Revue de presse Asie - 4 mai 2016

Grand Soleil nord-coréen, Trump philippin et Choppergate en Inde

Alors que le Congrès du Parti des Travailleurs de Corée a lieu à Pyongyang ce vendredi 16 mai, Kim Jong-un a été nommé officiellement "Grand Soleil du XXIème siècle". Copie d'écran du Strait Times, le 4 mai 2016.
Alors que le Congrès du Parti des Travailleurs de Corée a lieu à Pyongyang ce vendredi 6 mai, Kim Jong-un a été nommé officiellement "Grand Soleil du XXIème siècle". Copie d'écran du Straits Times, le 4 mai 2016.

Asie du Nord-Est

Straits Times – Un événement « sacré » qui conservera précieusement les « exploits de Kim Jong-un ». C’est ainsi que le quotidien officiel nord-coréen Rodong Sinmun Daily, cité par le Straits Times, évoque le prochain Congrès du Parti des Travailleurs qui aura lieu à Pyongyang à partir de ce vendredi 6 mai. Pendant que le pays finalise ses derniers préparatifs, le journal qualifie le jeune dictateur nord-coréen de « Grand soleil du XXIème siècle ». Kim Jong-un a enfin sur surnom officiel après son père Kim Jong-il, le « Cher Dirigeant », et son grand-père Kim Il-sung, le « Grand Dirigeant ».

Par « exploits », le quotidien nord-coréen entend des projets d’infrastructures et le développement de missiles balistiques lancés par sous-marin. Des observateurs estiment néanmoins que l’objet principal du Congrès sera de confirmer l’achèvement du programme de dissuasion nucléaire. D’aucuns s’attendent à un cinquième essai nucléaire juste avant ou pendant le Congrès en guise de démonstration de force. Pour le Rodong Sinmun, l’arme nucléaire est une « épée précieuse » , « un trésor de bonheur qui nous protegera de beaucoup de choses dans les années à venir ». Le deuxième thème majeur sera le développement économique du pays. En effet, lors de son investiture, Kim Jong-un avait déclaré que les Nord-Coréens n’auraient plus jamais à « se serrer leur ceinture ». Le dernier Congrès du Parti des Travailleurs a eu lieu en 1980, sous le règne du « Grand Dirigeant » Kim Il-Sung.

South China Morning Post – Avec 221,8 millions de séniors en 2015 et après 30 ans de politique de l’enfant unique, la Chine est menacée d’une crise démographique imminente. Alors que le pays est passé en 2015 à la politique du double enfant, l’intellectuel chinois Yi Fuxian, interviewé par le South China Morning Post, appelle à abandonner complètement le contrôle des naissances. Au contraire, la Chine devrait encourager les couples à avoir plus d’enfants et autant qu’ils veulent, afin de remédier à la chute vertigineuse du nombre des actifs. « Il est déjà trop tard, déplore Yi Fuxian. La population prend rapidement de l’âge et commencera bientôt à diminuer, et il n’y a aucun moyen de maintenir la croissance économique dans ses conditions. » Malgré l’autorisation d’avoir un deuxième enfant, les statistiques montrent que le nombre de naissances n’a pas cessé de diminuer. Avec en moyenne 1,4 enfant par femme, le des taux de fertilité en Chine est l’un des plus bas au monde.
China Times (en chinois) – La nouvelle présidente de Taïwan va-t-elle brisé le statu quo des relations avec la Chine continentale ? C’est la question qui se pose à la suite des déclarations hier mardi 3 mai de Hsieh Chang-ting, nommé il y a quelques jours représentant au Japon par Tsai Ing-wen. Selon ce cacique du Parti Démocrate-progressiste, la présidente ne reconnaîtra pas le consensus de 1992, selon lequel Pékin et Taipei reconnaissent l’existence d’une seule Chine, libre à chacun d’interpréter l’expression à sa guise. Pour la Chine de Xi Jinping, ne pas reconnaître ce principe serait un casus belli.

Hsieh est un ancien Premier ministre du président indépendantiste Chen Shui-bian (2000-2008), ainsi qu’un ex-candidat à la présidence de la République en 2008. Selon lui, Tsai Ing-wen s’appuiera sur la Constitution de la République de Chine (nom officiel de Taïwan) pour établir une interaction avec l’autre rive du détroit de Taïwan. Ce qui devrait lui permettre de contourner le problème de la non-reconnaissance du consensus de 1992. Pour Hsieh Chang-ting, 60% des Taïwanais sont opposés à ce consensus. D’ailleurs, a précisé Hsieh, Tsai ne devrait même faire aucune mention de ce principe dans son discours d’investiture le 20 mai prochain.

Asie du Sud-Est

The Phil Star – Millionnaire et habitué des dérapages, Rodrigo Duterte a bien des chances d’être le futur président des Philippines. Selon les statistiques de l’agence Pulse Asia, le maire de la ville de Davao maintient 33% des intentions de vote en sa faveur depuis deux semaines. Le « Trump philippin » est célèbre pour avoir engagé une politique répressive dans la ville de Davao, pour ses propos misogynes et notamment pour avoir traité le Pape François de « fils de pute » en novembre 2015.

A quelques jours des élections qui auront lieu ce lundi 9 mai, Manuel Rowas du Parti Libéral détient 22% des intentions de vote, devant Grace Poe à 21%. Le vice-président Jojomar Binay arrive derrière avec 17% dans les sondages, tandis que Miriam Defensor-Santiago reste loin très loin avec seulement 2%.

Myanmar Times – Les refuges de 2 000 Rohingya déplacés ont pris feu dans l’Etat de Rahkine, à l’ouest de la Birmanie. L’incendie, qui aurait été provoqué par un accident de cuisine, aurait blessé 14 personnes selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). L’agence rapporte également des décès qui restent à confirmer. L’aide humanitaire sur place confirme que la plupart des résidents sont des Rohingya, officiellement appelés « Bengali » par les autorités birmanes. 448 tentes ont étés fournies par des associations locales et le gouvernement devrait bientôt subvenir aux besoins des familles en termes de nourriture et d’équipement sanitaire.

De nombreuses organisations dont les Nations unies ont régulièrement condamné les mauvaises conditions dans lesquelles vivent les personnes déplacées à l’intérieur de la Birmanie. Afin d’ « obtenir la bienveillance de la communauté internationale » , précise le Mya nmar Times, le gouvernement birman a relocalisé environ 20 000 Rohingya déplacés. Pourtant, le directeur du groupe « Fortify Rights » a annoncé que les personnes sujettes aux relocalisations voyaient toujours leur liberté de circulation limitée.

Toujours selon le Myanmar Times ce mercredi, le gouvernement a répondu aux exigences des nationalistes : le ministère birman des Affaires étrangères a demandé formellement à l’ambassade des Etats-Unis à Rangoun de ne pas l’utiliser le terme « Rohingya » pour désigner cette ethnie musulmane déclarée apatride par les militairs en mars 2015. « Le terme ‘Rohingya’ n’encourage pas la réconciliation nationale« , a fait savoir le ministère. En réponse, l’ambassadeur américain Scot Marciel a soutenu que l’emploi du mot n’était pas une « décision politique », mais « qu’il était d’usage d’appeler les gens tel qu’ils le souhaitent. »

Channel News Asia – Elles ont voulu envoyer un signal fort. Les autorités singapouriennes ont décidé de maintenir deux ans en détention administrative des membres du groupe secret « Etat Islamique au Bangladesh » (ISB). C’est le premier groupe entièrement composé d’étrangers à être détenu en vertu de la loi sur la sécurité intérieure dans la cité-Etat (Internal security act ou ISA). Une loi actée en 1963, lorsque Singapour faisait encore partie du royaume de Malaisie.

Les membres du groupes ont vécu chacun entre 3 et 10 ans à Singapour et se seraient réunis régulièrement pour s’échanger une « quantité conséquente » de propagande, rapporte Channel News Asia. Au moment de l’arrestation, les 8 hommes cherchaient à se procurer des armes à feu. Les autorités bangladaises ont été informées des activités du groupe et ont contribué à fournir des informations aux autorités singapouriennes.

Il n’y aurait aucun lien avec les 27 Bangladais radicalisés et expulsés du pays en décembre 2015, selon le ministère singapourien des Affaires intérieures. « Rien n’indique pour l’instant que les 8 hommes font partie du même groupe que ceux arrêtés l’année dernière, » précise le ministère. Actuellement 23 personnes sont détenues en vertu de l’ISA, pour des activités liées au terrorisme.

Asie du Sud

Scroll.in – C’est une lutte sans merci qui a lieu ces jours-ci en Inde. Le Premier ministre Narendra Modi et son parti, le BJP, ont trouvé un angle de tir redoutable contre le parti du Congrès, principale force d’opposition. Sa présidente Sonia Gandhi est soupçonnée d’implication dans deux scandales de corruption dont celui dit du « Choppergate ». Ce mercredi 4 mai, le ministre de la Défense Manohar Parrikar doit présenter devant la chambre haute du parlement indien le détail du deal conclu sous le précédent gouvernement : l’achat de 12 hélicoptères AW-101 à la firme britannique AgustaWestland pour 37,27 milliards de roupies (480 millions d’euros) en février 2010. Le ministre BJP a l’intention de montrer comment l’ancien gouvernement aurait assoupli certaines clauses du contrat au bénéfice du constructeur anglais.

AgustaWestland se trouve être la filiale du conglomérat italien Finmeccanica. Selon le BJP, Sonia Gandhi aurait fait jouer ses liens avec l’Italie dont elle est originaire. L’ancien chef de l’armée de l’air indien, le maréchal Tyagi, et ses cousins sont directement accusés d’avoir bénéficié de retro-commissions. Un député du BJP, Kirit Somaiya, a déclaré qu’un proche de Rhaul Gandhi, vice-président du parti du Congrès, était impliqué dans le scandale. A ces accusations, Sonia Gandhi a répondu par une phrase lapidaire : « Les révélations du BJP seront plus que les bienvenues ! »

The Express Tribune – Voici un pays d’Asie où les révélations des Panama Papers bousculent toujours le pouvoir. Le combat continu entre le leader du Mouvement du Pakistan pour la Justice (PTI) Imran Khan et le Premier ministre Nawaz Sharif, dont nombre de parents sont cités dans le scandale mondial d’évasion offshore. Sharif s’est adressé à la foule lors d’un meeting dans la province reculée du Khyber Pakhtunkhwa. « Imran Khan croît à la politique de le force, a déclaré le Premier ministre. Il devrait attendre le verdict de la commission de la Cour suprême concernant les fuites des Panama Papers. Je vous assure que je ne resterai pas à mon poste si l’on me juge coupable. »

Le Premier ministre pakistanais est directement l’objet d’une enquête judiciaire, suite à un mouvement anti-corruption lancé par Imran Khan. Sans citer le chef du PTI, Sharif a ajouté que ceux qui critiquent sa famille devraient se souvenir qu’ils ont aussi des sociétés offshore à leur nom.

Firstpost« Une atmosphère de complète impunité » règne au Bangladesh. Voilà le cri d’alarme lancé par Ashif Entaz Rabi. Ce blogueur et activiste social a reçu plusieurs appels menaçants après avoir présenté une émission sur le meurtre d’un éditeur. Le gouvernement bangladais s’étant déclaré incapable de le protéger, il est aujourd’hui à Washington pour attirer l’attention sur la situation au Bengladesh. En effet, au moins 9 intellectuels, universitaires, écrivains bloggueurs et activistes ont été abattus dans le pays depuis début 2015. Les violences ont également eu un effet dissuasif sur la libérté d’expression dans le pays. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a déjà appelé le Premier ministre du Bangladesh Sheikh Hasina pour pousser le gouvernment à protéger les personnes menacées.
Par Joris Zylberman et Alice Hérait, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris