Revue de presse Asie - 27 avril 2016

Avertissement chinois à l’UE, pourparlers ASEAN+1 et corruption en Inde

La Korea Parent Federation soutient les réformes et actions les plus contestées du gouvernement. Copie d'écran du "Korea Herald", le 27 avril 2016.
La Korea Parent Federation soutient les réformes et actions les plus contestées du gouvernement. Copie d'écran du "Korea Herald", le 27 avril 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – L’Union européenne conseille vivement à la Chine de rétablir la confiance que les citoyens de Hong Kong ont placée dans le principe d’ »un pays, deux systèmes ». Des accusations irresponsables selon Pékin.

Lundi 25 avril, Bruxelles a en effet publié un rapport très critique sur la situation à Hong Kong, décrivant l’affaire des cinq libraires disparus comme « défiant sérieusement » les principes de gouvernance « d’un pays deux systèmes » prônés par la Chine depuis le retour de l’ancienne colonie britannique dans son giron en 1997. Selon l’Union européenne, cette affaire des libraires pourrait mettre en danger la position de Hong Kong comme centre d’affaires international.

The Korea Herald – Le terrain est de plus en plus glissant à un an de l’élection présidentielle. Le gouvernement de Park Geun-hye doit répondre d’accusations de manipulation : la présidente serait en effet impliquée dans des manifestations ultraconservatrices avec le soutien d’un lobby de grandes entreprises, les chaebol, nom des conglomérats surpuissants en Corée du Sud. L’organisateur officiel de ces rassemblements, qui se répètent depuis 2014, est la Korea Parent Federation (KPF). Cette dernière soutient les réformes et les actions les plus contestées de Park : le retour des livres scolaires d’Etat, l’accord compensatoire sur les « femmes de réconfort » (les esclaves sexuelles de l’armée nippone pendant la Seconde Guerre mondiale) signé récemment entre Séoul et Tokyo, ou encore la loi antiterroriste.

Selon la presse locale, la KPF aurait perçu 520 000 wons (450 000 dollars) de la part de la Federation of Korean Industries afin d’orchestrer ces manifestations pro-gouvernement. Cette Fédération est un goupe réprésentant de puissants intérêts privés parmi lesquels les chaebol Samsung ou LG. Le plus grave selon le Sisa Journal cité par le Korea Times, c’est qu’un officiel de la Maison Bleue, le palais présidentiel sud-coréen, aurait demandé au secrétaire général de la Korea Parent Federation d’organiser une manifestation en soutien de l’accord signé par Park avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe sur les « femmes de réconfort ». Jusqu’à présent, Park et la Maison Bleue nient en bloc toutes ces accusations.

The Korea Times – Hanoï a mis en application les sanctions onusiennes envers Pyongyang, un geste fort de la part du Vietnam qui entretient pourtant avec la Corée du Nord des relations diplomatiques historiques étroites. Selon le quotidien sud-coréen, Hanoï aurait toutefois mis les formes et, plutôt que d’expulser le diplomate nord-coréen, l’aurait fermement incité à faire ses bagages. Ce dernier,
Choi Song-il, vice président de la banque nord-coréenne Tanchon à Hanoï, fait partie des 16 individus placés sur la liste noire du Conseil de sécurité. D’autres diplomates, anticipant la situation, seraient partis d’eux mêmes.

Ce durcissement de la position du Vietnam qui s’aligne sur celle de Pékin, autre allié traditionnel de la Corée du Nord, intervient alors que Pyongang vient d’annoncer la date du prochain congrès du Parti des travailleurs, le premier depuis 1980, qui se tiendra le 6 mai prochain. Un événement hautement symbolique pour le jeune dirigeant Kim Jong-un qui, en se plaçant dans les pas de son grand-père, Kim Il-sung, le père fondateur de la Nation, souhaite renouer avec une époque synonyme de gloire et de prospérité économique pour les Nord-Coréens.

Asie du Sud-Est

South China Morning Post – C’est la 25ème année que les 10 pays de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique se réunissent en sommet avec la Chine. Les pourparlers s’ouvrent ce mercredi 27 avril pour deux jours à Singapour. Cette année, la rencontre intervient à quelques semaines d’un jugement qui divise fortement la région. La Cour d’arbitrage de La Haye doit en effet statuer sur la demande des Philippines qui contestent la revendication par la Chine de 90% de la mer de Chine du Sud. Le sommet de Singapour doit notamment permettre la mise en œuvre de la Déclaration sur la conduite des parties en mer de Chine du Sud, signée en 2002 par l’ASEAN et la Chine. Quatre Etats membres de l’association sont en contentieux avec Pékin sur la souveraineté de certaines îles de la zone : les Philippines, le Vietnam, la Malaisie et le Sultanat de Bruneï. C’est l’occasion pour les Chinois de compter leurs alliés : ils affirment déjà depuis une semaine que le Cambodge, le Laos mais aussi Bruneï soutiennent leur cause.
The Straits Times -La répression en Thaïlande s’accentue de jour en jour. Les militaires ont enlevé ce mercredi matin entre quatre et huit personnes à Bangkok et en province, selon le site Khaosod. Parmi les “disparus”, un ancien journaliste du Matichon, le grand quotidien thaïlandais, et un homme qui rédigeait une page Facebook critique de la politique de la junte au pouvoir. Les enlèvements ont eu lieu à Bangkok et dans la ville de Khon Kaen, dans le nord-est, bastion des Chemises rouges, ou partisans de l’ancien Premier ministre, Thaksin Shinawatra.
Myanmar Times – Une nouvelle peine de prison pour l’ancien moine bouddhiste U Gambira. Connu pour son rôle notoire dans la “révolution safran”, il est condamné aujourd’hui à une peine de six mois de prison. Cette fois-ci, il aurait passé la frontière Birmane sans papiers valides, ce qui, en Birmanie est passible de cinq ans de prison.
U Gambira a déclaré que le système judiciaire était endommagé, et que le nouveau gouvernement devait prendre ses responsabilités pour améliorer la situation. Il a aussi appelé au relâchement de tous les prisonniers politiques encore détenus.

Quand la Birmanie était encore un régime militaire, U Gambira a été torturé et condamné à soixante-huit ans de prison pour ses actions contre le gouvernement. Il a été libéré en 2012. Ses défenseurs qui affirment que Gambira souffre de trouble mentaux post traumatiques, accusent la décision de justice de cacher des intentions politiques.

Asie du Sud

The Times of India – Le Bharatiya Janata Party (BJP), parti du Premier ministre indien Narendra Modi, a en ligne de mire Sonia Ghandi, la présidente du Congrès, accusée d’être impliquée dans l’important scandale de corruption “Choppergate”.

En 2010, le gouvernement indien avait en effet acheté 12 hélicoptères à la firme anglo-italienne, AugustaWestland. Ces hélicoptères étaient destinés à transporter des hauts dirigeants. Plusieurs membres du Congrès, parmi lesquels sa présidente, auraient accepté des pot-de-vin pour favoriser la signature de l’accord.

Le scandale de corruption a éclaté au grand jour lorsque la maison mère a sonné l’alarme et que des procureurs italiens ont commencé à enquêter. Les accusations du BJP se basent sur les pièces à conviction présentées par la cour italienne et qui tombent à point nommé pour mettre en difficulté le principal parti d’opposition qui n’est autre que le Parti du Congrès de l’Inde de Sonia Gandhi…

Dawn – Branle-bas de combat au sommet de l’Etat pakistanais. Il est urgent d’éviter de se laisser embourber dans le scandale des Panama Papers. C’est ce qu’a intimé à Nawaz Sharif la direction de son parti, la Pakistan Muslim League (Nawaz – PML-N). Le Premier ministre pakistanais, dont une grande partie de la famille est citée dans le scandale global sur les sociétés-écrans au Panama, doit faire face aux offensives de l’opposition pour le faire démissionner. Notamment le « mouvement anti-corruption » lancé récemment par son grand rival Imran Khan, leader du Pakistan Movement for Justice, connu sous le sigle PTI. L’autre parti d’opposition, le Pakistan Peoples Party (PPP), a mis en place une commission d’enquête qui s’est jurée de « mettre à jour la corruption » de Sharif et de sa famille. En réponse, le parti de Sharif lui conseille donc de se concentrer sur les affaires du gouvernement et de ne pas entrer dans les « polémiques ». Nawaz Sharif a convoqué ce mercredi 27 avril une réunion du gouvernement pour discuter du budget fédéral. Et il ne parlera que de cela.
Channel NewsAsia – C’est un avocat diplômé de Harvard que le gouvernement tibétain en exil a réélu. A Dharamsala, les Tibétains estiment qu’il est le mieux armé pour faire pression contre la Chine, et défendre l’autonomie du Tibet. Lobsang Sangay se montre en faveur de l’autonomie du Tibet au sein de la Chine, plutôt que pour l’indépendance. Il dirigera l’administration centrale tibétaine (CTA) pour une période de cinq ans. A ce jour, aucun pays ne reconnait le CTA et la Chine a refusé de négocier.

Lorsque les Tibétains accusent Pékin de rejeter la culture bouddhiste et de brasser la population de la région avec des Chinois d’origine Han, le gouvernement chinois répond qu’il contribue simplement à développer une région en retard.

La Chine tire profit de ses atouts économiques pour éloigner au maximum la question tibétaine des yeux de la communauté internationale : ces dernières années, plusieurs dirigeants ont obtempéré, refusant ainsi de rencontrer le Dalaï Lama.

Par Alice Hérait, Juliette Morillot et Joris Zylberman, avec Arnaud Dubus à Bangkok et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris