Revue de presse Asie - 19 mai 2016

Avion espion américain en mer de Chine, Jayalalithaa triomphante en Inde et manifestations birmanes

Mardi 17 mai à Bangkok : Werner Langen, le président de la délégation de parlementaires européens pour l'Asie du sud est, sert la main de l'ancienne Premier ministre Yingluck Shinawatra. Copie d'écran du KHAOSOD ENGLISH, le 19 mai 2016.
Mardi 17 mai à Bangkok : Werner Langen, le président de la délégation de parlementaires européens pour l'Asie du sud est, sert la main de l'ancienne Premier ministre Yingluck Shinawatra. Copie d'écran du KHAOSOD ENGLISH, le 19 mai 2016.

Asie du Nord-Est

Channel News Asia – Nouvel accroc aérien entre Washington et Pékin. Hier mercredi 18 mai, deux jets chinois ont intercepté un avion espion américain dans l’espace aérien international en mer de Chine du Sud. Une interception qualifiée de « dangereuse » par le porte-parole du Pentagone Jamie Davis. Côté chinois, le quotidien officiel Global Times s’insurge contre l’Amérique qui cherche à « étendre sa zone d’influence en Asie ». Le journal fait part du témoignage de l’ancien ambassadeur d’Egypte à Pékin qui considère que les Etats-Unis profite de la dispute entre les Philippines et la Chine, pour « interférer » dans la région. Ce dernier a ajouté que le « pacte conclu entre la Chine et l’ASEAN » pouvait être une base solide pour « résoudre les disputes territoriales » entre Pékin et Manille.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer limite les territoires maritimes exclusifs d’un Etat à 12 pieds marins à partir de sa côte. La Chine, qui revendique 90% de la zone, mène une politique de construction tous azimuts d’îles artificielles en mer de Chine du Sud. Cette année, les Etats-Unis ont a plusieurs reprises conduit des opérations de « liberté de navigation » en survolant ou en naviguant à moins de 12 pieds marins des installations chinoises. Voir notre revue de presse de la semaine du 18 avril sur le conflit en mer de Chine et pour l’historique du conflit, voir notre dossier spécial mers de Chine.

South China Morning Post – Hong Kong ne deviendra jamais une ville chinoise comme les autres. C’est du moins ce qu’assure le président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, Zhang Dejiang, numéro 3 du régime chinois. Hong Kong ne perdra ni son identité, ni son autonomie, a affirmé Zhang, le premier dirigeant chinois à se rendre dans la ville depuis que des manifestations pro-démocratie ont envahi les rues de Hong Kong en octobre 2014. Dans son discours, il a promis d’écouter les différents points de vue, du moment que ceux-ci restaient dans le cadre de la politique « un pays deux systèmes » et que la « loi fondamentale de Hong Kong » était respectée.

En revanche, le numéro 3 chinois a mis en garde contre tout mouvement d’indépendance, qu’il considère comme une « sécession au nom du localisme » . Selon lui, ces revendications ne concernent qu’un « nombre extrêmement limité de personnes. » Les juristes les plus indépendantistes eux, ont boycotté la conférence. Néanmoins, 4 d’entre eux ont rencontré Zhang Dejiang et ont demandé le départ de Leung Chun-ying, le chef de l’exécutif pour la Région administrative spéciale (SAR) de Hong Kong. Le leader chinois bien que n’ayant pas répondu directement, a assuré que les politiques mises en place par Leung fonctionnent et apportent « progressivement des résultats ».

Mainichi Shimbun – Le Japon a échappé à la récession économique et cela se fait sentir. Comme attendu depuis l’annonce de l‘amélioration de l’économie japonaise hier, mercredi 18 mai, Shinzo Abe envisagerait de reporter la hausse de la taxe sur les ventes prévue pour avril 2017. Cette dernière a déjà augmentée de 5% à 8% en 2014, et elle devait passer à 10% en 2015. Le gouvernement avait fin 2014 décidé de la reporter en 2017. Mais le Premier ministre nippon préfère encore attendre de peur de provoquer une déflation.

C’est que Shinzo Abe a aussi l’oeil sur le calendrier électoral. Il envisagerait de dissoudre la Chambre des représentants pour que l’élection coïncide avec l’autre chambre du Parlement : la Chambre des Conseillers. Ainsi, ce report de la hausse de l’imposition sur les ventes pourrait servir aux membres du parti de Shinzo Abe en lice pour ces élections qui devraient avoir lieu cet été. Comme la session actuelle de la Diète prendra fin le 1er juin prochain, la chambre basse peut probablement être dissoute à cette date pour une éventuelle double élection le 10 juillet.

Asie du Sud

Times of India – Jayalalithaa a renversé les sondages. La chef de file du parti AIADMK est à deux doigts de remporter les élections du parlement du Tamil Nadu, contrairement aux derniers sondages. Elle deviendrait la première ministre en chef à être réélue à la tête du Tamil Nadu en 32 ans. A onze heure ce matin, le parti de Jayalalithaa était en tête pour remporter 140 sièges sur 234, contre seulement 80 à son rival, le DMK. Son parti devrait obtenir au total environ 40,7% des voix. Cette victoire, celle qui est surnommée « Amma » (« la mère » en tamoul) la doit en partie à un paysage politique fracturé. Elle a n’a pas fait d’alliance, laissant ainsi les petits partis, envers lesquels le DMK est méprisant, seuls. Or, le DMK n’a jamais gagné face à l’AIADMK sans alliance. En 1989, Jayalalithaa avait été élue députée avant de prendre la tête de la région deux ans plus tard pour la première fois. Voir notre portrait du 5 mai 2016.
Dawn – C’est l’un des investissements majeurs de Pékin dans la région. Et cela tombe à pic pour le Premier ministre pakistanais, en pleine tourmente des « Panama Papers », où sa famille est largement citée. Nawaz Sharif, a inauguré aujourd’hui, jeudi 19 mai, le projet d’installation de câbles à fibre optique entre la Chine et son pays. Le projet est audacieux : 820 kilomètres de câbles de Rawalpindi à Khunjerab pour un coût de 44 millions de dollars. Une fois terminé, le projet qui a pour but d’apporter une route de télécommunication alternative entre le Pakistan et la Chine, permettra aussi aux habitants de la région d’avoir accès à la 3G et la 4G. Nawaz Sharif a également annoncé la création d’un institut technique. Le Premier Ministre a insisté sur la nécessité de développer une économie basée sur les nouvelles technologies. Il espère que cela créera des emplois et réduira le nombre de Pakistanais en difficultés financières tentés par l’extrémisme.
Kathmandu Post – Les minorités manifestent pour faire entendre leur voix. L’alliance Sanghiya Gathbandhan formée par les Madhesi et les Janajati, a décidé de poursuivre sa mobilisation à Katmandou. La manifestation qui devait se terminer ce mardi 17 mai a été prolongée de dix jours, a annoncé le groupe. Mais contrairement aux jours précédents, elle sera plus mobile. Lors du mouvement de protestation, débuté samedi 14 mai, les manifestants se sont rendu au secrétariat du gouvernement à Singha Durbar et à la résidence officielle du Premier ministre à Baluwatar. Le groupe a décidé de manifester sur davantage de sites afin de gagner en visibilité et en soutien, notamment du coté des autres minorités.

L’alliance des Madhesi et des Janajati réclame une révision de la Constitution adoptée en septembre qui diminue le poids donné aux minorités. Ils souhaitent une modification des nouvelles frontières des provinces et l’instauration de la représentation proportionnelle dans toutes les assemblées de l’Etat.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Les avertissements des forces birmanes ne les ont pas arrêtés. C’est sous une chaleur écrasante et après 300 kilomètres de marche que ces 86 travailleurs d’usine ont été arrêtés par la police, aux portes de Naypyidaw, la capitale birmane. Ces manifestants en colère estiment avoir été licenciés à tord d’une usine à bois et exigent de meilleures conditions de travail.

Le Colonel de police de Naypyidaw a affirmé avoir « tenté de ne pas utiliser la force » mais a déclaré que les travailleurs, qui réclamaient la poursuite des manifestations et des négociations avec le conseil de Naypyidaw dans son ensemble, étaient hors-la-loi : « Nous étions obligés de les arrêter. »

Straits Times – Pour l’élite militaire indonésienne, communistes, gays et autres « influences européennes » veulent diviser le pays et dégrader ses valeurs nationales. C’est bien ce qui effraie nombre de personnalités indonésiennes, qui craignent la place de plus en plus envahissante de l’armée dans les affaires civiles. Les militaires entendent établir 900 centres d’entraînement pour former un corps de défense civile, mais aussi pour enseigner l’histoire de l’Indonésie, des méthodes de survie et les premiers secours. Aucun exercice armé n’est prévu.

Quoi qu’il en soit la repression militaire face aux activités suspectées de communisme ainsi que les ambitions de l’armée pour créer une défense civile commencent a mettre mal à l’aise l’administration du président Joko Widodo. La semaine dernière, le chef de l’Etat indonésien a critiqué les actions des militaires. Selon un représentant des forces armées, les militaires agissent en accord avec la loi. Leur rôle est « d’aider la police. »

La troisième démocratie du monde entretient un souvenir traumatique du communisme : en 1965, une tentative de coup d’Etat par le Parti communiste indonésien s’est soldé par un massacre des communistes (supsectés ou avérés) s’élévant de 500 000 à un million de morts. Voir notre revue de presse du 20 avril 2016.

Khaosod News – La pression internationale sur la Thaïlande prend de l’ampleur. Après le coup d’Etat militaire de 2014, l’Union européenne a abandonné l’idée d’un accord commercial avec Bangkok. Mais deux ans plus tard, ce mercredi 18 mai, Werner Langen, le président de la commission parlementaire européenne pour l’Asie du Sud-Est a annoncé que des négociations en vue d’un accord de libre-échange pouvaient être entamées si le référendum pour une nouvelle Constitution prévu en août prochain se déroulait de manière libre et juste.

Néanmoins, pour passer des négociations techniques à un accord effectif, le processus devrait prendre plusieurs années. Selon le site thaïlandais Khaosod,les représentants du Parlement européen sont restés vagues. Les négociations pourraient-elles reprendre si la Constitution élaborée par la junte était rejetée ou si le processus n’étaient pas perçu comme libre et équitable ? Les parlementaires européens ne veulent pas s’avancer. Werner Langen est pessimiste : « Personnellement, je doute beaucoup que la Thaïlande soit sur la bonne voie, » déclare t-il, avant d’ajouter cependant que l’Europe « n’est pas venue pour faire la morale ».

Par Joris Zylberman, Alice Hérait, Claire Courbet et Alexandre Gandil, avec Sébastien Farcis à New Delhi.