Revue de presse Asie - 4 octobre 2016

Vengeance politique à Pékin, exercices américano-philippins et tensions indo-pakistanaises

Mi-septembre, 45 délégués "fraudeurs" ont été démis de leurs fonctions dans un scandale inédit depuis la fondation de la République populaire de Chine. Copie d'écran du South China Morning Post, le 4 octobre 2016.
Mi-septembre, 45 délégués "fraudeurs" ont été démis de leurs fonctions dans un scandale inédit depuis la fondation de la République populaire de Chine. Copie d'écran du South China Morning Post, le 4 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Un tel coup de projecteur sur la politique intérieure chinoise est rarissime. Il peut arriver que la direction centrale du parti communiste à Pékin ne parvienne pas à placer ses hommes dans les parlements des provinces. Et quand c’est le cas, la vengeance est un plat qui se mange froid. En 2013, lors des élections des futurs délégués à l’Assemblée nationale populaire organisés au parlement du Liaoning dans le nord-est du pays, les candidats proposés par Pékin n’ont pas été élus. A la place, ce sont 45 délégués, essentiellement des hommes d’affaires, qui ont été nommés. Ils auraient acheté leur élection. Lorsque les dirigeants de Pékin ont appris la fraude, ils ont été fortement alarmés : c’est en effet l’autorité même du secrétaire général du parti, Xi Jinping, qui était menacée, lui qui prépare activement le prochain congrès du PCC pour l’automne 2017. A la mi-septembre, les 45 délégués « fraudeurs » ont donc été démis dans un scandale inédit depuis la fondation de la République populaire en 1949 (voir notre revue de presse du 14 septembre).

C’est au cours d’une réunion spéciale du parti central le 13 septembre que la décision à été prise à Pékin. A cette occasion, selon le South China Morning Post, le président de l’Assemblée nationale populaire, Zhang Dejiang, a lancé très alarmiste que cette fraude électorale avait touché « l’essence » du système politique chinois. Les délégués à l’Assemblée ou dans les parlements locaux sont là pour enregistrer les décisions prises par la direction du parti. Mais leur siège est l’objet de toutes les convoitises car il donne des avantages voir des passe-droit importants pour une carrière politique ou dans les affaires.

The Mainichi – Le Premier ministre veut montrer qu’il garde la main. A ceux qui posaient la question d’élections générales anticipées en janvier prochain (voir notre revue de presse du 29 septembre), Shinzo Abe a répondu « ne pas du tout y penser ». Mais il n’a pas non plus exclu de dissolution anticipée alors qu’une révision des circonscriptions électorales de la chambre basse est attendue en mai. Cette révision doit réduire une disparité dans le poids des votes entre les circonscriptions plus ou moins peuplées. Certains observateurs pensent qu’Abe pourrait utiliser une nouvelle fois l’arme de la dissolution pour rester plus longtemps au pouvoir, jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo prévus en 2020.

C’est un député de l’opposition, Yuichi Goto du Parti démocrate, qui a posé la question à Shinzo Abe. Goto a averti : toute dissolution de la chambre basse avant la réforme des circonscriptions serait frappée « d’inconstitutionnalité », reprenant ainsi le terme de la Cour Suprême pour décrire les dernières élections législatives de décembre 2014, « biaisées » par la disparité du poids des votes. Tout cela n’effraie guère Shinzo Abe : « Même dans ces conditions, une dissolution de la chambre basse ne saurait être rejetée en vertu de la loi sur les élections aux mandats publics », a retorqué le Premier ministre nippon. Au Japon, le mandat de député dure 4 ans mais le chef du gouvernement peut dissoudre la chambre à tout moment.

Yonhap – Que réserve l’avenir pour la Corée du Sud ? Après le 5ème essai nucléaire mené par Pyongyang, le gouvernement de Séoul a décidé de renforcer son armement contre l’arsenal du Nord. Les autotorités ont part de leur intention d’acheter des missiles Taurus sol-air de fabrication allemande, à même de détruire les installations nucléaires et les rampes de lancement de missile au Nord. « L’armée a récemment décidé d’acquérir plus de 90 missiles Taurus pour renforcer ses capacités anti-nucléaires et anti-missiles, a ainsi déclaré un reponsable du ministère sud-coréen de la Défense à l’agence Yonhap. Le processus d’achat des missiles est en cours. » Le déploiement de quelque 170 missiles Taurus est déjà prévu. Lorsque le déploiement des missiles supplémentaires sera achevé, l’armée de l’air sud-coréenne sera la première en Asie à opérer des avions de chasse armés avec ce système de missile d’une portée de 500 km.

Asie du Sud-Est

The Philippine Star – Seront-ils les derniers ? Ce mardi 4 octobre, militaires américains et philippins se sont retrouvés pour participer à leurs exercices communs annuels. L’objectif de cette session : parvenir à utiliser le nouveau navire acquis par la Marine philippine pour pouvoir répondre en cas de litiges maritime. Pourtant depuis plusieurs semaines, Rodrigo Duterte ne cesse d’exprimer son désir de rompre l’alliance privilégiée avec les Etats-Unis contre la Chine. En voyage à Hanoï, il a ainsi annoncé vouloir mettre fin à ces exercices militaires conjoints avec les Américains, mal vus par Pékin (voir notre revue de presse du 29 septembre). Si ces derniers auront bien lieu en 2017, ils devraient donc s’arrêter en 2018.

Les relations entre les Etats-Unis et les Philippines ne cessent de se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir de Duterte le 30 juin dernier. Hier, ce dernier a de nouveau annoncé vouloir mettre fin à l’accord militaire qui permet aux soldats américains un accès aux bases philippines. De son côté, les Etats-Unis réfutent cette possible rupture. Selon eux, Duterte a prononcé des paroles en l’air, son discours n’ayant été suivi d’aucune action concrète, rapporte The Philipine Star dans unsecond article.

Myanmar Times – Mettre fin aux combats dans l’Etat Kachin. Voilà pourquoi des milliers de personnes se sont réunies hier, lundi 3 octobre dans le parc Manaw de Myitkyina, la capitale régionale. Depuis mi-août, les combats entre l’armée régulière birmane, la Tatmadaw, et l’Armée indépendante kachin y ont repris faisant de nombreux blessés et paralysant l’économie de la région. Samedi dernier, le 1er octobre, une petite fille de deux ans a été tuée dans une explosion et plusieurs autres enfants ont été blessés. Par le biais de cette manifestation, les militants espèrent obtenir l’aide du gouvernement pour faire cesser les combats.

La région est en proie à des conflits depuis 2011. La Tatmadaw avait attaqué des membres de l’armée Kachin mettant fin à sept ans de cessez-le-feu dans la région. Depuis cette date, plus de 100 000 personnes ont dû être déplacées. Et les négociations pour la paix semblent dans l’impasse : en octobre dernier, le gouvernement avait invité l’armée Kachin à un cessez-le-feu mais cette dernière avait refusé. Aung San Suu Kyi, Premier ministre de facto de la Birmanie depuis la victoire de son partie aux élections législatives de novembre 2015, a fait de la réconciliation nationale son cheval de bataille. Si elle n’a abouti à aucune mesure concrète, la conférence de Panglong réunissant la majorité des groupes ethniques birman a tout de même poser les jalons symboliques d’une réconciliation et l’organisation politique kachin KIO avait accepté de se prêter au jeu.

Channel News Asia – Prayuth Chan-ocha restera-t-il Premier ministre ? Depuis plusieurs semaines, la rumeur enfle : un parti, soutenu par des membres de l’armée et composé d’anciens militaires, serait en formation et pourrait permettre au Premier ministre thaïlandais de se maintenir à son poste après les élections prévues avant fin 2017. De son côté, la junte militaire nie en bloc avoir une quelconque implication dans cette affaire. Le général Prayuth assure par ailleurs ne pas vouloir rester au pouvoir et considère sa nomination comme la dernière option envisageable.

En août dernier, les Thaïlandais ont voté massivement pour une nouvelle constitution, présentée par la junte militaire, et qui donne davantage de pouvoir à l’armée. Depuis, le Premier ministre promet la tenue d’élections démocratiques avant fin 2017. Sous la nouvelle Constitution, 250 membres du Sénat seront nommés par l’armée et six sièges seront réservés à des hauts-dirigeants militaires. Si 125 députés soutenus par l’armée étaient élus à l’Assemblée, ces derniers pourraient se joindre aux Sénateurs et élire le Premier ministre sans que les citoyens ne passent par les urnes.

Asie du Sud

Times of India – Comment le Pakistan ripostera-t-il contre l’Inde ? La récente attaque à la base indienne de Baramulla dans le Cachemire indien laisse supposer que ce sera par des actes terroristes. Hier lundi 3 octobre, un soldat indien est mort lors de l’attaque de cette base militaire dans le Jammu-et-Cachemire. Une opération semblable à celle d’Uri, début septembre, qui avait provoqué la mort de 18 soldats indiens. Pour New Delhi, il s’agit d’une réponse aux « frappes chirurgicales » du 29 septembre qui ont fait au moins deux morts côté pakistanais.

Pour l’instant, le Pakistan reste flou sur la dernière opération indienne dans le Jammu-et-Cachemire. Pour cause, Islamabad a besoin de se coordonner pour préparer une action militaire efficace. Cela n’est pas sans arranger New Delhi, le déni d’Islamabad assurant un arrêt temporaire des combats. L’Inde affirme par ailleurs que cette opération sera la seule du genre.

En parallèle, les conseillers indiens et pakistanais pour la sécurité ont parlé terrorisme au téléphone, rapporte The Indian Express. C’était le premier contact entre les deux hommes depuis l’attaque de la base militaire d’Uri début septembre, la plus meurtrière des 15 dernières années, et qui a fait 18 morts. S’ils ont parlé terrorisme, il était hors de question, en revanche, de parler d’un potentiel arrêt effectif des combats.

Dawn – Pendant ce temps, les échanges de tirs se poursuivent sur la ligne de contrôle qui sépare le Cachemire. A 4h du matin ce mardi 4 octobre, une nouvelle fusillade a eu lieu dans le secteur de Bhimber, dans le Jammu-et-Cachemire sans causer aucun blessé. Hier, trois incidents similaires ont été reportés dans le secteur de l’Azad-Cachemire, contrôlé par le Pakistan.

Les relations entre New Delhi et Islamabad se sont fortement dégradées après l’attaque de la base militaire indienne d’Uri dans le Jammu-et-Cachemire, l’Inde accusant le Pakistan d’en être responsable. 18 soldats sont morts dans cet affrontement, le plus meurtrier ces 15 dernières années. Depuis, les échanges de tirs sont fréquents sur la ligne de contrôle, frontière de facto entre les deux Etats. Les tensions sont encore montées d’un cran le 29 septembre quand l’Inde a affirmé avoir procédé à des « frappes chirurgicales », faisant deux morts du côté pakistanais, selon Islamabad.

The Hindu – En est-ce fini de la « guerre de l’eau » au Karnataka ? L’Etat indien a finalement accepté la décision de la Cour suprême indienne de livrer de l’eau du fleuve Cauvery à l’Etat voisin du Tamil Nadu. Début septembre, un arrêté de la Cour suprême ordonnant au Karnataka de livrer 425 mètres cubes d’eau par seconde à son voisin avait provoqué de vives tensions. Un couvre-feu avait été instauré, les rassemblements interdits et la région avait été totalement paralysée. Il a fallu attendre le 13 septembre et la décision de limiter la livraison d’eau à 340 mètres cubes pour que le couvre-feu soit levé et que la vie reprenne son cours dans la région. Selon le gouvernement provincial du Tamil Nadu, ce dernier était « à l’agonie ». Une affirmation réfutée par le Karnataka qui n’y voyait « aucune guerre de l’eau » nécessitant des livraisons forcées.

Le 23 septembre, la Cour suprême a voté une nouvelle résolution : l’eau peut être puisée uniquement pour des besoins en eau potable. Mais les réservoirs s’étant remplis ces dix derniers jours, elle a proposé une livraison au Tamil Nadu à hauteur de 170 m3 par jour du 1er au 6 octobre.

Par Joris Zylberman et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris