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Atmosphère délétère à Pékin : la gouvernance de Xi Jinping en question

Le président chinois Xi Jinping. (Source : CNN)
Le président chinois Xi Jinping. (Source : CNN)
L’éviction probable du ministre de la Défense Li Shangfu après celle inexpliquée de son collègue des Affaires étrangères Qin Gang traduisent une atmosphère politique délétère à Pékin. D’autres événements récents dans la capitale chinoise vont dans le même sens : l’incertitude gagne du terrain quant à la solidité du règne du président à vie Xi Jinping, au sommet d’un régime de plus en plus opaque.
Aucun observateur sérieux de la Chine ne songerait un instant à prédire la chute prochaine du régime communiste à Pékin, même s’il se trouve confronté à une multitude de défis à la fois économiques, sociaux et géopolitiques. Au pouvoir depuis 1949, il n’est pas prêt de s’effondrer. Pour autant, les purges brutales et inattendues qui se multiplient en son sein interpellent : elles concernent des personnages clés du pouvoir, les deux derniers étant de proches des lieutenants de Xi Jinping, ce qui ajoute au mystère dans un pays ébranlé par une crise économique inédite.
Fait inhabituel : l’annonce la semaine dernière que la Chine enverra non pas son ministre des Affaires étrangères Wang Yi, lui aussi un fidèle du président, mais son vice-président Han Zheng, pour la représenter à l’Assemblée générale des Nations Unies nourrit de plus bel un sentiment de confusion dans la mesure où ce dernier joue un rôle subalterne au sein du Parti.
Jusqu’à présent, le pouvoir chinois tenait à se présenter comme une grande puissance lors de cette grand-messe annuelle aux Nations Unies. Ces dernières années, Xi Jinping en personne faisait le déplacement. Y envoyer cette fois un responsable de second rang surprend. Mais selon le South China Morning Post, ce dernier en profitera pour rencontrer le secrétaire d’État américain Anthony Blinken.
Le quotidien japonais Nikkei Asia, généralement bien informé sur les luttes de clans qui se succèdent à Pékin, spécule sur l’affaiblissement de l’autorité de Xi Jinping au sein de l’appareil chinois où il aurait subi en août des critiques acerbes lors de la réunion traditionnelle dans la station balnéaire de Beidaihe (北戴河) où, chaque été, les caciques du régime se réunissent à huis clos pour y dresser un bilan de l’état de la Chine. Ce sont des anciens dirigeants à la retraite qui lui auraient adressé des reproches d’une virulence jamais observée auparavant, selon Katsuji Nakazawa, un ancien correspondant du journal nippon à Pékin et vétéran de la Chine.
Selon le Nikkei Asia, qui cite des « fuites » provenant de familiers du sérail, Xi lui-même aurait exprimé son amertume à ses proches conseillers qu’il aurait admonestés en les accusant de ne pas avoir suivi ses ordres. Pointant ses trois prédécesseurs Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao, il aurait exprimé sa frustration : « Suis-je le seul à blâmer alors que, depuis dix ans, je m’efforce de régler les problèmes toujours en suspens et qu’eux-mêmes n’ont pas résolus ? » Les reproches des anciens prennent racine dans quelques réalités connues. Le cœur de leur message était une mise en garde : « Si le Parti ne prend pas des mesures correctives pour réduire les actuelles tensions politiques et économiques qui traversent le pays, il pourrait perdre le soutien du peuple, ce qui menacerait son magistère à la tête du pays. »

« Qui va gagner la course au chômage ? La jeunesse chinoise ou le cabinet de Xi ? »

Le principal critique aurait été Zeng Qinghong, 84 ans, qui fut le prédécesseur de Xi Jinping à la tête du l’École Centrale du Parti et à la vice-présidence de la République jusqu’en 2008. Avant son départ à la retraite, ce « faiseur de roi » avait été à la fois le meilleur soutien de l’ancien président aujourd’hui décédé Jiang Zemin et le mentor de Hu Jintao, le prédécesseur direct de Xi Jinping. Or c’est précisément Zeng Qinhong qui avait pavé la voie à Xi Jinping pour favoriser son entrée au Comité permanent, prélude à son ascension au sommet du pouvoir.
Puis ont surgi plusieurs faits aussi troublants qu’inexpliqués. Le 23 août, au forum économique des BRICS, le discours critique des tendances hégémoniques américaines de Xi Jinping a été lu non par son auteur qui était pourtant présent en Afrique du Sud, mais par son ministre du Commerce Wang Wentao.
Autre fait inédit : les 9 et 10 septembre au G20 à New Delhi, Xi Jinping ne s’est pas rendu dans la capitale indienne alors qu’il n’avait jamais manqué ce rendez-vous depuis 2013. La Chine était représentée par le Premier ministre Li Qiang, numéro 2 de l’appareil communiste chinois. Auparavant, le 25 juillet, le ministre des Affaires étrangères Qin Gang était limogé sans explication après avoir disparu pendant plusieurs semaines. Puis vient maintenant le tour du ministre de la Défense, invisible depuis plus de deux semaines et qui, selon des sources concordantes citées par nombre de quotidiens américains, ferait l’objet d’une enquête pour « corruption » et aurait déjà été écarté de ses fonctions.
Ce qui a fait dire vendredi à l’ambassadeur américain à Tokyo Rahm Emmanuel, non sans ironie : « L’organigramme du cabinet du président Xi ressemble maintenant au roman d’Agatha Christie, Les dix Petits Nègres. Le premier, le ministre des Affaires étrangères Qin Gang, puis les commandants de la Force des fusées s’évaporent et maintenant le ministre de la Défense Li Shangfu n’a pas été vu en public depuis deux semaines. Qui va gagner la course au chômage ? La jeunesse chinoise ou le cabinet de Xi ? »

« Questions de mode de vie »

Ingénieur aérospatial de formation, Li Shangfu, 65 ans, avait jusqu’ici une place importante au sein du régime chinois. En plus de sa nomination à la tête du ministère en mars 2023, il était membre depuis octobre 2022 de la plus haute instance militaire de Chine, la Commission militaire centrale. L’homme d’État assumait d’ailleurs encore ses fonctions aux yeux du public cet été, lors de deux déplacements mi-août en Russie et Biélorussie.
Selon le Wall Street Journal, Qin Gang, 57 ans, l’ancien ambassadeur à Washington, a été relevé de ses fonctions de ministre en raison d’une liaison extra-conjugale avec une journaliste d’origine chinoise pendant toute la durée de son séjour sur le sol américain et avec qui il aurait eu un enfant. Le quotidien précise que une série de responsables chinois, dont des ministres et des dirigeants provinciaux, auraient été informés du fait que son limogeage était dû à « des questions de mode de vie », un euphémisme utilisé par le Parti pour dénoncer des conduites sexuelles inappropriées. Mais, ajoute le Wall Street Journal, se cachait aussi derrière cette liaison le fait que la jeune femme, Fu Xiaotian, journaliste de la chaîne de télévision hongkongaise Phoenix, pourrait en réalité être un agent au service du renseignement américain.
On ne saura peut-être jamais la véritable raison de sa chute mais il est à noter que d’autres hauts dirigeants chinois n’ont pas été écartés pour des raisons de moralité. Ainsi Zhang Gaoli, 75 ans, ancien vice-Premier ministre et ancien membre du Comité permanent du Parti, en dépit des accusations portées contre lui par la championne de tennis Peng Shuai qui, en novembre 2021, l’avais accusé de viol. Il avait été vu à l’automne dernier parmi les dignitaires du régime à l’occasion du XXème Congrès du PCC. Peng Shuai, en revanche, a depuis disparu.
Pour le bimestriel américain Foreign Policy, ces deux limogeages « ne semblent pas être le résultat d’un complot contre Xi Jinping. Mais la chute de deux ministres de haut rang en moins de six mois, tous deux nommé par Xi, suscitent des questions sur le jugement du président, lesquelles vont, à leur tour, entretenir la paranoïa sur la sécurité en Chine de même que le renforcement par Xi des forces chargées de la discipline au sein du PCC afin de protéger sa propre situation. Cela signifie qu’il y aura d’autres purges à venir. »

Réapparitions d’ex-Premiers ministres

Autre indice encore que le vent de la politique intérieure pourrait être en train de tourner : Li Keqiang, l’ancien Premier ministre et expert des questions économiques, poussé à la retraite avant le XXème Congrès par Xi Jinping, est curieusement réapparu sur la scène politique chinoise. Or il était notoirement à couteaux tirés avec le « rêve chinois », le programme clé de Xi qui en a fait son principal cheval de bataille pour la décennie à venir pour la Chine.
À la mi-août 2022, Li Keqiang avait déposé une gerbe devant la statue de Deng Xiaoping située dans le parc de Lianhuashan à Shenzhen. L’événement n’avait rien d’exceptionnel en soi. Mais à deux mois seulement de son départ à la retraite, à l’âge de 67 ans, quand Xi Jinping, 69 ans, s’apprêtait à briguer un troisième mandat au XXème Congrès du Parti, le geste apparaissait comme une contestation des tendances autocrates du président chinois ayant tourné le dos aux conseils de gouvernance consensuelle Deng.
Le 4 septembre dernier, quelques jours après la clôture du séminaire de Beidaihe, Li Keqiang, salué par une petite foule de partisans, visitait les grottes des mille Bouddhas de Mogao à Dunhuang, dans le Gansu, souligne François Danjou dans le dernier numéro du magazine en ligne Question Chine. « Indice d’un agacement du pouvoir, la vidéo de sa visite, largement diffusée par les réseaux sociaux, mais dont les médias officiels n’ont pas parlé, a été bloquée par la censure », explique François Danjou, observateur exercé de la Chine.
Citons un dernier indice : la discrète réapparition dans certains médias chinois de Li Zhaoxing (李肇星), aujourd’hui âgé de 84 ans, ancien ministre des Affaires étrangères. Il était l’un des proches conseillers de Deng Xiaoping jusqu’à son décès.

Retour de la ligne de Deng Xiaoping ?

Que penser de ces limogeages à répétition et de ces événements surprenants ? « C’est la grande inconnue, confie à Asialyst le sinologue François Godement. Ceci reste un grand mystère. Pourquoi Xi Jinping ne prononce pas lui-même son discours au sommet des BRICS, pourquoi il ne va pas au G20, pourquoi Qin Gang disparaît : tout ceci laisse toutes sortes d’interrogations. On peut les énumérer mais il reste difficile de faire un choix. L’incertitude demeure. À cela s’ajoute maintenant les rumeurs sur les causes de la disparition du ministre de la Défense. Tout cela semble extrêmement curieux. »
« De mon tout petit perchoir, poursuit celui qui est aujourd’hui conseiller spécial de l’Institut Montaigne, ce que j’observe depuis quinze jours, c’est une reprise légère, discrète, sans appuyer, sans dénonciations, sans évoquer Xi Jinping, de débats économiques et parfois, en particulier à l’oral, dans mes rencontres de critiques telles que « On pourrait faire mieux ». Il y a un débat rouvert. Mais est-ce un débat d’économistes, de technocrates sur la relance, qui n’a pas d’implications factionnelles ? Où est-ce que cela se greffe sur un conflit factionnel au sommet, dont on ignorerait les ressorts ? C’est difficile à dire. Jusqu’ici, j’hésite beaucoup. On a tous les oreilles par terre, si j’ose dire. Mais je ne veux pas enfourcher les thèses du complot. »
L’une des thèses qui commence à circuler avec insistance dans les milieux de la sinologie aux États-Unis et au Japon est que les erreurs de gouvernance attribuées à Xi Jinping donnent lieu à un retour en grâce spectaculaire des tenants de la ligne politique de Deng Xiaoping. Partisan à l’époque d’une direction collégiale au sein du Parti, il soutenait que la Chine devait faire preuve de modestie.
Or cette ligne politique a été abandonnée par Xi Jinping peu après son arrivée au pouvoir en 2012 et remplacée par celle d’une Chine conquérante, agressive et sûre d’elle, toujours prête à donner des leçons à ses voisins ou aux pays occidentaux. Au risque avéré aujourd’hui de susciter chez ses voisins et au-delà l’inquiétude, la peur et son corollaire : un antagonisme croissant qui s’est transformé progressivement en une hostilité et la mise sur pied d’une alliance de facto pour faire face ensemble à ce qui est désormais perçu comme une menace chinoise. En résumé, une Chine de plus en plus isolée.
De plus, le président chinois, obsédé par la sécurité, s’est employé à l’intérieur du pays à se débarrasser de tous ses rivaux, déclarés ou potentiels, s’entourant d’un style autocrate sinon fascisant où toute collégialité a disparu dans les instances dirigeantes du Parti. Il avait du même coup détruit tout système de consensus au sommet du PCC, lui aussi cher à Deng Xiaoping.

« Humilité » et « modestie »

Dans un article publié en septembre 2022 dans le bimestriel américain Foreign Affairs, Cai Xia (蔡霞), 71 ans, ancienne professeure de sciences politiques à l’École Centrale du Parti à l’époque où Xi Jinping en était le président de 2007 à 2013, donnait un exemple de l’esprit rétif aux contradictions du numéro un chinois. « Lors d’une réunion en ligne d’une soixantaine d’experts virologues organisée en 2022, écrit Cai, radiée du Parti et réfugiée aux États-Unis, tous avaient convenu que si à Shanghai on s’était simplement contenté de mettre en œuvre les directives officielles, qui assouplissaient la quarantaine, la vie dans la ville aurait pu continuer plus ou moins comme d’habitude. De nombreux responsables municipaux du Parti et de la Santé étaient d’accord avec cette approche. Mais lorsque Xi en a entendu parler, il est devenu furieux. Refusant d’écouter les experts, il a insisté pour appliquer sa politique « zéro-Covid ». Les dizaines de millions d’habitants de Shanghai furent claquemurés chez eux, sans pouvoir faire leurs courses ou même se rendre dans un centre de soins. Certains sont morts aux portes des hôpitaux ; d’autres se sont suicidé en se jetant dans le vide du haut de leurs immeubles. »
Les reproches contre Xi Jinping sont nombreux, mais le principal reste sa gestion catastrophique du Covid-19. Sa politique désastreuse du « zéro-Covid » a suscité un gigantesque mécontentement social dans le pays et durablement paralysé l’économie pendant presque trois ans. Résultat : la Chine traverse aujourd’hui sa plus grave crise depuis plus de quarante ans, avec un chômage des jeunes au plus haut et une croissance du PIB au plus bas.
Pour gagner la sympathie du monde, la Chine devait nécessairement rester « humble » et « discrète » : tel était le mantra de Deng Xiaoping. Sous son magistère, à partir de 1978, le « Petit Timonier » avait été le champion des réformes économiques qui, trouvant l’adhésion immédiate de la population chinoise tout juste sortie du traumatisme de la Révolution culturelle, devaient propulser la Chine sur le chemin d’une reconstruction économique ultra-rapide.
Grand stratège, il avait en même temps fait preuve d’une rare habileté en prêchant à ses pairs au sein du Parti la « modestie » (谦虚) et « l’humilité » (谦虚). À sa mort en 1997, il avait laissé ce testament à l’appareil politique du Parti à qui il recommandait aussi la patience et la dissimulation de la puissance montante de la Chine, aussi longtemps que nécessaire.
À l’intérieur du PCC, tout le monde sans exception se souvient du fameux « Cachez l’éclat [de votre puissance] et cultivez l’ombre » (韬光养晦, tao yang guang hui). Slogan grâce auquel la Chine parvint à gagner la confiance de l’Occident, en particulier les États-Unis qui lui furent d’une aide déterminante pour réussir un entrisme fulgurant dans les grandes institutions internationales, dont surtout l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001.

Changement de politique à terme ?

Le président Hu Jintao, l’un de ses derniers successeurs avant l’avènement de Xi Jinping, sans rien lâcher sur le fond politique d’un Parti fort et totalement sourd aux idées de démocratie à l’occidentale, prenait encore soin de préserver l’image rassurante d’une montée en puissance pacifique du pays : la fameuse « émergence pacifique » (和平崛起, heping jueqi). Plus encore, il avait un temps préservé l’ambiguïté, elle aussi très habile, selon laquelle la trajectoire de progrès de la Chine serait calée sur l’ambition du régime de se conformer aux règles internationales énoncées par les vainqueurs occidentaux de 1945.
Xi Jinping, lui, a choisi un chemin exactement contraire. Il est l’artisan d’une Chine devenue non seulement décomplexée, mais souvent agressive, menaçante et déterminée à user de la coercition, si besoin. Ses diplomates, les fameux « loups guerriers », ne manquent pas une occasion de donner des leçons à leurs interlocuteurs étrangers, au risque de les indisposer et en somme, de nuire aux intérêts qu’ils sont censés défendre. Or on se rappelle l’épisode incroyable et inédit pendant le XXème Congrès du Parti à l’automne dernier lorsque, devant les caméras du monde entier, visiblement pris de court et contre sa volonté, Hu Jintao avait été conduit sans ménagement vers la sortie.
Xi Jinping sera-t-il capable de tirer les enseignements des critiques qui lui sont adressées et d’entendre le mécontentement qui monte dans le pays ? Là est la question clé, souligne Jerome Cohen, professeur à l’Université de New York, cité par le Guardian. « Il est capable de changer de direction. Sa réaction initiale a été de réprimer davantage. Mais il pourrait avoir atteint la limite. Vous ne pouvez pas jeter tout le monde en prison. Je pense qu’il y aura un changement de politique à terme, même si Xi est encore aux affaires. Je ne crois pas que [la situation actuelle] puisse continuer ainsi indéfiniment mais nous n’avons pas encore vu le pire. »
« Le plus grand défi auquel Xi est confronté semble être celui créé par son emprise de fer sur le pouvoir, analyse de son côté Rorry Daniels directeur exécutif à la Asia Society, cité aussi par le quotidien britannique. Il fait face à un perte de confiance du public quant à la direction prise par la Chine [sous sa houlette] et, pour le moins, sur sa capacité à surmonter les problèmes croissants et les défis [du pays]. »
Ces incertitudes n’ont cependant pas empêché Wang Yi, le chef de la diplomatie au sein du Parti, d’avoir eu plusieurs heures d’entretiens avec Jake Sullivan, conseiller de la Maison Blanche pour les affaires de sécurité, au cours du week-end à Malte. Les deux responsables ont eu des échanges « francs, substantiels et constructifs », a expliqué Jake Sullivan à la presse. Ces échanges ont duré au total plus de douze heures, le ministère chinois des Affaires étrangères déclarant que les deux parties étaient tombées d’accord pour maintenir des consultations bilatérales sur les affaires de l’Asie-Pacifique et la politique étrangère, selon Reuters.
Wang Yi en a cependant profité pour mettre en garde les États-Unis à propos de leur aide à Taïwan, cette question étant pour Pékin « la ligne rouge première et insurmontable dans les relations sino-américaines ». Un responsable de la Maison Blanche a de son côté indiqué que cette rencontre avait permis de dégager « quelques petites indications » montrant la volonté de Pékin de reprendre les discussions avec les États-Unis dans le domaine militaire, gelées depuis plus d’un an.
Pour autant, la question reste entière quant à savoir si Xi Jinping se rendra ou non au sommet de l’APEC en novembre en Californie pour y rencontrer son homologue américain Joe Biden, qu’il n’a pas vu depuis 2022 en marge du sommet du G20 à Bali.
En attendant, le Kremlin a annoncé mardi 19 septembre que le président russe Vladimir Poutine rencontrerait Xi Jinping en octobre à Pékin. Il participera notamment au sommet des « Nouvelles routes de la soie », dont les dates n’ont pas encore été précisées. Cette nouvelle rencontre entre les deux hommes consacre un rapprochement sino-russe spectaculaire, Pékin n’ayant jamais condamné la guerre en Ukraine. Pourtant, selon des sources informées, la Chine aurait mis fin à ses exportations de drones vers la Russie. Ceux-ci, pouvant facilement être utilisés à des fins militaires, jouent un rôle de plus en plus important dans la guerre livrée à l’Ukraine depuis février 2022.
Joe Biden, de son côté, continue de jouer l’apaisement avec la Chine. S’exprimant mardi à l’Assemblée générale des Nations Unies, il a invité la communauté mondiale à faire barrage à l’agression russe en Ukraine « pour ne pas laisser le champ ouvert à d’autres agressions dans le monde. Mais s’agissant de la Chine, je veux être clair et consistant. Nous cherchons à gérer la concurrence entre nos pays de façon à ce que cela ne dégénère pas en conflit. »
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Après "Chine, le grand prédateur", paru en 2021 aux Éditions de l'Aube, il a dirigé fin 2022 l'ouvrage collectif "Le Dossier chinois" (Cherche Midi), puis début 2023 "Confucius aujourd'hui, un héritage universaliste" (L'Aube).