Politique
Expert - Politique chinoise

Chine : du Gansu au Guizhou, la purge des réseaux d'influence

Wang Sanyun, ancien chef du parti de la province du Gansu, inculpé puis exclu du PCC en 2017. (Source : South China Morning Post)
Wang Sanyun, ancien chef du parti de la province du Gansu, inculpé puis exclu du PCC en 2017. (Source : South China Morning Post)
Chasser les « tigres » ne suffit pas. Lancé dans l’une des plus vastes purges de l’histoire chinoise récente, Xi Jinping s’est donné pour tâche d’en finir avec leur réseau. Et la tâche est immense. Prenez l’exemple de Wang Sanyun, patron du Parti dans le Gansu, mis en examen en 2017 pour corruption et « activités superstitieuses ». L’homme, qui rêvait d’un destin national, n’a pas dépassé le niveau provincial. Il n’empêche, ce supporteur de Ling Jihua, lieutenant déchu de l’ex-président Hu Jintao, possédait un système de clientèle locale redoutable.
*Si personne ne doute des capacités de coercition de son successeur Zhao Leji, la « guerre » aux personnalités importantes a tout de même pris fin avec le départ de Wang Qishan en novembre 2017.
Malgré la chute de Wang Sanyun (王三运, né en 1952) quelques jours avant celle de Sun Zhengcai en juillet 2017, le monde politique local de la province du Gansu n’est pas encore au bout de ses peines. A l’instar de Ling Jihua et de son association du Shanxi, les figures politiques tombent souvent en premier, avant les industriels. Et pour cause, en 2014 pour Ling Jihua, comme en juillet 2017 pour Wang Sanyun et Sun Zhengcai, c’est Wang Qishan qui pilotait la commission disciplinaire*.
Cette fois-ci, plusieurs noms apparaissent, dont ceux de trois responsables-clés dans le « régime de Wang Sanyun ». D’autres font également surface, notamment dans la province du Guizhou, où Wang Sanyun forma sa première base politique.

Wang Yongsheng : de Dingxi à la Commission de discipline

*Wang fut d’ailleurs remplacé sur-le-champ par Ma Jiandong (马建东, né en 1963), un académicien de carrière. **Personnalité politique de troisième zone, l’intérêt d’en faire mention se trouve au niveau des connections de Shi au Gansu : Shi Jing fut le secrétaire de Chen Xueheng (陈学亨, né en 1948), figure importante du gouvernement provincial et du comité permanent du Gansu entre 1998 et 2007.
Né en 1961, Wang Yongshen (王永生) est l’ancien PDG du groupe Duzhe (« Lecteur », la grande revue littéraire chinoise)*. Il est moins connu pour sa carrière politique au Gansu que pour son parcours local dans les médias et le secteur de l’imprimerie. Ex-secrétaire particulier (mishu) de Shi Jing (石晶, né en 1957)** pour la ville de Dingxi au début des années 2000, Wang quitte la politique pour prendre la tête de la société du câble, de la radio et de la télévision de la province du Gansu. Il en deviendra le PDG en 2013, deux ans après l’arrivé de Wang Sanyun. Il invite même ce dernier à visiter la compagnie en septembre 2013.
*Secrétaire du Gansu (2003-2006) et du Jiangxi (2007-2013), Su Rong est l’un des proches de Zeng Qinghong et de Jiang Zemin.
En 2016, Wang est nommé PDG du groupe Duzhe (sous la tutelle de la société de publication du Gansu) en remplacement de Ji Xiping (吉西平, né en 1954), un ancien du Gansu et numéro un de la propagande provinciale entre 2004 et 2009. Pourquoi un tel transfert vers cette grande société ? Wang le doit aux liens tissés avec Wang Sanyun mais aussi à ceux qu’il a su créer avec le gouvernement du Gansu par le biais de Shi Jing et de Chen Xueheng. Ce dernier était en 2004 secrétaire adjoint de la province aux côtés de Su Rong (苏荣, né en 1948)*.
Pour l’instant, les causes exactes de la chute de Wang Yongshen demeurent incertaines. Mais il est probable qu’un important système de corruption impliquant la distribution ainsi que le contrôle de l’accès aux sous-traitants dans le secteur des médias (fournisseurs de signaux Internet, télévisions ou autres) serait à l’origine de sa mise en examen. La collaboration entre Wang Sanyun et la société étatique de Wang Yongshen aura coûté cher à l’industriel.

Le secrétaire de Wang condamné

Né en 1971, Tang Xinghe (唐兴和) était encore en 2016 une figure montant de la 7ème génération. Il sera mis en examen le même jour que son maître, Wang Sanyun, le 11 juillet 2017. Tang était son secrétaire lorsqu’il était en poste dans l’Anhui (2007-2008). En 2013, il avait été transféré au bureau des affaires générales du Gansu à la demande de Wang. Alors « porte d’accès » au secrétaire provincial, Tang s’est laissé corrompre par des sommes considérables et des titres de propriétés immobilières. On disait de lui qu’il était le « middleman » pour les hommes d’affaires qui souhaitaient approcher Wang Sanyun. Il sera reconnu coupable le 22 mai 2018.

La connexion Gansu-Guizhou : les territoires factionnels oubliés

*Fait intéressant, Liu tombera aux mains de la Jiwei en 2003 pour corruption. Wang Xiaodong, toujours en poste, n’est pas encore inquiété.
Dans le Guizhou, l’influence de Wang Sanyun se développe beaucoup plus tôt, dans les années 1980 jusqu’au début des années 2000. « Mishu » de Li Yufeng (李冀峰, né en 1923) dès son entrée en politique en 1983, Wang passera un bon moment à Guiyang (1987-1995), capitale du Guizhou, pour ensuite être élu au comité permanent de la province en 1995, sous le regard attentif de Liu Fangren (刘方仁, né en 1936). C’est aussi à cette époque que Wang Sanyun fera la connaissance de l’actuel gouverneur du Hubei, Wang Xiaodong (王晓东, né en 1960). Wang Xiaodong est à l’époque, et dès 1989, secrétaire (mishu) de Liu Fangren*. Liu qui l’emmènera d’ailleurs avec lui et le fera muter du Jiangxi en 1993.
*Tous également diplômés de l’Université Normale de Guiyang – Wang Sanyun en 1974 et Wang Xiaoguang en 1984.
En poste au Guizhou en 1995, Wang Sanyun connaîtra aussi un dénommé Wang Xiaoguang (王晓光, né en 1961), alors secrétaire du Parti de rang vice-départemental qui deviendra l’un de ses propres secrétaires particuliers (mishu). Les deux hommes, originaires du Shandong*, se lient d’amitié et Wang Sanyun poussera la carrière de Wang Xiaoguang vers Guiyang avant de se retirer en 2001. En 2004, Wang Xiaoguang devient le secrétaire de Wang Xiaodong, d’un an son aîné. Cette affiliation s’étend à un autre cadre du Guizhou : Wang Xiaoxu (王晓旭, né en 1968). Ce dernier, qui n’a pas vraiment connu Wang Sanyun, doit sa triste célébrité à la connexion qu’il a entretenue avec Wang Xiaoguang et Wang Xiaodong.
En poste à Zunyi, deuxième ville du Guizhou en importance (représentée au comité permanent provincial), Wang Xiaoxu est un ami de longue date de Wang Xiaoguang. Le premier commencera et terminera sa carrière à Zunyi (mis en examen le 15 mai 2018) et le second y passera plus de 11 ans à des postes-clés (maire ou secrétaire). Wang Xiaoguang sera lui inculpé en avril 2018.

La terre brulée derrière Wang Sanyun ?

Pour l’heure, la situation de punition collective au Gansu ressemble à celle de Chongqing à près Bo Xilai. On n’en finit plus de trouver des membres de la clientèle de Wang Sanyun. Ce dernier, semble-t-il, a formé un réseau politique des plus importants. Pour une figure politique de seconde zone, en dessous des Zhou Yongkang ou des Zeng Qinghong, son influence n’en fut pas moins difficile à « nettoyer ».
*Secrétaire de Chen Weigao (程维高, 1933-2010), secrétaire du Hebei de 1993 à 1998.
Désormais, les interrogations s’accumulent sur Shen Yiqin (谌贻琴, née en 1959). Que cache donc cette « jeune instruite » (zhiqing), surnommée « la grande sœur » (老大姐) ? Shi a connu Wang Xiaodong, Wang Xiaoguang et même d’autres comme Wang Fuyu (王富玉, né en 1952)*, secrétaire adjoint du Guizhou de 2004 à 2012, et ami proche de Jiang Zemin.
A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est stagiaire postdoctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines [CRSH]. Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa [2015]. Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique [2013], l’International Journal of Chinese Studies [2015/2016], le Journal of Contemporary Eastern Asia [2016], East Asia : An International Quarterly [2017], Issues and Studies [2011] ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie [2013/2015]. Il a également publié une note de recherche faisant le point sur « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.