Revue de presse Asie - 24 août 2016

Missile nord-coréen, attentat en Thaïlande et sous-marins indiens

Copie d'écran du Chosun Ilbo, le 24 août 2016
Le 24 août à 5h30 du matin, la Corée du Nord a procédé à un test réussi de missile balistique depuis un sous-marin (SBLM), démontrant sa maîtrise technologique. Copie d'écran du Chosun Ilbo, le 24 août 2016

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – L’armée chinoise va être restructurée et modernisée. C’est ce que rapporte le South China Morning Post. Et ce remaniement en profondeur pourrait bien affronter une forte opposition dans ce pays souvent réticent aux changements.

La restructuration s’appliquera avant tout aux forces terrestres jugées vieillottes et peu adaptées à la menace contemporaine. Les dix-huit corps d’armée existants devraient être remplacés par 25 à 30 divisions plus petites, de chacune 30 000 à 100 000 hommes.

D’après un colonel chinois à la retraite, le modèle soviétique, dont l’Armée populaire de libération est inspirée, est dépassé. Il faut en effet aujourd’hui privilégier des unités mobiles et flexibles afin de maximiser les temps de réaction. « C’est une tendance classique, affirme le militaire, même les Russes se sont inspirés de l’armée américaine et ont réduit la taille de leurs unités de façon à être plus réactifs et mobiles ! »

Le dernier livre blanc américain de la Défense insistait ainsi sur l’importance de former des unités modulables et multifonctionnelles, capables de réagir rapidement dans diverses situations et, le cas échéant, de pouvoir se recombiner en formations conjointes.

Cette nouvelle orientation intervient alors que sous Xi Jinping, l’armée a déjà subi une restructuration importante : effectifs réduits, modification de la chaîne de commande et passage de sept à cinq commandements militaires. Lors d’une parade en commémoration du 70ème anniversaire de la victoire sur le Japon le 3 septembre 2015, le président chinois avait surpris en annonçant une réduction notable de son armée à hauteur de 300 000 hommes.
Chosun Ilbo (en coréen) – C’est un vrai succès pour Pyongyang. Ce mercredi 24 août à 5h30 du matin, la Corée du Nord a procédé au lancement d’un missile balistique depuis un sous-marin (SBLM) au large de Sinpo, dans la province du Hamgyeong du Sud. Au terme d’une trajectoire réussie de 500 kilomètres, le missile s’est abîmé en mer de l’Est, pénétrant de 80 kilomètres la zone d’identification de défense aérienne nippone (JADIZ). La distance parcourue dépasse largement celle des deux précédents missiles SBLM lancés par Pyongyang cette année. Ils n’avaient en effet pas dépassé 30 kilomètres, ce qui avait fait douter les experts de l’avancée réelle du programme balistique nord-coréen.
Aujourd’hui le doute est levé. Il est désormais certain que Pyongyang possède cette technologie difficile à maîtriser, ce qui fait monter d’un cran la menace sur la péninsule. Selon les experts sud-coréens, le but de la Corée du Nord est de pouvoir toucher la mer de Chine du Sud.

Ce tir intervient deux jours après le début des manœuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes en Corée du Sud. Ces exercices simulant une attaque nord-coréenne sont considérés comme une provocation par Pyongyang qui a aussitôt menacé Séoul d’une frappe nucléaire préventive.

Les ministres des affaires étrangères chinois, japonais et sud-coréens ont tenu à Tokyo ce mercredi une réunion exceptionnelle, la première de ce niveau depuis mars 2015. Ils ont confirmé leur volonté de répondre fermement à cette dernière provocation nord-coréenne. Et d’en référer au conseil des Nations Unies pour des sanctions renforcées.
Taipei Times – Yang Wei-chung, ancien porte-parole du parti nationaliste taïwanais Kuomintang (KMT), ne pourra pas se rendre à Hong Kong où il devait assister à un forum auquel étaient invités plusieurs politiciens taïwanais. Il a indiqué hier mardi 23 août s’être vu refuser son visa par Pékin. Motif invoqué : son rattachement au comité de Règlement des actifs illégaux du Parti chargé d’enquêter sur les biens acquis frauduleusement par le Kuomintang. Le Parti communiste chinois (PCC) soutient fermement le KMT sur l’affaire des actifs du parti, a affirmé Yang Wei-chung lors d’une interview à la radio. D’où le refus de Pékin de laisser entrer sur le continent celui qui participera à l’enquête sur le sujet.
Face à ce refus, Yang Wei-chung – exclu en juin dernier du KMT pour l’avoir diffamé – s’est interrogé sur Facebook sur la réelle autonomie de Hong Kong. Selon lui, Pékin ne devrait pas interférer dans cette affaire d’enquête : « les actions du PCC ont davantage représenté un obstacle qu’une aide pour le KMT ».

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Le sud de la Thaïlande à feu et à sang. Un attentat à la voiture piégée a frappé l’une de ses provinces méridionales, moins de deux semaines après la série d’attentats qui a secoué le pays (voir notre revue de presse du 12 août). Deux bombes ont en effet explosé hier mardi 23 août, près d’un hôtel de la station balnéaire de Pattani, rapporte Channel News Asia. Elles ont entraîné la mort d’un citoyen thaïlandais et ont blessé 30 autres personnes dont la nationalité n’a pas été précisée. La première explosion a eu lieu dans un parking, mais n’a pas causé de victime.
En revanche, note un représentant de la police, « la seconde explosion [provenant] d’un camion piégé garé à l’entrée de l’hôtel, en face d’un bar karaoké et d’un salon de massage », a été plus meurtrière. Parmi les blessés, cinq seraient entre la vie et la mort.

Les attentats sont monnaie courante dans les trois provinces du sud de la Thaïlande, Pattani, Yala et Narathiwat. Depuis 2004, la région est le théâtre d’une violente insurrection musulmane, qui a déjà causé plus de 6 500 morts. Le conflit impacte toutefois principalement la population locale et les forces de l’ordre déployées sur place, victimes d’explosions et de fusillades quasi quotidiennes. Si la junte militaire, qui refuse d’admettre que l’insurrection s’étend sur le territoire, avait dans un premier temps écarté la piste séparatiste musulmane pour les attentats des 11 et 12 août, l’enquête de la police semble bel et bien la confirmer.

Myanmar Times – Coup de théâtre à la tête du parti soutenu par les militaires. A la surprise générale, Thein Sein, l’ancien président de la Birmanie, a annoncé abandonner son poste à la direction du parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP). Cette annonce a eu lieu dans le cadre d’une convention nationale, qui se déroule depuis ce lundi 22 août dans la capitale, Naypyidaw, révèle le Myanmar Times. Il sera remplacé par Than Htay, ancien ministre au sein du gouvernement de Thein Sein, qui a été élu par le comité central de l’USDP. « Il est discret au sein du parti, bien qu’il soit une personne très talentueuse, a déclaré à son propos Hla Swe, membre proéminient de l’USDP. Il était connu pour avoir été un soldat obéissant lorsqu’il assistait le général Thura Kyaw Htin [ancien commandant-en-chef de l’armée]. Nous pensons qu’il peut très bien diriger le parti car il a été élu par un vote libre, pas pour le spectacle. »

L’USDP avait annoncé que cette convention aurait pour but de remanier le comité central et de réformer le parti (voir notre revue de presse du 22 août), après la cuisante défaite des élections de novembre 2015. Cependant, Thein Sein avait alors affirmé vouloir rester à la tête du parti jusqu’en 2020, pour l’aider à remporter les prochaines élections.

Jakarta Post – Les produits forestiers indonésiens s’exporteront beaucoup plus facilement dans l’Union européenne. Le jeudi 18 août, le Parlement européen a approuvé l’obtention de sa licence européenne FLEGT par l’Indonésie, qui devient ainsi le premier pays hors Union Européenne à détenir le précieux sésame. Grâce à lui, les produits en bois indonésiens pourront entrer dans les 28 pays membres de l’UE sans avoir à passer au préalable un processus de vérification long et coûteux.
Selon Putera Parthama, directeur général de la Gestion durable des forêts de production du ministère de l’Environnement et des Forêts, cette réglementation permet à l’Indonésie de laisser ses concurrents loin derrière elle. Cette approbation est, d’après lui, une preuve que les produits en bois indonésiens ne proviennent pas d’activités illégales de déforestation.
Depuis la mise en œuvre en 2013 du système de vérification de l’origine légale du bois indonésien (SVLK), la valeur des exportations indonésiennes dans le secteur des produits forestiers a augmenté d’année en année. Elle a même doublé de 2014 à 2015. Le mois dernier, les exportations indonésiennes de bois à destination de ses trois plus gros clients (la Chine, la Corée du Sud et le Japon) représentaient 500 milliards de dollars américains. Le marché européen représente quant à lui 11% du marché des produits forestiers du pays. Putera Parthama pense cependant que l’Union européenne « peut devenir un baromètre en ce qui concerne les exigences environnementales et l’origine légale du bois ».

Asie du Sud

Times of India – La défense indienne est-elle compromise ? Une fuite massive d’informations techniques confidentielles a dévoilé les capacités de combat du sous-marin Scorpène, rapporte le Times of India. Au total, 22 400 pages de documents décrivent en détail les caractéristiques de ce sous-marin exceptionnel, construit pour New Delhi par le groupe naval français DCNS. L’Inde a dépensé 3,45 milliards de dollars pour le Scorpène (Kalvari de son nom indien), dont les premiers essais ont eu lieu en mai dernier.
DCNS a annoncé qu’une enquête avait été ouverte par les autorités françaises pour connaître la cause de cette fuite et l’étendue de ses répercussions : « Cette enquête déterminera la nature précise des documents qui ont fuité, les dégâts potentiels pour nos clients ainsi que les responsables. » Selon le journal The Australian, il est probable que la fuite de ces données confidentielles provienne de l’Inde, et non de la France. Les documents pourraient en effet avoir été emportés hors de France en 2011 par un ancien officier de la marine, alors sous-traitant de DCNS. Ce scandale affecte aussi la Malaisie et le Chili, qui chacun possèdent deux de ces sous-marins.
Titre – Le MQM prend de la distance avec son leader à Londres. Farooq Sattar, haut dirigeant du parti libéral et laïque pakistanais Muttahida Qaumi Movement (MQM), a indiqué hier mardi 23 août que le MQM ne devait agir que du Pakistan. Il faisait ici référence à Altaf Hussain, dirigeant du MQM qui, malade, le contrôle depuis Londres.
S’exprimant au club de la presse de Karachi, Sattar a reconnu que les déclarations de Hussain étaient devenues « problématiques ». Ce dernier a en effet récemment tenu un virulent discours incitant des manifestants à s’en prendre aux médias ARY et Samaa, avant de faire machine arrière et de présenter des excuses pour ses paroles, invoquant « une forte pression psychologique » (voir notre revue de presse du 23 août).
Farooq Sattar a tenu sa conférence de presse le lendemain même des manifestations – durant lesquelles des membres du MQM auraient attaqué la rédaction du journal ARY, causant un mort et plusieurs blessés. Il a cherché lors de cette conférence à se dissocier des instances du parti à Londres. Selon lui, « si de telles déclarations sont le résultat d’une pression psychologique, […] il serait mieux pour le MQM d’opérer depuis le Pakistan jusqu’à ce que les problèmes de santé d’Altaf Hussain soient résolus. », ajoutant que le parti tout entier s’était ridiculisé avec ces déclarations intempestives.
Farooq Sattar a également condamné les slogans anti-pakistanais chantés durant l’attaque du bureau d’ARY lundi dernier, le 22 août. Il a aussi récusé toute implication du parti, affirmant que l’usage de la violence était contraire à sa politique et demandé la réouverture des locaux du MQM, fermés par les forces de sécurité pakistanaise dans la nuit de lundi tandis qu’il était en garde à vue.
Kathmandu Post – Les élections locales se dérouleront sans rédécoupage au Népal. Hier mardi 23 août, le parti népalais du Congrès a décidé que le gouvernement tiendrait des « élections locales intérimaires », sans redécoupage des circonscriptions, rapporte le Kathmandu Post. La commission de la Restructuration locale (LBRC), dont le rôle est de déterminer le nombre et les frontières des unités locales, a proposé 565 villages et administrations municipales. « Pas assez » pour le Congrès népalais, qui considère le projet de la LBRC « non seulement illogique mais aussi irréaliste », pour mettre en oeuvre la nouvelle Constitution votée fin 2015.
Des discussions seront tenues avec les autres partis politiques afin de se mettre d’accord sur la tenue d’élections locales intérimaires, en attendant une carte électorale agréant le gouvernement. « Une fois que nous aurons trouvé un consensus sur un nombre particulier de circonscriptions, […] nous pourrons tenir des élections. Mais en attendant, nous devons [quand même] en organiser, même si elles doivent avoir lieu avec la structure actuelle », a annoncé Sher Bahadur Deuba, le président du parti. Actuellement, le Népal possède 3 157 comités villageois et 217 municipalités. Le Congrès népalais espère qu’à l’issue d’un nouveau découpage, il en existera au moins 1 000.
Par Juliette Morillot, Myriam Sonni et Marie Bonnamy, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris