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Analyse

Face à la Chine et la Russie, l’Occident s’organise malgré les dissensions

Autour de la table de gauche à droite, le ministre japonais des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi et ses homologues canadienne Melanie Joly, française Catherine Colonna et italien Antonio Tajani, le vice-secrétaire général du Service européen d'action extérieure Enrique Mora, le chef de la diplomatie britannique James Cleverly, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock et le secrétaire d'État américain Antony Blinken lors d'un dîner de travail du G7 consacré aux représentants de la diplomatie des sept pays les plus industrialisés et de l'Union européenne, à Karuizawa au Japon, le 16 avril 2023. (Source : Japan Times)
Autour de la table de gauche à droite, le ministre japonais des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi et ses homologues canadienne Melanie Joly, française Catherine Colonna et italien Antonio Tajani, le vice-secrétaire général du Service européen d'action extérieure Enrique Mora, le chef de la diplomatie britannique James Cleverly, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock et le secrétaire d'État américain Antony Blinken lors d'un dîner de travail du G7 consacré aux représentants de la diplomatie des sept pays les plus industrialisés et de l'Union européenne, à Karuizawa au Japon, le 16 avril 2023. (Source : Japan Times)
Face à la Chine et à la Russie dont les liens ne cessent de se resserrer, l’Occident continue de s’organiser. Dernier exemple en date : lors de la réunion du G7 le 18 avril dernier, les chefs de la diplomatie ont présenté un front uni face à Pékin, dont ils ont condamné les « activités de militarisation » maritimes. Un moment de « convergence de vues » pour tourner la page des déclarations d’Emmanuel Macron. Dans les discours, du moins.
Les ministres des Affaires étrangères des sept pays les plus industrialisés de la planète (France, Japon, Etats-Unis, Canada, Allemagne, Italie, Royaume-Uni), réunis les 17 et 18 avril dans la ville de Karuizawa, dans les Alpes japonaises, ont promis de faire payer « le prix fort » aux États qui fourniraient une assistance à la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. Une menace qui vise, sans le dire explicitement, la Chine. Ils se sont aussi engagés à continuer à « intensifier » les sanctions contre la Russie et de redoubler d’efforts pour éviter leur contournement par des pays tiers. Le communiqué final de leur réunion juge « inacceptables » la « rhétorique nucléaire irresponsable » de la Russie et sa menace de déployer des armes en Biélorussie. « Alors que l’Ukraine se prépare à lancer une contre-offensive pour reprendre son territoire […], nous soutenons l’Ukraine », a souligné le secrétaire d’État américain Antony Blinken devant la presse.
Les pays du G7 ont par ailleurs mis en garde Pékin contre ses ambitions militaires en mer de Chine du sud et souligné leur position inchangée à l’égard de Taïwan, malgré les remous liés aux récents propos du président français Emmanuel Macron. Lors de sa visite en Chine début avril, le président français avait déclaré aux journalistes que l’Europe ne devait pas être prise dans « des crises qui ne seraient pas les [siennes] » en référence à Taïwan, ce qui avait profondément irrité certains alliés de la France avant la réunion de Karuizawa. « Il n’y a pas de changement dans les positions basiques des membres du G7 sur Taïwan », assurent ainsi les diplomates en chef du groupe dans leur communiqué, estimant « indispensable » le maintien de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan.
La ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna et ses homologues se sont efforcés, tout au long des deux jours de discussions, de minimiser leurs divergences. Leur déclaration commune adopte un langage ferme envers Pékin. Leur texte évoque ainsi les « inquiétudes » du G7 concernant « l’expansion continue et accélérée de l’arsenal nucléaire de la Chine », l’appelant à œuvrer à « la stabilité par une plus grande transparence » sur ses armes nucléaires. Les sept chefs de la diplomatie se sont trouvés « en accord total » sur l’importance d’un solution pacifique entre la Chine et Taïwan, a expliqué le ministre nippon des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi, cité par le média japonais Nikkei Asia.
Interrogé par les journalistes à propos des déclarations du président français sur Taïwan, Hayashi a répondu que son homologue française avait réaffirmé que la France demeurait profondément engagée sur la question du respect du statu quo dans le détroit de Taïwan. Catherine Colonna a, selon lui, insisté sur le fait que la France s’oppose à tout changement unilatéral de ce statu quo par la force. Emmanuel Macron, a souligné la ministre française selon son homologue japonais, a transmis ce message au président chinois Xi Jinping pendant sa visite en Chine. Ces déclarations françaises visent à l’évidence à calmer le jeu après la polémique née des prises de position du président qui avaient semé le trouble tant au sein de l’Union européenne que chez les alliés de la France tels, États-Unis et le Japon en tête.
Les propos d’Emmanuel Macron ont suscité surprise et malaise au sein même du Quay d’Orsay. « Le président n’en fait qu’à sa tête et les gens en ont marre de ramasser les morceaux, pour expliquer à nos interlocuteurs des positions mal comprises », a confié un cadre non identifié au journal Le Monde, qui cite un connaisseur de l’exécutif : « Que ce soit sur le plan intérieur ou à l’international, Macron est très seul en réalité. » Si le principe de l’interview qui semé le trouble avait été arrêté quelques jours avant le voyage, la saillie du chef de l’État ne figurait bien sûr pas dans les briefings transmis à l’Élysée pour préparer le déplacement en Chine. « L’Elysée a compris son erreur, mais ne peut pas l’avouer, personne n’ose contredire le président, s’étonne un diplomate étranger cité également par le quotidien. Au-delà de cette gaffe de communication, un tel fonctionnement peut poser un problème en cas de véritable crise, avec la Russie par exemple. »
Paradoxalement, le son de cloche fut bien différent côté allemand. La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock, qui a fait sa première visite à Pékin du 13 au 15 avril, n’a pas mâché ses mots sur le pays de Xi Jinping. Le régime chinois, a-t-elle déclaré, devient davantage un rival systémique qu’un partenaire commercial et un concurrent. Toute tentative de la Chine de prendre le contrôle de Taïwan serait « inacceptable », selon Annalena Baerbock. La Chine, a insisté la ministre, entend suivre ses propres règles aux dépens de l’ordre international fondé sur des règles internationalement reconnues. S’exprimant devant le Bundestag, elle a soutenu qu’une partie de son séjour avait été « vraiment plus que choquante », sans entrer dans les détails, ajoutant toutefois que la Chine devenait plus répressive à l’intérieur du pays et plus agressive à l’étranger.
Ces propos tranchent singulièrement avec ceux d’Emmanuel Macron. Dans leur substance, ils allaient dans le sens de la politique chinoise qui consiste, depuis longtemps, à diviser l’Union européenne en même temps qu’enfoncer un coin entre l’UE et les États-Unis. Les dires du président ont suscité la consternation parmi les sinologues français, d’autant qu’avant son départ pour Pékin, Emmanuel Macron en avait reçu plusieurs à l’Élysée, qui lui avaient dûment expliqué les enjeux géostratégiques de Taïwan.

« Environnement sécuritaire difficile »

Le 18 avril à Karuizawa, l’heure était au consensus retrouvé – du moins dans les discours. Antony Blinken a assuré n’avoir jamais vu une « aussi grande convergence » de vues sur la Chine et Taïwan au sein du G7. Sans citer Pékin, la déclaration commune s’engage à renforcer la coopération contre la « coercition économique », consistant à restreindre le commerce ou les investissements extérieurs à des fins politiques. L’avertissement contre le soutien à la Russie en Ukraine, sans mentionner la Chine, fait cependant lui-même écho aux mises en garde répétées par les responsables occidentaux à Pékin contre la fourniture d’armes à la Russie. Si les débats ont clairement été dominés par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les ambitions de la Chine en Asie-Pacifique, les ministres du G7 ont aussi abordé de nombreuses autres questions et crises politiques mondiales. Ils ont ainsi exhorté à la Corée du Nord à « s’abstenir » de nouveaux essais nucléaires et tirs de missiles balistiques.
Alors que les chefs d’État du G7 doivent se réunir en mai à Hiroshima, dont l’histoire est profondément marquée par la bombe atomique larguée par les États-Unis en 1945, le texte des diplomates accorde une large place à l’engagement du groupe à « renforcer les efforts de désarmement et de non-prolifération » pour « un monde plus sûr et plus stable ». Le Premier ministre japonais Fumio Kishida, lui-même élu de Hiroshima au Parlement, a ainsi déjà exprimé son souhait d’y débattre avec ses homologues de la possibilité d’un « monde sans armes nucléaires ». Cependant, la déclaration du 18 avril contient peu d’éléments nouveaux en la matière, citant « l’environnement sécuritaire actuel difficile ». Le communiqué du G7 appelle l’ensemble de la communauté internationale à la « transparence » sur les armes nucléaires, appelant la Russie au respect du moratoire sur les essais nucléaires auquel elle a souscrit.
La réaction chinoise ne s’est pas faite attendre. Quelques heures après le communiqué final, Pékin a accusé les diplomates du G7 de « calomnier » la Chine et de la « salir ». « La réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 n’a tenu aucun compte ni de la position solennelle de la Chine ni des faits objectifs. Elle s’est immiscée dans les affaires intérieures de la Chine, a calomnié et sali la Chine de manière malveillante », a déclaré devant la presse Wang Wenbin, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Mais force est de constater que le rapprochement entre la Chine et la Russie s’est encore accentué avec la visite du ministre chinois de la Défense Li Shangfu à Moscou du 16 au 19 avril. Ce dernier a affiché sa « détermination » à « renforcer la coopération stratégique entre les forces armées chinoises et russes », selon des propos rapportés par les agences de presse russe. Li a promis de « promouvoir la coopération militaire et technique ainsi que le commerce militaire entre la Russie et la Chine » et de les « porter à un nouveau niveau ».
Pour sa première visite à l’étranger, Li Shangfu a donc choisi la Russie. Une destination qu’il a privilégiée afin de « mettre l’accent sur la nature spéciale et l’importance stratégique de [leurs] relations bilatérales ». « Nous avons des liens très forts, qui dépassent les alliances militaro-politiques de l’époque de la guerre froide », a-t-il déclaré. Son homologue russe Sergueï Choïgou a de son côté appelé à développer ces relations « en offrant chacun à l’autre un soutien fort, y compris en ce qui concerne les questions de sécurité nationale. Il est important que nos pays partagent la même évaluation du sens de la transformation en cours du paysage géopolitique mondial. »
Si Pékin dément avoir l’intention de fournir son partenaire russe en armements et se dit officiellement neutre depuis le début de la guerre, les dirigeants chinois n’ont jamais condamné l’invasion russe et Xi Jinping n’a jamais parlé à Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. Un traitement différent de ce qui est réservé à Vladimir Poutine. Les deux hommes se sont rencontrés en mars, affichant leur bonne entente et se posant comme des alliés stratégiques déterminés à résister à l’hégémonisme américain. Tous ces propos ne manqueront pas d’aviver encore l’inquiétude de l’Occident de voir Pékin livrer des armes à la Russie en guerre en Ukraine depuis le 24 février 2022.

Vulnérabilité taïwanaise

À Taipei, le candidat déclaré du Parti Démocratique Progressiste (DPP) de la présidente Tsai Ing-wen à l’élection présidentielle qui aura lieu en janvier prochain a averti samedi dernier d’un conflit armé à Taïwan déclencherait « une catastrophe planétaire que la Chine aurait le plus grand mal à surmonter ». William Lai, actuellement vice-président de Taïwan, a ajouté que cette guerre, si elle devait avoir lieu, ne ferait ni vainqueur ni vaincu. « La Chine devrait réaliser qu’une fois une guerre déclarée contre Taïwan, Taïwan se retrouverait comme un pays agressé et ceci causerait une catastrophe planétaire que la Chine aurait des difficultés à endurer », a-t-il déclaré selon un communique du DPP.
Puisque la Chine n’a jamais renoncé à l’usage de la force contre Taïwan, a poursuivi William Lai, l’île se devait de renforcer ses capacités militaires, ajoutant toutefois qu’à Taipei, personne ne souhaite « prendre l’initiative d’attaquer la Chine ». Les autorités de Taïwan souhaitent le dialogue avec la Chine sur la base d’une égalité et du respect, a-t-il dit, réitérant la position officielle du gouvernement de Taipei. En 2018, William Lai, à l’époque Premier ministre, avait suscité la colère de Pékin lorsqu’il avait déclaré devant le parlement qu’il était « un acteur de l’indépendance de Taïwan » et précisé que l’île était un pays souverain et indépendant.
Le régime communiste chinois a maintes fois répété qu’il recherchait la « réunification » de Taïwan au continent chinois, par la force si nécessaire. Une déclaration formelle d’indépendance à Taïwan constituerait une ligne rouge qui aurait de très fortes chances de déclencher une opération militaire chinoise contre l’île. Le 11 avril dernier, Xi Jinping avait appelé les forces armées du pays à renforcer l’entraînement au « combat réel », des propos déjà formulés à plusieurs reprises. L’armée doit « défendre vigoureusement notre souveraineté territoriale ainsi que nos droits et intérêts maritimes de la Chine, et maintenir la stabilité globale de notre voisinage », avait insisté le numéro un chinois, lors d’une visite d’une base navale dans le sud de la Chine.
Les mots de Xi Jinping ont résonné avec la dernière purge au sein de l’armée : l’arrestation récente du général Liu Yazhou, chef de la section du PCC de l’Université de la Défense de 2009 à 2017. Du fait de sa position, il exerçait une énorme influence sur la nouvelle génération d’officiers supérieurs de l’Armée populaire de libération. Le général Liu, rappelle Radio Free Asia, estimait que l’armée chinoise ne devait pas être placée sous l’autorité du Parti mais du gouvernement. Plus encore, révèle RFA sur la base d’une interview avec d’anciens chefs de l’APL dont un haut responsable de l’état-major du commandement naval, Liu était opposé à l’idée d’une guerre contre Taïwan, jugeant la victoire incertaine à cause du manque d’expérience des forces armées chinoises en matière de débarquement amphibie.
Mais les avis divergent sur les perspectives d’une invasion chinoise. Le 15 avril dernier, le Washington Post, citant les documents classifiés du Pentagone mis en ligne par le jeune employé de la garde nationale aérienne, affirmait que Taïwan était très vulnérable face à une potentielle attaque aérienne chinoise. Celle-ci serait aussi plus difficile à déceler par le renseignement américain à cause des nouvelles tactiques de Pékin, comme l’utilisation de navires civils pour des exercices militaires. Des responsables américains craignent que la défense aérienne taïwanaise ne soit pas en mesure de « détecter avec exactitude les tirs de missiles ».
Autre révélation du Washington Post le 18 avril, toujours en s’appuyant sur la fuite des documents du Pentagone : l’armée chinoise est sur le point de finaliser le développement de deux nouveaux drones hypersoniques de reconnaissance à haute altitude qui seraient en mesure de détecter en temps réel et avec une grande précision la présence de navires militaires américains dans la zone de Taïwan. Le déploiement de tels drones qui volent à trois fois la vitesse du son permettrait aux forces armées chinoises de mettre en œuvre un système de surveillance nouveau d’une utilité redoutable pour ensuite permettre à des missiles de prendre pour cibles ces bâtiments.
Deux de ces drones WZ-8 ont été repérés et photographiés par un satellite espion américain sur une base aérienne chinoise à environ 500 kilomètres de Shanghai. Selon ces documents, l’Armée populaire de libération a déjà « de façon quasi certaine » déjà déployé une première unité aérienne de commandement de ces drones sur cette base qui dépend du Commandement du théâtre oriental, une branche de l’armée chinoise responsable de la zone de Taïwan, précise encore le Washington Post.
D’autant que les tensions autour de Taïwan se sont renforcées ces dernières semaines. L’armée chinoise vient d’organiser des exercices militaires d’ampleur après une rencontre entre sa présidente Tsai Ing-wen et le troisième personnage de l’État américain, Kevin McCarthy, président de la Chambre des représentants. Le 20 avril, Mike Gallagher, le président de la Commission de la Chambre des représentants chargée des affaires chinoises, a voulu sonner l’alarme lors d’une réunion avec le think tank Center for New American Security : il est devenu urgent, selon lui, « d’armer Taïwan jusqu’aux dents » au vu des derniers exercices militaires de l’armée chinoise autour de l’île. Ces exercices, lors desquels les forces armées chinoises ont simulé un encerclement et un blocus de Taïwan, ont montré que les États-Unis devaient sans délai renforcer la production de missiles de longue portée, a souligné Mike Gallagher, cité par Reuters. Si ce n’est pas fait, en l’état, les Américains ne seraient pas en mesure de livrer des armes à Taïwan après le déclenchement d’un conflit armé avec la Chine. Les États-Unis doivent commencer par débloquer immédiatement la livraison prévue de 19 milliards de dollars d’armes à Taïwan, entreprendre des exercices militaires conjoints avec les forces taïwanaises et renforcer la présence militaire américaines dans la région, a encore précisé Mike Gallagher.

Difficile compromis

Sur le plan international, la Chine a engrangé un certain succès avec la visite de Lula Da Silva. Le président brésilien a plaidé pour la mise en place d’une monnaie commune avec la Chine de nature à concurrencer le dollar américain dans les échanges internationaux. Surtout, Lula a exposé sa thèse pacifiste, étayée depuis plusieurs semaines, pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il s’agit, selon lui, de créer « un autre type de G20 », de « parler de paix plutôt que de guerre ». « J’ai une thèse que j’ai déjà défendue avec Macron, avec Olaf Scholz et avec Biden, que j’ai longuement abordée avec Xi Jinping. Il faut constituer un groupe de pays disposés à promouvoir la paix. Ils doivent s’asseoir autour de la table et dire : « ça suffit ! ». » L’administration américaine a vertement critiqué ces déclarations. Si bien qu’après son départ, le chef de l’État brésilien est revenu sur ses propos en déclarant que le Brésil entendait livrer des armes à l’Ukraine, ce dont il s’est abstenu à ce jour.
De ce ballet diplomatique, il ressort que la Chine demeure clairement engagée dans la voie du rapprochement avec la Russie. Pour elle, jouer la carte russe est un jeu d’équilibriste certes risqué. Mais si elle ne franchit pas la ligne rouge de livraisons d’armes à l’armée russe, il peut aussi lui servir à arracher de l’Occident un difficile compromis : l’obtention de garanties de la part des États-Unis sur le dossier si complexe de Taïwan.
Il n’empêche, face à elle, la coalition qui rassemble autour des États-Unis plusieurs voisins clés de la Chine ne cesse de se renforcer depuis quelques années, comme l’illustrent les dernières manœuvres militaires d’une ampleur sans précédent organisées pas les forces armées philippines et américaines. Sans oublier la décision du gouvernement japonais de réarmer fortement l’archipel nippon, un élément lui aussi sans précédent. Principale raison : le régime chinois n’a jamais abandonné les ressorts de sa politique étrangère adoptée depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012 : l’agressivité, la coercition, les menaces et la peur.
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Après "Chine, le grand prédateur", paru en 2021 aux Éditions de l'Aube, il a dirigé fin 2022 l'ouvrage collectif "Le Dossier chinois" (Cherche Midi), puis début 2023 "Confucius aujourd'hui, un héritage universaliste" (L'Aube).