criminalité en 6 mois après son entrée en fonction s’il est élu. Pour prouver sa légitimité, le candidat a souvent fait référence à ses exploits en tant que maire de Davao : sa politique répressive a produit des résultats qui l’ont rendu très populaire.

Parmis ses provocations, figure une éloge de l’adultère, et une blague sur le viol d’une missionnaire australienne. Il aurait également traité sa fille de Drama Queen » pour avoir déclaré avoir été abusée sexuellement. Pire encore, Duterte a menacé les parlementaires de fermer le Congrès s’ils ne respectent pas ses ordres. Selon les observateurs, il est devenu le « symbole de la frustration, voire du désespoir des Philippins qui auraient mis tous leurs espoirs dans l’élite du pays ».

Asie du Sud

Firstpost – Rahul Gandhi veut rappeler au parti du gouvernement que l’Inde est « un pays de démocracie ». Le vice-président du parti du Congrès a donc organisé avec sa mère, Sonia Gandhi, la présidente du parti une marche de protestation nommée « Sauver la démocratie » ce vendredi 6 mai dans les rues de New Dehli. Scandale : mère et fils ont été détenus brièvement par la police pour avoir manifesté sans autorisation.

Cette marche s’inscrit sur fond de confrontations régulières qui opposent le Congrès au gouvernement du Premier ministre Narendra Modi, et notamment le scandale d’AgustaWestland. Sonia et Rahul Gandhi ainsi que l’ancien premier ministre Manmohan Singh ont réagit aux accusations de Modi dans l’affaire de la vente d’hélicoptères anglais sous le gouvernement indien précédent, accusant le parti BJP au pouvoir d’émettre de fausses accusations. Des accusations selon lesquelles des bénéfices auraient été consentis au fournisseur britannique, par l’intercession de proches de Sonia Gandhi, et que des retrocomissions auraient été ainsi versées.

Voir notre revue de presse du mercredi 4 mai.

The Express Tribune – C’est une publication de la Banque mondiale qui met la puce à l’oreille d’Islamabad. Dans son rapport intitulé Stitches to Riches ? Apparel Employment, Trade and Economic Development, l’institution internationale souligne la perte d’attractivité de la Chine aux yeux des grandes marques du textile. Fabriquer des vêtements dans l’Empire du milieu s’avère de plus en plus onéreux pour les industriels, et cela pourrait bien profiter au Pakistan. Une nouvelle hausse des coûts de production de 1% en Chine augmenterait en effet la demande américaine de 2,53% auprès des fabricants pakistanais, explique un expert de la Banque mondiale. Une « opportunité en or », commente The Express Tribune. Néanmoins, de profondes réformes structurelles doivent encore être entreprises si le Pakistan souhaite s’ériger en un relai de production réellement fiable. Pour approfondir, (re)lire notre article sur les salaires en Asie.
The Hindu – C’est un petit coup de théâtre dans la vie politique sri-lankaise. Pas moins de trois partis tamouls ont décidé de former une nouvelle coalition : le Tamil United Liberation Front, l’Eelam People’s Democratic Party et le Democratic People’s Congress. Cette nouvelle alliance regroupe les déçus du nouveau président Maithripala Sirisena, au pouvoir depuis janvier 2015. Les leaders des trois formations l’avaient soutenu pour qu’il défende les intérêts des Tamouls, victimes des exactions du pouvoir cinghalais de l’ancien président Rajapaksa durant la fin de la guerre civile. Aujourd’hui, la nouvelle coalition estime qu’elle seule peut défendre les intérêts tamouls. Elle militera en faveur de l’adoption du « modèle fédéral indien » au Sri Lanka, en prônant une modification de la Constitution. Un objectif sans doute compliqué à atteindre, sachant que le parti du président est majoritaire à l’Assemblée nationale.
Par Joris Zylberman, Alice Hérait, Juliette Morillot et Alexandre Gandil, avec Sylvie Lasserre Yousafzaï à Islamabad et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris