Economie
Le Poids de l'Asie

Corée du Sud : après le coronavirus, la relance verte

La Corée du Sud a décidé d'utiliser les énergies renouvelables pour relancer son économie atteinte par la crise du coronavirus. (Source : Azernews)
La Corée du Sud a décidé d'utiliser les énergies renouvelables pour relancer son économie atteinte par la crise du coronavirus. (Source : Azernews)
À la différence de la Chine, la Corée du Sud engage une relance verte pour se sortir de la crise du coronavirus. Le plan de l’administration Moon Jae-in prévoit des financements pour les énergies renouvelables, les véhicules électriques, les batteries et le logement, l’introduction d’une taxe carbone et la disparition progressive des financements de centrales à charbon par les banques publiques. Des centres régionaux de transition énergétique seront créés pour faciliter le réemploi des salariés et le gouvernement a confirmé son intention d’atteindre un objectif net de zéro émission de gaz à effet de serre en 2050.
La Corée du Sud a endigué la première vague du Covid-19 en s’appuyant sur un mix d’applications sophistiquées et de bon sens. À commencer par l’introduction des « tests drive-in » : le premier a été installé dans un parking universitaire le 23 février. Elle a lutté très efficacement contre la seconde vague. Au total, l’épidémie a fait 273 victimes et le nombre de nouveaux cas a été réduit début juin à une trentaine par jour. Ce succès a suscité un nombre croissant d’analyses pour essayer de comprendre les raisons d’un tel succès dans la gestion de cette épidémie. La Corée a été touchée en même temps que les États-Unis et sa réponse a assuré le succès du parti Démocrate de Moon Jae-in aux élections (inversement, la gestion catastrophique de Trump pourrait conduire à sa défaite !). Si elle a évité la débâcle sanitaire, la Corée ne peut pas éviter un ralentissement brutal. Mais parmi les pays de l’OCDE, son économie est celle qui résiste le mieux.

Les moteurs externes sont à l’arrêt

Le Covid-19 est apparu à Wuhan qui est un haut lieu de la construction automobile. L’arrêt de la production de nombreuses entreprises, et tout particulièrement les fabricants de faisceaux de câbles électriques, a touché de plein fouet la production du secteur (10 % du PIB coréen) tandis que la demande s’écroulait à l’étranger et ralentissait en Corée. Au-delà de l’automobile, toute l’industrie a été affectée par ce choc qui a précédé le déclenchement de l’épidémie dans la ville de Taegu.
La Chine est le premier fournisseur de la Corée du Sud, qui est l’un des rare pays à avoir signé des traités de libre-échange avec Bruxelles, Washington et Pékin. Sixième exportateur mondial devant la France, elle est le premier fournisseur de la Chine devant le Japon. Le marché chinois est son premier débouché – 25 % des exportations, loin devant les États-Unis – et elle dégage un excédent confortable de ces échanges. C’est dire que l’exportation joue un rôle moteur dans son économie (38 % du PIB en 2019). Un moteur aujourd’hui à l’arrêt : au cours des dix premiers jours de mai, les exportations sud-coréennes vers la Chine ont chuté de 46 % par rapport à mai 2019. Depuis, la situation s’est améliorée. Selon les douanes coréennes, les exportations totales ont au total chuté de 23,7 % en mai et de 11 % pour les cinq premiers mois de l’année.
A cela s’ajoute la poursuite du conflit nippo-coréen et les incertitudes créées par la guerre commerciale sino-américaine, qui ralentissent les investissements. Ce conflit ouvre toutefois des opportunités à la Corée. Les démêlés de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), qui fournit des puces à Huawei, fait l’affaire de Samsung, le principal rival de TSMC dans le domaine des fonderies de silicium – l’amont de la filière électronique qui est une activité aussi capitalistique que la sidérurgie. Le groupe sud-coréen, qui construit une nouvelle ligne de fabrication à Pyeongtaek et Hwaseong, a annoncé qu’il investirait 100 milliards de dollars dans cette activité d’ici 2030.

L’enjeu des « dépenses de vengeance »

En Corée du Sud, la consommation des ménages représente moins de la moitié du PIB – 48 % au lieu de 54 % en France. Répondant aux demandes du FMI qui plaident en ce sens depuis plusieurs années, le gouvernement de Moon Jae-in a mené une politique économique plus inclusive pour augmenter le poids des dépenses sociales (12 % du PIB au lieu de 21 % en moyenne dans l’OCDE). Un changement bienvenu car la Corée connaît un collapsus démographique : le taux de natalité est tombé à 0,9, un record mondial. La population en âge de travailler commence à se contracter en 2020 et le pays vieillit plus vite que le Japon ou la Chine : un retraité sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté.
Les effets de ce changement ne sont pas immédiats et la dynamique de la consommation ne suffit pas à compenser la contraction de la demande externe. Cependant, la boulimie de la classe moyenne a surpris : on parle de « bobok sobi », ou de « dépenses de vengeance », pour décrire l’afflux des consommateurs qui font des achats en souffrance.

La relance

Fin mai, 392 000 emplois avaient disparu depuis le début de la pandémie : le taux de chômage a atteint 4,5 %, du jamais vu depuis la crise asiatique. En 2020, le PIB se contractera légèrement après une croissance de 2 % en 2019 et la croissance pourrait atteindre 1 % en 2021, selon les prévisions de l’OCDE : la Corée fait mieux que ses voisins ! Pour limiter l’impact de la pandémie, la Banque de Corée a ramené à 0,5 % le taux d’intérêt et elle assure des liquidités aux petites entreprises.
Le gouvernement a, lui, a annoncé trois budgets de relance pour un montant représentant 14 % du PIB. À la différence de la Chine, la Corée engage une relance verte. Son plan prévoit des financements pour les énergies renouvelables, les véhicules électriques, les batteries et le logement, l’introduction d’une taxe carbone et la disparition progressive des financements de centrales à charbon par les banques publiques. Des centres régionaux de transition énergétique seront créés pour faciliter le réemploi des salariés et le gouvernement a confirmé son intention d’atteindre un objectif d’émission net à zéro en 2050. La Corée du Sud est la douzième économie en terme de PIB mais elle se classe à la septième place mondiale pour ses émissions de gaz à effet de serre – ses 60 centrales à charbon assurent 40 % du mix énergétique.
La réaction sud-coréenne est la bienvenue. En effet, en 2009, à l’occasion d’un discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU pour le 60ème anniversaire de la naissance de la Corée, son ancien président Lee Myung-bak avait proposé une nouvelle vision pour une croissance verte. Mais à la COP21, la Corée s’est engagée pour une réduction de 37 % de ses émissions par rapport au scénario « Business As Usual », sans effort particulier pour transformer les activités économiques et sociales. Le manque d’allant coréen avait été largement critiqué.
Par Jean-Raphaël Chaponnière
A propos de l'auteur
Jean-Raphaël Chaponnière
Jean-Raphaël Chaponnière est membre du groupe Asie21 (Futuribles) et chercheur associé à Asia Centre. Il a été économiste à l’Agence Française de Développement, conseiller économique auprès de l’ambassade de France en Corée et en Turquie, et ingénieur de recherche au CNRS pendant 25 ans. Il a publié avec Marc Lautier : "Economie de l'Asie du Sud-Est, au carrefour de la mondialisation" (Bréal, 2018) et "Les économies émergentes d’Asie, entre Etat et marché" (Armand Colin, 270 pages, 2014).