Culture

Merveilles menacées d'Asie : le Taj Mahal

Le Taj Mahal, érigé par Shah Jahan, l'empereur moghol d'Inde à Agra, ici le 2 mai 2014. (Crédits : Mohamed Hossam / Anadolu Agency)
Le Taj Mahal, érigé par Shah Jahan, l'empereur moghol d'Inde à Agra, ici le 2 mai 2014. (Crédits : Mohamed Hossam / Anadolu Agency)
Il est l’incarnation de cette « Incredible India » et de toutes les campagnes touristiques lancées pour promouvoir le sous-continent auprès du public international. « Éternelle larme sur la joue du temps » selon le poète indien Rabindranath Tagore, dont le marbre blanc symbolise pour Eleanor Roosevelt « la pureté de l’amour vrai », le Taj Mahal n’en finit pas de faire vibrer les sens de ses contemplateurs, chaque année plus nombreux. En 2014, plus de sept millions de visiteurs ont foulé l’entrée du monument, quatre fois plus qu’au début du millénaire. Cet attrait touristique ne va pas sans poser la question de la préservation d’un site également menacé par des facteurs externes tels que la pollution. Plus encore, le Taj Mahal est une métaphore dont les symboliques religieuse et politique sont souvent oubliées. C’est sur ce joyau de l’art indo-persan qu’il convient maintenant de poser nos regards, en commençant par l’histoire tourmentée de sa création.

Contexte

La Grande Muraille de Chine, le Taj Mahal en Inde, la baie d’Ha Long au Vietnam… Autant de merveilles naturelles ou architecturales, dont l’imaginaire surgit en un éclair à la simple évocation de l’Asie. Mais ces images d’Épinal ne sont pas épargnées par les maux de notre siècle au rang desquels tourisme intempestif, changement climatique et pollution. Dans cette nouvelle série, Asialyst se penche sur le sort d’une poignée de ces « merveilles menacées ». Une sélection subjective de quelques sites emblématiques face aux défis du XXIe siècle avec, en ligne de mire, la perspective de les surmonter.

Carte des merveilles menacées d'Asie retenues par Asialyst et localisation du Taj Mahal, en Inde.
Carte des merveilles menacées d'Asie retenues par Asialyst et localisation du Taj Mahal, en Inde.
Témoignage romantique d’un souverain envers sa bien-aimée, ode universelle à l’amour : c’est cette vision du Taj Mahal qui prédomine aujourd’hui auprès du grand public, et qui permet à l’Inde d’être un passage obligé pour tout touriste souhaitant faire la tournée des sept nouvelles merveilles du monde. Loin de ces cartes postales, le Taj Mahal n’en finit pourtant pas d’alimenter polémiques et controverses dans son pays de naissance, et ce depuis ses origines.

Derrière le mausolée, le trône divin ?

Le Taj Mahal n’apparaît pas tel un coup de tonnerre architectural dans un ciel vide. Lorsque sa construction est décidée en 1632, des édifices du même type parsèment déjà le nord de l’Inde, siège de la puissance des Moghols et avant eux des sultans de Delhi, des élites dirigeantes d’origine afghane, perse, turque et ouzbèke. Cet apport extérieur durable a des conséquences notables sur l’architecture du sous-continent, et les sièges du pouvoir impérial – Delhi, Agra, Lahore – se couvrent d’édifices aux influences orientales remarquées. De nombreux mausolées, mosquées et jardins ont ainsi précédé le Taj Mahal en empruntant un style éclectique provenant du reste du monde musulman, notamment de la Perse voisine : jali (écran de pierre sculpté), chahar-bagh (jardin à plan en croix avec canaux), dômes en bulbe, minarets, plan octogonal, arabesques. Parmi les œuvres remarquables s’inspirant de ces techniques, on peut mentionner le Qutb Minar de Delhi (début du XIIIe siècle), la cité-capitale de Fatehpur Sikri (fin du XVIe siècle) ou encore le fort de Lahore (début du XVIIe siècle).
*Mumtaz Mahal signifie « l’élue du palais ». D’origine persane, elle est la deuxième femme de l’empereur (il en eut trois) et sa favorite, puisqu’elle a donné naissance à tous ses enfants à l’exception d’une fille et que les deux époux ont constamment vécu ensemble durant leurs dix-neuf années de mariage (entre 1612 et 1631).**Pratique alors courante dans les cours des empires moghol ou encore ottoman, où le droit d’aînesse cédait la place à une lutte pour le trône entre les membres de la fratrie. Il en sera ainsi pour la succession de Shah Jahan, son fils aîné Dara Shikoh étant assassiné par le prince Aurangzeb, troisième sur la liste de succession.
L’empereur Shah Jahan sait donc où puiser son inspiration quand il ordonne l’érection d’un mausolée en l’honneur de sa femme Mumtaz Mahal, décédée lors de sa quatorzième couche en 1631*. Il n’est alors souverain que depuis trois années et le Taj Mahal est pour lui un moyen d’asseoir une légitimité et une autorité récente, bâtie sur l’assassinat de son frère aîné, le prince Khusrau, et de cinq autres prétendants au trône**.
Mumtaz Mahal, la deuxième femme de l'empereur indien Shah Jahan, en l'honneur de qui il fit construire le Taj Mahal. (Source : Wikimedia)
Mumtaz Mahal, la deuxième femme de l'empereur indien Shah Jahan, en l'honneur de qui il fit construire le Taj Mahal. (Source : Wikimedia)
*Le site choisi appartenait à un noble local, qui avait construit un haveli (palais). En échange de son expropriation, l’empereur lui attribua quatre autres palais dans les environs.**Bien que l’on trouve également comme étymologie une contraction du prénom Mumtaz, soulignant alors le lien entre la reine et son tombeau.***Le Français Jean-Baptiste Tavernier, favori auprès de la cour de Shah Jahan et premier Européen à visiter les lieux, mentionne le chiffre de 20 000 artisans, ce qui est sûrement une exagération, mais qui donne une idée de l’ampleur des travaux.****Selon la technique de la pietra dura, importée d’Italie et consistant à tailler des gemmes et autres pierres colorées afin de créer une image, dans ce cas précis insérée sur des plaques de marbre poli.
Shah Jahan opte pour un site en bord de la rivière Yamuna, à Agra*, alors capitale et cœur de l’empire, située à 200 kilomètres au sud-est de Delhi. Il est probable qu’il se soit attaché les services de l’architecte de la cour Ustad Ahmadi Lahori pour la construction du tombeau, bien qu’il n’existe pas de certitudes sur ce point. Le Taj Mahal, dont le nom signifie en persan « palais de la couronne »**, est avant tout conçu comme un complexe monumental, centré autour de la tombe de son épouse défunte Mumtaz Mahal. Des milliers de maçons, de sculpteurs, de tailleurs, de décorateurs, de contremaîtres vont s’atteler à l’ouvrage pendant plus de dix ans***. Venant de tout le sous-continent, de Perse, voire d’Europe, leur travail va permettre d’édifier un mausolée d’un raffinement encore inégalé, utilisant du marbre blanc, des pierres précieuses**** et du grès rouge pour ériger un tombeau flanqué de quatre minarets et dont le dôme dépasse 70 mètres de haut. L’ensemble s’insère dans un jardin persan ceint par des murs et comprenant également une mosquée, un hall de réception, un portail d’entrée, sur une superficie de plus de 40 hectares, suffisant pour faire tenir la Basilique et la place Saint-Pierre de Rome.
*Le gros œuvre est achevé dès 1636, et l’ensemble vers 1643, les cinq années suivantes étant passées à la décoration et l’embellissement des bâtiments.**Après le Taj Mahal, Shah Jahan n’a en effet pas arrêté là sa folie bâtisseuse : Fort Rouge d’Agra, jardins Shalimar à Lahore, Trône du Paon, etc.***Un peu moins d’un milliard de dollars actuels.
L’édifice est achevé en 1648*, soit plus de quinze ans après la mort de Mumtaz Mahal, alors que Shah Jahan réside à l’époque à Delhi, dans la ville qu’il a inaugurée la même année, Shahjahanabad**. Il en aura coûté au trésor royal plus de 5 millions de roupies de l’époque***, là où le salaire d’un employé de la Compagnie des Indes hollandaise était de 3 roupies par mois. Shah Jahan aurait donc sacrifié ce temps et cet argent pour l’élue de son cœur, lui bâtissant un écrin de pierre éternel. Si l’histoire est belle, elle est assurément tronquée.
*D’autant plus qu’à la suite de l’inauguration en 1648, il ne retournera au Taj qu’une seule fois, en 1654. Nous avons connu des démonstrations d’amour enflammé plus appuyées.
L’empereur était sans nul doute amoureux de son épouse, mais la réalisation du Taj Mahal doit d’abord être appréciée à l’aune de ses intentions réelles*. Moins qu’une romance orientale, le Taj Mahal est avant tout un monument marquant l’autorité incontestée d’un souverain sur son empire, le plus puissant de l’histoire du sous-continent. Sous cet angle, la mort de Mumtaz Mahal n’a été qu’un prétexte pour réaliser un monument grandiose à la gloire de l’empereur, consacrant sa domination et sa magnificence. Allant plus loin, il paraît probable que Shah Jahan ait conçu le Taj Mahal à la lumière de ses propres convictions religieuses et spirituelles. Bien plus qu’un simple tombeau, l’édifice doit être lu comme une allégorie eschatologique, puisant dans les textes islamiques et les commentaires d’érudits persans pour récréer la vision du Jugement dernier sur Terre.
*Shah Jahan a placé de nombreuses sourates coraniques sur l’édifice, y faisant figurer celles dont les dimensions apocalyptiques sont manifestes. Ainsi la sourate al-Fajr, l’aurore, dont les derniers versets sont inscrits sur l’entrée sud du portail : « […] Entre donc parmi mes serviteurs, et entre dans mon paradis ».
Vus sous cette lumière, les jardins entourant le Taj Mahal sont ceux du Paradis décrit dans le Coran, avec les canaux comme fleuves d’abondance, tandis que l’édifice lui-même n’est autre que le trône de Dieu, le tout formant, dans la tradition coranique, les premières visions des croyants au jour du Jugement*. Shah Jahan fait donc œuvre de démesure et d’hérésie en ambitionnant de reconstruire ici-bas les répliques du paradis céleste, au travers d’une construction dont la beauté rivaliserait avec celle du divin.
*Pour aller plus loin dans cette hypothèse de la métaphore cachée du Taj Mahal, la lecture de l’essai de Wayne Begley, The Myth of the Taj Mahal and a New Theory of its Symbolic Meaning s’avère passionnante. Les écrits de l’allemand Hermann Keyserling, à la veille de la Première Guerre mondiale, mentionnaient déjà cette double signification, avançant que ce n’était « pas nécessairement un monument funéraire ».
Dans cette volonté d’un mortel de reproduire les réalisations divines, Shah Jahan est bien plus qu’un bâtisseur : il est l’archétype de l’Homme parfait (al-insan al-khamil) selon la doctrine soufie hétérodoxe de l’époque, qui donne une place importante aux aspects millénaristes et eschatologiques (l’an mil du calendrier hégirien tombant en 1622) et insiste sur l’existence d’un être cosmique et éternel, dépassant même la simple fonction de calife. Shah Jahan, habité par cette expérience mystique, aurait donc décidé de construire son trône céleste, dont le Taj Mahal serait l’allégorie voilée*.
L'empereur indien Shah Jahan. (Source : Wikimedia Commons)
L'empereur indien Shah Jahan. (Source : Wikimedia Commons)

Du Taj Mahal au Tejo Mahalaya

*Il aura pu cependant contempler de près le Taj Mahal durant de longues années précédentes, puisque son fils l’empereur Aurangzeb l’emprisonna entre 1658 et sa mort en 1666 au sein du Fort Rouge d’Agra, distant de quelques centaines de mètres du mausolée.**À l’instar de ce qui arriva à l’Abbaye de Cluny à la suite de la Révolution française, le lieu étant transformé en carrière de pierres. Ce fut un autre Vice-Roi, Lord Curzon, qui ordonna la rénovation intégrale du monument au début du XXe siècle, après avoir été malmené par l’histoire pendant plus de 250 ans.***Les noms revenants le plus souvent dans ces théories sont ceux de Geronimo Veroneo de Venise et d’Augustin Hiriart de Bordeaux, le premier étant mentionné dans des écrits portugais contemporains, « retrouvés » au cours du XIXe siècle par les indianistes et voyageurs européens.
Quelles que fussent les motivations symboliques ou secrètes de Shah Jahan pour construire le Taj Mahal, il finit par rejoindre sa compagne dans cette demeure minérale, en y étant inhumé à ses côtés en 1666*. Durant les siècles qui suivirent, cette merveille aboutie de l’art indo-persan fut délaissée et soumise aux affres du temps, pillages et actes de vandalisme lui faisant perdre de sa superbe. Les Britanniques se joignirent en leur temps à l’entreprise, puisque le gouverneur général des Indes William Benthick décida à la fin des années 1820 d’en extraire du marbre pour l’envoyer en Angleterre**, allant jusqu’à projeter sa destruction. C’est également à l’époque coloniale que les visiteurs occidentaux commencèrent à faire circuler des théories alternatives sur la construction de l’édifice, qui ne pouvait être l’œuvre d’un peuple aussi « arriéré » que les Indiens. On fouilla donc dans les archives pour y trouver des traces de bâtisseurs européens, qu’ils soient vénitiens ou français, joailliers ou commerçants**, afin de prouver qu’une telle prouesse émanait directement d’une civilisation européenne. C’est l’époque où, selon la formule d’un universitaire britannique en poste à Calcutta, « chaque Européen apercevant la beauté éthérée du Taj peut se sentir fier s’il se laisse à croire que ce joyau rayonnant de l’art indien doit son inspiration à des esprits occidentaux ».
*Il est accepté que des artisans et artistes européens ont certainement participé à l’ouvrage, mais il est clair que le maître d’œuvre et les architectes furent indiens et perses.
Avec l’indépendance de l’Inde, le débat sur les origines européennes du Taj Mahal se clôt*, pour que s’ouvre celui sur son caractère moghol et musulman, lancé par les tenants de l’hindutva, c’est-à-dire d’une Inde par essence hindoue, notamment dans ses racines et accomplissements historiques. Pour l’historien révisionniste hindou Purushottam Nagesh Oak (décédé en 2007), principale figure de ce courant mêlant architecture et nationalisme, le Taj Mahal n’est rien d’autre qu’un temple hindou védique du XIIe siècle, antérieur à la domination musulmane sur l’Inde du Nord, qui aurait ensuite été racheté par Shah Jahan à un raja local, Jai Singh.
*P.N. Oak trouve également des origines indiennes au christianisme, dont le mot anglais « Christianity » viendrait selon lui de « Krishna-neeti », Jesus ayant appris cette doctrine de la part de sages hindous lors de ses voyages en Inde durant sa jeunesse.
Sous la plume féconde de ce polémiste*, le Taj Mahal se transforme en Tejo Mahalaya et les nationalistes hindous s’emparent de la théorie pour prouver que le plus célèbre des monuments indiens possède bien une origine hindoue et, par extension, autochtone. Loin de s’apaiser, cette thèse perdure, puisqu’un dirigeant de la branche locale du BJP – le parti du Premier ministre Narendra Modi et principale incarnation politique de l’hindutva – a relancé la polémique en 2015, déclenchant l’ire des partis d’opposition et de la communauté musulmane.
Aujourd’hui encore, pour une certaine frange des nationalistes hindous au pouvoir à New Delhi, le Taj Mahal reste un encombrant témoignage d’un passé qui ne passe pas, et toutes les contorsions historiques sont bonnes pour imposer un roman national ne souffrant d’aucune ingérence étrangère et non hindoue.

Un mythe en péril

Pourtant, un péril bien plus pressant que la falsification historique couve sous le dôme de marbre d’Agra. Le Taj Mahal est un don pour l’économie de la cité, qui tire d’importants revenus du tourisme, le site étant le plus visité du pays. Pas moins de sept millions de personnes ont en effet foulé les lieux en 2014, dont 90 % d’Indiens, alors qu’ils étaient moins de deux millions vingt ans plus tôt. En raison de cette popularité croissante, l’Archeological Survey of India (ASI), qui gère le complexe, réfléchit à la mise en place de plages horaires contraignantes afin de ne pas arriver à une saturation qui pourrait endommager le fragile édifice.

Plus que la fréquentation, le Taj Mahal subit déjà les effets néfastes de son environnement direct, qui est celui d’une métropole en développement, à l’urbanisation accélérée, apportant son lot de pollutions en tous genres. Agra s’est en effet transformée en quelques décennies d’un Versailles indien endormi en un pôle régional de premier ordre, abritant aujourd’hui plus de deux millions d’habitants, contre 500 000 un demi-siècle plus tôt. Ce dynamisme économique et démographique affecte fortement le Taj Mahal, dont la structure finement ciselée est particulièrement vulnérable.

*Le fleuve, qui traverse auparavant Delhi, est ainsi considéré comme une zone morte de biodiversité en raison des niveaux de pollution rendant impossible tout fonctionnement d’un biotope standard.
Au plus proche de l’édifice, c’est tout d’abord la rivière Yamuna qui pose problème, puisque le cours d’eau, extrêmement pollué* en raison des différents déversements qui y sont effectués – usines, ordures – est un terreau propice à la prolifération d’espèces d’insectes dont les déjections défigurent la surface du bâtiment. Toujours sur la Yamuna, c’est récemment un collectif d’activistes qui s’est illustré, en mettant en garde contre les conséquences de la baisse du niveau du fleuve, qui menacerait les fondations en bois de l’édifice et donc la bonne tenue de l’ensemble. Ces allégations semblent pour le moment ne pas inquiéter l’ASI, qui voit dans cette campagne une simple opération médiatique avec un agenda politique en arrière-plan.
Plus persistant est le danger venant du ciel et de la pollution atmosphérique. Dès les années 1980, des militants avaient alerté les autorités sur les conséquences des pluies acides sur le Taj Mahal, causées par les rejets des usines environnantes (briqueteries, aciéries, cimenteries, raffineries). On parlait alors de « cancer du marbre », les particules polluantes, notamment le dioxyde de soufre, entraînant un jaunissement de l’édifice. La Cour suprême avait ordonné au début des années 1990 la fermeture de plusieurs centaines d’usines, alors que les campagnes de nettoyage tentaient de redonner au marbre sa blancheur originelle. Vingt-cinq ans plus tard, malgré le plantage de milliers d’arbres afin de créer une « ceinture végétale » autour de l’édifice, associé à une zone d’exclusion automobile, le temps est toujours à la jaunisse. Aujourd’hui, c’est le trafic automobile et les incinérations de déchets divers qui, en raison de leurs rejets carbonés, donnent au tombeau des teintes cireuses et marron. En retour, les autorités ont recours à des nettoyages réalisés avec de la boue, afin d’absorber les particules et impuretés déposées sur le monument. Néanmoins, cette technique de récupération à court terme, de plus en plus fréquente en raison de la pollution grandissante à Agra (une campagne de lavage est ainsi actuellement en cours sur l’édifice et se prolongera en 2017), pourrait à son tour altérer la couleur et le grain du marbre.

Finalement, si le Taj Mahal et ses légendes ont su résister à l’épreuve du temps et aux soubresauts de l’Histoire, il leur reste maintenant à naviguer dans les méandres du capitalisme moderne, charriant avec lui ses hordes de touristes en goguette et ses pots d’échappement. Pour se protéger de ces maux, il n’est point sûr que les bains de boue soient un remède suffisant.

Par Guillaume Gandelin
A propos de l'auteur
Guillaume Gandelin
Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Guillaume Gandelin est spécialiste de l’Asie du Sud, avec une prédilection pour l’Inde où il a vécu et étudié. Chercheur au Laboratoire d’études prospectives et d’analyses cartographiques (Lépac) depuis 2012, il assure la préparation et le suivi scientifique de l’émission "Le Dessous des Cartes", diffusée chaque semaine sur Arte et participe au développement du projet de géopolitique prospective Les Futurs du Monde. Il est par ailleurs régulièrement sollicité pour intervenir dans le cadre de conférences, tables rondes et séminaires de formation, aussi bien en français qu’en anglais.