Revue de presse Asie - 28 juin 2016

Dialogue sur les libraires hongkongais, gouvernement malaisien et Brexit au Pakistan

Les autorités continentales s'engagent à "améliorer le mécanisme de notifications" avec Hong Kong. Copie d'écran du Straits Times, le 28 juin 2016.
Les autorités continentales s'engagent à "améliorer le mécanisme de notifications" avec Hong Kong. Copie d'écran du Straits Times, le 28 juin 2016.

Asie du Nord-Est

The Straits Times – Les « révélations explosives » de Lam Wing Kee auront porté leurs fruits. Pékin a accepté hier lundi 27 juin de revoir son « mécanisme de notifications » avec Hong Kong, après que le libraire de la région administrative spéciale a déclaré avoir été enlevé par les autorités continentales puis emprisonné pendant huit mois, sans que l’exécutif hongkongais n’en soit averti. Et cela, alors même que Pékin est censé « donner des détails clairs sur les arrestations et les détentions de citoyens hongkongais de son côté de la frontière », indique le Straits Times.

Le chef de l’exécutif hongkongais, C. Y. Leung, a décrit la nouvelle démarche des autorités continentales comme « une réponse positive » (voir notre revue de presse du 20 juin). « Le point de départ selon moi, explique-t-il au South China Morning Post, consiste à être tenu au courant le plus rapidement possible de l’arrestation ou de la détention d’un citoyen hongkongais hors des frontières de la région administrative spéciale : cela s’applique aux pays étrangers comme au continent, car nous sommes deux systèmes. » Le calendrier des négociations n’a pas encore été dévoilé.

Wall Street Journal – Le Brexit continue de secouer les marchés japonais. Aujourd’hui mardi 28 juin, c’est au tour des bons du trésor de faire les gros titres des quotidiens économiques internationaux. Et pour cause : pour la première fois, les taux de rendement des bons du trésor nippon à 20 ans pourraient bien basculer dans le négatif, alors qu’ils s’établissent aujourd’hui à 0,04% – un niveau historiquement bas. En effet, le Brexit a poussé les investisseurs à tabler sur des placements jugés plus sûrs, comme les obligations de l’Etat japonais… Une ruée qui exerce une pression supplémentaire sur les rendements des bons du trésor à maturité longue, explique Masahiro Ichikawa, stratégiste senior d’un gestionnaire de fonds japonais. D’ailleurs, les taux de rendement des bons du trésor nippon à 10 ans sont déjà négatifs depuis le mois de février. Si elle n’a pas confirmé de réunion exceptionnelle anticipée, la Banque centrale de l’archipel a cependant réaffirmé qu’elle serait prête à prendre « toute action nécessaire » pour stabiliser les marchés.
South China Morning Post – Ce n’est pas une fusée nord-coréenne, mais bien une fusée chinoise qui fait la Une du South China Morning Post ce mardi 28 juin. Pas question de tir de missile déguisé cette fois-ci, mais de suspicions autour du potentiel double usage (à la fois civil et militaire) des technologies développées dans le cadre du programme spatial chinois. Car d’après certains observateurs internationaux, le satellite nettoyeur de débris spatiaux (Aolong-1) lancé samedi dernier depuis l’île de Hainan pourrait très bien faire office « d’arme anti-satellite ». Il pourrait en effet se débarrasser de satellites défectueux en temps de paix comme de satellites ennemis opérationnels en temps de guerre. Des questionnements qui remettent plus généralement en cause les ambitions chinoises dans le domaine spatial, à la fois instrument de hard power et de soft power.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Le remaniement malaisien annoncé par Najib Razak touche deux ministères. Le président du Parti du Mouvement populaire malaisien, Mah Siew Keong, a été nommé à la tête du ministère des Matières premières et des Plantations. Noh Omar, quant à lui, devient ministre du Logement et de l’Urbanisme. Dans le même temps, annonce Channel News Asia, Abdul Rahman Dahlan prend en charge la supervision du planning économique, auprès du Premier ministre. Abdul Rahman Dahlan et Noh Omar sont tous deux des soutiens de Najib Razak.

Devamany Krishnasamyn nommé vice-ministre au département du Premier ministre, réfute les critiques contre le chef du gouvernement : « Les politiques luttent dans les crises et je trouve que Najib Razak s’en très bien sorti. » « Aujourd’hui, la réponse de l’électorat est clair : l’opposition est morcelée », a ajouté le vice-président du Congrès indien de Malaisie (MIC), un parti qui « représente les intérêts de la minorité indienne », précise Channel News Asia. La nomination de Devamany Krishnasamy comme simple vice-ministre est vue comme une « déception » pour le MIC, nuance le quotidien.

Najib Razak pourrait organiser des élections anticipées mais le Premier ministre a assuré « ne pas savoir quand exactement elles auraient lieu ». Channel News Asia table sur des élections avant 2018.

Cambodia Daily – La langue de Kang Kek Leu, dit Douch, se délie. L’ancien Khmer rouge, déjà condamné à la prison à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, est entendu par un tribunal pour témoigner sur l’action des Khmers rouges. Douch a ainsi énuméré les atrocités commises au camp de S-21, dont il était en charge. 15 000 personnes y auraient été tuées, selon le Cambodia Daily. L’ancien dirigeant a également « pointé du doigt » Nuon Chea, le numéro 2 du régime : « Je suis surpris par le déni d’Oncle Nuon » qui a toujours clamé qu’il « n’était pas responsable » des crimes de S-21.

Douch, lui, accuse directement le « Frère numéro 2 » d’avoir ordonné de « brûler jusqu’aux cendres » quatre Occidentaux. Le chef de prison a également indiqué qu’il ne « faisait que suivre » les ordres de Nuon Chea, et s’étonne des propos de Khieu Samphan, l’ancien chef de l’Etat du Kampuchea démocratique (le nom donné au Cambodge par les Khmers rouges), qui affirmait que la tête de l’Etat n’était pas au courant des purges.

Mais les révélations de Douch n’apportent rien de nouveau sur les crimes commis par le régime, affirme Craig Etcheson, qui a mené l’enquête pour le tribunal. L’ancien chef de prison aura tout de même été « coopératif » avouant les « crimes odieux » et présentant des excuses, rapporte le Cambodia Daily.

Les Khmers rouges ont dirigé le Cambodge de 1975 à 1979, instaurant une dictature faisant plus de 1,7 million de victimes, soit presque un quart de la population cambodgienne.

Bangkok Post – La Thaïlande est en concurrence avec le Kazakhstan pour intégrer l’un des dix sièges de membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais les diplomates thaïlandais semblent confiants : « C’est du 50-50 mais nous avons nos chances car nous avons le soutien de Washington », rapporte le Bangkok Post. Le pays a déjà tenu cette position en 1985-1986, mais depuis mai 2014, la réputation de la Thaïlande s’est « déteriorée ». Le Bangkok Post cite les nombreux coups d’Etats et s’appuie sur la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) : « Les droits civils et politiques ont été relégués au fond du fond à cause des actions despotiques de la junte au pouvoir et de son chef Prayuth Chan-ocha. »

« En octobre 2014, la Thaïlande n’a pas réussi a sécuriser un siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, perdant face au Qatar, un pays avec un respect des droits de l’homme très contestable », a ajouté la FIDH. Malgré ce portrait peu flatteur, les Etats-Unis devraient soutenir la candidature thaïlandaise : « Washington préfère appuyer la candidature d’un pays partageant la même vision, plutôt que de laisser entrer une « Seconde Russie » à l’ONU », d’après le quotidien thaïlandais. « C’est cynique mais c’est vrai, confirme un diplomate du Moyen-Orient. Les Etats-Unis soutiennent, et soutiendront beaucoup de juntes dans le monde. »

L’Assemblée générale des Nations Unies doit choisir cinq nouveaux membres non permanents au Conseil de sécurité pour remplacer l’Espagne, le Venezuela, la Nouvelle-Zélande, l’Angola et la Malaisie. La Thaïlande et le Kazakhstan ambitionnent de succéder à la Malaisie, qui représente actuellement l’Asie-Pacifique. Pour cela, ils devront remporter au moins deux tiers des voix de l’Assemblée générale onusienne.

Asie du Sud

Economic Times – Narendra Modi balaye la controverse. Quelques jours après que le gouverneur de la Banque centrale indienne (BCI), Raghuram Rajan, a déclaré ne pas briguer un second mandat, le Premier ministre tient à le défendre. En effet, Rajan a depuis fait l’objet de nombreuses attaques, remettant en cause ses compétences ou son « indianité », rapporte The Economic Times.

« Les controverses autour de Raghuram Rajan sont injustes. Le patriotisme de Rajan n’est pas moins fort que celui de n’importe lequel d’entre nous. J’apprécie le travail qu’il a accompli », a ainsi déclaré Narendra Modi, interviewé par la chaîne privée Times NOW, ce lundi 27 juin. Le Premier ministre indien réagissait notamment aux allégations de Subramanian Swamy. Pour le leader du BJP (parti de Modi), Rajan n’est pas « complètement indien mentalement » et « a volontairement ruiné l’économie du pays ».

Le soutien de Narendra Modi surprend d’autant plus que le Premier ministre indien est, selon certains observateurs, tenu pour responsable du renoncement de Rajan à briguer un second mandat (voir notre revue de presse du 20 juin).

The Express Tribune – Quelles sont les conséquences du Brexit pour l’économie pakistanaise ? C’est la question que pose The Express Tribune. Trois mauvaises nouvelles sont attendues du côté de Karachi. Les exportations devraient diminuer pour deux raisons : le Royaume-Uni est le troisième plus gros importateur de produits pakistanais, après les Etats-Unis et la Chine. Par ailleurs, la chute des cours de la livre sterling et de l’euro va gonfler artificiellement le prix des produits en provenance du Pakistan pour les consommateurs européens. Ensuite, les transferts de fonds à destination du Pakistan, dont les remises de travailleurs migrants, devraient baisser. Ces transferts sont issus des économies de personnes d’origine pakistanaise – or, ces économies vont se réduire. Là encore, le Royaume-Uni occupe la troisième place, derrière l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Par ailleurs, les investissements de portefeuilles étrangers devraient également décliner. Car les investissements de portefeuille entreprise au Pakistan proviennent uniquement d’acteurs institutionnels. Très frileux et exposés aux risques des marchés britannique et européens, il y a fort à parier que ces investisseurs vont réduire leurs actifs sur les marchés émergents tel que le Pakistan à la suite du Brexit.

« Mais il y a des bonnes nouvelles » après le Brexit, tempère The Express Tribune. Les investissements en provenance du Royaume-Uni pourraient augmenter. Les investisseurs britanniques sont friands de la rentabilité régulière que fournissent certaines multinationales basées au Pakistan. Ensuite, tant que le Brexit tire vers le bas les taux de change de la livre et de l’euro, cela facilite le remboursement de la dette pakistanaise. Enfin, alors que l’Union européenne se réorganise, le projet de corridor économique Chine-Pakistan devrait s’accélerer, à condition pour le Pakistan de bien mener sa barque…

The Guardian – La police bangladaise met en cause sept personnes, dont un haut responsable de l’opposition, pour le meurtre d’un travailleur humanitaire étranger. De nationalité italienne, l’homme de 50 ans avait été assassiné en septembre dernier, près du quartier diplomatique de la capitale Dacca (voir notre revue de presse du 18 novembre 2015). Ce meurtre était le premier d’une série d’homicides revendiqués par l’Etat islamique. Revendications rejetées par les autorités, qui nie toute présence du groupe terroriste sur son territoire.

Pour le gouvernement, les responsables sont au contraire des militants du Bangladesh Nationalist Party (BNP). Les autorités et la police accusent le principal parti d’opposition de fomenter un plan pour déstabiliser le pays, à l’aide de ses « alliés islamistes », explique The Guardian. « Ces charges sont fausses et motivées politiquement », a déclaré le porte-parole du BNP, en réaction à ces accusations. Pour Ruhul Kabir Rizvi, il s’agirait d’une tentative pour cacher les véritables coupables.

Ce mois-ci, la Bangladesh a lancé une sévère politique de répression sur les groupes djihadistes locaux. Un bilan déjà édifiant, puisque 11 000 personnes ont été arrêtées (voir notre revue de presse du 15 juin). Mais les associations de défense des droits de l’homme dénoncent des arrestations arbitraires qui permettent de museler l’opposition. Pour certains experts, ces mesures répressives seraient contreproductives : elles auraient conduit de nombreuses personnes à se tourner vers l’extrémisme…

Par Alexandre Gandil, Antoine Richard, Liu Zhifan et Jeremy Masse