Revue de presse Asie - 29 juillet 2016

Russie en mer de Chine, constitution thaïlandaise et Cachemire pakistanais

C'est la première fois que la Chine et la Russie organiseront de tels exercices en mer de Chine. Copie d'écran du Wall Street Journal, le 29 juillet 2016.
C'est la première fois que la Chine et la Russie organiseront de tels exercices en mer de Chine. Copie d'écran du Wall Street Journal, le 29 juillet 2016.

Asie du Nord-Est

Wall Street Journal – C’est aussi en mer de Chine que se joue le rapprochement entre Pékin et Moscou. Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 29 juillet, le porte-parole du ministère chinois de la Défense, le colonel Yang Yujun, a annoncé que la Chine et la Russie organiseraient des exercices militaires conjoints dans la zone au mois de septembre. Des exercices qui relèvent de la « routine » et qui ne « visent aucun Etat tiers », a-t-il expliqué sans livrer plus d’informations. Difficile pourtant de ne pas y voir une réponse au verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. Le 12 juillet dernier, l’instance juridique avait tranché en défaveur de la Chine dans les conflits de souveraineté qui l’opposent aux Philippines en mer de Chine du Sud. C’est la première fois que des exercices militaires se dérouleront dans la région à la suite du verdict de la Cour – et la première fois que Russie et Chine opèreront des manoeuvres conjointes en mer de Chine, note le Wall Street Journal. Cela fait plusieurs années que Moscou et Pékin développent leurs relations en matière de défense, partageant « le même objectif de réduire la pression des Etats-Unis et de leurs alliés sur leurs activités militaires », commente le quotidien américain. Pourtant, la Russie entretient des « relations étroites » en matière de défense avec le Vietnam, l’un des principaux adversaires de la Chine – avec les Philippines – en mer de Chine du Sud.
South China Morning Post – Quelques heures auront suffi à remettre en cause les certitudes de C. Y. Leung, chef de l’exécutif hongkongais. Alors qu’aucune figure politique n’avait jusqu’à présent exprimé son souhait de concourir aux élections de 2017, voilà que John Tsang Chun-wah, secrétaire aux Finances, et Jasper Tsang Yok-sing, président sortant du Conseil législatif, ont dévoilé sur les ondes leur envie de briguer le poste ce vendredi 29 juillet. Tous deux avaient pourtant écarté cette possibilité dans leurs interviews précédentes. Si leurs annonces ne semblent pas avoir été intentionnellement coordonnées, elles confirment les suspicions des observateurs qui voyaient déjà en eux des candidats potentiels, commente le South China Morning Post.
Mainichi Shimbun – Un nouveau gouvernement pour le Japon. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé hier, jeudi 28 juillet, qu’il effectuerait un remaniement ministériel le 3 août prochain. La plupart des membres importants du Cabinet, dont le ministre des Finances, devraient garder leur poste. Par ailleurs, Shinzo Abe devrait également effectuer un remaniement au sein de son parti, le Parti libéral démocrate (PLD). L’attention est plus particulièrement portée sur son actuel secrétaire général : Sadakazu Tanigaki. S’étant blessé à la moelle épinière, il serait susceptible d’être remplacé par l’actuel ministre des Affaires étrangères, Fumio Kishida.

Ce remaniement, qui aura lieu après une session extraordinaire de la Diète (du 1er au 3 août), fait suite à la victoire du PLD, le 10 juillet dernier, à la chambre haute (voir notre revue de presse du 11 juillet). Le Premier ministre a en effet indiqué au secrétaire général du Cabinet, Yoshihide Suga, qu’il souhaitait « accélérer le rythme des ‘Abenomics’ avec un nouveau Gouvernement » et « mettre en place ses politiques avec détermination, afin de faire honneur à son mandat attribué par le peuple aux élections sénatoriales ».

Channel News Asia – Une annonce très attendue qui n’a pas tenu ses promesses. Deux jours après l’annonce par Shinzo Abe d’un nouveau plan de relance de 240 milliards d’euros (voir notre revue de presse du 27 juillet), la Banque centrale du Japon (BCJ) a dévoilé ses propres mesures ce vendredi 29 juillet, pour contrer la déflation et dynamiser une croissance atone. La BCJ étendra ainsi son plan de relance avec le doublement d’achat de fonds cotés en bourse (6 trillions de yens par an au lieu de 3,3 actuellement), cédant sous la pression du gouvernement et des marchés financiers qui souhaitaient une action « coup de poing ».
La BCJ a annoncé par ailleurs qu’elle conduirait une évaluation approfondie des effets du taux directeur négatif et du programme d’achat d’actifs colossal précédemment mis en place, suggérant par là une possible révision majeure de son plan de relance.

De leur côté, les investisseurs se disent déçus. Ils attendaient des mesures plus audacieuses. L’indice Nikkei a chuté de 2 % après la décision de la BCJ. « Augmenter les achats de fonds cotés en bourse ne servira absolument pas à atteindre l’objectif des 2% d’inflation. La BCJ ne l’admettra pas, mais elle a atteint les limites de l’assouplissement quantitatif et des taux négatifs », a ainsi déclaré Norio Miyagawa, économiste chez Mizuho Securities, des propos rapportés par Channel News Asia.

A la suite de l’annonce, le gouverneur de la BCJ, Haruhiko Kuroda, a tenté de justifier la décision au regard du plan de relance annoncé par le gouvernement plus tôt dans la semaine : « Le Japon conduit une politique puissante alliant mesures fiscales souples et assouplissements quantitatifs. Le plan de relance du gouvernement nous aide à renforcer cette dynamique et arrive à point nommé pour accomplir notre objectif de croissance soutenue et de stabilité des prix ». La BCJ reste optimiste et a maintenu ses prévisions d’inflation pour les années 2017 et 2018, ainsi que ses objectifs de croissance, tout en admettant la possibilité d’un rallongement des délais. Certains responsables de la BCJ ont exprimé leurs doutes quant à la viabilité d’une extension d’un plan de relance massif qui a déjà échoué à stimuler l’inflation. Des inquiétudes qui pourront être évoquées à la prochaine réunion des 20 et 21 septembre, lorsque la BCJ mènera son étude sur l’impact réel des mesures adoptées. Pour certains analystes, cet examen pourrait conduire à des mesures plus radicales.

Asie du Sud-Est

Bangkok Post – A quelques jours du référendum, le projet pour une nouvelle Constitution divise plus que jamais la Thaïlande. S’il est vivement contesté par le parti Pheu Thai, renversé par l’armée en mai 2014, le texte l’est également au sein du Parti démocrate, qui a pourtant soutenu le coup d’Etat de Prayuth Chan-ocha. Le leader de ce parti conservateur, Abhisit Vejjajiva – Premier ministre de 2008 à 2011 – a annoncé qu’il votera « non » au référendum, et a encouragé ses partisans à en faire de même. Une prise de position qui divise son parti, rapporte le Bangkok Post. La majorité des membres du parti des Chemises jaunes ne souhaitent pas être du même bord que le parti Pheu Thai. En effet, l’opposition entre les deux partis depuis l’arrivée de Thaksin Shinawatra au pouvoir en 2001, a donné lieu à une scission du pays en deux camps : les Chemises rouges, majoritairement issues des provinces pauvres du Nord et soutenant le parti Pheu Thai, et les Chemises jaunes, issues du milieu urbain et des provinces du Sud, qui soutiennent le conservateur Parti démocrate.

Néanmoins, de nombreux représentants soutiennent leur leader. « Nous croyons que lorsque le message du leader du parti Démocrate sera compris par le grand public, davantage de personnes changeront d’avis et voteront comme lui », a déclaré un associé d’Abhisit au Bangkok Post. Prayuth Chan-ocha, actuel Premier ministre, ne s’en inquiète pas pour autant. « Il y a certains supporters du Parti démocrate qui voteront non, comme Abhisit. C’est un choix personnel et personne ne peut forcer quiconque », a réagi Prawit Wongsuwon, vice-Premier ministre.

Jakarta Post – Quatre trafiquants de drogue ont été exécutés ce vendredi 29 juillet en Indonésie. Soit 10 de moins que prévu. Les autorités indonésiennes avaient en effet annoncé l’exécution de 14 condamnés à mort (voir notre revue de presse du 28 juillet)… Pour le moment, aucune annonce n’a été faite concernant les 10 autres condamnés, épargnés au dernier moment sans aucune explication, révèle Channel News Asia. Selon le Jakarta Post, les quatre condamnés exécutés sont Freddy Budiman, indonésien, Seck Osmane, sénégalais, ainsi que Michael Titus et Humphrey Jefferson, d’origine nigériane.

Les familles, les associations de défense des droits de l’homme et les gouvernements étrangers avaient pourtant exhorté le gouvernement indonésien à épargner les 14 condamnés. Les groupes de défense des droits de l’homme avaient soulevé de sérieux doutes quant à la culpabilité de Hemphrey Jefferson, ainsi que d’une femme indonésienne et d’un homme pakistanais. C’est la troisième vague d’exécution sous le mandat du président Joko Widodo, élu en 2014 après une campagne nettement tournée vers le respect des droits de l’homme, rappelle le Jakarta Post. L’année dernière, l’Indonésie avait exécuté 14 personnes, étrangères pour la plupart, reconnues coupable de trafic de drogue – ce qui avait provoqué un tollé international.

Channel News Asia – La disparition du MH370 n’en finit pas de faire des remous. Le ministre australien des Infrastructures et des Transports, Darren Chester, a indiqué hier jeudi 28 juillet qu’il est « fort probable » que le morceau d’aile d’avion trouvé en Tanzanie appartienne au vol MH370. Cette pièce serait la seconde certifiée comme appartenant à l’avion disparu. Une autre avait en effet été retrouvée sur l’île de la Réunion il y a un an. D’autres débris ont été localisés au Mozambique et en Afrique du Sud sans qu’un lien avec le vol MH370 n’ait formellement été établi.

L’avion du vol MH370 de la Malaysia Airlines a disparu en mars 2014, entre Kuala Lumpur et Pékin. Il comptait à son bord 239 personnes dont la plupart d’origine chinoise. Les enquêteurs pensent qu’un individu aurait délibérément éteint le transpondeur de l’avion avant de dévier sa trajectoire de plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de l’Océan indien. L’individu en question ne ferait pas partie des pilotes ou de l’équipage, puisque rien d’anormal n’a été décelé dans leur passé.

Malgré deux années de recherches effectuées au-dessus de l’Océan indien – dont une sous-marine sur 120 000 km2 qui a coûté presque 180 millions de dollars – l’épave principale reste introuvable. Les gouvernements malaisien, chinois et australien ont donc déclaré la semaine dernière que celles-ci prendraient fin si l’avion n’était pas aperçu dans la zone de recherche actuelle. Les proches des passagers chinois disparus ont donc lancé hier un appel pour qu’elles se poursuivent, rapporte le Straits Times. Ils ont notamment remis à cet effet une pétition au ministère chinois des Affaires étrangères.

The Straits Times – Il voulait « remplacer le système démocratique par un Etat islamique à Singapour« . Zulfikar Mohamad Shariff, un Singapourien de 44 ans, a été arrêté dans la cité-Etat ce mois de juillet pour « activités en lien avec le terrorisme » dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure (Internal Security Act, ISA), a annoncé le ministère singapourien de l’Intérieur ce vendredi 29 juillet. Il est accusé d’avoir fait l’apologie d’actes terroristes sur les réseaux sociaux, notamment de Daech, et d’avoir radicalisé deux autres individus. « Le gouvernement prend très au sérieux les efforts menés pour mettre en péril la sécurité nationale, et adoptera des mesures fermes et décisives contre toute personne entreprenant de telles activités », a commenté le ministère. Zulfikar Mohamad Shariff est le troisième citoyen singapourien à être arrêté en vertu de l’ISA, relève le Straits Times.

Asie du Sud

Times of India – Les résultats des élections locales passent mal au Cachemire pakistanais. Alors que le parti du Premier ministre Nawaz Sharif, la Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N), a remporté 31 sièges sur 41, le scrutin est soupçonné d’avoir été truqué par une certaine partie de la population. De manière générale, les résultats des élections locales au Cachemire pakistanais sont souvent accusés d’êtres manipulés afin d’assurer la victoire du parti au pouvoir à Islamabad, note le Times of India. Les manifestants se sont attiré les foudres des autorités après avoir mis le feu à un drapeau pakistanais, en signe de protestation. Ils ont également brûlé des pneus, bloqué la circulation dans les principales villes de la région et « provoqué » des agents de police en fonction.
Daily O – La stratégie de Pékin est claire. En mai 2015, le gouvernement chinois publiait un livre blanc sur la Défense, qui annonçait les nouvelles stratégies de l’Armée populaire de libération : « gagner des guerres locales informatisées ». Une stratégie qui a été « mise en place au Tibet » et qui « menace la sécurité indienne », estime le Daily O. En mai 2016, la Chine accordait plus de pouvoir à la Tibet Military Command (TMC), qui garde la frontière avec l’Inde : « En élevant le niveau d’autorité de la TMC et en la plaçant sous la juridiction de l’Armée populaire de Libération, la Chine continue de renforcer sa présence militaire dans la région autonome. Elle souhaite également permettre au commandement militaire d’endosser davantage de missions de combats », avait déclaré un analyste cité par le Parti. Une action inattendue, qui témoigne de la volonté de Pékin de se préparer à d’éventuels affrontements avec l’Inde, commente le quotidien indien.

Cette volonté serait confirmée par la construction d’une ligne de chemin de fer en 2006 sur le plateau tibétain. Il s’agirait d’un développement stratégique permettant de garantir l’accès aux ressources militaires nécessaires pour la TMC, d’exploiter les ressources naturelles de la région, et d’engendrer un boom économique. Officiellement, le développement très rapide de la région renforcé par cette ligne de chemin de fer avait pour but de propulser le tourisme. Cependant, la Chine a pour projet d’étendre ces infrastructures à double usage (civil et militaire). La ligne de chemin de fer devrait atteindre la frontière indienne en 2020. En août 2015, le président Xi Jingping avait affirmé lors du Tibet Work Forum : « Gouverner les zones frontalières est la clé pour gouverner un pays, et stabiliser le Tibet est une priorité pour gouverner les zones frontalières. » Une déclaration qui devrait sonner comme un avertissement pour les autorités indiennes, conclut le Daily O.

Nepali Times – Les deux responsables politiques qui dirigeront le Népal pour les deux ans à venir ont un point commun : ils sont tous deux accusés d’avoir commis des atrocités en temps de guerre. Soutenu par Sher Bahadur Deuba, président du parti Congrès Népalais (NC), le leader du parti communiste unifié du Népal (CPN) Pushpa Kamal Dahal devrait être élu Premier ministre par le Parlement la semaine prochaine (voir notre revue de presse du 27 juillet). Conformément à leur accord, Dahal démissionnera l’année prochaine pour laisser la place à Deuba.

Un duo controversé qui remet en question la justice transitionnelle pour le Nepali Times. Dhal était le commandant en chef de la guérilla qui a combattu lors de la guerre civile pendant 10 ans (1996-2006), au cours de laquelle 17 000 personnes ont péri. En avril, lorsque la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) a démarré l’enregistrement des plaintes, beaucoup de familles de victimes ont accusé Dahal. Quant à Deuba, il est également accusé de violations des droits de l’homme. Durant son deuxième mandat en tant que Premier ministre (juillet 2001 à octobre 2002), il avait déployé l’armée contre les insurgés et déclaré l’Etat d’urgence, une période marquée par les violations de droits de la personne. Dans les 50 000 plaintes déposées à la TRC, la plupart ont demandé des comptes à Dahal et Deuba pour les innombrables exécutions sommaires, disparitions forcées, viols et tortures infligées.

Pour le Nepali Times, il ne serait ainsi pas surprenant que Dahal, puis Deuba, profitent de leur mandat pour « trafiquer la loi Vérité et Réconciliation afin de se disculper ». De son côté, Suman Adhikari, membre du Conflict Victims’ Common Paltform, espère que le duo ne pourra pas échapper à la pression internationale : « Beaucoup reste à faire pour harmoniser la loi [Vérité et Réconciliation] avec la législation internationale. » Avec l’UML, parti politique le moins impliqué dans la guerre civile, écarté du pouvoir et l’alliance Dahal-Deuba aux portes du pouvoir, il faut craindre un potentiel report de la justice transitionnelle – « si elle ne disparait pas complètement », déplore le quotidien népalais.

Par Alexandre Gandil, Marie Bonnamy, Jeremy Masse et Myriam Sonni