Revue de presse Asie - 23 mai 2016

Levée de l'embargo américain au Vietnam, meurtre à Okinawa et investissement indien en Iran

Barack Obama et son homologue vietnamien Tran Dai Quang lors d'une cérémonie de bienvenue au Palais présidentiel de Hanoï. Copie d'écran du site "The South China Morning Post", le 23 mai 2016.
Barack Obama et son homologue vietnamien Tran Dai Quang lors d'une cérémonie de bienvenue au Palais présidentiel de Hanoï. Copie d'écran du site The South China Morning Post, le 23 mai 2016.

Asie du Sud-Est

South China Morning Post – C’est la fin des hostilités post-guerre froide entre le Vietnam et les Etats-Unis. En 2014, les sanctions avaient déjà été partiellement levées par Washington. Désormais, Hanoï aura totalement accès aux armes américaines après 50 ans d’embargo. Selon le « South China Morning Post », la levée du blocus pourrait être un « encouragement psychologique » pour aider les dirigeants vietnamiens à faire face à une Chine aggressive. Pour Obama, la décision n’est « pas liée à la Chine ». C’est un pas vers la « normalisation des relations entre le Vietnam et les Etats-Unis ». Un point central de la politique extérieure du président américain est bien de renforcer la coopération diplomatique et militaire entre Washington et les pays d’Asie-Pacifique.

Néanmoins, Pékin ne voit pas d’un bon oeil cette mesure historique. Selon l’agence officielle Chine Nouvelle, si les liens se renforcent entre le Vietnam et un autre pays, « le rapprochement ne doit pas être utilisé par les Etats-Unis pour menacer ou endommager les intérêts stratégiques d’un pays tiers ». Mais les Etats-Unis ne feront pas du Vietnam leur allié, affirme le Global Times, qui ne croit pas à une levée complète de l’embargo. Le conflit en mer de Chine du Sud rapproche les deux pays. Mais pour l’organe de presse officielle du gouvernement chinois, « leurs différends idéologiques les éloignent constamment. » Le Vietnam continuera a jouer sur deux tableaux, en « attachant autant d’importance à ses relations avec Washington qu’avec Pékin ».

Myanmar Times – Aung San Suu Kyi ne cautionne ni le mot  » Rohingya » ni le mot « Bengali » . Lors de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, la ministre birmane des Affaires étrangères, a voulu souligner que les débats de nature terminologique n’aidaient en rien son gouvernement à trouver une solution crédible pour le conflit dans l’Etat du Rakhine dans l’Ouest birman. Lorsque Kerry a mentionné l’importance de promouvoir le développement et le respect des droits de l’homme dans la région, la « Dame de Rangoun » s’est justifiée : « Nous ne sommes en aucun cas en train de discréditer le désir d’un peuple à faire valoir sa propre identité. » Elle a affirmé que le gouvernement avait déjà fourni « beaucoup d’aide humanitaire » pour le camps de personnes déplacées dites « internes ».

En avril dernier, l’ambassade des Etats-Unis à Rangoun a fait polémique en exprimant ses condoléances aux victimes d’un nauffrage, dont la plus part étaient des musulmans apatrides de Birmanie. En utilisant le terme « Rohingya, la représentation américaine s’est attiré les foudres des militants nationalistes. Voir notre revue de presse du 13 mai 2016.

Bangkok Post – C’est un dortoir scolaire qui a pris feu dans la province de Chiang Rai, au nord de la Thaïlande. Au moins 17 jeunes filles sont décédées dans l’incendie. Cinq résidentes sont blessées, dont deux dans un état grave. Deux autres sont portées disparues.

Selon le Bangkok Post , les standards sanitaires et de sécurité sont peu élevés en Thaïlande, et les accidents sont fréquents. La situation dans le nord du pays est d’autant plus inquiétante que le niveau de pauvreté est plus élevé. Les jeunes filles scolarisées dans le batiment incendié sont pour la plupart issues de tribus montagnardes défavorisées, et discriminées au sein de la société thaïlandaise.

Asie du Nord-Est

Mainichi Shimbun – La visite de Barack Obama approche et l’affaire prend de l’ampleur. Le gouverneur d’Okinawa, Takeshi Onaga, a demandé au Premier ministre Shinzo Abe de lui organiser un rendez-vous avec le président américain. Cette demande intervient suite à l’aveu il y a quelques jours du meurtre d’une jeune Japonaise par un civile ancien marine employé sur la base américaine de la ville. Après une réunion pendant laquelle le Directeur de cabinet du Premier ministre, Yoshihide Suga, a annoncé qu’un tel rendez-vous serait « difficile » à organiser, Takeshi Onaga a appelé à une nouvelle version de l’accord du statut des forces. Cet accord signé entre le Japon et les Etats-Unis définit la gestion des militaires et personnels américains au Japon. « Nous ne pouvons tolérer un tel incident. C’est un crime simplement parce que les bases militaires américaines existent à Okinawa », s’est plaint le gouverneur. Il a déclaré vouloir parler directement au président Obama pour s’assurer de la sécurité des vies et propriétés des résidents de sa préfecture, ainsi que de celles des générations futures. Une marche « massive » pour protester contre ce crime se prépare, rapporte le Mainichi Shimbun dans un autre article. Une autre marche avait déjà eu lieu en 1995 après le viol d’une fillette par trois militaires américains. 85 000 personnes y avaient participé.
South China Morning Post – La Chine continue son implantation dans les îles Spratley. Le gouvernement de Pékin est en train d’organiser la construction d’une base navale pour abriter un navire de sauvetage de pointe. L’appareil qui transporterait des drones et des robots sous-marins, pourrait être déployé dans la seconde moitié de l’année, a déclaré Chen Xingguang, présenté comme le « commissaire politique du navire ». Il permettrait de porter secours aux bateaux de pêche en difficulté plus rapidement, grâce à une distance plus courte à parcourir. Le pays n’a pas précisé quelle île serait concernée par cette base. Les autorités montrent ainsi qu’elles souhaitent poursuivre le développement des infrastructures civiles et militaires dans ces îles dont certaines parties sont revendiquées par les Philippines, le Vietnam, le Brunei, la Malaisie et Taïwan. La Cour internationale de La Haye doit rendre d’ici quelques semaines son arbitrage sur la demande des Philippines, qui contestent la revendication chinoise sur 90% de la mer de Chine du Sud.
Taipei Times – Pas question de perdre du temps pour Tsai Ing-wen. Trois jours après son investiture, la nouvelle présidente de Taïwan a rencontré deux représentants américains dans son bureau présidentiel. Elle a réitéré son intention de rejoindre le Partenariat Transpacifique (TPP) pour le second round de négociations. « Les liens commerciaux entre nos deux pays sont extrêmement serrés. L’année dernière, Taïwan était dans la liste des 9 meilleurs partenaires économiques des Etats-Unis, et Washington était le second partenaire de Taipei », a déclaré Tsai.

Ce n’est pas la première fois que Taïwan exprime son désir de rejoindre la vaste zone de libre-échange en Asie voulue par les Américains. Cependant les pays concernés doutent quant à la détermination de Taipei à relacher ses restrictions commerciales. L’île est réticente à l’idée d’ouvrir ses portes aux importations de porc américain élevés à la ractopamine (un médicament dopant utilisé dans 80% de la production porcine aux EtatsUnis). Malgré la controverse dans l’île, le nouveau gouvernement taïwanais pourrait néanmoins faciliter ces importations. En particulier depuis que le nouveau ministre de l’Agriculture a déclaré que Taïwan n’avait « pas les moyens » de refuser les porcs élevés à la ractopamine.

Asie du Sud

Scroll.in – Après le dégel, les partenariats. L’Inde et l’Iran ont signé lundi un pacte anticipé concernant le port de Chabahar pendant la visite du Premier ministre Narendra Modi à Téhéran. L’Inde investira plusieurs milliards de dollars – le chiffre exact n’a pas été précisé – dans la construction et le développement du port, ce qui lui permettra d’avoir accès à l’Afghanistan, à la Russie et à l’Europe sans passer par le Pakistan. En février, le pays avait déjà investi 150 millions de dollars dans le projet.

« La distance qui sépare Kandla et le port de Chabahar est inférieure à celle qui sépare New Delhi de Mumbai, a déclaré le ministre indien du transport routier et des routes, Nitin Gadkari. Cet accord nous permettra de transporter rapidement des biens vers l’Iran puis vers d’autres pays comme l’Afghanistan et la Russie grâce à une nouvelle ligne de chemin de fer et aux voies routières. »

La levée des sanctions imposées à l’Iran en janvier a permis à l’Inde de développer ses partenariats avec Téhéran. L’accès, via le port, à d’autres pays lui permettra d’acheminer des produits énergétiques, notamment du pétrole.

Dawn – Une attaque contestée. Nawaz Sharif, a critiqué la frappe de drone menée par les Etats-Unis hier dimanche 22 mai et qui a conduit à la mort du chef des Talibans afghans, Akthtar Mansour, selon les autorités américaines. Le Premier ministre pakistanais qui était rendu à Londres pour un check-up médical a déclaré aux journalistes présents, que l’attaque aérienne menée dans la zone de Dalbandin au Baloutchistan constituait une « violation de la souveraineté pakistanaise. Plus encore, selon Nawaz Sharif, il n’est pas évident que Mansour soit l’une des deux personnes tuées par ces tirs, précisant que tous les détails de l’attaque n’avaient pas encore été recueillis. Selon, un communiqué publié à Islamabad par le ministère des Affaires étrangères, les Etats-Unis ont partagé l’information selon laquelle une attaque de drones avait été menée au Pakistan près de la frontière afghane. Le Premier ministre et le chef de l’armée, le Général Raheel Sharif, en ont pris connaissance après le tir. Le communiqué rappelle que la question de la souveraineté du pays a été abordée de nombreuses fois dans le passé avec les Etats-Unis.
Hindustan Times – Daech poursuit son avancée en Asie. Le groupe terroriste s’impose peu à peu en Chine et dans le sous-continent. Des personnes affiliées au groupe, rapporte le Hindustan Times, « lavent le cerveau » de jeunes Indiens, Pakistanais, Bangladais ou Chinois et les recrute au sein de l’organisation. Parmi les recrues, beaucoup sont des jeunes ayant fait des études. L’attaque contre un bus au Pakistan en mai 2015 et le meurtre d’une militante de la liberté d’expression ont été attribués à quatre jeunes qui avaient fait allégeance à Daech. Ils avaient tous un bon niveau d’éducation.

Si le groupe djihadiste n’est peut-être pas présent physiquement dans tous ces pays, il a des fidèles parmi les groupes extrémistes qui s’y trouvent. Certains lui ont prêté allégeance. Le groupe pakistanais Jamatul Ahrar du Tehreek-e-Taliban est l’un d’entre eux : c’est aussi lui qui a attaqué une école de Peshawar en décembre 2014, tuant 150 personnes. En Chine, le professeur Li Shaoxian, de l’institut relations internationales contemporaines craint que des « milliers » de Ouïghours ne soient des fidèles au groupe terroriste. Le magazine de propagande de Daech affirme quant à lui que les « soldats du Califat » ont pris un « grand élan » au Bangladesh grâce aux nombreuses personnes qui les ont rejoint.

Par Joris Zylberman, Alice Hérait, Claire Courbet, Alexandre Gandil et Juliette Morillot