Revue de presse Asie - 2 mai 2016

Enlèvements nord-coréens, musulmans birmans et corruption indienne

En réponse à la défection collective d'employées d'un restaurant nord-coréen de Ningbo (Chine) vers Séoul, la Corée du Sud s'attend à de nouvelles vagues d'enlèvements de ses citoyens par Pyongyang, comme dans les années 1970-1980. Copie d'écran du "Hanguk Ilbo", le 2 mai 2016.
En réponse à la défection collective d'employées d'un restaurant nord-coréen de Ningbo (Chine) vers Séoul, la Corée du Sud s'attend à de nouvelles vagues d'enlèvements de ses citoyens par Pyongyang, comme dans les années 1970-1980. Copie d'écran du Hanguk Ilbo, le 2 mai 2016.

Asie du Nord-Est

Hanguk Ilbo (en coréen) – C’est un avertissement à tous ses ressortissants à l’étranger que Séoul a lancé ce 2 mai, rapporte le quotidien sud-coréen Hanguk Ilbo : la Corée du Nord pourrait bien avoir l’intention d’enlever des Sud-Coréens comme elle l’a déjà fait dans les années 1970-1980. Seraient ciblés les expatriés, les diplomates et les militaires. Ce qui provoque l’ire de Pyongyang, c’est l’affaire de ces employées d’un restaurant nord-coréen de Ningbo en Chine, qui ont fait défection pour rejoindre la Corée du Sud le mois dernier. Pyongyang qui a diffusé des vidéos de leurs familles, demande leur retour et affirme qu’elles ont été trompées et entraînées au Sud contre leur gré par des agents sud-coréens. On estime à 26.000 le nombre de réfugiés nord-coréens en Corée du Sud.

Face à cette hémorragie humaine, la Corée du Nord a ces derniers temps renforcé la protection de sa frontière avec la Chine, au nord du pays. Les défections sont souvent organisées par les églises évangéliques sud-coréennes et américaines particulièrement prosélytes et actives en Mandchourie chinoise. C’est dans ce cadre que s’inscrit probablement l’assassinat ce samedi d’un pasteur chinois de la minorité ethnique coréenne dans la province chinoise du Jilin. D’après le site chrétien sud-coréen d’actualités Nocutnews le pasteur activiste Han Chung-ryeol, qui supervisait les défections entre Hyesan en Corée du Nord et la zone autonome coréenne de Yanbian en Chine, aurait été tué à l’arme blanche sur le versant chinois du mont Changbai. L’assassinat pourrait être le fait d’agents nord-coréens, infiltrés en Chine.

South China Morning Post« Eprouvant », « hésitant » et « incertain ». Ce sont les adjectifs qu’emploient les entrepreneurs européens et américains pour décrire l’environnement économique chinois. Depuis plusieurs années, l’étau des autorités chinoises se resserre autour des compagnies étrangères, autrefois accueillies « à bras ouverts », commente le South China Morning Post. En cause : un changement dans la stratégie économique de Pékin, qui souhaite désormais faire de la consommation intérieure, et non plus des exportations, son moteur principal de croissance.

Ainsi, malgré des progrès en matière de propriété intellectuelle, les entreprises étrangères font les frais du protectionnisme chinois : difficulté à évoluer sur le marché intérieur, transferts forcés de technologie, renforcement de la censure sur internet. Elles se retiennent d’ailleurs d’exprimer publiquement leur mécontentement, préférant s’adresser à leur ambassade ou aux lobbies, afin d’éviter des « représailles » officielles. Lapidairement, le journaliste et homme d’affaires américain James McGregor, qui a passé plus de vingt-cinq ans en Chine, résume : « Les entrepreneurs étrangers sentent que leur âge d’or connaît ses derniers jours dans le pays. »

Channel News Asia – Nouveau rebondissement dans l’affaire des Taïwanais extradés vers la Chine pour fraudes téléphoniques au Kenya. Voilà que deux des suspects ont livré une « confession » manifestement forcée à la télévision d’Etat chinoise. Les déclarations de M. Lin, 46 ans, et de M. Hsu, 37 ans, appuient parfaitement le discours de Pékin selon lequel Taipei traite ces délits avec « trop de légèreté ». Tandis que le premier a déclaré vouloir rentrer à Taïwan « où la peine sera certainement assez faible », le second a exprimé ses regrets : « Si j’avais su que je serais jugé sur le continent, je n’aurais pas agi de la sorte. Ici, je risque la prison à vie. » La Chine s’estime parfaitement légitime à juger les suspects taïwanais puisqu’elle considère l’île de Taïwan comme partie intégrante de son territoire national. Des représentants des gouvernements de Pékin et de Taipei devraient se rencontrer prochainement pour débattre à nouveau de l’affaire.
The Korea Times – Et si les officiels nord-coréens avaient menti à leur dirigeant le 23 avril dernier lui en annonçant le succès éclatant du tir de missile balistique à partir d’un sous-marin? C’est ce que suppose le quotidien sud-coréen The Korea Times. D’après des sources militaires non citées, le missile aurait explosé pour se désintégrer en deux ou trois morceaux au terme d’une trajectoire d’à peine trente kilomètres après son lancement depuis le sous-marin classe Sinpo. Ce dernier est l’un des submersibles les plus récents et les plus gros de la Corée du Nord et le lancement avait été, d’après les médias nord-coréens, entièrement supervisé par le dirigeant Kim Jong-un. S’il est avéré, ce raté viendrait s’ajouter aux trois échecs d’essais de tir du missile balistique à moyenne portée Musudan le mois dernier. Un coup à l’image du dirigeant à la veille du très important 7ème congrès du Parti des travailleurs, le 6 mai prochain, mais aussi aux finances du pays : ces échecs répétés pourraient mettre en cause des contrats d’exportation de technologie balistique, sur lesquels le pays, très affecté par les sanctions internationales, compte bien pour rapporter des devises…

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Tous les Birmans musulmans de l’Arakan ne sont pas des Rohingyas. S’ils ne se sont pas vu retirer leur citoyenneté et leurs droits électoraux, les Kaman font tout autant les frais de la ségrégation imposée dans l’Etat de l’Ouest birman à la suite des émeutes entre musulmans et Arakanais ethniques en 2012. Conséquence : en voulant fuir les violences, nombre d’entre eux ont perdu leurs papiers et se sont retrouvés dans des camps de déplacés. Ainsi parqués, les Kaman ne peuvent jouir d’une liberté de circulation qu’extrêmement réduite. Cela leur impose, pour rendre visite à leur famille, d’emprunter des voies maritimes dangereuses. Ce qui explique pourquoi – contrairement aux annonces faites précédemment dans les médias, par des diplomates et des officiels – le navire qui s’est échoué le 9 avril au large des côtes arakanaises ne transportait pas des Rohingyas (pas plus que des « Bengalis » selon leur dénomination officielle), mais bien… des Kaman, révèle une enquête du Myanmar Times. Les membres de ce groupe ethnique reconnu par l’Etat birman estiment ainsi être lésés par l’attention portée quasi exclusivement sur le sort des Rohingyas et se considèrent comme les « victimes oubliées » des persécutions religieuses en Birmanie.
The Straits Times – Des discussions bilatérales avec Pékin d’ici deux ans. C’est ce que promet le favori de la présidentielle philippine, Rodrigo Duterte, s’il est élu à la magistrature suprême. Un nouveau tournant pour la politique extérieure de l’archipel, dont les relations avec la Chine se sont largement détériorées depuis que le Président sortant Benigno Aquino a saisi la Cour d’arbitrage de La Haye sur le conflit de souveraineté opposant les deux pays en mer de Chine méridionale. Connu pour ses excès de langage, Rodrigo Duterte a néanmoins promis des actions plus spectaculaires que de simples pourparlers. Il s’est par exemple engagé à se rendre en jet ski sur un îlot « occupé par la Chine » afin de revendiquer la souveraineté de Manille par lui-même.
The Jakarta Post – Kivlan Zein, négociateur indonésien, est formel. La libération de 10 otages par Abou Sayyaf n’a pas nécessité de payer la rançon d’un million de dollars réclamée par le groupe islamiste. La victoire est due à la qualité des pourparlers qui ont impliqué Abdusakur Tan II, gouverneur de la province philippine de Sulu (région autonome de Mindanao)… dont l’un des preneurs d’otages a été le chauffeur et le garde du corps entre 1996 et 2001. La coopération des services de renseignements indonésiens et philippins a également été déterminante, de même que l’appui des autorités locales, souligne le Jakarta Post. Néanmoins, quatre otages indonésiens restent encore aux mains d’Abou Sayyaf.
Bangkok Post – Le processus de dialogue entre la junte thaïlandaise et les insurgés musulmans du sud du royaume est-il compromis? Le général Prayuth Chan-ocha, chef de la junte et Premier ministre, a de facto suspendu les négociations, selon un éditorial du Bangkok Post. Le bouillant officier putschiste serait mécontent de l’incapacité des supposés représentants de la rébellion, engagés dans les pourparlers, de limiter la violence sur le terrain. Pour lui, c’est un signe de ce que ces représentants ne représentent qu’eux mêmes. Mais la sincérité des militaires n’est-elle pas aussi en cause ? Le Bangkok Post, prudent, n’ose pas s’aventurer sur ce terrain.

Asie du Sud

Channel News Asia – Une nouvelle étape dans la coopération militaire indo-américaine. Le mois dernier, l’Inde a accepté d’ouvrir ses bases militaires aux Etats-Unis en échange d’un accès à des technologies d’armement. Cette fois-ci, New Delhi et Washington négocient des exercices conjoints afin de mieux suivre la trace des sous-marins dans l’Océan indien. Le pays visé est en réalité la Chine qui à son habitude inquiète par ses ambitions navales. Selon des agents de la marine indienne, on repère des sous-marins chinois dans l’Océan indien environ 4 fois tous les 3 mois. D’autres pays comme le Japon ou l’Australie devraient prendre part aux exercices militaires.

Selon les experts, deux facteurs ont été déterminants pour le lancement de ces négociations : tout d’abord, on suspecte qu’une patrouille de sous-marins chinois dotés de l’arme nucléaire est active près de l’île chinoise de Hainan. Ensuite, l’Inde devrait lancer son premier sous-marin armé de missiles nucléaires.
On estime que dès lors que des sous-marins d’attaque américains ont la capacité de détecter les sous-marins à arme nucléaire chinois dans l’océan Pacifique, les Chinois sont susceptibles d’envoyer leurs propres sous-marins d’attaque pour surveiller les premiers submersibles à arme nucléaire indiens.

Le ministère chinois des Affaires étrangères s’est prononcé sur l’annonce de ces négociations : il présume que ce sera une coopération militaire « normale » et espère que la coopération sera significative pour apporter la « paix et la stabilité dans la région ».

Firspost – Pour le quotidien indien Firstpost, l’implication de Sonia Gandhi dans le scandale de corruption dit du « Choppergate » (achat de 12 hélicoptères à l’entreprise anglo-italienne AugustaWestland) reste à prouver. Un raisonnement appuyé par la comparaison avec un scandale de corruption vieux d’une trentaine d’années, celui d’AB Boforts (achat de 400 obusiers à la compagnie suédoise).

Ces deux accords de vente de matériel de défense, d’une valeur respective de 530 millions de dollars et de 1,4 milliard de dollars, ne devaient accorder aucune commission aux intermédiaires impliqués dans leur signature. Ces derniers ont pourtant touché plusieurs millions de dollars: Ottavio Quattrocchi pour AB Boforts, Guido Haschke et Christian Michel pour AugustaWestland. Pire, cet argent aurait également bénéficié à des hommes politiques indiens.

Mais la comparaison s’arrête là. Dans le cadre d’AB Boforts, les liens sont avérés entre Ottavio Quattrocchi et Sonia Gandhi, l’épouse du Premier ministre, ministre de la Défense et président du Parti du Congrès de l’époque, Rajiv Gandhi. Le calendrier montre d’ailleurs que la vente a été signée à une vitesse « supersonique » pour du matériel de défense. Une rapidité que le lanceur d’alerte suédois Sten Lindström explique par l’accord trouvé entre Ottavio Quattrocchi et AB Boforts. Le premier promettait la signature prompte d’un contrat avec le gouvernement indien à la compagnie suédoise si cette dernière s’engageait à lui verser une commission.

En revanche, concernant l’affaire d’AugustaWestland, aucune connexion formelle n’a été établie jusqu’ici entre Sonia Gandhi, seulement présidente du Parti du Congrès au moment de la conclusion de la vente, et les intermédiaires Guido Haschke et Christian Michel. De plus, la réaction du son parti a été vive : il a demandé l’annulation de l’accord pour rupture de contrat et le remboursement intégral de la somme versée à l’entreprise anglo-italienne. Ce que Rajiv Gandhi s’était toujours refusé de faire pour l’achat d’obusiers à AB Boforts.

Dawn – La Digital Rights Foundation estime que les chiffres sont alarmants. Cette ONG pakistanaise qui milite pour la liberté d’expression et la protection des données sur internet, affirme que les demandes du gouvernement se font sans aucune surveillance.

Entre juillet et décembre 2015, le gouvernement pakistanais a envoyé 471 demandes de données à Facebook. Toutefois, la direction du réseau social a assuré vérifier la légalité de chaque demande et ne répondre qu’aux demandes valides, en rapport avec des affaires criminelles.

Non seulement le chiffre a doublé, par rapport au début de l’année 2015, mais en plus « le nombre de cas où Facebook a effectivement transmis les informations a également augmenté » affirme la fondatrice Nighat Daad. Selon elle, la situation devrait même empirer : le 14 avril dernier, une loi controversée sur la cybercriminalité a été votée interdisant à Facebook de refuser les demandes d’information.

Par Alexandre Gandil, Alice Hérait et Juliette Morillot, avec Arnaud Dubus à Bangkok et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris