Revue de presse Asie - 3 novembre 2016

Park Geun-hye menacée d'une enquête, aide nippone à la Birmanie et Nawaz Sharif

Des manifestants sud-coréens portant le masque de la présidente Park Geun-hye et de sa confidente Choi Soon-sil lors d'un rassemblement contre Park, à Séoul le 27 octobre 2016 (Crédits : REUTERS). Copie d'écran du Korea Times, le 3 novembre 2016.
Des manifestants sud-coréens portant le masque de la présidente Park Geun-hye et de sa confidente Choi Soon-sil lors d'un rassemblement contre Park, à Séoul le 27 octobre 2016 (Crédits : REUTERS). Copie d'écran du Korea Times, le 3 novembre 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Times – Le scandale du « Choi gate » ne cesse de provoquer des remous politiques de première importance en Corée. Ainsi, aujourd’hui jeudi 3 novembre, le Premier ministre sud-coréen nouvellement nommé Kim Byong-joon (voir notre revue de presse du mercredi 2 novembre) a indiqué que la présidente Park pourrait faire l’objet d’une enquête car « chaque citoyen est égal devant la loi ». Ce qui serait « une première pour un président en excercice », note le Korea Times.

Interrogé sur son nouveau rôle, Kim a rappelé qu’il accomplirait sa tâche à « 100 %, eu égard aux droits constitutionnels dévolus au Premier ministre ». Il envisage notamment « un remaniement gouvernemental » qui pourrait intervenir à la suite de négociations entre les membres du parti majoritaire Saenuri et ceux de l’opposition. Il a également indiqué qu’il ne s’agissait pas là d’un effet d’annonce mais que « ces décisions avaient été prises suite à des « entretiens satisfaisants » avec la présidente Park ».

Enfin, le nouveau Premier ministre a également indiqué qu’il pourrait demander à la locataire de la Maison bleue de « renoncer à son affiliation au parti majoritaire Saenuri » si cette appartenance devait contrecarrer « sa volonté de normaliser le gouvernement ».

Pour le Straits Times qui y consacre un long développement, ce « scandale a sécoué la présidence, exposant Madame Park au ridicule et à l’indignation de la population ». Surtout, rappelle le quotidien singapourien, les propos du Premier ministre ouvre une porte jusque-là inconnue, car « en vertue de la Constitution sud-coréenne, aucun président sortant ne peut être inculpé au pénal hors de cas de trahison ou d’insurrection ». Et de conclure : « Il n’est pas clair si un président en exercice peut être ou non sous le coup d’une enquête et inculpé après son départ ».

Taipei Times – Le parti démocrate-progressiste au pouvoir est fou de rage. Selon le PDP, la présidente du Kuomintang Hung Hsiu-chu n’a pas su défendre Taïwan en refusant de mentionner le nom officiel de l’île (République de Chine) lors de sa recontre avec le président chinois Xi Jinping ce mardi 1er novembre. Hung s’est attachée avec Xi à condamner toute volonté d’indépendance de Taïwan et à « maintenir la paix et la stabilité entre les deux rives du détroit de Taïwan, en se fondant sur le principe d’une seule Chine », rapportait mardi le South China Morning Post. Un principe appelé aussi « consensus de 1992 » qui ne reconnaît l’existence que d’une seule nation chinoise, mais laisse Pékin et Taipei libre d’interpréter lequel des deux gouvernements la représente. Selon un repsonsable du KMT, sa présidente aurait demandé au numéro un chinois de ne pas s’opposer à l’envoi d’une représentant taïwanais au prochain forum de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation). Ce à quoi Xi Jinping aurait répondu qu’il n’y voyait aucun obstacle dès lors que le gouvernement de Taipei reconnaîtrait officiellement le « consensus de 1992 ».

Or c’est précisément ce que refuse de faire le parti démocrate-progressiste. Depuis son discours d’investiture le 20 mai dernier, Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise ne cesse d’affirmer qu’elle reconnaît certes le sommet de 1992 comme un « fait historique » mais qu’elle n’approuve pas le « consensus ». Hier mercredi 2 novembre, Tsai n’en a pas moins appelé Pékin à reprendre les négociations avec Taipei pour assurer des relations pacifiques entre les deux rives. Elle a aussi enjoint la Chine populaire à respecter l’identité taïwanaise : « Nous espérons que les autorités de Pékin puissent reconnaître la foi bien ancrée dans le système démocratique au sein du peuple taïwanais. »

Japan Times – La base navale de Sasebo dans la préfecture de Nagasaki a été brièvement fermée ce jeudi 3 novembre suite à un signalement de coups de feu. Mais aucun tireur ni aucune victime n’étant à déplorer, tout est rapidement revenu à la normale, précise la marine américaine sur son compte Twitter officiel.
Les coups de feu auraient été entendus dans un bâtiment de la base abritant un escadron anti-déminage, ce qui aurait conduit les autorités américaines a fermer entièrement la base par sécurité.

Pour l’adjoint aux affaires publiques des forces navales américaines stationnées au Japon cité par la quotidien nippon, « l’incident s’est produit dans un bâtiment se situant dans une zone de maintenance ; ce qui n’est pas la partie la plus calme de la base ». Et la sécurité s’est mise en place car « quelqu’un a cru entendre quelque chose et ce quelque chose ressemblait à des coups de feu ».
Et le Japan Times de rappeler que « les forces armées américaines sont stationnées au Japon depuis la défaite de la Seconde Guerre mondiale » et que « les crimes occasionnels perpétrés par le personnel militaire ou civil américain présent dans ces bases rendent furieux le public [japonais] et poussent souvent à des appels au démantèlement ».

Asie du Sud-Est

Myanmar Times« Promouvoir le développement et la réconciliation. » C’est le mot d’ordre affiché par Shinzo Abe pour justifier son plan de 7,7 milliards de dollars en aide, prêts et investissement en Birmanie. 350 millions de dollars doivent notamment être consacrés à « la promotion de bonnes relations » (sans plus de précision) dans les régions peuplées de minorités ethniques, après des décennies de joug militaire et de conflits avec les groupes rebelles. Le Premier ministre nippon a fait ses annonces devant Aung San Suu Kyi, qui est à Tokyo depuis ce mardi 1er novembre pour une visite de 5 jours. Celle qui est de facto la Première ministre birmane espère financer avec l’investissement japonais dans les infrastructures la reconstruction d’un pays riche en ressources naturelles. Sa visite s’inscrit dans une campagne diplomatique qui l’a menée en Chine, aux Etats-Unis et en Asie du Sud-Est.

Cependant, Aung San Suu Kyi n’a pu échapper aux questions sur la gestion du conflit dans l’Etat birman de Rakhine, depuis l’attaque le 9 octobre de postes de police à la frontière avec le Bangladesh. « Le gouvernement birman répond au problème au Rakhine selon les principes de l’Etat de droit », a défendu la Prix Nobel de la Paix en 1991, rapporte le Straits Times. Dans cette région où vivent l’essentiel des Rohingyas, cette minorité musulmane déclarée apatride depuis mars 2015, l’armée a bouclé l’accès aux humanitaires et est accusée d’exactions, de viols et de meurtres de civils. Aung San Suu Kyi n’a fait aucun autre commentaire sur les appels des ONG ou de l’ASEAN à ouvrir une enquête pour violations des droits de l’homme.

Bangkok Post – Encore des attaques simultanées dans le Sud thaïlandais. Une douzaine, selon la police. Parmi elles, hier, mercredi 2 novembre, en milieu de soirée, dans la province de Pattani, un soldat a été tué dans l’attaque par des militants armés d’un bureau des vétérans de l’armée, alors qu’un autre groupe a attaqué un poste de police sans faire de victimes ni de blessés, et tandis qu’une bombe faisait explosé trois poteaux électrique causant un blackout dans le périmètre. Toujours à Pattani, un incendie puis une explosion ont fait un nombre non encore connu de blessés dans une épicerie 7-Eleven. Dans la province voisine de Songkhla, deux gardes de sécurité ont été tués dans l’explosion d’une bombe, tandis que dans la province de Narathiwat, des pneus ont été incendiés sur un pont dans le district de Muang, causant une interruption du trafic routier.

Aucune des attaques n’a été revendiquée, comme à l’habitude. Mais le mode opératoire et les lieux choisis sont ceux des insurgés musulmans. La police n’a pas su dire pourquoi la soirée de ce mercredi a été choisie pour cette série d’attentats. Le même jour, le vice-ministre thaïlandais de la Défense était en visite avec une délégation de 13 membres du gouvernement dans ces régions méridionales. Pour mieux comprendre l’insurrection musulmane dans cette partie de la Thaïlande, lire notre dossier spécial.

Tempo – Les grandes puissances savent fort bien que l’Indonésie tient à sa position de pays non aligné. Ce qui signifie que tous ont leur chance d’exercer une influence. Hier mercredi 2 novembre, Mikhail Galuzin, l’ambassadeur de Russie à Djakarta, a déclaré que son pays s’engageait à accroître sa coopération économique et militaire avec l’Indonésie. En témoigne la présence des industries de défence russes à l’Indo Defence Expo, l’un des évéments majeurs en Asie du Sud-Est en matière militaire, qui a débuté ce mercredi. Les firmes russes exposeront leur arsenal, dont des avions de chasse, des navires de guerre, des tanks aussi bien que le S-400, dernier système russe de défense aérienne. Le gouvernement de Moscou a également envoyé son navire destroyer Admiral Tributs-564, arrivé ce lundi 31 octobre au port de Djakarta.

Cette annonce russe intervient 24 heures après les exercices conjoints menés par l’Indonésie avec les Etats-Unis. Ce mardi 1er novembre, les marines américains et l’armée de l’air indonésienne ont ainsi donné le coup d’envoi de dix jours d’exercices nommés « Cope West » à Manado, dans la province de Sulawesi du Nord, rapporte le Jakarta Post. C’est la première fois depuis 19 ans que les deux pays mènent un tel exercice de combat « avion contre avion ». Une démonstration de force importante pour les Américains dont l’influence est en perte de vitesse en Asie du Sud-Est à cause de la « séparation » voulue par le président philippin Rodrigo Duterte.

Asie du Sud

The Express Tribune – La famille de Nawaz Sharif se rapproche d’un procès pour évasion fiscale. Ce jeudi 3 novembre, la Cour Suprême a lancé un ultimatum à trois des enfants du Premier ministre, Maryam, Hussain et Hassan : si leur représentant ne fournit pas une réponse écrite aux allégations de fraude liée aux Panama Papers avant lundi 7 novembre, la Cour considèrera que la famille Sharif reconnait implicitement ces accusations. De son côté, le Premier ministre a envoyé une lettre à la Cour assurant qu’il n’avait jamais détenu de compagnies offshore à l’étranger et qu’il avait légalement déclaré ses impôts en 2013. Ce qui le préserverait d’une destitution.

Par ailleurs, la Cour avait demandé au parti au pouvoir, la Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N), et à l’opposition du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) de déposer leurs propositions pour la formation d’une commission d’enquête sur les fuites des Panama Papers. Mais l’audience a été ajournée. Cette commission est l’une des principales revendications d’Imran Khan, chef du PTI, qui souhaite par cette enquête obtenir la démission de Nawaz Sharif, rappelle le Straits Times.

Indian Express – Cela ressemble fort à une tentative de récupération politique ratée. Ce jeudi 3 novembre, Rahul Gandhi, le vice-président du parti du Congrès dans l’oppisition, a voulu assister à la cérémonie de crémation de l’ancien soldat Ram Kishan Grewal dans sa résidence à Bhiwani, dans l’Etat de l’Haryana au nord-est de New Delhi. Grewal se serait suicidé la veille, mardi 2 novembre, pour protester contre la non application du plan de retraite One Rank One Pension (OROP). Il faisait parti d’un mouvement au long cours de retraités de l’armée qui militaient ensemble pour le respect de l’OROP. Il avait également écrit une lettre au ministre de la Défense, Manohar Parrikar.

La mort de Grewal a déclenché un scandale dans la classe politique indienne. Et Rahul Gandhi voulait témoigner de sa solidarité avec la famille de l’ancien miltaire, en même temps que se montrer en phase avec ses revendications. Mais le vice-président du Congrès n’a pas vraiment profité de cette « séquence » de communication politique. Rahul a été détenu brièvement par la police, qui l’a empêché de rencontrer la famille du défunt.

The Hindu – L’enquête n’est pas encore terminée. Mais d’ores et déjà, la Commission nationale pour les droits de l’homme au Bangladesh considère que les centaines de personnes qui ont attaqué et vandalisé 15 temples hindous et une vingtaine de maisons à Nasirnagar, n’étaient pas une foule spontanée et vengeresse. Cet assaut de violence était intervenu apparemment en réaction après un post sur Facebook jugé blasphématoire et qui avait créé un tollé dans tout le pays. Pour la Commission, ces attaques de temples seraient en réalité le fruit d’un plan prémédité par un groupe organisé qui cherchait à confisquer les terres aux religieux et aux particuliers hindous visés. La police bangladaise a déclaré avoir arrêté neuf personnes soupçonnées d’être liées aux attaques.
Par Joris Zylberman et Antoine Richard, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris