Politique
Note de lecture

Chine : dans "1000 ans de joies et de peines", Ai Weiwei dit tout

L'artiste chinois Ai Weiwei. (Source : RTS)
L'artiste chinois Ai Weiwei. (Source : RTS)
Dans son dernier livre intitulé 1000 ans de joies et de peines, l’intellectuel et artiste chinois Ai Weiwei dresse un constat sans appel : son pays a sombré dans la dictature depuis l’arrivée au pouvoir des communistes en 1949. Depuis le début du règne de Xi Jinping en 2012, la situation ne fait qu’empirer au point de s’interroger si la Chine ne plonge pas dans le fascisme.
Né à Pékin en 1957, fils du célèbre poète chinois Ai Qing, Ai Weiwei est considéré comme l’un des plus grands artistes contemporains. Connu mondialement pour avoir créé des œuvres révolutionnaires tant sur le plan artistique que politique en Chine, il est devenu une figure proéminente de l’opposition au pouvoir chinois.
Artiste qui se définit lui-même comme étant « post-impressioniste », il a été influencé par Van Gogh notamment. La peinture lui permit d’échapper à la réalité communiste qui, dit-il, n’était pour lui qu’un « désastre permanent ». C‘est ainsi que la peinture lui offre la possibilité d’exprimer ses sentiments d’empathie, dans l’émotion et la passion avec le choix responsable de la ligne, des ombres et des couleurs.
« Son art doit être considéré sous un angle prenant en compte les caractéristiques chinoises confrontées à une complexité enracinée dans une force particulière de la culture chinoise : la faculté de fondre une contradiction en une seule et même affirmation », soit l’esprit occidental et la logique cartésienne, est-il dit dans son portrait tel qu’il est écrit dans un ouvrage consacré à son œuvre artistique publié aux éditions Taschen en 2016.
En 418 pages, l’auteur 1000 ans de joies et de peines décrit comment la Chine est devenue le pays du mensonge. Ses mémoires dans ce livre magistral vous prennent à la gorge tant les descriptions de ce qu’il a vécu sont poignantes. Au fil des pages, le lecteur non averti découvre la surveillance policière, les humiliations en public, le lavage des cerveaux et les confessions de « crimes » jamais commis.

« Tel un prisonnier de guerre »

Son père, Ai Qing, fut un proche de Mao Zedong et le poète le plus prisé en Chine jusqu’à sa disgrâce en 1957 lorsqu’il devint l’une des nombreuses victimes de la campagne « anti-droitiers » lancée par le Grand Timonier. Le poète connut alors les horreurs des mouvements politiques à répétition qui ont semé le chaos dans le pays, dont la funeste Révolution culturelle de 1966 à 1976. Il fut alors relégué aux confins du pays, au Xinjiang que l’on appelait alors « la petite Sibérie », où il fut condamné aux travaux forcés et au nettoyage des toilettes parmi d’autres brimades.
Son père est soumis aux séances de confession publique devant une foule surexcitée. « Un soir, raconte Ai Weiwei, j’attendais seul dans notre trou, blotti dans un coin avec mon oreiller et mon édredon, le retour de Père d’un de ces rassemblements. Lorsqu’il entra, il était noir de la tête aux pieds. Il expliqua d’une voix faible : pendant la séance, quelqu’un avait bondi sur l’estrade et lui avait craché au visage, puis il lui avait baissé la tête et vidé dessus un pot d’encre. Il n’avait pas bu de la journée et il était tellement épuisé qu’il s’assit et ne dit plus rien. Il lui a fallu plusieurs jours pour éliminer toute trace d’encre sur son visage. »
« La Révolution culturelle fut proclamée comme étant « sans précédent », en ce sens qu’elle devait toucher l’âme de chaque Chinois », souligne Ai Weiwei. Plusieurs fois, son père, désespéré, avait songé à se suicider avant de se raviser en pensant à sa famille. Puis arrive le moment du grand schisme entre l’Union soviétique et la Chine. Mao Zedong sent le danger. « Nikita Khrouchtchev et les dirigeants soviétiques s’étaient engagés sur la voie du « révisionnisme » et de la restauration du capitalisme. Si la Chine n’y prenait garde, croyait-il, il lui arriverait la même chose. Âgé de 73 ans, de plus en plus inquiet au sujet de sa postérité politique, il pensait que la menace principale se trouvait dans les échelons les plus élevés du gouvernement, au sein même de la direction centrale. La Révolution culturelle allait être un exercice de guerre à l’échelle nationale, au cours de laquelle les gauchistes, les droitistes et les indécis recevraient chacun leur juste rétribution », autrement dit un sévère châtiment.
Mao publia donc une déclaration restée célèbre : « Bombardons le quartier général ». Dix années de folie allaient commencer. « Ce fut une déferlante de « masses révolutionnaires » prêtes à tout, lâchées dans la nature, jaillissant de toutes les unités de travail, les rues, organisant des « missions de liaison », sillonnant les villes et villages, les usines et les mines, jusque dans les régions frontalières », semant sur leur passage la terreur et la mort.
« Père parlait rarement des souffrances qu’il avait endurées pendant cette période. Il a toujours préféré, alors et après, avec nous et avec ses amis, garder le silence, fidèle à sa déclaration d’un quart de siècle plus tôt », écrit Ai Weiwei qui reproduit un poème de son père :
« Personne ne souffre plus profondément que moi,
Fidèle à mon époque, j’y consacre ma vie, mais je reste coi,
De mauvaise grâce, captif, tel un prisonnier de guerre
Que l’on mène enchaîné vers le terrain d’exécution. »
Parmi ceux qui furent exécutés ou se suicidèrent pendant cette décennie de folie, figurent le célèbre romancier Lao She, Fu Lei, le traducteur de Voltaire et de Balzac et sa femme Zhu Meifu. La terreur rouge avait commencé. Les Gardes Rouges font irruption dans la maison de son père et emportent tout ce qui pouvait constituer des preuves de son « droitisme ». Ai Qing, aidé de son fils, en arrivent à brûler leurs livres. « À dater de ce jour, [ce brasier] allait prolonger peu à peu son contrôle sur mon corps et sur mon esprit, jusqu’à prendre une forme que même l’ennemi le plus fort trouverait intimidante. C’était un engagement en faveur de la raison, d’un sens de la beauté, choses inflexibles, intransigeantes, et qui résistent à tout effort de les réprimer », écrit Ai Weiwei. Bientôt, sentant sa mort approcher tout doucement, Mao se mit à se comparer au premier empereur de Chine Qin Shihuang. Il concentrait alors tous les pouvoirs d’un dirigeant suprême entouré d’un culte de la personnalité extravagant.

« Slogan prolétarien »

En 1976 se produisirent trois événements qui, pour les Chinois dont beaucoup sont superstitieux, annonçaient un bouleversement total en Chine. Le 8 janvier, meurt le Premier ministre Zhou Enlai, très respecté dans son pays car il avait tout fait pour réduire les excès des Gardes Rouges. Puis, le 28 juillet à l’aube, le terrible tremblement de terre de Tangshan, à 200 kilomètres au nord de Pékin, qui fit au moins 800 000 morts, un bilan terrifiant jamais reconnu par les autorités du pays. Et enfin, le 9 septembre, la mort du Grand Timonier.
« Cette disparition, quelques mois seulement après celles de deux dirigeants, Zhou Enlai et Zhu De [célèbre maréchal], c’était comme si le ciel s’était écroulé. À la tristesse se mêlaient la crainte pour l’avenir, et le ressentiment pour tous que Mao nous avait fait subir. C’était la fin non pas de la vie d’un homme, mais d’une façon particulière d’appréhender notre société. La mort mettait fin à une époque trempée dans le mal, et nous laissait seuls avec l’habitude ignoble de nous accrocher à la vie », résume l’auteur.
Ai Weiwei raconte ensuite dans livre la naissance du « Printemps de Pékin », ce mouvement de jeunes Chinois activistes pour plus de démocratie. Le plus connu d’entre eux fut Wei Jingsheng, un électricien de 29 ans. Le 9 décembre 1978, il placarde un premier dazibao (affiche en grands caractères) intitulé « La cinquième modernisation : la démocratie » sur le Mur de la démocratie au carrefour de Xidan à Pékin. Cette affiche est iconoclaste car Wei Jingsheng ose critiquer les dirigeants du Parti, en particulier Deng Xiaoping qui, la même année avait lancé les grandes réformes économiques. Celles-ci allaient bientôt remettre les Chinois au travail et permettre au pays de réussir un décollage économique époustouflant.
La répression ne tarde pas. Le 22 mars, un éditorial du Quotidien du Peuple, l’organe du Parti, remet les pendules à l’heure : « Les droits de l’homme ne sont pas un slogan prolétarien. » Mais Wei continue. Trois jours plus tard, il publie dans un journal clandestin un essai d’une franchise totale : « Voulons-nous la démocratie ou une nouvelle dictature ? »
Quatre jours plus tard, au milieu de la nuit, une escouade de policiers l’arrête et le met en détention. Le 13 décembre, à l’issue d’un simulacre de procès de quelques heures, l’ancien Garde Rouge repenti est condamné à 15 ans de prison pour avoir « divulgué des secrets d’État ».

Les Étoiles

Ai Weiwei raconte ensuite l’histoire, elle aussi, difficile du groupe de peintres Les Étoiles (星星画会) qui rassemblait une trentaine d’artistes tels que Wang Keping (王克平), Huang Rui (黄锐), Li Shuang (李爽), Wang Luyan (王鲁炎), Zhao Gang (赵刚), Ma Desheng (馬德升), Mao Lizi (毛栗子) et Bo Yun (薄雲). « Deux douzaines d’artistes pékinois avaient pris l’initiative audacieuse de mettre sur pied une exposition non autorisée de leurs œuvres dans un lieu très en vue : ils exposèrent plus de 150 peintures à l’huile ou à l’encre, dessins, estampes, gravures sur bois, sur la grille extérieure du Musée national des arts, sur une quarantaine de mètres. Ils l’appelèrent l’Exposition artistiques des Étoiles. Le lendemain, le bureau de la Sécurité publique envoya un important groupe de policiers pour la fermer, enlever toutes les œuvres, au motif que l’exposition n’avait pas été officiellement approuvée. »
Depuis, la plupart de ces artistes ont choisi le chemin de l’exil car ils avaient constaté que l’intolérance des autorités s’appliquait aussi au domaine des arts.
Ai Weiwei choisit de partir pour les États-Unis en 1981. Dans ce vaste pays où il demeure une dizaine d’années, le choc culturel est immense. Il se lie d’amitié avec Andy Warhol et Allen Ginsberg, rencontre le Dalaï-lama. De sa rencontre avec le chef spirituel des Tibétains, il dit ceci : « Vêtu d’une toge bordeaux, il semblait en très bonne santé. dans son discours prononcé en tibétain, émaille de phrases en anglais et en chinois, il plaida la cause de la liberté religieuse et d’un gouvernement réellement autonome au Tibet, position qui tranchait avec celle que la propagande chinoise lui prêtait. »
Les réformes économiques allaient-elles déboucher sur une démocratisation du régime chinois ? « Le Dalaï-lama ne le croyait pas, il était convaincu qu’il y aurait des raisons historiques profondes à la capacité du PCC de se maintenir au pouvoir toutes ces années, et qu’il ne tomberait pas juste à cause de l’opposition des étudiants. » Il avait vu juste.
Quelques années plus tard, en 1989, Deng Xiaoping ordonne à quelques milliers de soldats d’ouvrir le feu sur des centaines de milliers de jeunes manifestants rassemblés sur la place Tiananmen. « Le matin du 4 juin, raconte l’auteur, des soldats armés de fusils à balles réelles, appuyés par des tanks et des véhicules blindés, descendirent l’avenue Chang’an, le principal accès à la place, tuant des centaines d’innocents et laissant dans leur sillage une traînée de vélos écrasés et de bus incendiés. Les habitants de Pékin n’avaient pas imaginé que l’armée tirerait sur des étudiants qui réclamaient pacifiquement de nouvelles politiques. La légitimité du régime chinois, si souvent sapée par des bourdes à répétition, tomba en poussière avec ce massacre. Mais cela n’a pas assoupli la mainmise des dirigeants sur le pouvoir. Au contraire, ils se sont simplement accrochés plus fort à leurs armes. »
Ai Weiwei poursuit : « Le pillage des richesses foncières dépasse de loin toutes les autres formes d’accumulation du capital en Chine », car la spéculation immobilière rapporte des milliards de yuans aux autorités centrales et régionales ainsi qu’à ce que l’on nomme les « Princes Rouges », c’est-à-dire les enfants des hauts dirigeants. « Tous les pores des réformes chinoises sont saturées de fraudes et de corruption, et ce n’est là qu’un abus parmi de nombreux. »

« J’étais comme une méduse et Internet était devenu mon océan »

L’auteur du livre a été l’un des principaux architectes qui ont dessiné le fameux Nid d’oiseau, le stade national de Pékin qui faillit d’ailleurs ne pas voir le jour puisque quelques caciques du régime y virent une « architecture colonialiste ». Car en effet, le concept du Nid d’oiseau « visait à transmettre le message que la liberté était possible : l’intégration de son apparence externe avec sa structure visible symbolisait quelque chose d’essentiel lié à la démocratie, à la transparence et à l’équité ». Devant l’hostilité de l’administration, Ai Weiwei décide de prendre ses distance, comprenant que les Jeux olympiques étaient réduits à une propagande nationaliste pétrie d’autosatisfaction.
Ensuite, Ai Weiwei découvre l’énorme potentiel d’Internet dont il commence à user d’abondance avant de se heurter aux milliers de censeurs qui, sur la Toile, veillent nuit et jour pour effacer tout ce qui dérange. « Sur la Toile, la coercition sociale est nulle et non avenue, et l’individu acquiert une sorte de légèreté plus subordonnée à la structure du pouvoir », explique-t-il. Or « la société civile pose un défi à l’autocratie, et du coup, elle fait peur à nos dirigeants. Le gouvernement chinois, en conséquence, s’efforce d’écraser l’espace individuel, de réprimer la libre expression, et de déformer notre mémoire. Il est difficile d’évaluer pleinement l’impact que l’Internet a eu sur moi – tout ce que je sais, c’est que j’étais comme une méduse et que l’Internet était devenu mon océan. »
Ai Weiwei aborde la douloureuse question des exécutions en Chine, pays où il y en a le plus au monde. « Quand le pouvoir de l’administration est sans limite, quand le pouvoir judiciaire n’est l’objet d’aucun contrôle, quand l’information est cachée au public, la société est vouée à fonctionner en l’absence de toute justice et de toute moralité. La corruption du pouvoir judiciaire est le signe évident d’un corps politique dénué de morale, c’est une cicatrice qui défigure l’époque dans laquelle nous vivons. La Chine exécute plus de personne que n’importe quel pays – plus de la moitié des exécutions dans le monde – et dans cette société injuste, les morts ne sont pas les seules victimes. » Comme son père, Ai Weiwei avait dans un premier temps profondément cru aux bienfaits du communisme pour son pays. Mais, comme lui, il devait vite déchanter.

« Ennemi de l’État »

Depuis son départ pour l’étranger, l’intellectuel est devenu un activiste influent dont la mission se résume à quelques mots : proclamer que les valeurs universelles s’appliquent à tous les pays du monde, y compris la Chine. Celles-ci ont été proclamées par les Nations unies en 1948. Elle sont liberté d’expression, élections libres au suffrage universel, liberté d’association, une justice indépendante, le multipartisme et une presse indépendante. « Pour satisfaire aux exigences de l’ordre nouveau, le peuple chinois subit un véritable dépérissement de l’esprit et perdit la capacité de dire les choses telles qu’elles s’étaient réellement déroulées », souligne Ai Weiwei.
« Il m’a fallu un demi-siècle avant de commencer à réfléchir à cela, explique-t-il. Le 3 avril 2011, alors que j’étais à l’aéroport de Pékin, en partance pour Hong Kong, un essaim de policiers en civil a fondu sur moi et j’ai disparu dans un trou noir pendant quatre-vingt-un jours. Cet enfermement m’a permis de méditer sur le passé : j’ai pensé à mon père, en particulier, et essayé d’imaginer sa vie derrière les barreaux d’une prison nationaliste. »
Libéré au bout de 80 jours, le prisonnier raconte ses journées de détention : « L’intitulé de ma détention était « en résidence surveillée dans un endroit désigné ». Ceci permettait aux autorités de me garder pendant au maximum six mois dans un lieu hors du système carcéral légal, sans aucune contrainte formelle. C’était une mesure plus dure qu’une arrestation en bonne et due forme, parce qu’on me refusait d’être représenté par un avocat et de recevoir des visites. En d’autres termes, j’avais été kidnappé par l’État, qui bafouait ses propres règles en m’arrachant de ma maison pour me mettre à l’isolement souterrain, où les gens en surface ne savent pas s’il y a quelqu’un de vivant dans les débris et celui qui est sous terre ne sait pas si des efforts de sauvetage ont déjà commencé ou ont déjà été abandonnés. »
S’ensuivent des pressions psychologiques permanentes, jour et nuit, dont le but est de casser le prisonnier. Dans la cellule, « pratiquement tout était interdit hormis de respirer, et vivre ne semblait pas être bien différent que d’être mort. Je perdis la notion du temps, tellement les jours se ressemblaient dans leur routine si rigide. À présent, les gardes et moi-même arpentions la cellule avec une coordination, et quand ils me sentaient déprimé, ils essayaient de me remonter le moral. « Si vous chantiez une chanson ? Chanter peut alléger vos soucis. Ou raconter une blague ? Vous êtes assez âgé pour en connaître quelques-unes, sûrement ». »
Mais les pressions psychologiques s’accentuent encore. Son interrogateur lui dit un jour : « N’ayez aucune illusion, vous sortirez un jour. Mais Ai Lao sera grand et votre mère aura peut-être disparu. » Ceci me rendit très malheureux. J’étais écœuré par sa façon de parler ainsi de ma famille, dans le seul but de m’anéantir. Selon lui, j’était un « ennemi de l’État », et je ne pouvais pas simplement continuer à faire de l’obstruction. Selon sa logique, je devais me repentir de mes crimes ; ce n’est qu’ainsi qu’il pourrait venir à mon secours et alléger mon châtiment. »
Son interrogateur lui assène encore : « Personne ne quitte ces lieux sans s’être rendu. Un meurtrier doit savoir que de plaider coupable ne le sauvera pas de la peine de mort, mais il finira par avouer. » Pourquoi ça ? « Tout ce qu’il faut de notre part, c’est de la patience et de la détermination », répond-il.
Le 27 juin, il est finalement libéré. « Rassemblez vos affaires, vous rentrez chez vous », dit l’enquêteur Xu. Ai Weiwei n’a jamais bien compris la raison de sa libération. Peut-être était-ce la conséquence des pressions internationales sur le gouvernement chinois. En 2015, l’artsiste s’installe un temps à Berlin puis à Cambridge. Aujourd’hui, il vit et travaille partout où le mènent ses voyages, notamment à Lisbonne.

Les droits humains ne sont pas une « invention de l’Occident »

Dans un autre livre intitulé Dans la peau de l’étranger, Ai Weiwei revient longuement sur la notion de droits humains. « Un changement se produit en vous quand vous vous retrouvez face aux yeux d’un enfant emplis des horreurs de la guerre ou d’une traversée en mer potentiellement mortelle. En moi, la connexion est immédiate entre l’homme que je suis aujourd’hui et le petit garçon d’autrefois qui vécut des heures décisives dans un village reculé de Chine. Ces expériences ont façonné ma vision du monde. »
« Je souhaiterais mettre l’accent sur le caractère universel des droits humains, ajoute Ai Weiwei. Il n’y a rien de plus concret que l’acceptation de cette vérité première qui veut que ces droits soient l’expression des besoins les plus élémentaires de l’être humain. En effet, qui aimerait vivre dans la peur permanente, qui aimerait être discriminé et torturé ? Loin d’être « une invention de l’Occident », la question de la dignité de l’être humain et de la protection des droits fondamentaux nous concerne tous. En outre, ces droits nous protègent de notre potentiel latent de destruction. Sans tous ces mécanismes de protection, il ne peut y avoir de société libre, ou même relativement stable. Certains, en Occident, pensent que cette vision du monde ne vaut que pour eux, mais c’est entièrement faux. Elle vaut non seulement pour l’Europe occidentale, mais également pour l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Amérique latine. Et parce que cela concerne chaque être humain, cela concerne l’humanité. »
« Je souhaiterais mettre l’accent sur le caractère universel des droits humains », ajoute Ai Weiwei. « Il n’y a rien de plus concret que l’acceptation de cette vérité première qui veut que ces droits soient l’expression des besoins les plus élémentaires de l’être humain. En effet, qui aimerait vivre dans la peur permanente, qui aimerait être discriminé et torturé ? » , dit-il. « Loin d’être ‘’une invention de l’Occident’’, la question de la dignité de l’être humain et de la protection des droits fondamentaux nous concerne tous. En outre, ces droits nous protègent de notre potentiel latent de destruction. Sans tous ces mécanismes de protection, il ne peut y avoir de société libre, ou même relativement stable. Certains, en Occident, pensent que cette vision du monde ne vaut que pour eux, mais c’est entièrement faux. Elle vaut non seulement pour l’Europe occidentale, mais également pour l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Amérique latine. Et parce que cela concerne chaque être humain, cela concerne l’humanité », souligne l’auteur de ce livre.
« Je veux résister à toutes les idéologies qui étranglent une société, résister à la bêtise, à l’étroitesse d’esprit. Car ces fléaux-là sont, eux aussi, universels », dit-il encore. La démocratie, « c’est le contrepoids des avantages que s’octroie ce genre d’État au détriment d’États non démocratiques et économiquement plus faibles. À l’évidence, ces pratiques sordides ne relèvent pas d’un quelconque idéal politique, mais seulement de la nature prédatrice et cupide de l’être humain ».
Par Pierre-Antoine Donnet

À lire

– Ai Weiwei, 1000 ans de joies et de peines, éditions Buchet-Chastel, 24 euros, 418 p.
Traduit en langue française par Louis Vincenolles (traducteur de plusieurs autres ouvrages sur la Chine)

– Ai Weiwei, Dans la peau de l’étranger, éditions Acte Sud, 8,90 euros, 51 p.
Ai Weiwei, éditions Taschen, 2016, 2020, 511 p.

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Son dernier ouvrage, "Chine, le grand prédateur", est paru en 2021 aux Éditions de l'Aube.