Revue de presse Asie - 8 septembre 2016

Sommet de l'ASEAN, pollution spatiale chinoise et attentats de Bombay

La Chine se rapproche-t-elle opportunément du Laos ? Ici le ministre chinois des Affaires étrangères Li Keqiang, saluant le président philippin Rodrigo Duterte, sous le regard du Premier ministre laotien Thongloun Sisoulith, à Vientiane ce jeudi 8 septembre. Copie d'écran du South China Morning Post, le 8 septembre 2016
La Chine se rapproche-t-elle opportunément du Laos ? Ici le ministre chinois des Affaires étrangères Li Keqiang, saluant le président philippin Rodrigo Duterte, sous le regard du Premier ministre laotien Thongloun Sisoulith, à Vientiane ce jeudi 8 septembre. Copie d'écran du South China Morning Post, le 8 septembre 2016

Asie du Sud-Est

South China Morning Post – Renforcer les liens économiques de la Chine avec le Laos. Le premier ministre chinois, Li Keqiang, n’a pas caché son désir de rapprochement avec Vientiane ce jeudi 8 septembre lors du sommet de l’ASEAN à l’occasion duquel étaient réunis les dirigeants d’Asie du Sud-Est, de Chine et des États-Unis.

Pékin investit majoritairement dans l’énergie et le secteur minier laotiens. Parmi les grands projets : la construction du barrage de Nam Ngiep 1 sur le Mékong dont le coût s’est élevé à 868 millions de dollars et, plus récemment, le projet de construction d’une ligne de chemin de fer de 427km entre Kunming, dans le Yunnan chinois, Vientiane et la Thaïlande. Pourtant, les relations entre les deux États n’ont pas toujours été au beau fixe. Elles étaient au plus bas dans les années 1970 lors de l’invasion chinoise au Vietnam. Les tensions se sont ensuite apaisées, la Chine devenant progressivement le plus grand investisseur au Laos.

Aujourd’hui, la Chine a tout intérêt à maintenir et renforcer ses relations avec son voisin. En effet, le Laos assume pour cette année 2016 la présidence de l’ASEAN et pourrait donc arbitrer en faveur de Pékin dans les litiges concernant la mer de Chine du Sud. En juillet dernier, le Laos avait d’ailleurs affirmé son soutien à la Chine en refusant que le tribunal international de La Haye ne gère cette question.

Le conflit en mer de Chine du Sud était par ailleurs dans toutes les têtes lors de l’allocution de Li Keqiang. Hier, mercredi 7 septembre, les Philippines ont dévoilé des photos montrant des bateaux chinois à proximité du récif de Scarborough, contrôlé par Pékin mais revendiqué par Manille rappelle Channel News Asia. Selon Manille, cette présence laisse penser que la Chine a entamé des activités de construction sur le récif afin d’en faire une base militaire. Une affirmation, sitôt niée par Pékin, qui n’a pas manqué d’alarmer les dirigeants asiatiques et ce, malgré les avancées faites pour l’adoption d’un code de conduite maritime dans la région. D’après un communiqué publié ce mercredi et rapporté dans le South China Morning Post, la Chine et les pays de l’ASEAN sont conjointement parvenus à esquisser un premier texte basé sur un consensus.

Pékin tend donc de s’imposer comme l’allié économique principal du Laos en dépit de la concurrence américaine. Barack Obama, lui aussi présent à Vientiane, a réitéré une fois encore son désir de renforcer ses liens avec l’Asie. (voir notre revue de presse du 7 septembre)

Bangkok Post – Le sommet de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), en cours à Vientiane, est placé sous le signe des problèmes sécuritaires. Deux grands sujets ont été abordés par Barack Obama : d’une part la menace pour la paix que représente l’attitude de défi de la Corée du Nord. Dans la foulée de ce sommet de l’ASEAN, le président américain qui prendra part dès aujourd’hui au 18ème sommet des nations d’Asie du Nord-Est, a rappelé avec force que la menace nord-coréenne et l’urgence d’une dénucléarisation de la péninsule demeuraient une préoccupation majeure pour Washington.

Le second point chaud de la région Asie-Pacifique est bien sûr la situation en mer de Chine du Sud, où les revendications territoriales de Pékin se heurtent depuis des années à celles des pays de la région. D’après Reuters les dirigeants des pays de l’ASEAN ont tenu aujourd’hui, jeudi 8 septembre, à minimiser dans leur projet de communiqué ces tensions en mer de Chine méridionale. Pourtant, « avant même qu’il ne soit publié, Pékin a exprimé son mécontentement face aux pays extérieurs à la région qui s’immiscent dans les contentieux locaux. »

Today Online – Le prochain président de Singapour sera-t-il issu des minorités ? Les membres du Parlement et des représentants des minorités ont accepté les principales lignes de réformes du système électoral proposées par la Commission constitutionnelle. La question de savoir si cette réforme sera valable dès les élections prévues en août 2017 reste cependant en suspens.

Au programme : quatre changements majeurs résume le Straits Times. La première modification vise à garantir la représentation des minorités à la tête de l’État. Rappelons que la société multi-ethnique singapourienne est composée d’après le dernier recensement de 2015, d’une majorité chinoise (74,3 %), de malais (13,3 %), d’indiens (9,1 %) et de 3,3 % d’autres minorités. Si aucun président issu d’une minorité n’a été élu après cinq mandats, soit trente ans, l’élection suivante sera réservée à des candidats issus de ladite minorité. Selon Felix Tan, observateur politique, il faudrait privilégier un candidat issu de la minorité malaise, le seul président en étant issu, Yusuf Ishak, ayant été élu juste après l’indépendance du pays et décédé en 1970 avant la fin de son mandat.

Deuxième projet : durcir les conditions d’éligibilité. Les candidats doivent maintenant justifier de six ans de travail à la tête d’une entreprise capitalisant au moins 500 millions de dollars singapouriens en actions, et s’illustrant dans les secteurs public ou privé. Le candidat potentiel doit aussi avoir dirigé cette entreprise dans les quinze ans précédant l’élection. Enfin, il doit pouvoir assurer que son entreprise a fait du profit pendant cette période.

Ces critères laisseraient notamment de côté deux des trois perdants des dernières élections, Tan Cheng Bock, de l’ancien parti Action du peuple, et Tan Jee Say explique Today Online. Le premier était responsable d’une entreprise mais cette dernière ne capitalisait pas le nombre d’actions nécessaires. Le second est retraité depuis 2001. Au moment de l’élection, il se sera donc écoulé plus de quinze ans.
La troisième réforme vise à donner un pouvoir plus fort à l’organe de conseil du président. Il sera composé non plus de six mais de huit membres élus pour un mandat plus long.

Toutes ces réformes restent cependant en suspens. La dernière réforme proposée par la Commission constitutionnelle est de nommer le prochain président. L’idée : créer un comité d’experts à l’exécutif et nommer un président qui n’aurait alors plus qu’un rôle symbolique rappelle Channel News Asia.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – À La veille du sommet du G20 qu’elle accueillait pendant deux jours à Hangzhou début septembre, la deuxième puissance de la planète, qui en est aussi le principal pollueur, a ratifié le samedi 3 septembre l’accord mondial sur le climat conclu en décembre à Paris, lors de la COP21. Un bon point donc pour Pékin qui s’est enfin engagé contre la pollution… sur Terre. Mais qu’en est-il de l’espace ? Une tout autre histoire à en croire le South China Morning Post qui explique que les constellations chinoises JLCG-1 de microsatellites, composées chacune de 4 satellites de 65 kilos, pulluleraient désormais dans l’espace déjà pollué par quelque 7000 tonnes de métal et de composants divers, tournant au-dessus de nos têtes à des distances variant entre 100 et 36 000 kilomètres.

Cette prise de conscience de la pollution spatiale chinoise a vu le jour après la diffusion par la Chang Guang Satellite Technology, une start-up située à Changchun (Jilin) de séries de photos en haute définition d’installations militaires étrangères dans le monde : les clichés, extrêmement précis, d’une définition de 0,72 mètre par pixel, montraient ainsi les quartiers généraux de la marine japonaise et des bases militaires américaines comme celle d’Edwards en Californie ou la fameuse zone « secrète » 51 du Nevada où sont testés armes et appareils expérimentaux.

Le nombre de satellites chinois en orbite autour de la Terre a été multiplié de 40% depuis 2011, certains satellites miniaturisés n’excédant pas par leur taille celle d’un smartphone. En juin dernier, le géant américain de l’aviation Boeing avait demandé l’autorisation à la commission fédérale américaine des Communications de lancer 3000 satellites de communications, déclenchant la crainte d’un « embouteillage de l’espace ». « La situation chinoise pourrait être bien pire », d’après le Dr Liu Jing, directrice adjointe de la section de Contrôle des débris spatiaux de l’agence chinoise de l’Espace.

En effet ces dernières années, les sociétés de construction de micro- voire nanosatellites se sont multipliées en Chine. Ce qui fait redouter que la Chine ne pollue l’espace avec des nuées de satellites bon marché. D’autant que les lois existantes de régulation des engins spatiaux, délivrées par le bureau chinois de la Science, de la Technologie et de l’Industrie semblent à ce jour avoir été totalement ignorées.

Pour Liu, il est grand temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Car le danger est réel : on redoute en effet des accidents entre les débris flottants dans l’espace et ces constellations de mini satellites, qui à leur tour produiront des milliers de nouveaux débris… 85 alertes rouges de collision avec des satellites chinois ont ainsi été répertoriées l’année passée.

South China Morning Post« Les idées disparaissent d’elles-mêmes, si elles sont fausses. » Pour la première fois depuis son départ du gouvernement en 2012, l’ancien chef de l’exécutif de Hong Kong, Donald Tsang Yam-kuen sort de son silence pour évoquer le débat qui agite l’ancienne colonie britannique depuis l’élection le 4 septembre de plusieurs députés favorables à l’indépendance du territoire. « Certains choses ne disparaîtront jamais quels que soient les efforts fournis. D’autres, non fondées ou pas ancrées dans la réalité, finissent par mourir d’elles-mêmes sans qu’on n’ait à faire quoique ce soit. » Profondément chrétien, c’est dans la Bible que l’ancien dirigeant a cherché à éclairer ses propos : « C’est comme la façon dont les gens voyaient le christianisme il y a 2000 ans. À cette époque les sages juifs disaient : « ne vous inquiétez pas de l’apparition de tous ces nouveaux cultes, ils disparaîtront d’eux-mêmes. (…) Si c’est la vérité, on ne peut pas aller contre, du coup mieux vaut prendre les choses calmement et se détendre face à ce problème (de l’indépendance) ».

Le problème principal de Hong Kong, ce sont ses habitants a-t-il ajouté « facilement attirés par des positions extrêmes et qui se détournent de positions centristes plus modérées. » Renouvelant sa confiance, il a toutefois précisé que les Hongkongais étaient “intelligents et sauraient faire les bons choix”.
Pour l’activiste pro-indépendance Eddie Chu, surnommé le « roi des élections » pour avoir raflé 84121 votes dans les Nouveaux territoires dimanche dernier alors qu’il n’était soutenu par aucun parti important, les Hongkongais sont au contraire « trop dociles » et devraient reprendre

« La démocratie doit venir du bas » a déclaré celui qui pense créer des « repair cafes » en guise de QG de son mouvement, et bâtir un système communautaire dans ces lieux où les services (réparations, troc) s’échangeraient au même titre que les idées… « 5% de mes électeurs sont prêts à contribuer financièrement personnellement », a précisé Chu, ce qui rend ce projet de « repair cafes » tout à fait viable.
Optimiste, l’activiste de 38 ans se dit prêt à discuter avec l’actuel chef de l’exécutif Leung Chun-ying, mais ne voit pas l’intérêt de rencontrer les représentants de Pékin tant qu’aucun « ordre du jour n’a été clairement énoncé ». En attendant, contrairement à Donald Tsang, il pense que le jour viendra où son mouvement prendra la majorité au Parlement, le Legco.
Un optimisme et une assurance qui d’après le South China Morning Post lui valent, depuis sa victoire, des menaces de mort.

The Korea Times – Pyongyang a déclaré hier, mercredi 7 septembre, rejeter la condamnation par les Nations unies de ses derniers essais de missiles balistiques. Le lundi 5 septembre, la Corée du Nord a en effet précédé au lancement de trois missiles à moyenne portée Rodong depuis sa base de Hwangju dans la province du Hwanghae du nord. (voir notre revue de presse du 6 septembre) Les trois missiles ont effectué une trajectoire de 1000 kilomètres avant de s’abîmer en mer de l’Est à 400 kilomètres à l’intérieur de la zone d’identification aérienne (Adiz) nippone.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères qui s’exprimait pour l’agence de presse nord-coréenne KCNA, la Corée du Nord a dénoncé le communiqué de presse des Nations-unies « concocté par les États-Unis et ses suiveurs qui rejettent les mesures prises par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour développer son programme nucléaire dissuasif dans un strict but d’auto-défense » et a qualifié la déclaration onusienne d’action d’ingérence « intolérable, empiétant sur la dignité, la souveraineté et le droit légitime à l’auto-défense » du pays. Poursuivant avec une rhétorique emphatique coutumière, Pyongyang a aussi critiqué  » les actes de voyou des Américains qui conduisent des exercices militaires nucléaires et introduisent à cet effet des armes stratégiques sur la péninsule. » Allusion bien entendu aux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens qui se sont tenus en août dans le Sud de la péninsule et le projet d’installation du bouclier anti-missiles américain THAAD.

Cette nouvelle escalade des tensions intervient à la veille du 68ème anniversaire de la proclamation de la RPDC par l’Assemblée populaire suprême le 9 septembre 1948.
Le 24 août dernier, en testant avec succès un missile balistique SBLM Bukgeukseong-1 (북극성1) depuis un sous-marin, Pyongyang a démontré un bond impressionnant de ses capacités technologiques qui inquiète la communauté internationale.

Asie du Sud

Dawn – Il aura fallu huit ans. Le financier des attentats de Bombay en novembre 2008, qui ont fait au moins 188 morts, sera présenté devant la justice le 22 septembre prochain.

Sufyan Zafar, arrêté le mois dernier, est accusé d’avoir financé à hauteur de 14 000 roupies, soit 187 euros, les attaques de novembre 2008 à Bombay. Du 26 au 29 novembre 2008, la capitale financière et plus grande ville d’Inde avait été touchée par dix attaques terroristes islamistes coordonnées. Avaient été visés cafés, restaurants et deux grands hôtels de luxe dont le Taj Mahal. 188 personnes avaient péri dont au moins 26 ressortissants étrangers. Neuf militants islamistes avaient été tués dans l’assaut. En 2012, un dixième assaillant a été condamné à mort et exécuté en Inde.

En 2011, au moment où sept autres personnes soupçonnés d’être liées à l’attentat étaient inculpées pour l’affaire, parmi lesquelles Zakiur Rehman Lakhvi considéré comme le cerveau de ces attentats, Sufyan Zafar, le financier, avait déjà été déclaré comme complice. Il est poursuivi pour « financement d’une entreprise terroriste, complicité en lien avec des actes terroristes, meurtre et tentative de meurtre ».

India Today – « Anti-musulman ». Le verdict de Hafiz Saeed, fondateur du groupe djihadiste Lashkar-e-Taliba (Let) est clair : une alliance entre l’Inde et les Etats-Unis contre le corridor économique sino-pakistanais vise « le monde musulman ». Cet homme, accusé d’être impliqué dans les attentats de Bombay en novembre 2008, va plus loin. Selon lui, l’Inde et les États-Unis veulent du mal au Pakistan.

Une accusation sitôt réfutée par le porte-parole du département d’Etat américain, Mark Toner. « Nous avons une forte relation bilatérale avec le Pakistan, mais cela dépend de sa coopération en matière de lutte contre le terrorisme. Nous avons été très clairs. Le Pakistan ne peut pas choisir contre quels groupes terroristes ils luttent ou ne luttent pas », a-t-il déclaré, ajoutant que « le Pakistan doit lutter contre les groupes qui sont sur son sol et cherchent à blesser ses voisins. »

Lors de sa visite au Laos pour le sommet de l’ASEAN, Narendra Modi, premier ministre indien, a insisté sur la menace terroriste se déclarant inquiet face à « l’exportation de la terreur », visant clairement le Pakistan dans ses propos, rapporte India Today. « La menace est locale, régionale et transnationale. Notre partenariat avec l’ASEAN doit amener à une coopération et à une coordination pour trouver une réponse à cette menace », a-t-il déclaré. Lundi dernier, alors présent au G20, il avait à mots à peine voilés accusé le Pakistan d’être la seule nation d’Asie du Sud déployant « des envoyés de la terreur », et insisté sur l’importance de punir et d’isoler « ceux qui encouragent la menace ».

Pajhwok – 1400 soldats américains déployés en Afghanistan. Les États-Unis participeront à des opérations de contre-terrorisme cet automne, a annoncé Washington ce jeudi 8 septembre. Les Rakkasans, membres de la troisième brigade viendront lutter contre le groupe État islamique ainsi que contre les autres groupes terroristes, parmi lesquels Al Qaida. Le mois dernier, l’armée américaine avait déjà envoyé cent soldats en entraînement dans la province de Helmand dans le sud-ouest de l’Afghanistan. Les Taliban menaçaient alors la capitale provinciale, Lashkar Gah. Un soldat américain de 23 ans avait par ailleurs été tué.

Cette annonce intervient alors que l’Afghanistan est touché par un regain de violences ces derniers mois. Lundi dernier, les Taliban ont fait exploser deux bombes près du ministère de la Défense faisant 35 morts. Le dernier tireur s’était barricadé dans les locaux d’un groupe d’aide internationale. L’assaut avait fait un mort et six blessés. L’attaque avait de nouveau soulevé la question de la capacité des forces de sécurité afghanes à lutter contre les Taliban. (voir notre revue de presse du 6 septembre)

Ces dernières peinent à maintenir l’ordre dans plusieurs parties du pays depuis que le président Obama a rappelé ses troupes et déclaré la fin de l’intervention américaine en 2014. Actuellement, environ 10 000 soldats américains servent toujours en Afghanistan pour l’opération Sentinelle et pour l’OTAN. Leur mission principale consiste à entraîner les forces afghanes.

Par Juliette Morillot et Cyrielle Cabot