Revue de presse Asie - 10 mai 2016

Constitution philippine selon Duterte, croissance chinoise et Sharif au pied du mur

C'est le raz-de-marée électoral pour Rodrigo Duterte à la présidentielle aux Philippines. Le nouveau président souhaite déjà réécrire la Constitution. Copie d'écran de Philippine Star, le 10 mai 2016
C'est le raz-de-marée électoral pour Rodrigo Duterte à la présidentielle aux Philippines. Le nouveau président souhaite déjà réécrire la Constitution. Copie d'écran de Philippine Star, le 10 mai 2016

Elections aux Philippines

Philipine Star – Les résultats finaux de l’élection présidentielle aux Philippines n’ont pas été proclamés. Pourtant, cela fait presque 24 heures que le pays assiste au raz-de-marée en faveur de Rodrigo Duterte, selon le décompte officieux (à suivre par exemple en haut de la page d’accueil du site du Philippine Star). Le maire de Davao City remporte l’élection avec plus de 15 millions de suffrages, soit plus de 6 millions de plus que son premier concurrent, Mar Roxas, le candidat soutenu par le président sortant Benigno Aquino. Bon joueur, Roxas a d’ailleurs « souhaité bonne chance » à Duterte, tandis que la candidate arrivée troisième, Grace Poe, avait « concédé sa défaite » dès hier soir lundi 9 mai.

De son côté, Rodrigo Duterte n’a pas perdu de temps dans ses déclarations. Selon son porte-parole Peter Lavina, le nouveau président philippin souhaite une « réécriture de la Constitution », rapporte le Guardian. Durant sa campagne, Duterte avait promis de changer le système politique centralisé pour un fédéralisme parlementaire, une mesure très populaire dans les provinces hors de la capitale Manille. Par ailleurs, le maire de Davao a confirmé son intention d’appliquer à l’échelle nationale sa politique anti-criminalité tant redoutée par les observateurs. Celui qui est surnommé « The Punisher » ou « Dirty Harry of Davao » s’est rendu célèbre pour ses « escadrons de la mort », responsables de disparitions et de meurtres de trafiquants de drogue, entre autres.

Philippine Star – Ce n’est pas encore finalisé et elle n’ose pas crier victoire. Selon le décompte officieux des voix, la candidate à la vice-présidence Leni Robredo a de plus en plus d’avance sur Bongbong Marcos, rapporte le Philipine Star. Ce serait la grande déception pour le fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos (1965-86). Très populaire, Bongbong avait promis d’accepter les institutions démocratiques du pays, sans critiquer officiellement les méfaits de son père. Bongbong Marcos est notamment connu pour avoir contribué à bloquer en 2015 le processus de paix entre le Front Moro islamique de libération (les rebelles musulmans de Mindanao) et le gouvernement, après le massacre de 44 policiers dans une embuscade.

A l’inverse, Leni Robredo est une célèbre avocate des droits de l’homme. Elle était député du troisième district de Camarine Sur, avant de se présenter à la vice-présidence. Aux Philippines, le vice-président est en principe le remplaçant du président en cas d’absence. Cependant, il est de coutume que ce dernier occupe un poste ministériel. Le vice-président sortant Jomar Binay était ministre du Logement.

S’il est confirmé que Leni Robrédo est la prochaine vice-présidente, la coopération avec Rodrigo Duterte s’annonce tendue. Le nouveau président philippin s’est fait connaître pour avoir mené une politique anti-criminalité fort répressive dans la ville de Davao dont il est maire. Il a aussi menacé de fermer le Congrès si sa politique était bloquée par les parlementaires.
Voir notre revue de presse du lundi 9 mai.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – L’interprétation des édito du « Quotidien du Peuple » est l’un des jeux préférés des observateurs de la Chine. Ce mardi 10 mai, le South China Morning Post ne boude pas son plaisir. Le site hongkongais relate ainsi le dernier éditorial du quotidien officiel du PC chinois : selon une « source qui fait autorité », les dirigeants chinois souhaiteraient modifier l’orientation de la politique économique du pays. Une économie alimentée par la dette pourrait provoquer une crise financière, affirme en substance le Quotidien du Peuple. Il s’appuie donc sur une « source proche du pouvoir », pour qui stimuler la croissance par l’injection de crédit revient à faire « pousser un arbre dans l’air ». Est-ce le signal d’un changement de modèle de croissance pour la deuxième économie mondiale ?

Ces déclarations anonymes interviennent en effet après que Pékin a injecté au premier trimestre 2016 une quantité inédite de prêts pour booster une croissance au ralenti. Ce qui a non seulement déclenché la flambée des prix de l’immobilier et des marchandises, mais aussi mis en veille tout projet de restructuration économique, et notamment de « nettoyage » des créances douteuses. Le South China Morning Post pose la question : qui est derrière cet édito ? Celui qui est visé ne serait autre que le Premier ministre Li Keqiang, qui a porté la politique économique de ces derniers mois. Il se pourrait alors que la « source » soit l’un des conseillers économiques de Xi Jinping, alors que des rumeurs parlent de « lutte des clans » entre le président et son Premier ministre. Tout cela relève pour l’instant de la « pékinologie » dans un régime toujours aussi opaque. Mais les observateurs économiques, eux, sont aux aguets.

Channel News Asia – Un tonnerre d’applaudissements pour Kim Jong-un. Le mardi 10 mai, le leader de la Corée du Nord a rassemblé les foules à Pyongyang afin de célébrer sa consécration en tant que président du Parti des travailleurs. La cérémonie intervient au lendemain du Congrès du Parti, le premier depuis 36 ans. Durant ces 4 jours d’assemblée, la Corée du Nord a affirmé vouloir étendre son arsenal nucléaire pour défier les sanctions des Nations Unies. Cependant, elle n’entend l’utiliser qu’« en cas de menace par un autre pays détenteur de l’arme atomique ». Kim a également établi un plan quinquennal pour raviver l’économie du pays.

Le président chinois Xi Jinping a félicité le leader nord-coréen pour ses « avancements » lors de ce Congrès. Xi a déclaré vouloir contribuer avec la Corée du Nord au « bonheur », à « la stabilité » et au « développement » des deux pays. Il faut rappeler que les relations entre Pyongyang et Pékin se sont dégradées depuis que le pays a poursuivi son développement nucléaire. En mars 2016, l’accord de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU a permis de voter une résolution sur des sanctions économiques sévères contre la Corée du Nord.

Asie du Sud-Est

Prachatai – Affaiblir les responsables élus, renforcer la bureaucratie et amplifier les relations avec les capitalistes influents… Voilà dans les grandes lignes ce que la junte militaire au pouvoir en Thaïlande est en train de faire pour asseoir son pouvoir. C’est en tout cas l’avis de Prajat Kongkirati, chercheur en science politique à la Thammasat University, dans une interview donnée au site thaïlandais Prachatai. Pour de nombreux observateurs, le gouvernement de Prayuth Chan-ocha est en train d’opérer une régression politique qui pour les uns ramènerait le pays dix ans en arrière à l’ère « pré-Thaksin Shinawatra » (du nom de l’ancien Premier ministre élu en 2001), et pour les autres, à trente ans en arrière à l’ère « semi-démocratique » de la Thaïlande. Quant à Prajak Kongkirati, il voit un retour à l’ère dictatoriale d’il y a 50 ans. Cependant, le chercheur de la Thammasat University pense que cette « restauration » de la dictature ne sera pas si aisée à cause de l’émergence de l’activisme politique dans le pays, et qu’elle pourrait se terminer dans la violence.
Myanmar Times – C’est peut être le début d’une victoire pour Aung San Suu Kyi. Une démarche parlementaire vient en effet d’être lancée pour révoquer une loi répressive connue sous le nom de « State Protection Act ». C’est en vertu de cette loi que la « dame de Rangoun », ainsi que nombre d’activistes furent détenus. Datant de 1975, elle a été adoptée sous la dictature militaire. Pour les parlementaires d’aujourd’hui, celle-ci aurait été explicitement rédigée pour détenir les politiciens d’opposition et protèger le régime. Elle autorisait en effet le gouvernement à déclarer l’Etat d’urgence et les suspects pouvaient être emprisonnés pour plus de 5 ans sans preuve à charge.

Ce n’est pas la seule loi dans le viseur de la nouvelle assemblée, puisqu’à la fin de la semaine les parlementaires devraient débattre de l’abrogation de la « Peaceful Protest and Assembly law », une loi responsable des peines disproportionnées contre le simple fait de manifester dans la rue.

Asie du Sud

Dawn – L’affaire des « Panama Papers » met le Premier ministre pakistanais dans une situation toujours plus délicate. Nawaz Sharif, dont plusieurs membres de la familles sont cités dans le scandale global des sociétés offshore, n’a pas fait acte de présence au parlement depuis quelques jours. Et l’opposition a annoncé un boycott des deux chambres tant que le Premier ministre ne se sera pas prononcé sur les révélations des « Panama Papers ».

Toujours selon le quotidien Dawn 259 nouveaux noms Pakistanais ont surgi dans les dernières révélations des « Panama Papers » de ce lundi 9 mai. La liste est non exhaustive, mais le consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) à l’origine de l’affaire a déjà fait une révélation de taille sur la famille de Sharif : ses enfants auraient obtenu un prêt de sept millions de livres sterling de la Deutsche Bank avec pour garanti quatre appartements londoniens détenus officiellement par des entreprises offshores domiciliées dans les îles vierges britanniques.

Firstpost – La crise politique continue en Inde. Depuis plusieurs semaines, le BJP, parti au pouvoir, accuse les leaders du Parti du Congrès de corruption . Mais aujourd’hui mardi 10 mai, ce sont les membres du Parti Aam Aadmi qui accusent Narendra Modi, le Premier ministre, d’avoir une fausse licence. Modi avait déjà subi de telles accusations au moment des législatives de 2014. A l’époque, elles avait été considérées comme risibles par les membres du BJP, qui estimaient qu’elles reflétait un geste désespéré d’un politicien en manque d’attention. Aujourd’hui, curieusement, Narendra Modi semble « tomber dans le piège », souligne le site indien Firtspost. C’est en effet le président du BJP en personne qui est amené à défendre le Premier ministre. Et, les médias désormais focalisés sur l’affaire mettent le BJP dans l’embarras puisqu’il doit maintenant justifier les diplômes de Narendra Modi.
Par Joris Zylberman et Alice Hérait, avec Sylvie Lasserre Yousafzaï à Islamabad