Revue de presse Asie - 9 mai 2016

Elections aux Philippines, Corée du Nord "responsable" et Pakistan inspiré par Erdogan

De nombreux observateurs craignent que Rodrigo Duterte surnommé le "Trump philippin", ne plonge le pays dans une sombre période de dictature et de troubles. Copie d'écran de "Channel News Asia", le 9 mai 2016.
De nombreux observateurs craignent que Rodrigo Duterte surnommé le "Trump philippin", ne plonge le pays dans une sombre période de dictature et de troubles. Copie d'écran de Channel News Asia, le 9 mai 2016.

Elections aux Philippines

Channel News Asia – Les bureaux de vote ont fermé aux Philippines et les résultats définitifs seront connus d’ici une semaine. Mais on sait déjà grâce aux derniers sondages officieux que Rodrigo Duterte serait largement en tête de l’élection présidentielle. Qu’il devienne le prochain président des Philippines, voilà ce qui préoccupe nombre d’observateurs qui craignent que le maire de Davao, surnommé à l’étranger le « Trump philippin », ne plonge le pays dans une sombre période de dictature et de troubles. Connu notamment pour envisager de « massacrer les criminels » lorsqu’il sera élu, il jouit d’un gigantesque soutien populaire. A plusieurs reprises, il a menacé les parlementaires d’exercer un pouvoir autoritaire, si ces derniers ne lui obéissaient pas. Duterte est également celèbre pour tenir la municipalité de Davao d’une main de fer et promet de gérer le pays aussi strictement qu’il a géré la principale ville de Mindanao.

Duterte serait donc loin devant ses concurrents dont Grace Poe et Mar Roxas, candidat soutenu par le président sortant Benigno Aquino. Roxas promet de poursuivre les réformes entreprises par Aquino. Ces six dernières années, la croissance économique des Philippines s’est maintenue à 6% en moyenne et Aquino est applaudi par la communauté internationale pour son combat contre la corruption.

Cependant, les Philippines restent l’un des pays d’Asie où l’écart de revenus entre riches et pauvres est le plus élevé. Les détracteurs d’Aquino lui reprochent d’avoir maintenu un modèle économique qui favorise un petit nombre de familles, détenant les industries importantes du pays.

Pour comprendre les élections de ce lundi 9 mai aux Philippines, voir notre article sur le sujet.

Phil Star – Un drame s’est produit quelques heures avant l’ouverture des élections philippines ce lundi 9 mai, à Rosario, au sud de Manille. Plusieurs hommes armés ont tué 7 personnes dans une ambuscade. Les victimes, en route pour le bureau de vote, étaient volontaires pour surveiller la régularité des élections et reporter des éventuels achats de vote. lls résidaient dans la communauté musulmane de Rosario, dans la région de Cavite. La Commission des élections a ajouté la ville de Rosario à la liste des « secteurs préoccupants » pour les élections d’aujourd’hui.
Phil Star – Une grande première pour ces élections. Les Philippins voteront désormais à l’aide de machines automatiques de dépouillement. Chaque personne doit s’enregistrer plusieurs mois avant les élections. Au bureau de vote, on vérifie à nouveau leur identité et l’index de chaque votant est marqué à l’encre pour éviter les votes multiples. Néanmoins plusieurs incidents de machine à voter ont été constatés dès les premières heures du scrutin. Dans certaines zones du pays, les votes ont du être retardés à cause de dysfonctionnement. Dans d’autres, plusieurs votes ont été simplement rejetés par les machines.

Asie du Nord-Est

Hanguk Ilbo (en coréen) – Que retenir de ces trois premiers jours du septième congrès du Parti des travailleurs ? Alors que les séances se poursuivent à Pyongyang, la ligne politique du dirigeant nord-coréen pour les prochaines années s’éclaircit. Sur le plan nucléaire, rapporte le quotidien sud-coréen Hanguk Ilbo, la Corée du Nord a réaffirmé son statut d’Etat nucléarisé, tout en précisant « qu’en tant qu’Etat nucléarisé responsable, elle ne ferait pas la première usage de l’arme atomique, tant que sa souveraineté n’était pas violée par d’autres Etats eux-mêmes détenteurs de l’arme nucléaire ». D’après l’agence de presse nord-coréenne KCNA, la Corée du Nord continuera donc de développer « la force nucléaire dans un but dissuasif en qualité et en quantité tant que les forces impérialistes persisteront dans leurs menaces et pratiques arbitraires ». Au même titre que le Pakistan qui n’est pas non plus signataire du traité sur la Non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Toutefois a réagi la Corée du Sud, reconnaître Pyongyang comme Etat détenteur de l’arme nucléaire mettrait en danger le principe même du TNP et relève de « l’illusion absurde ».

Le dirigeant nord-coréen a ajouté aussi être favorable à la « dénucléarisation globale «  (à distinguer du désarmement nucléaire sur la péninsule elle-même, NDLR) et souhaiter reprendre un dialogue constructif sur le plan militaire avec Séoul afin d’apaiser les tensions. Le gouvernement sud-coréen, rapporte le Korea Herald, a aussitôt souligné que ces « propositions n’étaient que de la propagande sans la moindre sincérité et qu’on ne pouvait parler de dialogue intercoréen tout en développant parallèlement un arsenal nucléaire ».

Kim Jong-un a également abordé le volet économique de sa politique et dévoilé un plan de développement sur cinq ans avec un focus tout particulier sur la nécessité d’améliorer le réseau électrique du pays.

South China Morning Post – Les blessures sont loin d’être refermées. « La Chine doit affronter son passé obscur pour éviter de répéter les mêmes erreurs », a déclaré l’écrivain Yan Lianke cité par le quotidien hongkongais South China Morning Post. « Il n’y a jamais assez de discussion sur la Révolution culturelle », précise Yan, qui est en ce moment professeur invité pour 6 mois à l’Université des Sciences et Technologie de Hong Kong. Cette année marque le 50ème anniversaire de la Révolution culturelle en Chine, lancée officiellement par Mao Zedong via la circulaire du 16 mai 1966. Et le débat est toujours tabou à Pékin. Le Parti communiste craint toujours que la transparence sur cette période meurtrière de l’histoire chinoise ne vienne saper la mémoire de Mao et par ricochet la « légitimité » du PCC au pouvoir. D’autant que l’actuel président Xi Jinping est loin de la transparence souhaitée par beaucoup.

Décrit comme « l’un des auteurs les plus courageux de Chine » par le jury du prix international Man Booker, dont il est l’un des 6 finalistes cette année, Yan Lianke n’en est pas à ses débuts. Il est notamment l’auteur de The Four Books un des rares romans sur la grande famine des années 1950 et 1960 et sur la Révolution culturelle. Yan estime que plus la Chine portera un regard critique sur son passé, plus elle progressera. « Il y aura un retour en arrière si la Chine continue d’éviter le sujet », affirme l’auteur.

Asie du Sud-Est

The Bangkok Post – Elle était détenue depuis douze jours. La Cour militaire de Thaïlande a annoncé la libération de la mère du leader anti-coup d’Etat « Ja New ». Patnaree Charnkij a fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour crime de lèse-majesté. Le Tribunal a accepté ce dimanche 8 mai de la libérer à condition qu’elle ne quitte pas le pays et qu’elle ne prenne part à aucune activité pouvant troubler l’ordre public. Elle doit s’acquitter d’une caution de 500 000 baths (près de 12 500 euros) avant sa libération.

Ja New est le surnom de Sirawith Seritiwat, l’un des leaders du groupe « Resistant Citizen » très présent sur Facebook. Selon lui, le régime entend garder sa mère en otage pour le dissuader de continuer ses critiques contre le gouvernement de Prayuth Chan-ocha. Mais, selon le Bangkok Post, Ja New refuse de céder à la pression et affirme qu’il continuera de se battre pour sa cause.

Alors que le régime militaire a récemment accru la répression contre ses détracteurs sur les réseaux sociaux, la décision inattendue de la Cour ferait suite à la pression exercée mercredi 4 mai, sur une délégation thaïlandaise à Genève. Le groupe était venu défendre les résultats du pays en terme de protection des droits de l’homme. L’ancien ministre thaïlandais des Affaires étrangères conseille au gouvernement militaire de faire preuve de prudence dans sa façon de gérer les critiques. Il affirme que la réputation du pays est en jeu.

Myanmar Times – La question Rohingya ne cesse de bousculer l’élite politique birmane. Mercredi 4 mai, le gouvernement reprochait à l’ambassade des Etats-Unis d’avoir utilisé le mot « Rohingya » . Aujourd’hui lundi 9 mai, une parlementaire de l’Etat du Rakhine à l’ouest du pays, demande au gouvernement de s’occuper des problèmes de citoyenneté. « Les Bengalis viennent de la zone entre la Birmanie et le Bangladesh et ne sont pas une minorité nationale enregistrée. Ils sont entrés de façon illégale et troublent le pays », affirme la représentante. D’après elle, la loi sur la Citoyenneté de 1982 devrait être un élément suffisant pour déterminer si une personne est un « faux » ou « vrai » citoyen. Avant 1982, toute personne née sur le territoire était considérée comme un national. Mais depuis, la citoyenneté birmane est refusée aux communautés dont les ancêtres sont arrivés dans le pays après 1823.

Toujours selon cette parlementaire, l’ancien gouvernement est en partie responsable de la situation pour avoir institué le système de « Carte blanche » accordant un droit de vote aux personnes ne bénéficiant pas de la nationalité birmane en attendant de devenir un citoyen à part entière. La majorité des détenteurs de cette carte étaient des Rohingya, de l’ethnie musulmane de l’Etat du Rakhine que les nationalistes appellent « Bengali ». Ce système de la « carte blanche » a été supprimé le 31 mars 2015, fabriquant de fait 800 000 apatrides. Voir notre article sur la question.

Asie du Sud

Dawn – Est-ce de bon augure pour le Pakistan ? Son Premier ministre Nawaz Sharif est empêtré dans l’affaire des « Panama Papers » : de nombreux membres de sa famille sont cités dans ce scandale global de sociétés offshore. Pour trouver un nouveau souffle, le leader pakistanais regarde désormais vers la Turquie et Recep Tayyip Erdogan, rapporte le quotidien Dawn. Ces dernières semaines, Sharif a fait plusieurs fois référence à celui qui est président de la République turque depuis 2014, après en avoir été Premier ministre de 2003 à 2014.

Nawaz Sharif admire visiblement sa manière de gérer ses contentieux avec l’establishment militaire turc, qu’il a mis sous sa direction en amendant la Constitution, et avec les partis d’opposition, dont Erdogan a fortement restreint le champs d’action. Le Premier ministre pakistanais doit en effet affronter à la fois une alliance de 9 partis réclamant son jugement pour corruption et les pressions des militaires. La Turquie a toujours fait rêver les dirigeants au Pakistan. Avant Sharif, le Général Musharaff, parvenu au pouvoir par un coup d’Etat, se rêvait en Atatürk, le leader de la Turquie moderne.

Hindustan Times – Jamais la lutte entre le parti au pouvoir et son opposition n’aura été si intense depuis l’élection de Modi au poste de Premier ministre. Et c’est un scandale de corruption qui est au centre de cette lutte : le BJP accuse le Congrès et sa présidente Sonia Gandhi d’être impliqués dans une vente frauduleuse d’hélicoptères auprès du constructeur britannique AgustaWestland. Une vente scellée en 2010 sous l’ancien gouvernement puis annulée en 2014. Ce lundi 9 mai, les membres du Parti du Congrès se sont rassemblés dans le Rajya Sabha (la chambre haute du Parlement indien) pour demander à Narendra Modi une déclaration sur l’affaire. Des protestations ont suivi dans le Lok Sabha (la chambre basse du Parlement) contre les accusations de Modi sur la présidente du parti, Sonia Gandhi. Le ministre d’Etat pour les affaires parlementaires a déclaré que les dirigeants du Congrès essayent de « lancer une révolution » parce qu’ils sont « terrorisés à l’idée de faire face à la loi ».

Voir notre revue de presse du 6 mai.

The Hindu – Les tensions restent vives entre Katmandou et New Delhi. Ce samedi 7 mai, le gouvernement népalais a décidé de rappeler son ambassadeur en Inde, Deep Kumar Upadhyay. « J’attends toujours une lettre m’expliquant mes erreurs », déplore aujourd’hui lundi 9 mai Upadhyay interrogé par The Hindu. Selon le quotidien indien, il est accusé d’avoir aidé les autorités de New Delhi à comploter contre le gouvernement népalais de K.P. Sharma Oli. Upadhyay est membre du Nepali Congress, principal parti d’opposition au Premier ministre Oli. « Accuser l’ambassadeur du Népal à Delhi de manque de patriotisme est injuste, » a protesté le député Bimalendra Nidhi du Nepali Congress, qui a déjà tenté de former un gouvernement alternatif en se retirant de la coalition au pouvoir.
Par Joris Zylberman, Alice Hérait et Juliette Morillot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris