Revue de presse Asie - 19 août 2016

Limogeage surprise en Chine, confusion en Thaïlande et violences au Cachemire

Une semaine après la série d’attentats en Thaïlande, la junte militaire a affirmé avoir arrêté un groupe de 15 suspects, qu’on pensait lié aux explosions. Des allégations démenties par la police : le groupe est accusé de sédition contre le gouvernement. Copie d'écran de Channel News Asia, le 19 août 2016.
Une semaine après la série d’attentats en Thaïlande, la junte militaire a affirmé avoir arrêté un groupe de 15 suspects, qu’on pensait lié aux explosions. Des allégations démenties par la police : le groupe est accusé de sédition contre le gouvernement. Copie d'écran de Channel News Asia, le 19 août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – Que se passe-t-il à la tête du pouvoir à Pékin ? Le vice-ministre de la Sécurité publique Fu Zhenghua a été limogé du Comité des Affaires politiques et législatives du Parti communiste, selon le site internet du comité. Celui-ci supervise directement la Cour suprême du peuple, le parquet populaire suprême, la police et les services d’espionnage. C’est ainsi l’organe centrale de la sécurité nationale en Chine.

Les raisons de la destitution de Fu Zhenhua restent obscures. Le personnage n’est pas n’importe qui dans l’échiquier politique chinois. Grand allié de Xi Jinping, Fu avait dirigé l’unité spéciale mise en place en 2013 par Xi Jinping pour enquêter sur l’ancien tsar de la Sécurité Zhou Yongkang. Il rapportait alors directement ses observations et l’avancement de l’enquête au président chinois. A l’issue de l’enquête, Zhou Yongkang avait été condamné coupable de corruption et déchu de son poste. Selon les experts, Zhou aurait soutenu les ambitions de Bo Xilai, grand rival de Xi Jinping. Bo, ancien patron du parti à Chongqing, a été déchu de ses fonctions en 2011, officiellement après les révélations de corruption et le scandale du meurtre d’un homme d’affaires anglais par sa femme Gu Kailai.

Fu Zhenhua avait été promu au poste de vice-ministre de la Sécurité publique en août 2013, puis au rang de haut-fonctionnaire ministériel en acceptant de diriger le Bureau 610 en septembre dernier. Ce Bureau sans mandat juridique officiel, créé par Jiang Zemin le 10 juin 1999 (d’où le nom de 610), pour combattre en Chine et à l’étranger le mouvement Fa Lungong. Depuis 2003, le Bureau 610 est chargé de tous les groupes religieux jugés « hérétiques » ou nuisibles au Parti.

Le limogeage de Fu Zhenhua surprend d’autant qu’il avait été chargé par Xi Jinping d’organiser la dernière grande démonstration de force de la puissance militaire chinoise : le défilé du 3 septembre 2015 marquant le 70ème anniversaire de la capitulation japonaise à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Asahi Shimbun – Face à la détérioration de ses relations avec ses voisins, le Japon débloque les crédits pour l’armée. Selon un représentant du gouvernement, le ministère japonais de la Défense fixera son budget de 2017 à 51 milliards de dollars. Un record pour un pays qui est censé ne détenir aucun potentiel militaire. En cause, la hausse des tensions en mer de Chine orientale et à la menace nord-coréenne. Cette augmentation de 2,3 points est la 5ème hausse annuelle successive accordée au ministère.

Le Japon annoncera officiellement ses demandes budgétaires pour ses différents ministères plus tard dans le mois. La requête du ministère de la Défense recouvre notamment les dépenses effectuées pour améliorer le système de missile de défense PAC-3. Une telle amélioration doublera la portée des missiles à plus de 30 km. Egalement inclus, les coûts de production des missiles anti-missiles Block IIA développés conjointement avec les Etats-Unis, et le renforcement des gardes-côtes.

Les tensions augmentent actuellement autour des îles contestées en mer de Chine orientale (voir notre revue de presse du 9 août et notre revue de presse du 18 août). La Chine, le Japon et la Corée du Sud discutent cependant d’une future réunion de leurs ministres des Affaires étrangères prévue pour la semaine prochaine, selon la presse japonaise.

Chosun Ilbo – L’avenir de son fils. Ce serait l’une des raisons de la défection de Thae Yong-ho, haut diplomate nord-coréen à l’ambassade de Londres, selon le quotidien sud-coréen Chosun Ilbo. Plutôt que d’enlever son fils de 19 ans de l’université anglaise et le ramener en Corée du Nord, Thae aurait préférer lui permettre de vivre une vie « normale ». Il devait lui-même rentrer dans son pays cet été après avoir travaillé en Europe pendant une dizaine d’années. Il a finalement décidé de fuir la Corée du Nord (voir notre revue de presse du 17 août).

Son fils Kum-hyok est né au Danemark et a grandi en Suisse puis au Royaume-Uni. Il suivait de brillantes études dans une école proche de l’ambassade dans la banlieue de Ealing. Admis à l’Imperial College pour étudier les mathématiques et l’informatique, le jeune homme se serait senti étouffé en Corée du Nord.

Selon le ministère sud-coréen de l’Unification, Thae Yong-ho a fui son pays car il était « malade et fatigué » du régime nord-coréen. Cependant une autre raison de sa fuite serait son fils. Selon une source citée par Radio Free Asia, Thae aurait également subi une pression importante du régime de Kim Jong-un pour rapatrier davantage d’argent en Corée du Nord. Toujours en mal d’argent à injecter dans l’économie locale, Pyongyang sollicite au maximum ses expatriés.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – La Thaïlande toujours plongée dans la confusion. Une semaine après la série d’attentats des 11 et 12 août à travers le pays, les autorités n’y voient pas encore très clair sur les auteurs des explosions, même si elle a écarté la piste du terrorisme international. S’ajoutent les couacs dans la communication officielle. Ce jeudi 18 août, la junte militaire a d’abord affirmé avoir arrêté un groupe de 15 suspects, qu’on pensait liés aux explosions, rapporte Channel News Asia. Mais aujourd’hui vendredi 19 août, la police a démenti ces allégations. Les 15 personnes, majoritairement des hommes âgés entre 60 et 80 ans, ont été arrêtés pour avoir formé un parti politique illégal afin de renverser le régime militaire de Prayuth Chan-ocha. Baptisé « Front révolutionnaire de la démocratie », le parti serait lié aux Chemises rouges, mouvement anti-junte et loyal à Thaksin Shinawatra, l’ancien Premier ministre renversé par l’armée en 2006. « Il n’y a pas de preuve qui les lie aux attaques à la bombe dans les sept provinces du Sud selon notre enquête, mais certains sont accusés de lèse-majesté et de trafic d’armes », a déclaré un représentant du bureau de la police stratégique.

Plusieurs pistes sont évoquées par les autorités thaïlandaises : il s’agirait soit d’une attaque organisée par des opposants au pouvoir et à la nouvelle Constitution, soit par les groupes musulmans séparatistes du sud de la Thaïlande, qui ne revendiquent jamais leurs attentats. Toujours selon Channel News Asia, un suspect a été identifié par la police, Ahama Lengha, originaire de la province de Narathiwat, située au sud du pays à la frontière malaisienne et frappée par l’insurrection musulmane. Un mandat d’arrêt a été émis à son encontre.

Myanmar Times – Un pas vers la citoyenneté pour les Rohingya en Birmanie ? On est encore loin du compte, mais c’est indéniable, le processus de réconciliation nationale s’accélère. Selon le Myanmar Times, des milliers de musulmans de l’Etat d’Arakan ont pu obtenir cette semaine leur carte d’identité, certains deux ans après leur demande. Ils font partie de l’ethnie Kaman, reconnue comme l’une des 135 ethnies officielles du pays. « Désormais le problème est réglé, a déclaré U Tin Hlaing Win, secrétaire général du Kaman National Development Party (KNDP). Les Kaman ont des cartes d’identité. Nous avions demandé au gouvernement et au bureau de l’immigration de travailler sur le processus d’attribution de ces cartes. »

En effet, les Kamans ont eu toutes les peines du monde à acquérir leur citoyenneté complète, à cause de la diversité ethnique dans l’Etat d’Arakan et aux fréquentes « usurpations d’identité », selon le Myanmar Times. En 2014, près de 2 000 Kamans avaient fait la demande d’une carte d’identité, mais seuls 38 personnes l’avient obtenue, les autorités affirmant l’existence de « faux Kaman ». 1 million de Rohingya, également musulmans, vivent dans le même Etat mais n’ont, eux, pas accès à la citoyenneté, et sont considérés comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh par les nationalistes birmans (voir notre revue de presse du 5 juillet).

Free Malaysia Today – L’enquête autour du scandale de corruption 1MDB se poursuit. Le site d’informations Free Malaysia Today rapporte l’arrestation à Abu Dhabi de Khadem Al Qubaisi, qui serait l’un des acteurs-clés de la fraude financière à hauteur de milliards de dollars qui secoue la Malaisie depuis 2015. L’arrestation aurait eu lieu la semaine dernière, en lien avec une enquête des autorités d’Abu Dhabi. Khadem Al Qubaisi, ancien PDG de l’International Petroleum Investment Company (IPIC), fait parallèlement l’objet d’une enquête des Etats-Unis, qui a lancé des poursuites civiles (voir notre revue de presse du 20 juillet).

Selon le Département de Justice américain, Qubaisi aurait reçu 470 millions de dollars détournés du fonds d’investissement malaisien 1Malaysia Development Berhad, fondé et dirigé par le Premier ministre Najib Razak en 2009. Cet argent aurait servi à financer plusieurs boîtes de nuit à Las Vegas et à acquérir le cinquième plus grand yatch du monde. Selon les proches du millionnaire, aucune charge n’a été retenue contre Khadem Al Qubaisi, bien qu’il lui a été interdit de quitter les Emirats Arabes Unis, et que ses avoirs ont été gelés.

Asie du Sud

Firstpost – Les violences au Cachemire indien ne faiblissent pas. Mercredi soir, un jeune professeur âgé de 30 ans a été battu à mort par des soldats, alors qu’il se trouvait avec sa famille à son domicile dans le village de Shar-e-Shali, dans le sud de l’Etat du Jammu-et-Cachemire. « Nous avions juste fini de dîner et nous étions assis dans sa chambre, raconte le père de Shabir Ahmad Mungoo, la victime, au site Firstpost. Tout d’un coup, il y a eu du bruit à l’extérieur et l’armée est entrée dans notre maison. Ils ont sorti mon fils et ils ont commencé à le battre sans pitié. Nous avons essayé d’arrêter les soldats, mais ils nous ont frappé et l’ont emmené avec eux. »

Le jeune professeur d’université est décédé d’une crise cardiaque provoquée par l’agression, dans un contexte particulièrement tendu entre les habitants du Cachemire indien, qui manifestent depuis plus d’un mois, et des forces de l’ordre. Les violences escaladent, l’armée répliquant violemment aux lancés de pierres des manifestants (voir notre revue de presse du 16 août). « L’incident de mercredi soir est regrettable. Il a eu lieu durant une patrouille conjointe. Mais je vous assure, nous mènerons une enquête », a promis l’un des commandants de l’armée. Cependant, pour la police, les soldats mis en cause n’étaient pas en patrouille. « Au moins 200 maisons ont été abîmées tandis que 100 personnes ont été battues. Nous n’avons jamais vu de telles atrocités commises par l’armée avant. Il semblait que les soldats étaient ivres », a affirmé l’un des témoins.

The Express Tribune – Quand la fureur nationale s’exprime dans la rue pakistanaise. Le récent discours du Premier ministre indien Narendra Modi concernant le Baloutchistan a déclenché de nombreuses manifestations dans la province. Elles ont éclaté hier jeudi 18 août dans différentes villes du Baloutchistan, notamment à Dera Bugti, Lasbela, Naushki, Chaghai et Khuzdar. Les manifestants ont parcouru les rues, condamnant le discours du jour de l’indépendance du Premier ministre indien – soutenu par le Bangladesh (voir notre revue de presse du 18 août). Ils ont également mis le feu à des drapeaux indiens et entonné des slogans contre Modi, exprimant ainsi leur colère. Ils souhaiteraient d’ailleurs que le gouvernement d’Islamabad amène l’affaire devant la communuauté internationale.

Le ministre en chef de la province pakistanaise, Sanaullah Zehri, a quant à lui accusé encore une fois New Delhi de nourrir le terrorisme de la région, affirmant avoir des preuves que l’agence de renseignement indienne RAW se charge de l’entraînement de terroristes au Baloutchistan. Il a également rappelé l’annnonce du ministre pakistanais de l’Intérieur, Sarfaraz Bugti. Celui-ci avait annoncé l’arrestation de 4 terroristes qui avaient avoué avoir bénéficié d’une aide financière de la part du gouvernement indien.

India Today – Entre New Delhi et Pékin, le cœur du Premier ministre népalais balance. Quelques jours seulement après avoir annoncé que la Chine était sa priorité, le nouveau gouvernement du leader maoïste Pushpa Kamal Dahal a choisi d’envoyer son vice-Premier ministre Bimalendra Nidhi en Inde. Aujourd’hui vendredi 19 août, Nidhi doit s’entretenir avec les ministres indiens de l’Intérieur, des Affaires étrangères et rendre visite au président Pranab Mukherjee plus tard dans la soirée. Il doit également rencontrer le Premier ministre Narendra Modi demain, samedi 20 août. « Cette visite, qui intervient juste après la formation du nouveau gouvernement, est une opportunité pour nous de comprendre ses priorités et de réfléchir à la façon de renforcer nos multiples liens avec le Népal », a commenté le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Vikas Swarup. L’émissaire népalais devrait par ailleurs inviter le président indien à venir au Népal avant la visite du président chinois Xi Jinping, prévue en octobre.

De son côté, Pushpa Kamal Dahal se rendra en Inde à la mi-septembre. Et le programme des discussions lors de cette visite officielle s’annonce d’ores et déjà chargé, comme le révèle le Kathmandu Post : une aide financière indienne pour aider à la reconstruction suite aux séismes d’avril 2015, la signature d’un protocole d’entente pour développer le très retardé projet hydroélectrique de Pancheshwar, un projet de visa pour les Népalais qui souhaiteraient visiter l’Inde à partir d’un pays tiers, un accord pour un contrôle conjoint du trafic de drogue…

Ces visites marquent sans nul doute une tentative de rapprochement. Dahal souhaite tourner la page du gouvernement précédent. L’ancien Premier ministre népalais, K. P. Sharma Oli, entretenait des relations pour le moins tendues avec son voisin indien, allant jusqu’à lui « imputer ses échecs politiques », veut rappeler India Today. Il avait alors boudé l’Inde et avait préféré opérer un rapprochement avec la Chine. L’un des plus gros défis du nouveau gouvernement sera de trouver un équilibre dans sa relation diplomatique avec New Delhi et Pékin, analyse le quotidien indien. Dans un véritable « numéro d’équilibriste », le Népal avait récemment envoyé un autre Vice-Premier ministre, Krishna Bahadur Mahara, en Chine, pour rassurer Pékin et annoncer que les accords passés avec Oli seraient respectés par le nouveau gouvernement (voir notre revue de presse du 3 août).

Par Joris Zylberman, Myriam Sonni, Marie Bonnamy et Jeremy Masse, avec Sylvie Lasserre Yousafzaï à Islamabad et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris