Revue de presse Asie - 5 octobre 2016

Joshua Wong détenu à Bangkok, affrontements en Birmanie et détermination de Modi

La détention de Joshua Wong en Thaïlande rappelle la disparition du libraire hongkongais Gui Minhai dans le même pays l'année dernière. Copie d'écran du South China Morning Post, le 5 octobre 2016.
La détention de Joshua Wong en Thaïlande rappelle la disparition du libraire hongkongais Gui Minhai dans le même pays l'année dernière. Copie d'écran du South China Morning Post, le 5 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – La nouvelle fait bruisser les milieux pro-démocratie. L’activiste hongkongais Joshua Wong, figure de proue du mouvement des parapluies et secrétaire général du parti Demosisto, a été brièvement détenu à l’aéroport de Bangkok (Suvarnabhumi) par les autorités thaïlandaises ce mercredi 5 octobre. Il était invité à s’exprimer à l’Université Chulalongkorn pour les 40 ans de la répression gouvernementale de 1976, explique le South China Morning Post. D’après Netiwit Chotipatpaisal, l’étudiant thaïlandais qui devait accueillir Wong, ce dernier n’a même pas été autorisé à quitter l’aéroport.

Pourquoi Joshua Wong a-t-il été intercepté par la police du royaume ? D’après son avocat Michael Vidler, un refus d’accès au territoire de la part des autorités de Bangkok constitue la seule raison valable. En cause, vraisemblablement : la nature du régime politique thaïlandais, junte militaire certainement peu encline à ce que Wong vante la démocratie auprès de ses étudiants. Mais dans « le pire des cas », son arrestation aurait pu être demandée par Pékin, continue Vidler. Une hypothèse balayée par le ministre hongkongais de la Justice, qualifiant la décision de Bangkok de « purement domestique ».

Netiwit Chotipatpaisal affirme pourtant que les policiers thaïlandais de l’aéroport, avec lesquels il s’est entretenu – n’arrivant pas à joindre Wong – ont été formels : « Ils m’ont dit que la Chine avait envoyé une lettre pour demander au gouvernement d’empêcher Wong d’aller en Thaïlande. » Depuis que Gui Minhai, un libraire hongkongais commercialisant des ouvrages critiques à l’égard du PC chinois et de Xi Jinping, a mystérieusement disparu en Thaïlande l’année dernière, les habitants de l’ex-colonie britannique sont particulièrement méfiants, explique Vidler. Les leaders du parti Demosisto ont ainsi demandé le soutien d’avocats des droits de l’homme et d’ONG en Thaïlande pour mettre à jour une potentielle implication chinoise dans la détention de Wong.

South China Morning Post – Comment la fraude électorale du Liaoning, la plus importante depuis la création de la République populaire de Chine en 1949, a-t-elle pu avoir lieu ? Le South China Morning Post dévoile les derniers éléments de l’enquête sur ce scandale d’ampleur nationale, ayant conduit à la suspension du Congrès provincial du Liaoning et à la réunion du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire (voir notre revue de presse du 14 septembre). Les « cadres d’entreprise » désireux d’acquérir un mandat électoral étaient en effet prêts à verser des pots-de-vin aux électeurs et des « dizaines de millions de yuans » à des « influenceurs politiques ». D’après le rapport d’enquête cité par le quotidien hongkongais, les députés du Liaoning auraient trouvé que la corruption était déjà « trop répandue » pour refuser de nouveaux dessous-de-table.

« On brise des règles implicites lorsqu’on refuse les cadeaux, dont les « enveloppes rouges » [enveloppes chargées de billets, ndlr] et des biens comme du thé ou des objets de valeur », explique un officiel de Shenyang, capitale provinciale du Liaoning, cité sous condition d’anonymat. De même, certains candidats se sont retrouvés « obligés » de verser des pots-de-vin au nom de « l’égalité des chances », dans la mesure où l’ensemble de leurs concurrents l’avaient déjà fait… Un cercle vicieux. Les influenceurs s’étaient néanmoins engagés à rembourser la somme versée si leurs bienfaiteurs n’étaient finalement pas élus. Désormais, la crainte réside dans l’expansion de ce genre de pratiques dans d’autres provinces chinoises, conclut le South China Morning Post.

Yonhap – Défections en chaîne pour Pyongyang. Un officiel du ministère nord-coréen de la Santé, détaché à l’ambassade du « royaume ermite » à Pékin, aurait disparu avec sa famille fin septembre et chercherait désormais à rejoindre la Corée du Sud, informe l’agence de presse sud-coréenne Yonhap ce mercredi 5 octobre. Il était chargé de fournir du matériel médical à une clinique de Pyongyang, qui s’occupe notamment de la famille du président Kim Jong-un. Un premier rapport faisant état de la défection de deux membres de l’ambassade a été démenti par la source anonyme citée par Yonhap. Samedi dernier, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye avait officiellement appelé les citoyens de Corée du Nord à fuir vers Séoul.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Les tensions dans l’Etat Shan se poursuivent. Ethnies Wa et Mongla, deux minorités puissantes d’un point de vue militaire et majoritaires dans la région, ont pris les armes l’une contre l’autre. Le 28 septembre dernier, 600 soldats de l’éthnie Wa ont ainsi capturé 150 membres de la minorité Mongla. La cause de ce conflit entre ces deux alliés de Pékin : la récente conférence de Panglong. Organisée par le nouveau gouvernement d’Aung San Suu Kyi fin août, elle avait pour mission d’asseoir autour de la table les principaux représentants des minorités éthniques, du gouvernement et de l’armée régulière (Tatmadaw). Les Wa ont à tout prix voulu garder leur distance dans ce processus de paix, n’envoyant à ce rassemblement qu’une petite délégation. Pour cause, la minorité Wa est alliée aux minorités arakanaises, Ta’Ang et à l’Alliance armée pour la démocratie birmane, toutes trois écartées de la Conférence de Panglong. Dès le deuxième jour, les Wa se sont d’ailleurs retirés eux-mêmes des négociations, arguant être laissés de côté par le gouvernement.

De leur côté, les Mongla ont refusé de suivre la politique de leurs voisins, tentant de maintenir de bonnes relations avec le gouvernement. Le leader de l’ethnie s’est ainsi déplacé en personne à la Conférence. Les spécialistes birmans s’accordent : cette différence de politique est responsable des tensions entre les deux minorités. Et ces dernières s’intensifient alors que les combats entre groupes ethniques et armée régulière birmane font rage dans la région. Les Wa sont en effet convaincue que les militaires tentent, par ce biais, de les intimider.

Straits Times – Où sont les limites de Rodrigo Duterte ? Le président philippin a avoué être « tenté » par l’instauration de la loi martiale pour venir à bout du trafic de drogue dans son pays. Un penchant lié à l’attentat de Davao, le 2 septembre dernier. Une bombe avait alors explosé dans le marché de la plus grande ville du sud des Philippines, dont Duterte a longtemps été maire, faisant 14 morts et 67 blessés.

Si des membres d’Abou Sayyaf ont revendiqué l’attaque, les autorités restent persuadées que cela pourrait aussi être l’oeuvre de trafiquants de drogues en lien avec le groupe islamiste. Duterte a décidé la mise en place d’un « Etat de non-droit » permettant le déploiement de militaires dans l’ensemble de l’archipel (voir notre revue de presse du 5 septembre). Mais le président se veut clair : cet Etat de « non-droit » n’est en rien semblable à une loi martiale même s’il nécessite « un effort national et coordonné entre l’armée et la police » pour lutter contre le terrorisme et renforcer la lutte contre le trafic de drogues.

Par ailleurs, le président philippin continue sa litanie d’insultes envers la communauté internationale. Il a ainsi suggéré à Obama et à l’Union européenne « d’aller au diable », rapporte The Philippine Star. Le président a amorcé une véritable rupture avec les Etats-Unis tant sur le plan militaire que sur le plan économique n’appréciant pas les critiques de son homologue américain sur sa guerre contre la drogue. Après avoir traité Obama de « fils de pute », il a annoncé son désir de mettre fin à l’alliance militaire entre les deux Etats. Soldats américains et philippins se sont réunis hier pour procéder à leurs annuels exercices militaires conjoints, les derniers selon Duterte.

Cambodia Daily – Voila cinq mois que leurs sièges sont vides. Pourtant, les 55 députés de l’opposition au gouvernement cambodgien pourraient bientôt reprendre la route du Parlement après de longs mois de tensions politiques et de boycott des sessions parlementaires. Depuis le 20 septembre, les relations entre l’opposition et le gouvernement du président Hun Sen semblent s’être apaisées. Jusqu’alors, c’était l’impasse : Sam Rainsy, figure phare de l’opposition, appelait à maintenir le boycott tant que des avancées significatives n’avaient pas lieu. De son côté, Hun Sen refusait de quelconques négociations tant que les députés ne reprenaient pas le chemin du Parlement.

Ce mercredi 5 octobre, lors d’une réunion du comité permanent de l’Assemblée, Yem Ponhearith, le porte-parole du CNRP (Cambodia National Rescue Party), principal parti d’opposition, affirmait ainsi espérer voir les députés à l’Assemblée dès vendredi. « La situation est calme et j’espère que cela encouragera les discussions », a-t-il affirmé. De son côté, le parti du peuple cambodgien (CPP) au pouvoir a affirmé attendre avec impatience de pouvoir de nouveau travailler avec l’opposition. « Au Cambodge, quand il y a un problème, il y a toujours une solution », a assuré, bonhomme, Chheang Vun, député du CPP.

A la tête du pays depuis 31 ans, Hun Sen est accusé de museler l’opposition afin de se maintenir au pouvoir au-delà des élections prévues en 2018. Plus d’une douzaine d’opposants ont été emprisonnés depuis le début du boycott parlementaire en mai dernier. Le 12 septembre, le vice-président du parti, Kem Sokha, a été condamné à cinq mois de prison ferme dans un procès par contumace. Il était jugé pour avoir refusé de se présenter à un interrogatoire concernant une complexe affaire de scandale sexuel. Il accuse en effet le gouvernement d’organiser un procès politique et a appelé à une manifestation générale. Il était depuis plusieurs mois retranché dans les locaux de son parti de peur d’être arrêté. L’année dernière, Sam Rainsy avait été condamné à 11 ans de prison et s’était exilé à Paris.

Asie du Sud

Times of India« Réduire les tensions » avec le Pakistan ? Le Premier ministre indien Narendra Modi ne s’y oppose pas – mais cela ne se fera pas sans dialogue sur les mesures précises qu’Islamabad doit prendre en matière de lutte antiterroriste. Il en est donc fini, d’après le Times of India, de la période où l’Inde songeait accorder une « marge de manoeuvre » au Pakistan : les « frappes chirurgicales » opérées au-delà de la Ligne de Contrôle cachemirie (pour la première fois de l’histoire), à la suite de l’attaque contre la base militaire d’Uri, auront marqué un tournant décisif (voir notre revue de presse du 30 septembre). Modi chercherait désormais à accumuler les « victoires concrètes » plutôt que de retourner à l’ancien modèle de négociation, d’après les observateurs.
The Express Tribune – Les projections de la croissance économique pakistanaise, estimée à 5 % par an, sont-elles menacées ? C’est ce que craint la Banque mondiale dans son rapport publié hier mardi 4 octobre. En cause : la mise en place ralentie du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui pourrait par ailleurs « affecter l’investissement » dans le pays. Cela fait plusieurs mois que les travaux quasi à l’arrêt font la une de la presse pakistanaise. Même si la confiance des officiels restent de mise, force est de constater que le corridor accuse d’importants retards, déplore la Banque mondiale. D’autant plus que les tensions actuelles avec l’Inde sur le Cachemire ne sont pas étrangères aux perspectives moroses de croissance pour Islamabad, ajoute l’institution internationale.
Times of India – Un nouveau barrage chinois sur le Brahmapoutre. Voilà de quoi inquiéter New Delhi alors que ce nouveau projet, construit sur un affluent du Brahmapoutre au Tibet, serait l’un des plus onéreux jamais mis en oeuvre dans la région. La liste des craintes de l’Inde semble sans fin : possible baisse du débit d’eau, revendications chinoises sur l’Arunachal Pradesh, détournement de l’eau du fleuve vers la Chine, inondation de villes indiennes en cas de rupture du barrage… Mais l’Inde a surtout peur de voir le fleuve devenir une véritable arme politique. Ironie du sort alors qu’elle menace de couper l’eau de l’Indus vers le Pakistan. Pour mieux comprendre les conflits liés à la gestion des fleuves transfrontaliers en Asie, lire notre dossier « Asie : la guerre de l’eau aura-t-elle lieu sur les fleuves transfrontaliers ? ».
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris