Revue de presse Asie - 18 août 2016

Course à l'armement, Aung San Suu Kyi en Chine et Amnesty International

Pour la première fois depuis qu'elle est au pouvoir, Aung San Suu Kyi se rend en Chine. Copie d'écran du Jakarta Post, le 18 août 2016.
Pour la première fois depuis qu'elle est au pouvoir, Aung San Suu Kyi se rend en Chine. Copie d'écran du Jakarta Post, le 18 août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – La course aux armements aurait-elle repris comme au temps de la Guerre froide ? C’est l’opinion de Minnie Chan qui, dans le South China Morning Post, note que le feu vert américain donné début août à la production d’une nouvelle génération d’armes tactiques, de petite taille et facilement manœuvrables, n’a rien d’anodin. Ces armes non stratégiques sont conçues pour appuyer les forces navales, terrestres et aériennes même en territoire ennemi. Parmi elles, la nouvelle mini-bombe intelligente nucléaire américaine, la B61-12, qui peut ainsi, grâce à un système de guidage ultra-perfectionné, pénétrer des structures fortifiées situées à plusieurs mètres sous terre. Contrairement aux armes nucléaires conventionnelles, cette « smart bomb » de 350 kilos peut être transportée par des avions de combat et sa précision permet de limiter les dégâts matériels et humains au sol.

La Chine développe ce genre d’armes depuis plusieurs décennies, rappelle Song Zhongping, officier à la retraite de l’armée populaire chinoise, et la principale difficulté est justement de trouver le vecteur approprié. L’état d’avancement du programme chinois, précise-t-il, est un peu en retard sur celui des Russes et des Américains. Les États-Unis ont en effet achevé la période initiale de quatre ans pour le développement de la B61-12 et peuvent désormais aborder la phase de fabrication expérimentale avant de lancer la production en 2020.

La Russie, quant à elle, n’a pas fait de commentaire sur les avancées du programme américain, mais le sénateur Victor Ozerof a toutefois déclaré qu’il considérait la B61-12 comme une menace sérieuse à prendre en compte avec attention. Il est en effet assez rare que les États-Unis fassent des annonces aussi précises quant au degré de développement de telle ou telle arme. Cette transparence américaine est donc considérée par les observateurs comme un avertissement à Pékin, dont la montée en puissance régionale inquiète Washington.

Seul frein pour l’instant à l’ambition américaine : le coût exorbitant de cette petite merveille de la technologie de précision nucléaire : 11 milliards de dollars pour 400 têtes nucléaires…

Japan Times – La Corée du Nord a repris la production de plutonium sur le site de sa centrale de Yongbyon. C’est ce qu’a déclaré dans une interview exclusive à l’agence de presse japonaise Kyodo News, l’institut nord-coréen de l’Énergie atomique qui a précisé que le combustible usagé retraité provenait de son réacteur graphite et que Pyongyang « n’avait nullement l’intention d’arrêter son programme nucléaire tant que la menace américaine persisterait ». La Corée du Nord a aussi confirmé qu’elle poursuivait en parallèle son programme d’enrichissement de l’uranium.

La déclaration ne prend toutefois pas les experts par surprise : depuis plusieurs mois, une activité accrue du site a été décelée par l’imagerie satellitaire. La Corée du Nord avait cessé toute activité à Yongbyon en 2007 à la suite d’une nouvelle session de négociations à six à Pékin (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, États-Unis, Japon et Russie) sur la dénucléarisation de la péninsule. Mais elle avait annoncé le « réveil » de la centrale en 2013.

Cette inhabituelle transparence nord-coréenne quant à son programme nucléaire s’arrête là. L’institut de l’Énergie atomique n’est en effet pas allé jusqu’à préciser les quantités en stock de matière fissile. D’après les estimations de plusieurs think tanks internationaux, la Corée du Nord posséderait actuellement entre 17 et 21 bombes nucléaires. Aux yeux de Pyongyang, l’arme atomique est considérée comme seule garante de son indépendance face à l’agressivité américaine. Cette annonce intervient alors que vont démarrer de nouvelles manœuvres conjointes américano-sud-coréennes dans le sud de la péninsule.

South China Morning Post – Les disputes autour des îles Dokdo – Takeshima en japonais – continuent. « Provocatrice et stupide », voilà comment des groupes nationalistes nippons ont qualifié la visite, lundi 15 août, de 10 politiciens sud-coréens sur les îles litigieuses. Certains d’entre eux, dont l’actuel président de la Société pour la diffusion des Faits historiques, Hiromichi Moteki, demandent même de faire passer l’affaire devant la Cour permanente d’arbitrage de la Haye. Selon lui, cette visite « ridicule » n’est que pure propagande mais la souveraineté japonaise sur ces îles ne pourra être démontrée qu’à l’issue d’un véritable arbitrage. Il pense cependant que la Corée du Sud, ayant par le passé refusé toute médiation internationale, ne saurait prendre part à l’arbitrage s’il avait lieu. Le gouvernement japonais, quant à lui, a également critiqué cette visite comme « extrêmement regrettable ».

Les îles Dokdo-Takeshima (connues aussi en France sous le nom d’îles Liancourt), situées au sud-est de la péninsule coréenne, sont actuellement administrées par la Corée du Sud mais revendiquées par le Japon. Ces litiges territoriaux empoisonnent les relations entre les deux pays depuis plusieurs dizaines d’années.

Pour Yoichi Shimada, professeur de relations internationales à l’Université de la préfecture de Fukui, cette visite est « improductive et très provocatrice ». Elle a en effet eu lieu le jour de l’anniversaire de la capitulation japonaise – date à laquelle les Coréens commémorent la libération de leur pays du joug colonial nippon. Selon lui, aucune action militaire ne devrait avoir lieu entre les deux pays mais le gouvernement et la population devraient mettre davantage de pression pour le retour des îles à leur propriétaire. Il pense que la Corée du Sud devrait se rapprocher du Japon afin d’acquérir un allié supplémentaire face à la Corée du Nord plutôt que d’envenimer leurs relations.
Ce même lundi 15 août, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a appelé à des relations nippo-sud-coréennes « tournées vers l’avenir ».

Asie du Sud-Est

The Jakarta Post – Nouveau rapprochement entre la Birmanie et la Chine. Aung San Suu Kyi, ministre birmane des Affaires étrangères et Premier ministre de facto, s’est rendue en Chine ce mercredi 17 août afin de discuter de la construction d’un barrage et d’une installation hydroélectrique, rapporte le Jakarta Post.

Il s’agit de la première visite officielle de la ministre à Pékin depuis la victoire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND, aux élections en novembre dernier. « Le but de ces cinq jours est de construire une meilleure relation, et bien sûr la Chine discutera de la reprise du projet de barrage mais ce ne sera pas la priorité de cette visite », a assuré Aye Aye Soe, vice-président du département des Affaires étrangères.

La construction, financée par Pékin, du barrage Myitsone dans le nord de la Birmanie, avait été suspendue par le président Thein Sein en 2011. L’électricité produite bénéficierait en effet à 90% à la Chine. Le projet avait rencontré une vive opposition de la part de la population birmane tout autant que des défenseurs de l’environnement dénonçant un impact catastrophique sur la région. Dans un autre article, le Jakarta Post rappelle ainsi que les opposants au barrage sur le fleuve Irrawaddy affirment qu’il entraînerait l’inondation des zones alentours forçant des milliers de Birmans à se déplacer.

Cependant, Aung San Suu Kyi se doit de trouver un compromis si elle veut que son pays continue de bénéficier du soutien économique de la Chine. « C’est un véritable défi pour la Birmanie, analyse Aaron Connelly, chercheur à l’institut Lowy de Sydney. Que proposer qui réponde aux attentes, sans pour autant créer un lac de la taille de Singapour sur l’Irrawaddy ? »

South China Morning Post – L’Australie et la Nouvelle-Zélande accueilleront les réfugiés du camp prochainement fermé de Manus. Colin Barnett, le Premier ministre d’Australie-Occidentale, le plus grand Etat australien, a annoncé hier soir, mercredi 17 août, que face à l’augmentation des craintes sur les conditions de détention dans les camps pour demandeurs d’asile, son Etat accueillerait un certain nombre des réfugiés qui y sont enfermés. Cette déclaration est intervenue peu après l’annonce le même jour de la fermeture du camp de détention de l’île de Manus décidée conjointement par l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La Nouvelle-Zélande a, quant à elle, proposé de s’aligner sur la position de Canberra.

Selon la loi australienne, quiconque est intercepté en train d’essayer de rejoindre le pays par bateau est envoyé aux camps de l’île de la République de Nauru ou de l’île de Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée). Les détenus ne sont d’habitude jamais réinstallés en Australie. Cette annonce de Colin Barnett marque donc un tournant dans la politique d’accueil australienne. Selon lui, certains réfugiés de Manus seront en effet hébergés en Australie-Occidentale et aidés par le gouvernement fédéral.

La décision de fermer le camp de Manus – qui abrite 850 personnes – a eu lieu à la suite de nombreux scandales. En revanche, le camp de Nauru ne devrait pour l’instant pas être fermé. Il demeure toutefois sous haute surveillance depuis que des journaux y ont dénombré plus de 2 000 incidents parmi lesquels de nombreux cas touchant des enfants : abus sexuels, agressions ou automutilation (voir notre revue de presse du 17 août). La prochaine fermeture de Manus n’a cependant pas généré beaucoup d’espoir parmi les réfugiés. Un grand nombre a déjà passé de longues années en détention et souffre en effet de problèmes mentaux.

Reuters – Pokémon Go fait encore des émules en Asie du Sud-Est. Et il fait peur aux autorités. Dernier exemple en date : le Vietnam a ainsi banni les dresseurs de Pokémon de ses sites sensibles, rapporte Reuters. Alors que des centaines de milliers de Vietnamiens ont téléchargé le jeu de réalité virtuelle depuis sa sortie le 6 août dernier, le ministère de l’Information et des Communications a interdit aux joueurs de s’approcher « des bureaux du Parti communiste, de l’État, de l’armée et des sites de défense nationale et autres zones restreintes », dans un communiqué publié hier mercredi 17 août.

Le gouvernement vietnamien cherche parallèlement à bannir Pokémon Go des sites religieux et historiques, dont les pagodes, les temples et les monuments commémoratifs, selon le site VnExpress. Le ministère de l’Information et des Communications affirme en effet avoir contacté les développeurs du jeu afin d’y retirer les Pokéstops, des arrêts permettant aux joueurs de gagner des objets et de poursuivre leur chasse aux Pokémon. Des mesures ont également été prises contre le jeu en Indonésie, au Cambodge et bientôt en Thaïlande.

Asie du Sud

Channel News Asia – Les temps sont de plus en durs pour les ONG en Inde. Une porte-parole d’Amnesty International dans le pays a annoncé hier mercredi 17 août, la fermeture temporaire de l’association caritative et le report de plusieurs de ses événements. Cette décision a été prise à la suite d’accusations de sédition par des activistes d’extrême-droite lors de manifestations les 16 et 17 août. Pour les manifestants, Amnesty International Inde a incité à la haine contre l’État en tenant un événement sur les abus des forces de sécurités indiennes dans la région troublée du Cachemire.

La police a indiqué avoir mené une enquête sur la présence de slogans « anti-Inde » après une plainte déposée par l’organisation étudiante d’extrême-droite, Akhil Bharatiya Vidyarthi Parishad. Pour Himanshi Matta, porte-parole de l’ONG en Inde, ces allégations ne sont pas fondées. Elle a cependant admis que des slogans pour l’indépendance du Cachemire avaient été lancés lors d’un séminaire à Bangalore samedi dernier le 13 août. Selon elle, le but de ces accusations est d’empêcher les familles des personnes dont les droits ont été violés de s’exprimer et d’exercer leurs prérogatives légales.

Les groupes extrémistes accusent depuis des années Amnesty International d’attiser l’insurrection séparatiste au Cachemire indien et dans le nord-est de l’Inde. 64 personnes y ont été tuées lors de violentes manifestations ces quarante derniers jours (voir notre revue de presse du 16 août) et le couvre-feu est toujours en place (voir notre revue de presse du 12 août).

The Hindu – Le Bangladesh se range du côté de l’Inde. Le gouvernement bangladais a affirmé soutenir la position du Premier ministre Narendra Modi sur le Baloutchistan, et annoncé qu’il fera prochainement une déclaration pour dénoncer les abus des droits de l’homme par le Pakistan dans la région. Hasanul Haque Inu, le ministre bangladais de l’Information, en visite officielle à New Delhi ce mercredi 17 août, a été très clair : « Le Pakistan a de mauvais antécédents en ce qui concerne sa gestion des aspirations nationalistes. Il n’a rien appris de la défaite de 1971 et continue de pratiquer la même politique de répression qui vise désormais les nationalistes baloutches. Le Bangladesh est constitutionnellement obligé de soutenir les luttes de libération. »

Le Bangladesh a en effet obtenu son indépendance du Pakistan en 1971, après une guerre sanglante. Dacca s’aligne donc sur la position de Narendra Modi, qui avait dénoncé les violations des droits de l’homme au Balouchistan lors de son discours du jour de l’Indépendance, lundi dernier (voir notre revue de presse du 16 août).

The Express Tribune – La fusion des zones tribales avec la province Khyber-Pakhtunkhwa et de nombreuses réformes sont au programme au Pakistan. Selon le Comité de décision du sort des zones tribales, leur fusion avec cette région est la seule solution viable pour les intégrer. Un plan quinquennal a donc été élaboré dans ce but. D’après le rapport du comité du Fata (Zones Tribales Fédéralement Administrées), sans réformes, l’Armée pourrait être contrainte de rester au Fata indéfiniment pour éviter le retour des terroristes. Ce qui affecterait cependant la stratégie militaire du pays sur le front oriental.

Ce rapport long de 51 pages a été soumis au Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif dès la fin de la réunion du comité du Fata, début août. Le chef du gouvernement devait donner son accord le 14 août dernier mais, pour l’instant, aucune approbation officielle n’a eu lieu.

Six zones sont concernées par le plan quinquennal. Ce dernier comprend des réformes de réhabilitation et de reconstruction ainsi que des réformes socio-économiques, politiques, juridiques, policières et foncières. Il prévoit notamment la mise en place d’élections locales dans le Fata en 2017 et met l’accent sur le développement économique de la région qui connaît un taux de pauvreté et de chômage beaucoup plus élevé que dans le reste du pays.

Par Juliette Morillot, Myriam Sonni et Marie Bonnamy, avec Sylvie Lasserre à Islamabad