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Le G7 met en garde la Chine sur ses "manœuvres d’intimidation" contre Taïwan

Les ministres des Affaires étrangères du G7 à Londres, le 5 mai 2021. (Source : Yahoo News)
Les ministres des Affaires étrangères du G7 à Londres, le 5 mai 2021. (Source : Yahoo News)
C’est un avertissement inédit à Pékin de la part d’un groupement informel d’ordinaire à dominante économique. Les ministres des Affaires étrangères du G7, réunis ce mercredi 5 mai à Londres, ont condamné les violations des droits de l’homme en Chine et se sont engagés à empêcher le pays de Xi Jinping d’utiliser des moyens d’intimidation économique. Mais surtout, les chefs de la diplomatie des sept pays avancés ont indiqué qu’ils soutiendraient la participation de Taïwan à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à laquelle la Chine s’oppose, et ont dénoncé « toutes les actions unilatérales susceptibles de provoquer une escalade des tensions » dans le détroit de Taïwan.
Face à la déclaration du G7, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Wang Wenbin s’est aussitôt fendu d’une réplique. Ce communiqué, a-t-il déclaré, exprime « des accusations sans fondement » et constitue « une ingérence grossière » dans les affaires intérieures de la Chine : « Il s’agit là d’une destruction capricieuse des normes qui président aux relations internationales. »
La déclaration du G7 fera date. Jamais jusque-là les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon ne s’étaient aventurés, dans le cadre de ce groupement informel, à évoquer l’ancienne Formose et les tensions dans le détroit de Taïwan. Le gouvernement taïwanais l’a d’ailleurs bien noté. Le Bureau de la présidente Tsai Ing-wen a exprimé sa gratitude pour le soutien du G7. « Taïwan va approfondir son partenariat coopératif avec les pays du G7 et continuer à contribuer à une force positive pour la santé globale et le bien-être des personnes ainsi que la paix, la stabilité et la prospérité dans la région Indo-Pacifique », a ainsi déclaré le porte-parole du Bureau présidentiel, Xavier Chang.

L’accord sino-européen suspendu

Autre épisode, la Commission européenne a fait savoir que les efforts visant à la ratification de l’accord sino-européen sur les investissements conclu fin décembre dernier était désormais suspendu. En cause, les sanctions chinoises décidées en représailles des sanctions européennes liées à l’internement des Ouïghours au Xinjiang. « Nous réalisons que [cet accord] est maintenant suspendu, a indiqué sobrement le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis. L’état des relations entre la Chine et l’Union européenne n’est « pas constructif. Il est clair qu’au vu de la situation découlant des sanctions européennes contre la Chine et les contre-sanctions chinoises, y compris contre des membres du parlement européen, l’environnement ne conduit pas à une ratification de l’accord. L’accord est maintenant « suspendu à la direction que prendront les relations Chine-UE », a ajouté Valdis Dombrovski. Le vice-président de la Commission ne l’a pas expressément dit, mais l’appétit des Européens pour ce traité semble tari.
La conclusion de ce traité, négocié pendant plus de sept ans, avait sonné comme une victoire diplomatique pour Xi Jinping. Le président chinois n’avait pas boudé son plaisir lorsqu’il s’était entretenu avec la présidente de la Commission européenne Ursula van der Leyen, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron lors d’une visioconférence. Aujourd’hui, c’est donc tout le contraire qui se profile à l’horizon. La suspension de la ratification du traité sonne comme un désaveu de la politique menée par le président chinois.

Le dialogue économique avec l’Australie au point mort

Par ailleurs, la Chine a annoncé le 6 mai la « suspension pour une période indéterminée » de tout dialogue économique avec l’Australie. Dans un bref communiqué à Pékin, la puissante Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC) a précisé que toutes activités menées dans le cadre du Dialogue Stratégique Chine-Australie étaient désormais suspendues. « Récemment, certains responsables du gouvernement [australien] ont initié une série de mesures visant à déstabiliser les échanges normaux et la coopération entre la Chine et l’Australie, suivant en cela une idéologie de guerre froide », explique ce communiqué.
L’Australie a au début de cette semaine décidé d’annuler ses accords conclus avec la Chine dans le cadre des « Nouvelles routes de la soie » (ou Belt and Road Initiative, BRI). Plus précisément, le gouvernement fédéral australien a fait usage de nouveaux pouvoirs pour annuler deux accords passés entre l’État de Victoria et la Chine. Canberra a signifié qu’il se voyait dans l’obligation d’agir ainsi dans le but de protéger ses intérêts nationaux.
Dernière pièce de ce puzzle un peu compliqué, la Première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern a tout récemment jeté le trouble sur l’avenir des relations de son pays avec la Chine. « Les différences entre nos systèmes et les intérêts et valeurs qui façonnent ces systèmes deviennent si difficiles qu’il devient problématique de se réconcilier », a-t-elle dit le 3 mai. Ces propos contrastent avec la politique suivie ces dernières années par Wellington qui n’avait pas entièrement souscrit aux critiques occidentales contre Pékin. La Nouvelle-Zélande avait été le premier pays à donner son appui à l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001.
Le 11 janvier dernier, Xi Jinping avait déclaré que le régime chinois était « invincible », malgré un début d’année au visage « chaotique ». Ces commentaires ont été tenus le 11 janvier à l’occasion d’une session d’études de l’École Centrale du Parti. « En ce moment, insistait le président chinois, le monde traverse des changements profonds et sans précédent. Le monde se trouve confronté à un chaos et il semble que cette situation doive perdurer pendant encore un certain temps. »
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Pierre-Antoine Donnet
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée.