Société
Expert - Indonésie plurielle

En Indonésie, le réexamen du Coran est à l'ordre du jour

Yahya Cholil Staquf, le secrétaire général de la Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation non gouvernementale islamique indonésienne – et du monde - avec cinquante millions de membres revendiqués. (Source : NYU Arts and Sciences)
Yahya Cholil Staquf, le secrétaire général de la Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation non gouvernementale islamique indonésienne – et du monde - avec cinquante millions de membres revendiqués. (Source : NYU Arts and Sciences)
Le 21 avril 2018 paraissait dans Le Parisien un « Manifeste ‘contre le nouvel antisémitisme' » rédigé par Philippe Val et signé par plus de deux cent cinquante personnalités. Ce manifeste exprime « une colère [qui] grandit depuis la mort de Sarah Halimi, Parisienne de 65 ans défenestrée après avoir été rouée de coups le 4 avril 2017. La justice a mis plus de dix mois à reconnaître la circonstance aggravante de l’antisémitisme ». Il demande que « les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ». Ses signataires attendent « de l’islam de France qu’il ouvre la voie ». En Indonésie, la plus grande organisation musulmane a déjà « ouvert la voie » et « frappé d’obsolescence » ce qui dans les textes religieux de l’islam, pose problème.
Conseiller du président Joko Widodo pour les affaires religieuses, Yahya Cholil Staquf est le secrétaire général de la Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation non gouvernementale islamique indonésienne – et du monde – avec cinquante millions de membres revendiqués. Voici ce qu’il déclarait dans une interview publiée en août 2017 dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Nous devons parvenir à un point [de consensus sociétal], de façon que tout point de vue [fondamentaliste] de l’islam qui postule les normes traditionnelles de la jurisprudence islamique comme étant des absolus, soit immédiatement rejeté comme faux. »
Yahya exprime une position largement partagée au sein de son organisation quand il affirme que « les enseignements religieux doivent être contextualisés et les valeurs religieuses s’aligner sur la réalité sociale. Et il doit être parfaitement clair, pour tous, que les lois de l’État ont une priorité et prévaudront [en cas de conflit perçu entre la tradition islamique et la loi de l’État]. » Pour Yahya en effet, cette tradition islamique pose problème dans trois domaines fondamentaux. Le premier est celui des rapports entre musulmans et non-musulmans, dans le cadre duquel se place le manifeste contre le « nouvel antisémitisme ». Le deuxième est celui de la relation des musulmans à l’État et le troisième, celui de la relation des musulmans aux lois du pays où ils vivent, ce qui concerne la France, où l’on estime que 7,5% de la population est musulmane.
*Certes, l’Indonésie possède des tribunaux islamiques, eux aussi une création du colonialisme néerlandais, mais leur compétence se limite aux domaines du mariage, de l’héritage et des donations pieuses, et ils sont placés sous l’autorité de la Cour suprême. En outre, la loi indonésienne reconnaît également l’adat, le droit coutumier préexistant à l’arrivée de l’islam dans l’archipel. **À l’époque, Aceh était le théâtre d’un conflit opposant l’armée indonésienne à un mouvement indépendantiste. En accordant ce statut d’autonomie spéciale, le gouvernement indonésien espérait y mettre fin, ce qui sera finalement le cas en 2005, après le tsunami du 26 décembre 2004 et ses 170 000 morts en Aceh.
Selon Yahya, dans la tradition musulmane, premièrement, les relations entre musulmans et non-musulmans sont fondées sur la ségrégation et l’hostilité. Deuxièmement, l’État est une entité qui rassemble tous les musulmans sous la direction d’un seul homme, et les oppose aux non-musulmans. Troisièmement enfin, les musulmans doivent observer un ensemble immuable de lois qu’on appelle « charia ». Cette tradition islamique heurte de front ce qui fonde l’État et la nation indonésiens. D’abord, l’Indonésie est une nation constituée de centaines de groupes ethniques qui adhèrent à différentes religions : opposer les musulmans aux non-musulmans ferait éclater cette nation. Ensuite, le pluralisme religieux de l’Indonésie rend cet État incompatible avec la conception d’un État qui regrouperait les musulmans du monde entier et les opposerait aux non-musulmans. Enfin, la constitution de l’Indonésie ne fait aucune référence à l’islam et son droit est un héritage du colonialisme néerlandais, qui avait adopté le Code civil français* : la charia n’y a pas de place, à l’exception notable de la province d’Aceh, qui s’est vu accorder en 2001 un statut d’autonomie spéciale qui inclut l’application de la loi islamique**. Encore cette charia n’a-t-elle pas la sévérité de celle appliquée en Arabie Saoudite, ce qui la fait qualifier de « charia de complaisance » par la sociologue française Agnès De Féo.
*Catholics in Indonesia, 1808-1900: A documented history (2003).
Plus de 87% des Indonésiens se sont déclarés musulmans lors du recensement de 2010. Parce qu’avec plus de 260 millions d’habitants, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde après la Chine, l’Inde et les États-Unis, la presse des pays anglophones, par exemple The Guardian, l’appelle « the world’s largest Muslim-majority country ». L’Indonésie n’est en effet pas un « pays musulman », selon le cliché trop souvent répandu dans la presse française, puisqu’elle a été créée à partir de régions dont les populations sont de religions diverses. En outre, souligne le théologien néerlandais Karel Steenbrink, « il est indubitablement vrai que les statistiques officielles du recensement indonésien ne reflètent pas la réalité de l’affiliation religieuse en Indonésie »*.

Le rôle crucial du soufisme

*A History of Modern Indonesia since c. 1200 (2008). **Martin van Bruinessen, « The origins and development of Sufi orders (tarekat) in Southeast Asia », in Studia Islamika – Indonesian Journal for Islamic Studies, vol. 1, no.1 (1994). ***Yahya utilise le terme « Nusantara », mot vieux-javanais qui signifie « les îles de l’extérieur » et désignait à l’origine l’archipel indonésien en dehors de Java, mais est aujourd’hui un autre nom de l’Indonésie.
Pour l’historien australien M. C. Ricklefs, « la diffusion de l’islam est un des processus les plus significatifs de l’histoire indonésienne, mais aussi un de ses plus obscurs »*. Le soufisme, qui peut se définir comme une pratique mystique de l’islam, joue un rôle crucial dans la diffusion de cette réligion en Indonésie**. En effet, les marchands musulmans qui abordent l’archipel appartiennent à diverses confréries soufies. Dans un film intitulé The Divine Grace of Islam Nusantara et réalisé dans le cadre d’une campagne lancée en 2015 pour contrer les idéologies « jihadistes », Yahya explique que « le soufisme représente un ensemble cohérent d’enseignements qui invite les gens à saisir l’essence de l’islam ». Pour lui, « ceci était parfaitement compatible avec la civilisation indonésienne*** préexistante ». Au cours des XIVème et XVème siècles, l’islam se diffuse progressivement dans les cités portuaires de la côte orientale de Sumatra, de la côte occidentale de la péninsule de Malacca voisine, de la côte nord de Java, dans le sud de Célèbes et dans les Moluques. Le commerce et les alliances politiques sont les moteurs de cette diffusion, sauf dans le cas des royaumes d’Aceh à la pointe nord de Sumatra et de Gowa dans le sud de Célèbes, qui étendent leur territoire en conquérant les principautés voisines et forcent leurs habitants à se convertir.
*The Religion of Java (1976). ** »Semar Makes the Hajj: Shadow Puppet Theatre and Islam in Indonesia », in ISIM Newsletter 1 (1998). ***Inside Southeast Asia: Religion, Everyday Life, Cultural Change (2000). ****Heyder Affan, « Polemik di balik istilah ‘Islam Nusantara' » (« La polémique derrière le terme d »Islam Nusantara' »), BBC Indonesia, 15 juin 2015. ***** »La rencontre entre religions et cultures », in Le Banian 21 (juin 2016).
Un autre facteur explique l’adoption de l’islam par les habitants de l’archipel indonésien. L’Indonésie se caractérise en effet par une capacité au syncrétisme religieux, c’est-à-dire à la présence simultanée de croyances et rites différents chez les individus et dans les communautés. Java illustre de manière remarquable ce syncrétisme indonésien. Dans son ouvrage fondateur, l’anthropologue américain Clifford Geertz caractérise le système religieux des villageois javanais comme une « intégration équilibrée d’éléments animistes, hindouistes et islamiques, un syncrétisme de base javanais qui est la vraie tradition populaire de l’île »*. Pour Matthew Isaac Cohen, spécialiste britannique des arts de la scène en Asie du Sud-Est, la tradition toujours vivante du théâtre d’ombres javanais, le wayang, démontre que « l’islam pratiqué par les Indonésiens est différent de celui pratiqué dans les pays du Moyen et Proche-Orient. Il est plus tempéré ou syncrétique, moins dogmatique, doctrinal, ou fondamentaliste »**. L’anthropologue néerlandais Niels Mulder écrit : « La religion en Asie du Sud-Est est typiquement dirigée vers l’avenir et sert à assurer une vie paisible et heureuse. »*** C’est ce qui fait dire à l’intellectuel musulman indonésien Azyumardi Azra, qui enseigne à l’université islamique d’État de Jakarta que « dans sa manifestation culturelle, l’islam indonésien diffère grandement de l’islam arabe »****. Ce propos fait écho à ceux du sociologue français Philippe d’Iribarne, selon lequel « toutes les religions […] sont reçues et prennent forme au sein de cultures, et les orientations qu’elles prennent, dans chaque société, en sont marquées »*****.
*Penser la diversité du monde (2008). **L’épreuve des différences (2009). ***L’islam devant la démocratie (2013).
Expliquer en quoi « l’islam indonésien diffère de l’islam arabe » demanderait un ouvrage entier dans lequel il faudrait décrire entre autres les croyances et les pratiques qui caractérisent chacune des deux sociétés. Nous proposons une approche à un autre niveau. D’Iribarne écrit que « dans chaque société, l’opposition entre deux expériences tient une place centrale. D’un côté, un péril particulier est perçu comme menaçant gravement chacun […] conduisant à un état catastrophique. De l’autre, des voies de salut sont vues comme permettant de conjurer ce péril. »* A propos de l’islam, il précise : « Dans une perspective religieuse, telle qu’elle est structurée par le Coran, la division ou même le débat sont perçus très négativement »**. Selon lui, « l’islam des origines a été marqué par un univers mental remarquablement cohérent [dans lequel] une vie bonne est le fruit d’une conformité à un modèle qu’un grand message a révélé »***. Cet « univers mental », c’est celui des sociétés arabes. Il ne s’agit pas de dire que l’univers mental arabe est fait d’intolérance, mais que « la crainte de l’incertitude, du doute, de la division est sans cesse présente et les acteurs déploient une grande énergie pour lutter contre eux », et que « le débat ne peut être un moyen d’accéder à plus de vérité mais n’est qu’un facteur de déchirure de la communauté ».

Terrorisme et orthodoxie de l’islam

En Indonésie, le débat, y compris sur des questions religieuses, est présent dès les premières années d’existence de l’indépendance. Ainsi en 1945, ceux qui souhaitaient que figurent dans la constitution l’obligation que le président soit musulman et celle pour les musulmans d’observer la charia, n’ont pas eu gain de cause. De nos jours, un débat récurrent dans les milieux musulmans indonésiens porte sur le caractère haram (« illicite ») ou non pour les musulmans de souhaiter « Joyeux Noël » aux chrétiens. A ce propos, l’universitaire indonésien Quraish Shihab, spécialiste du Coran, comparant avec la situation en Egypte, déclarait : « Je soupçonne fortement que ce problème n’existe qu’en Indonésie. » Le débat fait partie du fonctionnement de la société indonésienne, y compris entre musulmans.
*Cette recherche a abouti à une thèse : Gérer les femmes et les hommes en Indonésie : le cas de Total, que nous avons soutenue en 2010.
Nous avons pour notre part mené de 2003 à 2010 une recherche avec pour terrain une entreprise*. En effet, « on rencontre dans l’entreprise tous les problèmes, toutes les interrogations, qui marquent la rencontre entre le projet moderne et la diversité du monde ». Cette recherche nous a permis d’identifier le « péril particulier » indonésien, à savoir la crainte d’être confronté à une situation perçue comme « fermée ». Face à ce « péril », on peut comprendre le syncrétisme comme une des « voies de salut » possible permettant d’adopter de nouvelles croyances et pratiques sans « fermer » la porte à celles déjà présentes. Et on peut comprendre que le refus du débat soit perçu comme quelque chose de « fermé » qu’il faut éviter.
*Personne « qui étudie le Coran et les commentaires, et qui connaît le droit musulman ». **En 1744, Mohammed Ibn Saoud, chef de la tribu des Saoud, signe une alliance avec Mohammed Ibn Abdel Wahhab, par laquelle il s’engage à adopter la forme austère d’islam que prêche ce dernier.
A la fin du XIXème siècle apparaît en Egypte un mouvement de réforme, dirigé notamment par le juriste Mohamed Abduh, qui entend purifier l’islam des « innovations » qui s’y sont introduites au cours des siècles. Ce mouvement veut également utiliser les connaissances modernes de l’Occident pour sortir le monde musulman de son arriération. Pour cette raison, ce mouvement est appelé « modernisme ». Il gagne Sumatra puis Java. En 1912, des religieux javanais créent la Muhammadiyah (« la voie de Muhammad »), qui veut purifier l’islam indonésien des croyances et traditions locales qualifiées de « superstitions ». C’est en réaction à ce mouvement que d’autres religieux musulmans javanais créent en 1926 la Nahdlatul Ulama (« renaissance des oulémas* ») ou NU, qui défend les rituels traditionnels javanais que l’islam n’a pas fait disparaître. Une autre motivation pour la création de la NU est la menace wahhabite que représente la prise de La Mecque par Ibn Saoud en 1924**.
*Alexander R. Arifianto, « Islam Nusantara: NU’s Bid to Promote ‘Moderate Indonesian Islam' », in RSIS Commentary< ,/em> No. 114, 17 mai 2016.
Aujourd’hui, la NU lutte contre l’islam radical. En septembre 2015, elle tient un congrès dont le thème est « Islam Nusantara », c’est-à-dire « l’islam indonésien ». L’organisation entend par là un islam qui prenne en compte le contexte socio-culturel indonésien et « combine la théologie (aqidah) et la jurisprudence (fiqh) islamiques classiques avec le soufisme et des pratiques et rituels locaux originaires de Java – où vit la majorité des 60 millions de partisans revendiqués de la NU »*. Toutefois, elle rejette la qualification de « syncrétisme » et préfère parler d’« enculturation — une appréciation critique, et une incorporation judicieuse, de pratiques existantes — et l’indigénisation de l’islam. »
En 2016, Yahya déclarait publiquement que « pour être capable de combattre le mouvement jihadiste mondial, les dirigeants du monde et le public [devaient] reconnaître le fait que l’extrémisme [avait] pour origine les enseignements islamiques, utilisés par des groupes terroristes pour justifier l’usage de la violence ». Dans son interview avec la Frankfurter Allgemeine Zeitung, il affirme que « les politiciens occidentaux devraient cesser de faire comme si l’extrémisme et le terrorisme n’avaient rien à voir avec l’islam. Il y a un très clair rapport entre le fondamentalisme, la terreur et les postulats de base de l’orthodoxie islamique. » « Les mouvements islamiques radicaux n’ont rien de nouveau, poursuit-il. Ils sont apparus à plusieurs reprises dans notre propre histoire en Indonésie », comme le raconte par ailleurs Jean-Louis Margolin, historien spécialiste de l’Asie du Sud-Est.

Lecture critique des textes de l’islam

La NU a elle-même commis des violences par le passé. En particulier, sa milice avait été le fer de lance des massacres anticommunistes de 1965-1966. Mais lorsque Abdurrahman Wahid, petit-fils du fondateur de la NU, a été élu président en 1999, il a demandé pardon au nom de son organisation pour ces massacres. Aujourd’hui, le service d’ordre de la NU s’oppose sur le terrain aux organisations islamistes, notamment le Front Pembela Islam (« Front des défenseurs de l’islam »), un groupe violent qui n’hésite pas à imposer sa conception de l’islam par des actions brutales comme des « descentes » dans les night clubs pendant le mois de ramadan ou des attaques de sites de construction d’églises au prétexte qu’ils n’ont pas de permis. Quant au Hizbut Tahrir Indonesia, cette branche indonésienne d’une organisation pan-islamique internationale prône la création d’un califat qui rassemblerait les musulmans du monde entier.
Avec près de cinquante millions de membres revendiqués, la Muhammadiyah est l’autre grande organisation musulmane indépendante indonésienne. Elle ne partage pas cette vision d’une violence inhérente à la tradition islamique. Son secrétaire général, Abdul Mu’ti, considère en effet qu’on ne peut associer le wahhabisme au terrorisme car le radicalisme n’est pas uniquement de nature religieuse. Son président, Haedar Nashir, déclarait en outre en février dernier, lors d’une conférence à l’université Monash à Melbourne en Australie, que l’islam était fondamentalement une religion faite de « valeurs progressistes ». Cette position est cohérente avec les principes fondateurs de la Muhammadiyah, née d’un mouvement créé au Moyen-Orient qui se voulait une réponse à la modernité occidentale en construisant une modernité qui serait fondée sur un retour au Coran. Plus de cent ans après la fondation de l’organisation, son président affirmait à Melbourne : « La vision de l’islam progressiste introduite par les fondateurs de la Muhammadiyah a donné naissance à une idéologie progressiste qui est généralement connue comme l’islam réformiste et moderne. » A l’évidence, le débat est bien présent au sein-même de l’islam indonésien.
La NU se veut en tout cas une garante de l’unité de l’Indonésie et entend défendre le caractère pluraliste de la nation indonésienne. En particulier, son service d’ordre s’associe systématiquement à la police pour la protection des églises, notamment à l’occasion de Noël. C’est ainsi que le 24 décembre 2000, Riyanto, un jeune homme de 25 ans qui participait à la protection d’une église dans l’est de Java, est mort en s’emparant d’une bombe pour la jeter au loin. L’organisation soutenait le gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, familièrement appelé Ahok, dans sa campagne de réélection en avril 2017, finalement perdue au profit de son adversaire Anies Baswedan, soutenu par les milieux conservateurs et les islamistes.
Au-delà de la lutte contre le jihadisme et la défense du pluralisme, la NU appelle de ses vœux une lecture critique des textes de l’islam. Cela est d’autant plus urgent que depuis les années 1975, un missionnariat wahhabite financé par l’Arabie saoudite diffuse impunément en Indonésie une conception rigoriste et rétrograde de l’islam. En 2016, son secrétaire général Yahya déclarait publiquement que « pour être capable de combattre le mouvement jihadiste mondial, les dirigeants du monde et le public [devaient] reconnaître le fait que l’extrémisme [avait] pour origine les enseignements islamiques, utilisés par des groupes terroristes pour justifier l’usage de la violence ». L’année suivante Luthfi Thomafi, un dirigeant de son organisation de jeunesse, « appelait à un réexamen du texte islamique pour l’adapter à la civilisation moderne ». Pendant qu’« Emmanuel Macron se lance dans la réforme de l’islam de France », la plus grande organisation musulmane du monde ne propose rien moins qu’une nouvelle lecture du Coran.
A propos de l'auteur
Anda Djoehana Wiradikarta
Anda Djoehana Wiradikarta est enseignant et chercheur en management interculturel au sein de l’équipe « Gestion et Société ». Depuis 2003, son terrain de recherche est l’Indonésie. Ingénieur de formation, il a auparavant travaillé 23 ans en entreprise, dont 6 ans expatrié par le groupe pétrolier français Total et 5 ans dans le groupe indonésien Medco.