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Analyse

Coronavirus : comment la Russie a changé de stratégie sur la pandémie

Un employé muncipal devant la cathédrale Saint-Basil à Moscou le 7 février 2020 2020. (Source : Foreign Policy)
Un employé muncipal devant la cathédrale Saint-Basil à Moscou le 7 février 2020 2020. (Source : Foreign Policy)
Après s’être crue épargnée par le coronavirus, la Russie a choisi le confinement à Moscou, suivi par plusieurs régions, notamment en Asie du Nord. La crise sanitaire doublée d’une crise économique probable va-t-elle mettre en danger les relations sino-russes ?

Contexte

La Russie est trop souvent limitée à son versant européen. Pourtant, par sa géographie, elle est profondément eurasiatique. Si son cœur historique et politique est à l’Ouest, avec Moscou et Saint-Pétersbourg, il y aussi tout ce qui se trouve au-delà de l’Oural. Ce qu’on appelle Asie du Nord, regroupant les régions de l’Oural, de la Sibérie, de l’Extrême-Orient russe. Bien sûr, on ne peut pas diviser artificiellement le pays, entre une Russie européenne et une Russie asiatique : les grandes décisions, y compris dans la lutte contre le Covid-19, sont prises au Kremlin. Mais comme l’a rappelé le président Vladimir Poutine lors d’un discours à l’Assemblée fédérale, le 12 décembre 2013 à Moscou, l’Extrême-Orient russe est une « une priorité nationale pour tout le XXIème siècle ».

Au début de sa carrière politique, Vladimir Poutine aimait à mettre en avant son admiration pour Pierre le Grand, ce tsar russe qui a fait de la Russie une puissance culturellement européenne. Mais aujourd’hui, à bien des égards, le Kremlin a compris que l’avenir du monde était diplomatiquement, économiquement, en Asie. Et, comme Pierre le Grand avant lui, l’actuel président russe oriente son pays par sa diplomatie et son commerce vers ce nouveau centre de gravité du monde. Avec une pandémie qui a commencé aux portes de la Russie, chez le grand voisin chinois, ce voisinage asiatique prend une importance encore plus grande en ce début d’année 2020.

Le tournant de la fin mars face à la pandémie

Le 26 mars, la Russie compte 840 personnes touchées par le Covid-19, et 3 morts de ce nouveau coronavirus. Le lendemain, le bilan atteignait déjà 1 036 cas et un mort supplémentaire. Au 31 mars, le pays déplorait 2 337 et 17 morts.
Deux semaines plus tôt, la Russie donnait encore l’impression d’échapper à la pandémie : il n’y avait que 7 cas le 10 mars dernier. Mais comme en Asie du Sud et notamment en Inde, le même principe s’applique : on ne trouve que ce qu’on cherche, et les pays qui prennent le problème à bras-le-corps, comme Singapour, se sont vite retrouvés avec des chiffres importants. En janvier 2020, à Moscou, on se trouvait face à une étrange augmentation des cas de pneumonies (37 % de plus qu’en janvier 2019), sans doute des erreurs de diagnostic liés en fait au Covid-19. Ici, il faut éviter la tentation idéologique des partisans d’une nouvelle guerre froide avec Moscou : ces erreurs de diagnostic probables ont eu lieu dans les hôpitaux, pas sur ordre du Kremlin…
Il existe une analyse bien plus banale expliquant cette situation : comme bien d’autres professionnels en France, en janvier-février, les médecins russes ne s’attendaient pas à une pandémie sur leur territoire. Et au-delà de l’erreur de diagnostic, les chiffres relativement modestes de cas de Covid-19 sur le territoire russe peuvent aussi s’expliquer, comme en Inde, non pas par une quelconque action politique décisive, mais plus simplement… par chance, notamment celle de ne pas être une destination touristique aussi courue que l’Asie de l’Est, l’Europe de l’Ouest ou l’Amérique du Nord. Il n’y a ni solution miracle russe dans la gestion de la crise (le propos des partisans inconditionnels de la Russie) ni un plan machiavélique du Kremlin pour cacher la réalité, voire profiter de la crise (un point de vue commun chez les partisans d’une nouvelle guerre froide avec la Russie).
Le pouvoir russe a cherché à rassurer la population pendant cette dernière semaine de mars. Le lundi 23, le ministère de la Santé annonçait une chute drastique des cas de Covid-19 pour avril-mai 2020, tout en ajoutant tout de même que la pandémie n’allait, bien sûr, pas soudainement disparaître. Le même jour, le Premier ministre a également fait savoir ce même lundi qu’un système utilisant les informations de géolocalisation des téléphones portable allait être utilisés pour faire savoir aux citoyens russes s’ils ont été en contact avec une personne infectée, les invitant alors à se mettre volontairement en quarantaine. Il a récemment été demandé aux citoyens de plus de 65 ans de se mettre d’eux-mêmes en situation de confinement – à l’exception du président russe lui-même fort probablement, malgré ses 67 ans ; quoi qu’il en soit, il bénéficie d’une assistance sanitaire particulière, correspondant à son statut.
Dès ce vendredi 27 mars, tous les vols internationaux vers la Russie sont annulés, à l’exception de ceux permettant de rapatrier des ressortissants russes. A partir du 30 mars, les Russes recevront une semaine de congés payés. Seuls les travailleurs dans des secteurs-clés (pharmacies, supermarchés, banques) auront la possibilité d’aller travailler pendant cette période. Les indemnités de chômage seront indexées sur le salaire minimum, notamment pour aider les jeunes actifs. Les allocations familiales devraient augmenter, et un moratoire de six mois pour le paiement des impôts devrait être offert aux PME.
Mais le ton a vite changé : comme ailleurs dans le monde, face à la montée en puissance du danger, les autorités russes ont moins cherché à ménager la population qu’à combattre la pandémie. Le 29 au soir, c’est le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, qui a imposé le confinement dans sa ville : les Moscovites ne pouvaient sortir que pour aller au supermarché le plus proche, sortir leur animal de compagnie ou jeter leurs poubelles. Une décision logique : Moscou seul héberge la majorité des cas de Covid-19 (1 613 au 3 janvier). Et le maire ne faisait que donner une suite cohérente à son positionnement bien plus pessimiste face au virus : il avait déjà ordonné la fermeture des magasins en dehors de ceux vendant des produits de première nécessité, et avait conseillé ouvertement aux Russes hors de Moscou de ne pas visiter la capitale.
Bien sûr, cette politique n’aurait pas pu avoir lieu sans l’aval du Kremlin. En fait, il semblerait que ses prises de position soient le fruit d’un travail d’équipe avec le Kremlin, le maire de Moscou acceptant le statut officieux de « Premier ministre pour le coronavirus », apprenant aux Russes la mauvaise nouvelle d’un combat difficile avec une épidémie qui semblait épargner le pays jusque-là. Le rôle du Premier Ministre en titre, Mikhaïl Michoustine, consistant ensuite à appliquer la politique menée à Moscou ailleurs dans le pays.
Ce travail d’équipe permet d’éviter à Vladimir Poutine les critiques qu’on a pu entendre ailleurs, y compris en France, contre un gouvernement qui n’aurait pas vu venir la pandémie : c’était Mikhaïl Michoustine qui, il y a une semaine, affirmait que la pandémie était sous contrôle… et c’est maintenant un autre acteur politique, toujours sous la direction de Vladimir Poutine, qui amène la population à accepter un combat plus dur face au Covid-19. Un combat qui s’inscrit dans la loi : le 31 mars, les députés russes se prononçaient sur un projet de loi préconisant de frapper durement celles et ceux qui répandaient intentionnellement des fausses informations sur le virus, avec de graves conséquences : cinq ans de prison et 23 000 euros d’amende. Le jour précédent, le président Poutine présentait l’attitude de ceux qui ne respectait pas le confinement comme « criminelle ». En une semaine, le Kremlin a su adapter son discours à la réalité de la pandémie.
Le pouvoir comme les citoyens ont donc globalement bien pris conscience des difficultés à venir. Et pas seulement d’un point de vue sanitaire : l’impact économique de la pandémie, associée à un prix du baril de pétrole relativement bas, fait que la croissance économique sera quasi nulle, avec une très probable augmentation de la pauvreté. Le coronavirus va sans doute faire plonger la Russie dans la récession, comme d’autres pays, dont la France. Et à Moscou, comme ailleurs, on a vu une population acheter de façon frénétique par peur des pénuries, notamment du papier toilette, mais aussi de la gretchka, un gruau de sarrasin, aliment de base en Russie et ailleurs en Europe de l’Est. On s’attend clairement à une explosion des cas de COVID-19 dans un avenir proche.
Quand on traite de la Russie, trop souvent, un biais idéologique prend le dessus. Cela a amené certains, notamment à Washington, à prédire des difficultés politiques au Kremlin à cause du coronavirus ; tandis que d’autres, à Moscou (https://www.themoscowtimes.com/2020/03/21/russia-sees-its-worldview-vindicated-in-the-age-of-coronavirus-a69709), ont pu considérer que le coronavirus, au contraire, confirmait qu’un régime comme le leur, et les valeurs qui lui sont associées, sont plus à même d’aider en cette période de crise. En fait, les deux positions peuvent être considérés comme erronées : la pandémie se moque des régimes comme des frontières, comme on peut le constater ici. La Russie se retrouve confrontée au même emballement des chiffres connus plus tôt ailleurs en Europe et en Asie.

État des lieux dans l’Asie du Nord russe

Quand on évoque les contaminations au coronavirus en Russie, on parle surtout de la Russie européenne, où se trouve la grande majorité de la population. Les trois principales zones infectées sont Moscou, suivi de sa région, et Saint-Pétersbourg (pour cette fin mars). Alors que dans ces trois territoires, on trouve une densité de population conséquente, dans la Russie asiatique, elle est très faible : 6,8 habitants au km2 dans la région de l’Oural, 3,9 en Sibérie, et seulement 1,2 dans l’Extrême-Orient russe. Pas besoin d’imposer la « distanciation sociale » à cette partie de la Russie, cela fait intégralement partie de la vie. On s’attendait au pire pour les territoires à l’est de l’Oural à cause de la proximité avec la Chine. Mais jusqu’à ces derniers jours encore, la zone était globalement épargnée par le coronavirus.
Ce qui a pu protéger l’Asie du Nord de la pandémie est la fermeture de la frontière russo-chinoise dès la fin janvier. Cela reste une frontière relativement contrôlable, avec seulement 16 zones de passage – dont une seule était resté ouverte pour rapatrier les Russes présents en Chine. Malgré tout, les deux premiers cas de coronavirus en Russie étaient deux Chinois en Sibérie (qui sont depuis guéris), ce qui a renforcé très vite dans le pays le sentiment trompeur que le danger viendrait d’abord d’Asie.
Bien sûr, avec les chiffres qui augmentent en cette fin mars, l’optimisme dans la Russie asiatique est de moins en moins de saison. Les chiffres demeurent encore peu importants en comparaison des pays d’Europe de l’Ouest et d’Asie de l’Est : le 26 mars, la Sibérie comptait 23 cas, dont plusieurs se seraient déjà rétablis. Le même jour, dans l’Extrême-Orient russe, 17 cas étaient répertoriés. Les plus importants alors, en Asie du Nord russe, sont l’oblast de Sverdlovsk (région de l’Oural) avec une vingtaine de cas, et la Yakoutie (Extrême Orient russe) avec 14 personnes infectées – aucun mort à déplorer dans les deux cas.
Au 31 mars, 59 personnes sont infectées dans l’Oural, entre 40 et 60 en Sibérie, et 53 dans l’Extrême-Orient russe. Alors que l’oblast de Sverdlovsk reste la zone la plus touchée hors de Russie européenne (33 cas, un mort), en Extrême-Orient russe, la Yakoutie relativement stable (un cas de plus en cinq jours) se voit subitement dépassée par la petite République de Bouriatie, à la frontière avec la Mongolie, avec 19 cas, le premier détecté étant celui du numéro 2 du conseil municipal de la capitale. Preuve supplémentaire que, si les chiffres restent modestes, l’Asie du Nord n’est plus un « refuge » face à la pandémie : on constate que presque la moitié des cas récents sur le territoire sibérien de Krasnoïarsk n’avaient pas voyagé à l’étranger.
Ce qui peut expliquer, en partie, la montée en puissance du nombre de cas, c’est le refus de respecter la quarantaine par un certain nombre d’habitants jusqu’à ces derniers jours. Ainsi, au 26 mars, sur le seul territoire de Krasnoïarsk, en Sibérie, 190 personnes se seraient « échappées » de leur confinement et ont été repérées par les autorités à cette période. On sait qu’ailleurs – par exemple à Hong Kong -, ce manque de discipline par rapport à la quarantaine a eu des conséquences désastreuses. Et sur l’ensemble du territoire, il n’est pas si facile de faire prendre conscience du danger quand, il y a encore peu de temps, à cause du nombre faible de cas, la population ne se sentait pas vraiment concernée par le virus.
Le 31 mars, certains territoires en Asie du nord russe ont décidé, en conséquence, de suivre l’exemple moscovite en appelant au confinement. Certains districts de la Yakoutie, les Républiques de Bouriatie, de Touva, de Khakassie, de l’Altaï ainsi que les régions de Kourgan, Kemerovo, de Tomsk, d’Irkoutsk, de Sverdlovsk, de Magadan, du Primorié, de Transbaïkalie, de Khabarovsk et de Sakhaline (pour une liste amendée dans le temps, voir ici). Plus généralement, les autorités régionales insistent pour que les personnes de plus de 65 ans restent confinées, et offrent des incitations financières dans ce sens. Depuis le 27 mars au moins, les autorités et les services hospitaliers en Sibérie sont « en état de haute alerte ». Les hôpitaux locaux s’équipent en ventilateurs et augmentent leurs stocks de médicaments. Tout le monde a compris, en Russie asiatique comme ailleurs, que le plus dur était encore à venir.
En fait, le coronavirus a déjà des conséquences économiques pour ce territoire. Le secteur de la pêche en Extrême-Orient russe dépend quasi exclusivement de la Chine et de la Corée du Sud. L’Asie du Nord, et en particulier l’Extrême-Orient russe, est dépendante de la Chine pour son approvisionnement en fruits et légumes. Les prix ont fortement augmenté avec la fermeture de la frontière sino-chinoise, et ils ne sont pas revenus à un niveau normal malgré la réouverture de la frontière aux produits agricoles. L’Extrême-Orient russe a aussi besoin de la main-d’œuvre étrangère, venant de Chine, mais aussi d’Asie Centrale, dans le domaine de la construction et de l’agriculture notamment. Un certain nombre de projets risquent de marcher au ralenti, voire de s’arrêter faute de main-d’œuvre. Cela amène certaines voix à demander la régularisation d’étrangers sans papiers en Russie (en priorité des Centrasiatiques). Bien sûr, la crise a aussi un impact important sur le tourisme, dépendant d’abord de l’Asie de l’Est en général, et de la Chine en particulier. Et dans une économie post-pandémie en récession, l’Asie du Nord souffrira plus encore du manque de moyens russes.
Ce qui pourrait éviter le pire à la région – en plus d’une situation économique meilleure que prévu dans les mois à venir pour la Russie dans son ensemble – est une économie chinoise résistant à l’impact du Covid-19, et capable d’investir à nouveau à l’extérieur.

La sinophobie renforcée par le coronavirus ?

À Ekaterinbourg, le cœur du district fédéral de l’Oural, une association volontaire de « Cosaques » a mené des patrouilles régulièrement dans le Chinatown de la ville à partir du 2 février dernier, distribuant des masques et incitant les Chinois toussant ou se mouchant à aller à l’hôpital. On a pu constater, dans ce cas précis, que la distribution de masques se faisaient aussi au profit des locaux face au « risque » de rencontrer des Chinois. Hélas, comme ailleurs en Occident, on a vu certains Russes éviter le contact avec des Asiatiques, ou éviter d’aller dans des restaurants chinois à cause du coronavirus. Plus grave, dans le métro de Moscou, les autorités ont donné l’impression de vouloir s’opposer à la présence même de Chinois, amenant l’ambassade de Chine à se plaindre auprès des autorités de la ville.
Cette sinophobie pourrait rencontrer un écho particulier dans l’Asie du Nord. Il ne faut pas oublier que régulièrement, la crainte d’une Chine dominant de plus en plus l’Extrême-Orient russe, voire l’ensemble de l’Asie du Nord, revient dans le débat. Cette approche relève du fantasme. Mais selon l’impact du coronavirus en Russie en général, et en Asie du Nord en particulier, ce sentiment raciste pourrait bien être utilisé par des acteurs politiques locaux pour masquer d’autres problèmes.
Cependant, il y a fort à parier que le Kremlin, et nombre de Russes, refuseront toute prise de position sinophobe. Notons que certaines mesures qui ont marqué les esprits sur le moment, y compris en Chine, comme la rapide fermeture de la frontière sino-russe, ont également été appliquées avec d’autres pays fortement touchés par le Covid-19, par exemple l’Iran. Il s’agit moins de racisme anti-chinois que des mesures drastiques pour protéger la santé publique. Cette position a d’ailleurs été comprise par les Chinois : quelques jours après s’être plaint à Moscou du traitement supposé discriminatoire de Chinois dans le métro de la ville, l’ambassade de Chine a revu sa position, donnant raison aux autorités russes.
D’autre part, il faut faire la différence entre les sentiments des franges nationalistes en Russie, et l’État ou la majorité de la population. Pour ces deux derniers, des liens forts avec la Chine restent une priorité. D’un point de vue économique, la Chine est devenu un partenaire vital pour la Russie : c’est son partenaire commercial principal depuis maintenant neuf ans, et sur l’Extrême-Orient russe, les investissements chinois représentent 60 % de tous les investissements étrangers. A bien des égards, aujourd’hui, c’est l’argent chinois qui sauve le secteur pétrolier russe, alors que la demande européenne s’effondre avec la pandémie.
Par ailleurs, d’un point de vue géopolitique, la Russie a plus que jamais besoin de la Chine. Alors que la confrontation avec les Américains, cristallisée autour des questions ukrainienne et géorgienne, reste d’actualité, l’attitude chinoise, refusant un statu quo international dominé par les États-Unis, va fondamentalement dans le sens des intérêts nationaux russes. Et contrairement à ce qu’on pense le plus souvent, il y a clairement des liens de peuple à peuple : en fait, on sait par un sondage du Pew Research Center du printemps 2019 que 71 % des Russes ont une opinion favorable sur la Chine. Une opinion fondée sur la connaissance de la Chine réelle : il y a plus de Russes visitant la Chine que de Chinois visitant la Russie (2,5 millions contre 2 millions en 2018).
Il est aussi fort probable que les liens sino-russes se renforcent suite à cette pandémie. En effet, l’aide apportée par les Russes comme par les Chinois en Italie, par exemple, est également critiquée dans les médias occidentaux, qui la présente comme peu utile, et surtout comme intéressée. Plus généralement, deux discours se construisent face à la crise : la Chine et la Russie offrant leur aide et projetant leur soft power, et les Occidentaux accusant ces deux pays de profiter de la crise. Des attaques qui renforcent le sentiment de nouvelle « guerre froide », opposant les Américains d’un côté, et le couple russo-chinois de l’autre.
Les désastres humanitaires forcent normalement les tensions diplomatiques à s’estomper, au moins pour un temps. Ce n’est pas le cas ici. Cela pourrait ajouter à l’impact humain et économique de l’après-pandémie, des tensions géopolitiques majeures. Ce qui n’annonce rien de bon pour la stabilité européenne…
Par Didier Chaudet

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A propos de l'auteur
Didier Chaudet
Didier Chaudet est un consultant indépendant, spécialisé sur les questions géopolitiques et sécuritaires en Asie du Sud-Ouest (Iran, Pakistan, Afghanistan) et en Asie Centrale post-soviétique. Il est également le Directeur de la publication du CAPE, chercheur non résident à l’IPRI, l’un des principaux think tanks pakistanais, et attaché scientifique de l’IFEAC (Institut français d’études sur l’Asie centrale). Il intervient régulièrement dans les médias français (France Culture, Huffington Post, Radio Vatican, Réforme, entre autres). D’octobre 2013 à début 2015, il a vécu en Iran, en Afghanistan, et au Pakistan, où il a été chercheur invité par plusieurs think tanks locaux. Auparavant, il a été chercheur à l’ISAS (Institute for South Asian Studies – National University of Singapore) en charge de l’analyse sur le Pakistan et l’Afghanistan, enseignant à Sciences Po (Collègue universitaire), chercheur à l’IFRI (en charge de l’Asie Centrale). Pour Asialyst, il suit principalement les évolutions sécuritaires et géopolitiques de l’Asie Centrale, de l’Afghanistan, et du Pakistan.