Revue de presse Asie - 22 août 2016

Tirs réels chinois, inculpations thaïlandaises et dialogue cachemiri

Photo d'EXERCICES MILITAIRES chinois dans le GOLFE du TONKIN
Les entraînements militaires continuent pour la Chine avec la tenue ce lundi 22 août d'exercices à tirs réels dans le Golfe du Tonkin. Copie d'écran de The Inquirer, le 22 août 2016.

Asie du Nord-Est

The Inquirer – Pékin continue de s’activer en mer de Chine du Sud. Des gardes-côtes chinois ont tenu ce lundi 22 août des exercices à tirs réels dans le golfe du Tonkin. Ils s’inscrivent dans une série d’entraînements militaires survenus suite à l’accroissement des tensions en mer de Chine méridionale après le verdict de La Haye le 12 juillet dernier (voir notre revue de presse du 15 juillet). L’Administration chinoise de la Sécurité maritime a indiqué que les navires et bateaux étaient interdits de circulation entre les « îles chinoises du sud de la province de Hainan » (îles Paracels) et les côtes du nord du Vietnam de lundi à mercredi.
La cible de ces entraînements reste inconnue, mais ils pourraient plus particulièrement viser le Japon, suppose le site philippin The Inquirer. Les revendications chinoises autour des îles contrôlées par l’archipel nippon se font de plus en plus pressantes. Pékin a notamment annoncé hier dimanche 21 août que ses avions et navires avaient tenu dans la semaine des « exercices de guerre » en mer du Japon, déployant ainsi sa frégate la plus moderne. La Chine a également annoncé son intention de tenir des exercices militaires conjoints avec la Russie en mer de Chine méridionale le mois prochain.
South China Morning Post – Il devait atterrir ce lundi 22 août à Tokyo. Finalement, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a décalé son arrivée en vue du sommet trilatéral Chine / Japon / Corée du Sud sur la coopération et les enjeux régionaux et internationaux, qui doit se tenir dans la semaine (les 23 et 24 août). Pourquoi ce retard ? Le site d’information japonais en langue chinoise Ribenxinwen.com pense détenir la réponse. Wang Yi manifesterait son mécontentement face à « l’incapacité de la Chine et du Japon » à « trouver un compromis » pour régler leur litige sur les îles Senkaku / Diaoyu – administrées par Tokyo mais revendiquées par Pékin.
Ces dernières semaines, la Chine a envoyé « un nombre record de navires » au large des îlots, commente le South China Morning Post. Le quotidien hongkongais souligne également la détérioration récente des relations entre Pékin et Séoul à propos du déploiement du THAAD, le bouclier antimissile américain, en Corée du Sud.
Korea Times – Les menaces nord-coréennes n’auront rien changé. La Corée du Sud et les Etats-Unis ont lancé ce lundi 22 août leurs exercices militaires conjoints annuels. Nommés « Ulchi Freedom Guardian », ces exercices doivent servir à maintenir les forces armées en état opérationnel contre une possible agression de Pyongyang. Le Commandement des Forces Conjointes (CFC) des Alliés a indiqué que l’exercice prendrait fin le 2 septembre prochain. Il durera ainsi 2 semaines et impliquera pas moins de 75 000 soldats dont 25 000 américains.
Les deux pays ont fait savoir à la Corée du Nord la nature « non-offensive » de ces exercices, d’après le CFC. Pyongyang a pourtant déjà menacé d’une attaque nucléaire préventive sur les alliés « s’ils montraient le moindre signe d’agression » . La Corée du Sud a également prévenu ce week-end que Pyongyang recourra probablement à des provocations militaires suite à la confirmation de la défection d’un diplomate nord-coréen basé à Londres (voir notre revue de presse du 17 août).
Cette année, neuf pays du Commandement des Nations Unies installé en Corée du Sud participeront aux exercices militaires conjoints – dont l’Australie, le Canada, la France et le Royaume-Uni. La Commission de Contrôle des Nations neutres sera elle aussi de la partie, puisqu’elle surveillera la bonne application de l’armistice entre les deux Corées.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – L’enquête se précise. La police thaïlandaise a révélé ce lundi 22 août qu’au moins 20 personnes étaient impliquées dans l’exécution de la série d’attentats qui a frappé le sud du pays entre le 11 et le 12 août (voir notre revue de presse du 12 août). Depuis ces attaques non revendiquées, la confusion règne autour de l’identité des auteurs, mais certaines pistes semblent se confirmer. « Nous savons d’où ils viennent, où ils sont allés. Nous pensons qu’il y a au moins 20 personnes impliquées dans ce réseau, » a déclaré le chef de la police nationale, rapporte Channel News Asia. Selon lui, ils seraient originaires des provinces à majorité musulmane dans le sud de la Thaïlande, touché par une insurrection séparatiste. Pourtant, Prawit Wongsuwan, le ministre thaïlandais de la Défense, avait affirmé la semaine dernière que la série d’explosions n’était « sûrement pas une extension de l’insurrection » mais plutôt une réponse au vote favorable du référendum de la nouvelle Constitution (voir notre revue de presse du 17 août). « Nous ne sommes pas disposés à dire quel était leur mobile et s’il est lié au référendum, à l’insurrection ou s’ils ont été engagés », a poursuivi le chef de la police.
Myanmar Times – L’USDP garde espoir en Birmanie. Neuf mois après sa défaite écrasante aux élections législatives, le parti de l’ex-junte militaire lance ce lundi 22 août sa convention nationale, qui se tiendra jusqu’au 24, selon le Myanmar Times. Dirigé par l’ancien président Thein Sein, l’USDP, en proie au « factionnalisme », se prépare au remaniement de son comité central exécutif : « 70% des membres du comité central exécutif seront remplacés. Les nouveaux membres de nos comités seront annoncés le dernier jour de la convention, » a déclaré un représentant du parti. La convention nationale aura également pour but d’approuver un projet de texte qui sera proposé à la « Convention de Panglong du XXIe siècle », de discuter des études réalisées par les comités régionaux et les comités d’Etats, et d’examiner le rapport annuel du parti. En revanche, malgré ce remaniement, Thein Sein restera à la tête de l’USDP jusqu’aux élections de 2020 : « Je suis responsable de la défaite des élections de 2015. Je pense aussi avoir la responsabilité de nous faire gagner les élections de 2020. C’est pourquoi je suis revenu au parti », avait-il déclaré en mai dernier lors d’une réunion du parti à Rangoun.
Philippine Star – Rodrigo Duterte s’est-il trouvé un garde-fou ? Après les propos controversés du président philippin sous-entendant un possible retrait des Nations unies, son ministre des Affaires étrangères Perfecto Yasay Jr. a tenté de rectifier le tir. « Nous avons un engagement vis-à-vis de l’ONU », a-t-il déclaré, tout en soulignant les « nombreuses frustrations » que nourrit l’archipel à l’égard de l’organisation internationale. « Le président était fatigué, énervé et avait faim lorsqu’il a tenu ces propos. Nous devons lui accorder une certaine marge d’appréciation. Il est humain lui aussi », a justifié Yasay. D’après le ministre, Duterte ne faisait qu’exprimer sa « déception » contre les propos des rapporteurs spéciaux des Nations unies, critiquant la politique anti-drogue du président philippin. La police et les milices sont accusées d’avoir abattu des centaines de personnes supposément liées au trafic de drogue depuis l’investiture de Duterte.

Asie du Sud

Times of India – À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. « Dépassant leurs lignes de fracture, » les partis d’opposition du Cachemire indien ont lancé un appel conjoint au Premier ministre Narendra Modi afin d’initier un « dialogue politique ». Le but : pacifier l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire, où le couvre-feu est imposé depuis plus de 45 jours. La région est secouée par de violents affrontements depuis qu’un manifestant séparatiste a été abattu par les forces indiennes au début du mois de juillet, rappelle le Times of India. Pas moins de 66 personnes y ont trouvé la mort ces dernières semaines.
L’ancien ministre-en-chef de l’Etat septentrional, Omar Abdullah, est formel : « L’incapacité à apaiser les troubles au Cachemire ne fait que renforcer le sentiment d’aliénation [des populations locales]. » D’après lui, le gouvernement central devrait cesser de chercher des solutions « administratives » là où sont nécessaires des réponses « politiques ». Au-delà du dialogue avec « l’ensemble des acteurs régionaux », les partis cachemiris d’opposition appellent également New Delhi à « renoncer à l’usage des carabines à plomb » sur les manifestants, note The Indian Express.
De son côté, le gouvernement central indien fait des vagues avec la récente déclaration de son ministre pour la Justice sociale, Ramdas Athawale. Accusant Islamabad de tentative d’ingérence au Jammu-et-Cachemire et « d’exporter » le terrorisme sur son territoire national, le ministre à déclaré : « Nous n’avons pas besoin d’une guerre avec le Pakistan. Mais s’il s’ingère dans nos affaires intérieures, je pense que nous devrions prendre le contrôle du Cachemire pakistanais. » Des propos qui font suite au refus indien de participer à une conférence sur la situation au Cachemire à l’initiative d’Islamabad, commente India Today.
Radio Free Europe – Une nouvelle frontière qui se ferme ? Depuis vendredi dernier, le Pakistan a fermé le « Pont de l’amitié », un point de passage avec l’Afghanistan à Chaman, dans le Balouchistan, après qu’un drapeau pakistanais a été brûlé par des manifestants afghans. Selon Radio Free Europe, un groupe de jeunes Afghans qui célébraient l’indépendance du pays le 19 août dernier a brulé un drapeau près du Pont de l’amitié et ont saccagé ce dernier. Les autorités des deux pays ont tenté de trouver un accord ces derniers jours, en vain : depuis la fermeture du point de passage, des centaines de camions de marchandises sont bloqués de part et d’autre de la frontière.
« La frontière avec l’Afghanistan restera fermée pour une période indéfinie. Nous n’ouvrirons pas la barrière tant que nous n’en avons pas reçu l’ordre du haut commandement », ont déclaré les forces de sécurité pakistanaises. D’après le journal pakistanais Dawn, les manifestants afghans auraient crié des slogans anti-Pakistan et tenté de traverser la frontière, en réaction à une manifestation pakistanaise, qui s’est tenu le jour même contre les propos du Premier ministre indien Narendra Modi sur le Balouchistan (voir notre revue de presse du 16 août).
Pakistan Today – Les interdictions fusent pour Pokémon Go. Le gouvernement pakistanais a interdit l’application pour smartphone sur son sol. Selon le président Mamnoon Hussain, le jeu à réalité augmentée représente une menace pour la nation. Il a en effet causé de nombreux accidents et décès. Le but du jeu créé par Niantic est notamment de capturer des Pokémon – créatures virtuelles de dessin animé. Ceux-ci sont cependant situés dans des zones bien réelles parfois dangereuses, d’où une hausse des accidents à travers le monde. De nombreux pays ont déjà interdit le jeu ou verbalisé certains de ses utilisateurs, dont le Vietnam et Taïwan (voir notre revue de presse du 18 août et notre revue de presse du 8 août).
Par Alexandre Gandil, Marie Bonnamy et Myriam Sonni