Société

10 idées fausses sur l'islam en Indonésie

Des musulmanes prient à Aceh la veille du Ramadan, en 2017. (Crédit : Fachrul Reza / NurPhoto, via AFP)
Des musulmanes prient à Aceh la veille du Ramadan, en 2017. (Crédit : Fachrul Reza / NurPhoto, via AFP)
La prise de conscience, pour d’aucuns récente, de la non-superposition entre le « monde arabe » et le « monde musulman » a fait naître bon nombre d’idées fausses sur l’islam en Indonésie. Cela tient à deux erreurs de perspective.
La première réside dans l’oubli que les nations sont des constructions qui ont une histoire. Celle de l’Indonésie commence avec la formation des Indes néerlandaises, constituées de populations diverses. L’islam n’est qu’un des éléments de cette diversité. On ne saurait donc réduire l’Indonésie à cette religion. En outre, la construction indonésienne n’est vraisemblablement pas terminée, et fait aujourd’hui face notamment à la menace islamiste. La seconde est qu’en France, et plus généralement en « Occident », on pense l’islam à travers le rapport que l’Europe entretient avec cette religion depuis la conquête de la péninsule ibérique. Or, comme l’écrit le sociologue Philippe d’Iribarne dans Le Banian (n°21) : « Toutes les religions […] sont reçues et prennent forme au sein de cultures, et les orientations qu’elles prennent, dans chaque société, en sont marquées. »* C’est évidemment vrai pour l’islam.
Le culturalisme a la peau dure. Tentons de la percer en décryptant 10 idées fausses sur l’islam en Indonésie.

SOMMAIRE

1. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde
2. L’islam dominant en Indonésie est aujourd’hui un islam rigoriste
3. Le radicalisme islamiste n’est pas un fait nouveau en Indonésie
4. L’Indonésie est en train de devenir le second califat de Daech
5. L’Indonésie lutte efficacement contre le terrorisme islamiste
6. L’affaire Ahok est une simple histoire de blasphème
7. La communauté LGBT en Indonésie est rejetée à cause de l’islam
8. L’islam d’Indonésie est tolérant et modéré
9. L’islam impose un ordre patriarcal aux Indonésiennes
10. L’islam indonésien est sous l’influence de l’Arabie saoudite

1. L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde

Qui affirme cette idée ? Les médias français utilisent à tort cette assertion de manière quasi-systématique depuis le début des années 2000. Par exemple Sandrine Marcy, journaliste à FranceInfo, titre : « L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde » – quand bien même le contenu du podcast contredit cette affirmation. Dans son article « Les femmes aux commandes… » Sylvie Kauffman, chroniqueuse au Monde, est aussi inexacte à ce propos « A elles trois, ces femmes tiennent les leviers de l’économie indonésienne (…) premier pays musulman du monde. »
Les hommes politiques sont tout aussi approximatifs. Dans un rapport de l’Assemblée nationale de 2013 , le journaliste et homme politique Avi Asouly emploie cette expression. Dans un autre rapport officiel rédigé en 2009, Jean-Marie Le Guen, alors député, regrette que les médias stigmatisent l’Indonésie tout en étant aussi imprécis. De l’autre côté du globe, le ministre australien de la Justice a failli provoquer un incident diplomatique en utilisant cette expression dans une lettre à destination du vice-président indonésien.
Les universitaires, enfin, ne sont pas en reste Gérard-François Dumont, géographe à la Sorbonne, fait ce raccourci dans son livre Aspect du monde tropical et asiatique, en décrivant le pluralisme indonésien. Le linguiste Noam Chomsky l’affirme également au cours d’une interview en 2002, surprenant alors la presse anglophone. Plus rigoureuse, celle-ci emploie en général l’expression « world’s largest Muslim-majority country ».
Pourquoi c’est faux ? Les spécialistes de cet archipel, à l’instar de Rémy Madinier, précisent : « L’Indonésie est un pays à majorité musulmane ». L’erreur est de s’attacher à un chiffre sans prendre en compte la diversité et la complexité religieuses du pays.
*La langue des textes sacrés de l’hindouisme
L’Etat indonésien reconnaît officiellement six religions : considérer l’archipel comme un pays musulman est donc réducteur. De plus, cela va à l’encontre de ce que souhaitaient les pères fondateurs de la nation. En 1945, peu avant la proclamation de l’indépendance, le futur président Soekarno expose les « cinq principes », Pancasila en sanskrit*, qui selon lui doivent fonder le futur Etat indonésien. Le premier principe est celui de « la croyance en un Dieu unique ».
Si la première mouture de la Constitution comportait une référence à l’islam, le futur vice-président Hatta l’a ôtée le jour même de la proclamation de l’indépendance, sur le conseil d’un officier de la Marine japonaise – l’Indonésie était alors encore sous occupation nippone. Celui-ci lui avait transmis le message d’une menace de sécession des chrétiens, alors majoritaires en Indonésie orientale. Voilà pourquoi il n’y a aucune référence à l’islam dans la Constitution indonésienne. La très populaire ministre de la Mer, Susi Pudjiastuti, résume aujourd’hui : « La religion n’est pas la clé pour comprendre la société indonésienne ».
*Clifford Geertz, The Religion of Java, New York : The Free Press of Glencoe, 1976.
Enfin, on ne peut ignorer le caractère syncrétique rapport que les Indonésiens ont à la religion en général, y compris à l’islam*.

2. L’islam dominant en Indonésie est aujourd’hui un islam rigoriste

Qui affirme cette idée ? « Les traditions musulmanes locales risquent-elles d’être dépassées par l’intégrisme ? » s’interroge la BBC. Le porte-parole de l’organisation Hizbut Tahrir Indonesia, Ismail Yusanto, déclare au média britannique : « 73% des répondants d’un sondage sont favorables à l’introduction de la charia et 81% pour que le pays intègre le califat ». Mais ces chiffres sont biaisés : ils ne ne prennent en compte que les adhérents au parti.
Pourquoi c’est mal formulé ? Xavier Ternisien, responsable de la rubrique « Religions » au Monde de 2000 à 2006, rappelle : « Le mot “intégrisme” a fait son apparition en France, dans le monde catholique, […] en 1907 […] L’intégriste est celui qui se réclame de “la tradition”, c’est-à-dire d’un vaste corpus incluant à la fois les Ecritures et leur interprétation fixée avec autorité par les pères et les docteurs de l’Eglise, les conciles et les papes. » L’intégriste musulman est donc celui qui observe une pratique en adéquation avec la loi coranique.
Or la plupart des Indonésiens, y compris musulmans, adhèrent à des croyances et pratiquent des rites traditionnels. Ils entretiennent un rapport singulier à la religion, comme le souligne Thomas B. Pepinsky de la Cornell University (Ithaca, Etat de New York).
Sur le plan juridique, la loi anti-alcool, avant d’être appliquée en 2016, a fait l’objet de nombreuses critiques. Aujourd’hui, seule la vente en supérette est interdite : elle reste autorisée dans les hôtels, restaurants et bars. Des partis islamistes, dont le PPP, souhaiteraient une interdiction totale inenvisageable dans les faits : de nombreux Indonésiens, y compris musulmans, boivent de la bière. En outre, une telle mesure menacerait le tourisme, que le gouvernement souhaite développer.
La loi reste par ailleurs sévère à l’égard des islamistes radicaux. Le religieux de 78 ans Abu Bakar Ba’asyir a été condamné à 15 ans de prison, principalement pour le financement d’un entraînement jihadiste à Banda Aceh. La Cour a rejeté sa demande en appel.

3. Le radicalisme islamiste n’est pas un fait nouveau en Indonésie

Qui affirme cette idée ? Si la plupart des spécialistes de l’Indonésie comme du radicalisme islamiste s’accordent pour affirmer que « le radicalisme indonésien n’est pas un fait nouveau », ils ne s’entendent pas sur ses origines. Certains le datent de 1803 ou 1869, d’autres de 1950 voire 1996 pour les plus pointilleux. La plupart des journaux le font remonter aux premiers attentats sanglants dans les années 2000, confondant alors « radicalisme » et « terrorisme ». De fait, cette affrimation est trop vague et est sujette à de nombreuses contradictions.
*M. C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia since c. 1200, London & Basingstoke : Macmillan, 1981, p. 173.
Pourquoi c’est mal formulé ? Ceux qui considèrent que l’islam radical est apparu en Indonésie en 1803 se réfèrent à la guerre des Padri, durant laquelle des pèlerins de retour de La Mecque, inspirés par le wahhabisme, prétendaient réformer la société minangkabau de l’ouest de Sumatra, dont l’aristocratie a fait appel à l’intervention des Néerlandais. Néanmoins, pour l’historien australien M. C. Ricklefs, voir dans cette guerre « un conflit en termes d’islam contre adat (droit coutumier) […] ne dépeint […] pas adéquatement les questions sociales et théologiques complexes impliquées dans le mouvement des Padri ».
De fait, le premier mouvement musulman radical indonésien, créé en 1949, est le Darul Islam. Aspirant à fonder un « Etat islamique d’Indonésie » (Negara Islam Indonesia), il sera finalement écrasé par l’armée avec la capture et l’exécution de son leader charismatique Kartosoewirjo en 1962. Par la suite, la marginalisation par le régime Soeharto de l’islam politique poussera de nouveau celui-ci vers le radicalisme à la fin des années 1960. Selon le Père jésuite Franz Magnis-Suseno, « quelques 3 000 moudjahidines indonésiens combattaient déjà en Afghanistan [dans les années 1980] contre les Soviétiques, payés par les Américains et supervisés spirituellement par Oussama ben Laden ».
« Le terme radicalisation ne rend pas compte de l’ensemble de l’évolution de l’islam indonésien », expliquent Andrée Feillard et Rémy Madinier, spécialistes de l’islam indonésien, dans leur livre La fin de l’innocence ? L’islam indonésien face à la tentation radicale de 1967 à nos jours (2008). La radicalisation n’est pas un phénomène de masse, mais un processus restreint qui a émergé dans les années 1970 avant d’éclater au grand jour en 1996 avec le début des violences anti-chrétiennes.
Aujourd’hui, la World Political Review affirme : « La présidence de Yudhoyono (2004-2014) a connu montée de l’islam radical, que certains considèrent comme la plus grande menace pour la démocratie indonésienne. » L’ancien chef d’Etat reconnaissait lui-même à son époque le « danger » que représente la « marée croissante du radicalisme » dans l’archipel, rapporte le Jakarta Globe.

4. L’Indonésie est en train de devenir le second califat de Daech

Qui affirme cette idée ? En 2015, Europe1 reprend les déclarations du ministre australien de la Justice et affirme : « Daech veut créer un “califat éloigné” en Indonésie. » De son côté, le site Opinion internationale parle de « terre d’accueil pour le second califat » et révèle même que Daech aurait soutenu financièrement les attentats de 2009 à Bali. « L’Indonésie, base-arrière de Daech ? » s’interroge enfin EuroNews, écrivant que l’archipel pourrait devenir « le centre de l’attention des djihadistes qui souhaitent en faire une tête de pont régionale de Daech. »
Pourquoi c’est faux ? L’établissement d’un Etat islamique en Indonésie a toujours été une chimère selon le spécialiste de l’Asie du Sud-Est François Raillon, et a rapidement rencontré ses limites, explique Rémy Madinier.
En 1962, lorsque le dirigeant du Darul Islam, Kartosoewirjo, est arrêté, l’un de ses fils appelle à rendre les armes « au nom de l’imam président de l’Etat islamique ». Des auteurs affirment que la Jemaah Islamiyah, fondée vers 1978, caresse à son tour le rêve d’un Etat islamique en Asie du Sud-Est lors de sa création, mais Andrée Feillard et Rémy Madinier ont démontré le peu de crédibilité de cette affirmation. L’idée reprise dans les années 2000 par le groupe radical Abu Sayyaf qui s’associe à la Jemaah Islamiyah (JI) s’essouffle rapidement par manque de fonds.
Bruce Hoffman, dans le magazine Foreign Affairs, estime qu’Al Qaida et Daech fusionneront d’ici cinq ans. En attendant, les deux organisations s’opposent en Indonésie : toutes deux souhaitent faire de l’Asie du Sud-Est une seconde base. Comment Daech pourrait gagner en pouvoir alors que son épicentre est à des milliers de kilomètres de Jakarta et que l’idée d’un Etat islamique sud-est asiatique a échoué, d’autant plus que l’organisation connaît un recul important dans son propre fief ?
Pourquoi c’est mal formulé ? Affirmer que l’Indonésie est en passe de devenir le second califat est faux puisqu’il n’existe qu’un seul califat disposant de plusieurs assises régionales – dont l’Asie du Sud-Est. Courrier international reprend l’article de Rappler et titre ainsi : « Daech s’installe en Asie du Sud-Est ». Le Figaro parle quant à lui de « conquête de l’Asie » par le groupe islamiste.
De fait, en tant que plus grand pays à majorité musulmane du monde, l’Indonésie occupe une place particulière dans la stratégie de Daech, à la fois en tant que vivier de combattants et tremplin pour la conquête régionale. Car le groupe terroriste vise à long terme l’Inde et la Chine, où il a l’intention de s’installer « par la force et dans le sang ». D’ailleurs, l’Indonésie n’est pas le seul pays envisagé comme point d’ancrage en Asie par Daech, qui s’intéresse également de près à la Malaisie et aux Philippines.
En termes d’effectifs, le nombre de jihadistes indonésiens varie entre 100 et 800 combattants selon les sources. Le magazine The Atlantic suggère que les Malaisiens seraient plus enclins à rallier le groupe en Syrie et en Irak. la présence et la force de persuasion d’autres groupes extrémistes indonésiens, comme la Jamaah Ansharud Daulah ou la JI, concurrencent Daech d’après le New York Times.

5. L’Indonésie lutte efficacement contre le terrorisme islamiste

Qui affirme cette idée ? « Indonesia’s success: using terrorists to fight terrorism », titre le Baltimore Sun en 2008. Le journal devance ainsi de quelques années l’affirmation du journaliste canadien et auteur du livre The Fix, Jonathan Tepperman, dans The Atlantic. Il liste dans son ouvrage les facteurs permettant au gouvernement indonésien de « gagner son combat » contre le terrorisme islamiste.
Force est de constater que l’Indonésie a effectivement pris des mesures drastiques pour contrer le terrorisme, assistée de l’Australie et du Canada. La surveillance dans les prisons et les mosquées à tendance radicale, ainsi que la séparation des groupes religieux d’avec les organisations séparatistes, constituent les piliers de la lutte antiterroriste indonésienne, rapporte l’Institut des relations internationales et stratégiques. Mais est-ce suffisant pour éradiquer l’appel des sirènes islamistes ?
Pourquoi c’est faux ? L’Indonésie est le quatrième pays utilisateur d’Internet, élément que Daech a parfaitement saisi. Le groupe terroriste utilise Facebook, Twitter et Telegram pour diffuser sa propagande et recruter à distance.
Si les polémiques autour de la communauté LGBT et la loi anti-pornographie ont poussé le gouvernement à prendre des directives très strictes sur le web, celui-ci reste relativement laxiste sur la diffusion de la propagande islamiste. Une responsable de l’Institute for Policy Analysis of Conflict (IPAC) explique au cours d’une interview que le seul moyen pour freiner Daech serait de cibler les terroristes avant qu’ils ne quittent le territoire, au moment où ils sont les plus fragiles économiquement et pas encore totalement embrigadés.
En outre le gouvernement, s’il tente d’isoler les radicaux en prison, leur laisse une certaine liberté. Le fait que l’idéologue radical Aman Abdurrahman, alors en prison, ait en 2014 diffusé un appel au meurtre contre les Américains sur le réseau Al Mustakbal, soulève des questions au sein de l’IPAC et de la communauté internationale. « Certes les groupes islamistes violents sont montrés du doigt, mais les autorités locales sont également accusées de laxisme et d’inefficacité – lorsque ce n’est pas de complaisance », écrit Christian Bernard pour l’Institut Jacques Cartier
Le New York Times explique que l’Indonésie est en fait « protégée du radicalisme grâce à l’incompétence des jihadistes et non à cause des lois qui entraveraient leur pouvoir de nuisance ». Le quotidien explique par ailleurs les failles de la lutte antiterroriste, notamment le manque de recours juridique pour arrêter les personnes liées ou impliquées dans de futures attaques. L’auteur de l’article, Sidney Jones, directeur de l’IPAC, dénonce l’accès à Internet des terroristes en prison, qui sont en contact avec des radicaux à l’extérieur continuant ainsi à répandre leur idéologie. Enfin, la déradicalisation mise en place par le gouvernement en essayant de réintégrer les anciens jihadistes dans la société est une menace selon elle. Elle pointe du doigt le retour de Syrie des femmes et des mineurs, qui ne sont pas suffisamment surveillés et dont l’objectif reste l’embrigadement.
Le site East Asia Forum explique que rejoindre un groupe terroriste n’est pas illégal au regard de la loi indonésienne, « tant qu’il n’y a pas d’arme ou de crime ». Le site dénonce également le manque de communication entre les autorités et les services de renseignements. Enfin, il met en garde le gouvernement, estimant que si la lutte anti-terroriste s’intensifie, elle aura l’effet inverse en incitant d’autres radicaux à faire le jihad par opposition et sentiment d’oppression.

6. L’affaire Ahok est une simple histoire de blasphème

* « Ô les croyants! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens »
Qui affirme cette idée ? Lors d’une rencontre en septembre 2016 avec des villageois d’une île au large de Jakarta dans le cadre de sa campagne pour sa réélection au poste de gouverneur de Jakarta, Ahok avait déclaré que ceux qui invoquaient la sourate 5 « Al Maidah », verset 51 du Coran*, pour ne pas voter pour lui étaient manipulés mais qu’il les comprenait. Juste après, voyant la tournure des événements, Ahok nie avoir insulté le Coran, expliquant que ses propos ont été détournés.
Ahok, devenu gouverneur avec l’élection à la présidence en 2014 de Joko Widodo dont il était le vice-gouverneur, avait au départ toutes ses chances d’être réélu et le fait qu’il fasse partie d’une double minorité était jusque-là sans importance pour les habitants de Jakarta, qui appréciaient sa gestion et son bilan et ce, malgré les attaques des milieux islamistes. Le 7 octobre, une pétition est lancée contre lui et rassemble près de 60 000 signatures. Le 11, Ahok fait des excuses publiques, qu’il réitère ensuite, mais ce ne sera pas suffisant pour les islamistes qui l’accusent de blasphème.
Le 14 octobre, à l’appel du FPI et d’autres organisations islamistes, une première manifestation rassemble des milliers de personnes qui réclament l’inculpation d’Ahok. Les médias internationaux s’emparent de l’affaire en se focalisant essentiellement sur la question du blasphème, tout comme l’ONG Amnesty International. Finalement désavoué par les urnes au mois d’avril 2017, Ahok est condamné à 2 ans de prison le 9 mai.
Pourquoi c’est faux ? Le traitement même de la presse est sans appel. Al Jazeera, qui rrevient sur la chronologie de l’affaire, illustre parfaitement l’évolution de sa couverture médiatique, passée de « blasphème » à « racisme anti-chinois » pour terminer en pugilat politique aux détriments des réels problèmes de société.
Plus précisément, l’affaire Ahok ne saurait être réduite à une simple question de blasphème. Le sinologue indonésien Leo Suryadinata y voit plutît une « guerre idéologique » entre « [d’un côte] les réformistes […] représentés par le président Joko Widodo (alias Jokowi) et le gouverneur de Jakarta Basuki Tjahaja Purnama (alias Ahok) [et de l’autre] les intérêts bien établis […] représentés par l’ex-président Susilo Bambang Yudhoyono et l’ex-candidat à la présidence Prabowo Subianto ».
*Carlyle A. Thayer, « Radical Islam and Political Terrorism in Southeast Asia », dans Terence Chong (éd.), Globalization and Its Counter-forces in Southeast Asia, Singapour : ISEAS, 2008, pp 256-276.
Au-delà de la défaite d’Ahok, The Economist décèle la capacité de l’armée de terre, dont le rôle politique a largement diminué depuis la fin du régime Soeharto (1967-1998), à influencer les affaires du pays. Le principal accusateur d’Ahok, le FPI, a en effet été créé à la fin des années 1990 et du régime Soeharto avec la bénédiction des secteurs de l’armée pour attaquer les militants pro-démocratie*.

7. La communauté LGBT en Indonésie est rejetée à cause de l’islam

Qui affirme cette idée ? En mars 2015, le site LGBT Yagg publiait un papier affirmant que l’islam est à l’origine de la vague anti-LGBT en Indonésie. Si l’Indonésie passe pour être une « terre d’un islam traditionnellement modéré », les poussées de fièvre islamiste compliquent (voire menacent) la vie de millions de waria (travestis), ajoutait Slate l’année suivante.
Pourquoi c’est faux ? « L’Etat [indonésien] a réussi à produire une construction structurée de la sexualité, avalisée par la religion, surtout l’islam, qui figure bien sûr à la base de cette construction » écrivait La Gazette de Bali en 2013, dans un contexte de violences à l’égard de la communauté LGBT. Car la nuance réside en fait dans l’origine de ces attaques.
L’islam n’est pas la cause du rejet de la communauté LGBT. L’Etat, via des projets des lois visant à discriminer les homosexuels, a amorcé la tendance ensuite soutenue par des religieux conservateurs – notamment le MUI (« Assemblée des oulémas d’Indonésie », instance créée par le régime Soeharto en 1975). Celui-ci a émis une fatwa pour appliquer la peine de mort contre les « déviants sexuels », avant de se rétracter en février 2017 – tout en gardant une révulsion affichée. De plus, il est dangereux d’imputer les violences anti-gays à l’islam seulement : des groupes bouddhistes, catholiques et confucianistes ont rejoint le mouvement initié par le MUI.
L’homosexualité n’est pas considérée comme un délit en Indonésie, mais en novembre 2016, le gouvernement planchait sur un projet de loi visant à sa criminalisation. Quelques mois auparavant, en janvier, le ministre de l’Enseignement supérieur voulait interdire l’accès universitaire aux gays. En février, c’est au tour du ministre de la Communication d’interdire les émoticônes gays. Et alors que le ministre de la Défense entérine une « guerre par procuration » contre les homosexuels, l’ancien ministre des Télécommunications, Tifatul Sembiring, incite à « tuer tous les gays » dans un tweet. Le ministre des Sports et de la Jeunesse a également proposé une annonce pour un poste au sein de l’administration, tout en excluant les candidats gays.
Ces prises de positions homophobes de la part de différents ministres, bien qu’alarmantes, illustrent un point de vue largement partagé en Indonésie. Selon l’institut PEW, 97% des Indonésiens rejettent l’homosexualité – toutes religions confondues. Cela dit, il y a en Indonésie un débat sur cette question. Car de fait, les traditions de nombreuses régions de l’archipel accordent une place à l’homosexualité et à la transsexualité. Par exemple les Bugis du sud de Célèbes, qui passent pour être de fervents musulmans, reconnaissent cinq genres. Il n’y a donc pas de rapport entre homophobie, transphobie et islam.
La sociologue néo-zélandaise Sharin Graham Davies explique ainsi qu’un des facteurs explicatifs de cette soudaine crise vis-à-vis des LGBT émane d’une frustration qui a pour cause la persistance de la pauvreté et l’accroissement des inégalités en Indonésie.

8. L’islam d’Indonésie est tolérant et modéré

Qui affirme cette idée ? C’est un a priori qui percole jusqu’aux internautes lambda. « Why is Indonesia so much more peaceful than other nations predominated by the Sunni Islam religion? », demande ainsi l’un d’entre eux la plateforme Quora. « L’islam est la religion de la majorité de ses habitants et la tolérance et le respect mutuel fonctionnent main dans la main. C’est un excellent exemple pour le monde », commentait le Premier ministre australien Malcolm Turnbull, lors de sa visite à Jakarta, le 8 mars 2017. « L’islam traditionnellement modéré en Indonésie est une véritable inspiration pour le monde », affirmait aussi Mike Pence au lendemain de la défaite d’Ahok. Le vice-président américain insiste : « Dans votre nation comme dans la mienne, la religion unifie, elle ne divise pas. »
Une dépêche AFP sur le sujet explique : « Le pays d’Asie du Sud-Est de 255 millions d’habitants compte près de 90% de musulmans pratiquant en grande majorité une forme d’islam modéré. » La déclaration, reprise par de nombreux médias, n’est jamais rectifiée. « En Indonésie, la plupart [des musulmans] ne se reconnaissent ni de l’une ni de l’autre branche de l’islam : ils se considèrent comme “simplement musulmans” », rapporte France Culture. La revue The Diplomat affirme pour sa part que l’Indonésie « est en train d’émerger comme une championne de la tolérance en plein essor de l’Etat islamique ».
Pourquoi c’est faux ? Depuis la démission de Soeharto en 1998, différents observateurs constatent la montée en Indonésie d’une intolérance pudiquement qualifiée de « religieuse », alors qu’elle est essentiellement le fait de musulmans.
Les quelque 225 millions de musulmans indonésiens sont majoritairement sunnites, les chiites représentant entre 1 à 3 millions d’adeptes. Ils seraient 2,5 millions selon Jalaluddin Rakhmat, président l’Ikatan Jamaah Ahlulbait Indonesia (IJABI), une organisation chiite fondée en 2000 ; 3 millions selon Le Monde, un chiffre qui serait approximatif selon la spécialiste de l’islam Sabrina Mervin.
L’histoire de la présence des chiites en Indonésie reste sans doute à écrire. On trouve en tout cas des traditions chiites en Indonésie, la plus connue étant la fête du Tabuik en pays minangkabau, ou Tabut à Bengkulu dans le sud de Sumatra, qui célèbre la mort de Hussein, petit-fils du Prophète, en 680 à la bataille de Karbala, événement d’importance majeure pour les chiites du monde entier.
Shireen Hunter, Iran’s Foreign Policy in the Post-Soviet Era: Resisting the New International Order, Westport : Preager, 2010
La communauté connaît un essor avec la révolution iranienne en 1979. L’engouement atteint essentiellement les étudiants, après la chute de Soeharto. Un mouvement anti-chiite se développe sous l’impulsion de groupes d’obédience wahhabite, qui est également un mouvement anti-Iran* – ce qui suggère une influence saoudienne que nous aborderons plus loin.
En 2006 Suryadharma Ali, alors ministre de la Religion, fait la une des journaux nationaux lorsqu’il déclare que les chiites sont un fléau, ajoutant que « la seule solution serait qu’ils se convertissent. » Le président de l’époque Yudhoyono est accusé de « fermer les yeux » sur la situation. En 2012 dans l’île de Madura, quelque 200 à 300 chiites sont chassés de leurs maisons. Parmi les victimes de ce ressentiment anti-chiite, on compte également la communauté des Ahmadis
En 2016 le Gerakan Fajar Nusantara (« Mouvement de l’aube de l’Indonésie ») ou Gafatar, qui mêle islam, christianisme et judaïsme, est lui aussi déclaré comme déviant par le nouveau ministre de la Religion, Lukman Hakim Saifuddin. Les 700 membres de la branche Gafatar de Moton Panjang dans l’ouest de Bornéo sont expulsés par les autorités, accusés de « promouvoir le radicalisme ».
L’Institut Setara dénombrait pas moins de 543 cas de violence interreligieuse en 2011, 303 cas les 6 premiers mois de l’année suivante. Sur les deux dernières décennies des centaines de cas de violences contre les minorités religieuse se multiplient partout en Indonésie, pas uniquement à Java ou Aceh comme l’insinue le gouvernement indonésien. En mai 2016, le Parlement européen faisait ainsi état de la dégradation dramatique de la tolérance religieuse en Indonésie.

9. L’islam impose un ordre patriarcal aux Indonésiennes

Qui affirme cette idée ? « Chez les musulmans, les femmes ne sont pas censées être dirigeantes. La société est foncièrement patriarcale. On pense qu’elles doivent être derrière leur époux. Il y a une mauvaise interprétation de l’islam », analyse Listyowati, présidente de l’association Kalyanamitra (Centre indonésien d’information et de communication pour les femmes). « Beaucoup d’entre elles se sont également éloignées des interprétations et implications littéraires et fondamentales de la loi islamique, perçues comme le produit d’une hégémonie patriarcale dominante » selon Dayana Parvanova, anthropologue et professeur à l’université de Vienne. La journaliste australienne Kathryn Robinson estime enfin que « bon nombre de ces chercheurs protestent activement contre les interprétations sexistes des sources islamiques et défendent la reconstruction des valeurs islamiques et l’éradication des traditions patriarcales qui ont pris racine dans la pensée et la pratique islamiques. »
Pourquoi c’est faux ? Affirmer que les Indonésiennes sont sous le joug des hommes à cause de l’islam est inexact. Tout d’abord, c’est oublier que « le monde indonésien est fondamentalement matrilocal et matrilinéaire », comme l’affirme l’enseignant et chercheur Anda Djoehana Wiradikarta. Dans plusieurs régions d’Indonésie, ce sont encore les femmes qui héritent des biens immobiliers et terriens. Le cas le plus connu est celui des Minangkabau, qui au nombre de huit millions en comptant leurs descendants en Malaisie, sont qualifiés de « plus grande société matriarcale au monde ».
*F. David Bulbeck, « The Politics of Marriage and the Marriage of Polities in Gowa, South Sula Wesi, During the 16th and 17th Centuries », dans James J. Fox, Clifford Sather (éds.), Origins, Ancestry and Alliance: Explorations in Austronesian Ethnography, Canberra : ANU Press, 2006.
C’est aussi ignorer que les traditions de l’ouest de l’Indonésie ont produit une proportion de femmes dirigeantes politiques bien plus élevée que dans la plupart des autres sociétés dans le monde*. Traditionnellement en Indonésie, une femme pouvait diriger un royaume et être à la tête d’une armée : les exemples sont nombreux dans l’histoire de l’archipel. Dès les premières années de l’indépendance Maria Ulfah Santoso, première femme indonésienne diplômée en droit, est également la première à être ministre (1946-1947). Aujourd’hui, les exemples de femmes influentes ne manquent pas. Ainsi, trois des plus importants ministères Jokowi sont tenus par des femmes : Retno Marsudi pour les Affaires étrangères, Susi Pudjiastuti pour la Mer et Sri Mulyani Indrawati pour les Finances.
Le discours officiel veut que Raden Adjeng Kartini soit la pionnière du « féminisme » indonésien. Née en 1879, c’était une aristocrate javanaise qui défendait le droit des femmes à une éducation moderne. En fait, sa lutte était une protestation contre la condition des femmes de son milieu, à son époque, qui avait donc bien changé depuis le XVIe siècle à Java. Un film sorti en 2017 lui rend hommage.
Aujourd’hui, il existe en Indonésie de nombreuses organisations féministes, y compris musulmanes. Elles sont très présentes dans le paysage politique. De plus, l’éducation est presque équitable dans l’archipel où le nombre de femmes actives et ayant accès à un niveau élevé d’instruction est quasiment le même que celui des hommes.
Pourquoi c’est partiellement vrai ? La place des femmes en Indonésie est régie par la loi de 1974 sur le mariage, promulguée sous Soeharto, dont l’article 31 dispose : « Le mari est le chef du ménage et l’épouse est la femme au foyer ». On peut soupçonner que cette loi est inspirée par certains milieux musulmans quand on apprend que les articles 3, 4 et 5 de cette loi autorise la polygamie, même si cela est assorti de conditions.

10. L’islam indonésien est sous l’influence de l’Arabie saoudite

Qui affirme cette idée ? La visite historique du roi d’Arabie Saoudite en Indonésie, au mois de février 2017, a donné lieu à de nombreuses spéculations. « L’avènement du salafisme en Indonésie fait partie du projet mondial de l’Arabie saoudite pour répandre sa marque d’islam dans le monde musulman », estime ainsi Din Wahid, expert en salafisme indonésien à l’université islamique d’Etat de Jakarta – propos recueillis par le magazine américain The Atlantic. « Outre l’enseignement direct de l’idéologie wahhabite dans l’archipel, l’Arabie Saoudite accorde chaque année des centaines de bourses aux étudiants indonésiens pour se spécialiser dans ses propres universités. A leur retour au pays, ils consolident l’influence et servent de relais aux intérêts du pays formateur » écrit quant à lui le journaliste et chroniqueur algérien, Ammar Belhimer, dans Le Soir d’Algérie.
Pourquoi c’est faux ? Durant sa visite à Jakarta, le roi Salmane a salué la modération de l’islam indonésien, déclarant que la tolérance interreligieuse était un modèle. Le ministre indonésien de la Religion a de son côté déclaré que les deux pays s’étaient mis d’accord pour « promouvoir une version modérée de l’islam ». D’autant plus que la visite avait plusieurs buts différents, contrairement à ce qu’ont insinué les auteurs précédemment cités. Onze accords officiels ont été signés durant la visite du roi, mais aucun n’est de caractère religieux.
Seul le problème du remboursement des familles des victimes des accidents de 1990 et 2014 à La Mecque reste un sujet épineux entre les deux pays. De plus en plus d’Indonésiens veulent faire le pèlerinage à la Mecque, mais l’Arabie saoudite ne semble pas encline a accepter le nombre grandissant d’Indonésiens.
En 2015, WikiLeaks détenait plus 400 000 documents secrets sur les générosités saoudites distribuées afin d’étendre son pouvoir, contre l’Iran notamment. Ainsi, le média russe RT affirme que Ryad s’enrichit au détriment des pays dans lequel elle investit, mais n’évoque pas le cas de l’Indonésie. Et pour cause. Le New York Times consacre un article de fond à ce sujet, dans lequel il démontre que les principaux bénéficiaires sont l’Egypte, le Canada, la Guinée et le parti des Frères musulmans, plus proches ou plus forts pour contrer l’Iran chiite. Concernant la propagation du wahhabisme en Asie, l’Inde est la cible privilégiée de Ryad – et non l’Indonésie.
*M. C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia since c. 1200, London & Basingstoke : Macmillan, 1981, p. 212.
La première expression du wahhabisme dans l’archipel remonte à 1803, lorsque trois pèlerins de retour de La Mecque, inspirés par la conquête de cette cité par des partisans du wahhabisme, entreprennent de transformer la société minangkabau de l’ouest de Sumatra comme nous l’avons dit plus haut. La Nahdlatul Ulama (NU) est fondée en 1926 en réaction à la création en 1912 de la Muhammadiyah par des religieux indonésiens qui entendaient « moderniser » l’islam en le purifiant des éléments de croyances locales, qualifiées de « superstitions ». Les fondateurs de la NU voyaient en effet dans la Muhammadiyah une entreprise « wahhabite »*. Aujourd’hui, la NU est l’organisation la plus déterminée à combattre le wahhabisme en Indonésie.
De leur côté, certains observateurs considèrent que le groupe islamiste indonésien FPI est wahhabite. Il faut dire que son fondateur, Habib Rizieq, est très proche de Ryad, où il s’est rendu à plusieurs reprises. Le FPI est toutefois ultra-minoritaire (200 000 membres sur 257 millions d’indonésiens, soit 0,07% de la population totale) et entretient une relation compliquée avec la police indonésienne entre répression et protection. De fait, l’organisation est rejetée non seulement par les non-musulmans mais par la grande majorité des musulmans.
Pourquoi c’est partiellement vrai ? L’Arabie Saoudite exerce bien une influence sur l’islam en Indonésie, mais cette influence est faible. Le German Institute of Global and Area Studies démontre dans un rapport que l’influence wahhabite est peu développée et se réduit à un « microcosme » à Jakarta, loin donc d’être dominante dans l’archipel. L’organisation explique par ailleurs que le wahhabisme se heurte au message de la Nahdlatul Ulama, qui exprime la conception traditionnelle de l’islam en Indonésie. En outre, les Indonésiens musulmans adhèrent en grande majorité au Pancasila, les « cinq principes » qui fondent l’Etat indonésien.
Le journaliste, chroniqueur et éditorialiste algérien Ammar Belhimer affirme que Ryad a financé et construit 150 mosquées dans l’archipel – ce qui représente moins de 0,025% des 200 000 mosquées indonésiennes. L’Institut des études islamiques et arabes (LIPIA), fondé en 1980, représente quant à lui le seul organisme d’obédience wahhabite en Indonésie.
Par Anda Djoehana Wiradikarta et Sarah Suong Mazelier
A propos de l'auteur
Anda Djoehana Wiradikarta
Anda Djoehana Wiradikarta est enseignant et chercheur en management interculturel au sein de l’équipe « Gestion et Société ». Depuis 2003, son terrain de recherche est l’Indonésie. Ingénieur de formation, il a auparavant travaillé 23 ans en entreprise, dont 6 ans expatrié par le groupe pétrolier français Total et 5 ans dans le groupe indonésien Medco.
Sarah Suong Mazelier
Sarah est étudiante en master de journalisme à Toulouse. D'origine vietnamienne, elle a voyagé et travaillé en Asie : du Cambodge au Laos, en passant par la Chine, la Thaïlande, l'Inde, le Népal et le Pakistan. Elle a écrit pour "94 citoyens", les agences Ad Tatum, Beat'N Com et Sud Ouest à Paris. Elle est également partie en tant que photographe et JRI en Chine et au Cambodge pour l'ONG Construire pour les générations futures (CGF).