Revue de presse Asie - 23 août 2016

Enquête sud-coréenne, attentats de Bangkok et apaisement au Cachemire indien

Copie d'écran du Bangkok Post, le 23 août 2016
Le procès des deux suspects ouïghours de l'attentat de Bangkok est ajourné au 15 septembre, en raison de l'inculpation de leur interprète. Copie d'écran du Bangkok Post, le 23 août 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Times – A moins d’un an de l’élection présidentielle, les scandales continuent de s’accumuler autour de Park Geun-hye. Des procureurs d’Etat ont indiqué aujourd’hui mardi 23 août l’ouverture d’une enquête sur Park Geun-ryoung, sœur cadette de la présidente sud-coréenne. L’enquête a été sollicitée par l’inspecteur Lee Seok-su chargé d’examiner les allégations de corruption impliquant notamment des proches de la présidente. L’affaire a été assignée au Bureau du Procureur du district central de Séoul, qui avait déjà déposé une demande d’enquête sur le secrétaire d’Etat aux Affaires présidentielles, Woo Byung-woo (voir notre revue de presse du 27 juillet). Le procureur avait lui-même été au centre d’une controverse après qu’un présentateur local de MBC a révélé qu’il a diffusé illégalement certaines informations sur son enquête sur Woo.
La sœur de Park Geun-hye est soupçonnée d’avoir « exagéré son influence » afin de recevoir d’importantes sommes d’argent. Elle avait déjà été condamnée l’année dernière à une amende de 4 400 dollars pour fraude. Les relations entre la présidente et sa soeur cadette sont actuellement tendues, note le Korea Times. Elles se sont ternies au fil des années, notamment lorsque Park Geun-ryoung a épousé un « personnage controversé » – Shin Dong-uk, condamné en 2012 pour avoir diffusé de fausses rumeurs sur… Park Geun-hye, justement.
South China Morning Post – Voilà une indignation pleine d’aveux. Huang Jiefu est l’ex-vice-ministre chinois de la Santé, chargé de réformer le système de transplantaton d’organes du pays. Lors d’une conférence internationale à Hong Kong, Huang a qualifié « d’insultantes » les « rumeurs » selon lesquelles 100 000 organes seraient prélevés chaque année sur des condamnés à mort en Chine. Car selon lui, Pékin aurait stopper cette pratique… en janvier 2015 ! Il faut dire que dans le pays, les prisonniers exécutés ont longtemps représenté la principale source de prélèvement d’organes – jusqu’aux deux-tiers du total, indique le South China Morning Post. Malgré le lancement d’un programme-pilote en 2010 pour inciter les Chinois au don « volontaire », la population reste majoritairement réticente. Une croyance traditionnelle veut en effet que les corps soient enterrés ou brûlés intacts.
Mais ce programme a eu un autre effet : désormais, les condamnés à mort « qui le souhaitent » sont inscrits sur la liste des « donneurs citoyens volontaires », a expliqué Huang Jiefu : « Nous ne pouvons pas les priver de leurs droits de citoyens. » Insuffisant pour apaiser les craintes de la communauté internationale, là où une loi explicitant l’interdiction de transplanter des organes de condamnés à morts serait mieux accueillie.
The Mainichi – Une défaite pour Sea Shepherd. L’ONG de protection maritime a accepté de ne plus s’approcher des baleiniers japonais dans un accord à l’amiable avec l’Institut de Recherche sur les Cétacés du Japon. Dans un communiqué, l’organisation gouvernementale de chasse à la baleine a déclaré que Sea Shepherd et ses collaborateurs étaient « définitivement enjoints de s’abstenir d’attaquer physiquement les baleiniers et leurs équipages et de naviguer d’une manière qui pourrait mettre en danger la sûreté de leur navigation », selon le Mainichi Shimbun. L’ONG écologiste devra ainsi respecter une distance de 450 mètres avec les navires japonais. Cet accord met fin à un procès qui a débuté en 2011, lorsque l’Institut de Recherche sur les Cétacés du Japon a saisi la justice américaine pour obtenir une injonction contre Sea Shepherd.
Fondée en 1977 par le canadien Paul Watson, l’ONG est connue pour ses méthodes radicales pour protéger les baleines, comme attaquer les baleiniers ou pointer des faisceaux laser sur leurs équipages. Sea Shepherd avait dû payer 2,55 millions de dollars en dommages et intérets à l’organisation japonaise, somme qui lui sera rendue grâce à cet accord. Depuis décembre 2015, le Japon brave l’interdiction de la Cour internationale de Justice, qui lui avait interdit la chasse à la baleine – suspectée d’être menée à des buts commerciaux sous couvert de recherches scientifiques.

Asie du Sud-Est

The Bangkok Post – L’affaire rebondit. Le procès de l’attentat de Bangkok, perpétré en août 2015 au sanctuaire d’Erawan, a été ajourné au 15 septembre prochain. Les avocats des deux suspects, Adem Karadag et Yusufu Mirelli, deux Ouïghours (minorité turcophone et musulmane de la région autonome chinoise du Xinjiang), en ont fait la demande ce mardi 23 août afin de recruter un nouvel interprète – leur interprète actuel ayant été inculpé pour une affaire de drogue. En revanche, le tribunal militaire de Bangkok a refusé de déplacer les deux accusés, qui ont affirmé avoir subi des tortures en détention.
« Après avoir mené une enquête, le tribunal a découvert que ces allégations étaient fausses et que les prévenus resteront en détention militaire puisqu’il s’agit d’une affaire de sécurité nationale », a déclaré l’un des juges selon le Bangkok Post. Le tribunal considère également qu’ils seraient en danger dans un autre centre de détention, étant donné la médiatisation de l’affaire. L’attentat, qui a eu lieu le 17 août 2015, a tué 20 personnes et blessé 125 autres, majoritairement des touristes chinois.
Myanmar Times – La tant attendue « Conférence de Panglong du XXIe siècle » approche à grand pas, mais ses contours restent flous. Sur le fond, un accord a « quasiment » été trouvé entre les différentes parties au sommet qui doit s’ouvrir le 31 août, explique un membre du parti ethnique Shan Nationalities League for Democracy au Myanmar Times. Il ne s’agira pas seulement de traiter d’enjeux « politiques et sécuritaires », comme le souhaitait Aung San Suu Kyi, mais également de problématiques liées à la gestion des terres et des ressources naturelles – entre autres. C’est plutôt sur la forme que les discussions achoppent. Deux principaux sujets de friction opposent encore le gouvernement aux groupes ethniques armés : les modalités de représentation des participants et celles du processus de décision.
Quoi qu’il en soit, un invité de marque participera bien à la Conférence de Panglong : le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Sa visite a été confirmée à l’AFP par le vice-directeur général du Bureau présidentiel birman, rapporte le Myanmar Times dans un second article. Une information également reprise par un membre de la Karen National Union, l’un des plus importants groupes ethniques armés du pays : « Le secrétaire général de l’ONU participera à la conférence durant laquelle il livrera un discours, mais nous ne savons pas quand exactement. » Sa présence renforcera le soutien international au processus de paix impulsé par Aung San Suu Kyi, conclut le quotidien birman.
Channel News Asia – Alors que le président philippin Rodrigo Duterte fait les gros titres avec sa politique anti-drogue – qui a déjà causé 1 800 morts d’après les chiffres officiels – sa politique économique, moins connue, porte ses fruits. Le gouvernement philippin a en effet annoncé la semaine dernière un taux de croissance économique de 7% – le plus haut depuis 3 ans – faisant pour l’instant des Philippines le pays dont la croissance au second trimestre 2016 est la plus forte (tous les pays n’ont pas encore communiqué leurs chiffres).
Les bases de l’économie philippine ont été posées par le prédécesseur de Duterte, Benigno Aquino, qui a amené la croissance du pays a près de 6 % durant son mandat. Mais les leaders économiques philippins félicitent également la nouvelle administration pour sa construction de nouvelles infrastructures. Selon eux, cela pourrait mener à un futur boom économique. Lors de son élection en mai dernier, Duterte avait pourant été vague quant à sa politique économique… Aujourd’hui, les entreprises annoncent les unes après les autres leur plan d’expansion.
Certains voient même la campagne anti-drogue de Duterte comme positive pour l’économie, bien qu’extrêmement sanglante. Les scandales qui touchent le nouveau président – qui a notamment qualifié l’ambassadeur américain de « gay » et de « fils de pute » (voir notre revue de persse du 10 août) – n’égratigne pas son soutien populaire. Il détenait en effet 91 % d’approbation de la population lors du dernier sondage de popularité. Un plebiscite qui remonte à l’époque où il était maire de Davao : il avait alors tenu ses promesses et fait fleurir l’économie de la région.

Asie du Sud

The Indian Express – La vie reprend lentement son court dans le Cachemire indien. Le couvre-feu a été levé aujourd’hui mardi 23 août dans la plupart des zones de Srinagar – capitale de l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire – face à l’amélioration de la situation dans la ville. La vie dans la vallée reste cependant affectée pour le 46ème jour depuis le meurtre le 8 juillet dernier de Burhan Wani, commandant du groupe séparatiste Hizbul Mujahideen. Des affrontements avaient en effet éclaté dès le lendemain de sa mort dans la région, causant pas moins de 65 morts et des milliers de blessés.
Selon un fonctionnaire de police, le couvre-feu concernera encore 5 zones du centre-ville de Srinagar ainsi que les quartiers résidentiels de Batamaloo, Maisuma et Kralkhud et la ville d’Anantnag au sud du Cachemire. Les restrictions sur les réunions de quatre personnes ou plus subsisteront également dans la vallée pour maintenir l’ordre public. L’Internet mobile reste lui aussi suspendu et les magasins, bureaux privés, écoles et stations-services fermés.
Dawn – Le chef du parti Muttahida Qaumi Movement (Mouvement national uni, MQM) rétropédale et s’excuse. Altaf Hussain, basé à Londres, s’était attiré les foudres des autorités pakistanaises hier lundi 22 août après avoir livré par téléphone un discours incendiaire devant des militants rassemblés au pied du Karachi Press Center. Il avait alors non seulement accusé le gouvernement d’Islamabad d’opérer des « disparitions forcées » et des « arrestations extrajudiciaires » de sympathisants de son parti, mais aussi qualifié le Pakistan de « migraine » et de « cancer » pour le monde entier, estimant qu’il représente « l’épicentre international du terrorisme », rapporte Dawn. D’après le quotidien pakistanais, le chef du MQM a également enjoint les manifestants à s’en prendre aux médias ARY et Samaa, puis au siège du gouvernement du Sindh et des forces paramilitaires stationnées à Karachi.
Les bureaux d’ARY et de Samaa ont bien été attaqués par des individus scandant des slogans « pro-MQM », mais Altaf Hussain a nié ce mardi 23 août qu’il s’agissait de membres de son parti. D’après lui, il s’agit de personnes « envoyées dans un but précis », sans livrer plus de détails. Les affrontements ont fait au moins une victime et douze blessés. Le chef du MQM a exprimé ses regrets sur Twitter : « Du plus profond de mon coeur, j’implore le pardon pour mes remarques à l’égard du Pakistan. […] Je promets au peuple pakistanais, à l’establishment, à l’armée, aux renseignements, et aux plus hautes autorités que je n’emploierai plus jamais de tels termes. » Il a expliqué ses propos par « une forte pression psychologique ». Altaf Hussain a également imploré le gouvernement central d’arrêter « de prendre des mesures anti-MQM », ce qui risquerait de « le couper de la scène nationale ».
Car les autorités ont vivement réagi aux incidents. Les rangers du Sindh ont mené des actions contre le MQM dans la nuit d’hier lundi 22 août à aujourd’hui, rapporte toujours Dawn. Ils ont notamment investi et fermé le QG du parti à Karachi, où ils ont déclaré avoir retrouvé des armes. Plusieurs leaders du MQM ont été placés en garde à vue, dont Farooq Sattar, Khawaja Izharul Hasan et Amir Liaquat. Le site Internet du parti a également été suspendu à la suite du raid.
India Today – Inquiétude au Pakistan. L’Inde a prévu de nouvelles livraisons d’armes vers l’Afghanistan pour l’aider à combattre les militants islamistes, rapporte India Today. Or les autorités pakistanaises considèrent l’Afghanistan comme partie intégrante de son aire d’influence. En décembre dernier, New Delhi, qui malgré une assistance économique à hauteur de 2 milliards de dollars était réticent à fournir des armes à Kaboul, avait annoncé lui offrir quatre hélicoptères – une initiative encouragée par les Etats-Unis (voir notre revue de presse du 11 août).
Shaida Mohammad Abdali, ambassadeur afghan à New Delhi, a déclaré : « Nous sommes reconnaissants pour ces quatre hélicoptères. Mais nous avons besoin de plus, de beaucoup plus. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers une situation qui est inquiétante pour toute la région, y compris pour l’Inde. » Ainsi, le 29 août prochain, le chef de l’armée afghane est attendu en Inde afin de soumettre une liste d’équipements militaires, approuvée par l’armée américaine, qui incluera d’autres hélicoptères. Islamabad, dont les relations se sont tendues aussi bien avec l’Afghanistan, qui lui reproche de ne pas suffisamment lutter contre le terrorisme sur son territoire, et l’Inde, autour de la situation du Cachemire, met en garde : « Nous nous attendons à ce que l’Inde ne soit pas autorisée à utiliser le territoire afghan pour créer de l’instabilité au Pakistan », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Par Alexandre Gandil, Marie Bonnamy, Myriam Sonni et Joris Zylberman