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Chine-Amérique : en pleine tension, Xi Jinping va participer au sommet climat de Joe Biden

Xi Jinping et Joe Biden lorsqu'ils étaient vice-présidents de leur pays, en 2012 à Los Angeles. (Source : La Croix)
Xi Jinping et Joe Biden lorsqu'ils étaient vice-présidents de leur pays, en 2012 à Los Angeles. (Source : La Croix)
Un timide rayon de soleil semble s’esquisser dans les relations tumultueuses qui opposent les États-Unis à la Chine. Selon toutes probabilités, le président chinois Xi Jinping s’apprête à participer à un sommet virtuel sur le climat, organisé les 22 et 23 avril par son homologue américain Joe Biden. La lutte contre le réchauffement climatique devient donc l’unique passerelle qui subsiste encore pour un dialogue encore bien incertain entre les deux premières puissances mondiales, qui ne se comprennent plus depuis des mois. Il est donc important de préserver ce canal. Mais il faudrait se garder de conclusions hâtives. Difficile d’en évaluer les éventuelles retombées sur un dialogue plus large entre Pékin et Washington.
Lors de ce sommet climatique à l’initiative de Joe Biden, il n’y aura à l’évidence aucun échange d’ordre politique, et encore moins idéologique. Les prises de paroles des deux présidents seront soigneusement préparées et ne concerneront que le champ de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais c’est déjà beaucoup. La Chine et les États-Unis sont les deux plus grands pays pollueurs de la planète et il est plus urgent que jamais qu’ils puissent trouver un terrain d’entente sur un sujet brûlant pour l’avenir de la planète.
Confirmée par une source informée, citée ce lundi 12 avril par le South China Morning Post, la participation de Xi Jinping au sommet de la Journée de la Terre les 22 et 23 avril sera scrutée à la loupe. D’autant que le même Xi Jinping avait, à la surprise générale, annoncé le 22 septembre 2020 devant l’Assemblée générales des Nations Unies que la Chine s’engageait à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Une promesse que nous ne serons plus là pour voir si elle est honorée ou non, mais qui traduit cependant la volonté des autorités chinoises de prendre enfin le taureau par les cornes.
Rappelons que la Chine est responsable à elle seule d’environ 28 % du total des émissions mondiales de dioxyde de soufre. Le pari est donc très ambitieux. Les Américains ont plus d’une fois accusé les Chinois de ne pas en faire assez dans ce domaine.
Pour préparer la participation de Xi Jinping à ce sommet virtuel, l’envoyé spécial américain pour le climat John Kerry doit se rendre prochainement à Shanghai pour y rencontrer son homologue chinois Xie Zhenhua. Xie, confirmé à ce poste en février, est un diplomate chevronné qui avait déjà été le négociateur en chef de la Chine pour l’Accord de Paris, que Pékin avait d’ailleurs signé en même temps que près de 200 autres pays en 2015. Cet engagement chinois avait donné l’un des tous premiers signaux explicites de la volonté de Pékin de remplir ses responsabilités internationales sur le climat.
Dans une déclaration ce mardi à la chaîne américaine CNN, John Kerry a souligné que la coopération sino-américaine en matière de climat était « absolument critique ». « Nous avons des désaccords avec la Chine sur certains dossiers clés, absolument. Mais le climat doit être séparé de tout ceci. »

« Guerre cognitive »

Ayant dit tout cela, il nous reste cependant à constater que sur tous les autres sujets, l’acrimonie entre la Chine et les États-Unis continue de prédominer. Sur Taïwan avant tout, contre qui l’Armée populaire de libération poursuit ses manœuvres d’intimidation et qui est devenu le théâtre d’une escalade militaire entre la Chine et les États-Unis. Les deux pays ont déployé dans la zone des groups aéronavals conduits par le porte-avions américain USS Theodore Roosevelt et le porte-avions chinois Liaoning. Le 11 avril, les forces américaines se sont livrées à une nouvelle forme de « guerre cognitive » lorsque des bâtiments de guerre américains et chinois se sont observés à quelques kilomètres de distance seulement. Le 12 avril, les Américains ont rendu publique une photo montrant le destroyer lance-missiles américain USS Mustin dans le sillage immédiat du groupe aéronaval chinois. Une initiative qui, selon les spécialistes, représentait un message clair en direction de Pékin.
La photo, prise quelque part en mer de Chine du Sud, montre le commandant du navire Robert J. Briggs et son adjoint le commandant Richard S. Slye en train d’étudier les manœuvres du Liaoning distant d’à peine quelques kilomètres. « Sur cette photo, le commandant Briggs paraît très détendu, assis avec ses jambes déployées devant lui, observant le Liaoning à proximité immédiate, tandis que son adjoint, assis à côté de lui, en train de dire qu’ils ne prenaient pas vraiment au sérieux leurs homologues de l’Armée populaire de libération, explique Lu Li-shih, un ancien instructeur de l’Académie de la Marine de Taïwan à Kaoshiung. Cette photo mise en scène est à l’évidence une forme de « guerre cognitive » dont le but est de montrer que les États-Unis ne considèrent par l’Armée populaire de libération comme une menace imminente. »

Pour Zhou Chenming, un chercheur du think tank Yuan Wang rattaché à l’Institut des sciences militaires et technologiques basé à Pékin, la photo indique clairement que les bâtiments américains prennent bien soin de respecter « une distance de sécurité » minimale tout en suivant le Liaoning afin d’éviter tout risque d’accrochage qui pourrait ensuite dégénérer hors de tout contrôle.
Autre affaire à suivre : entre-temps, le ministère taïwanais de la Défense a fait état de l’entrée dans sa Zone d’identification aérienne (ADIZ) de 25 avions de combats chinois, dont 18 chasseurs et quatre bombardiers, un nombre sans précédent dans l’histoire de la part de ce qui représente « une Chine de plus en plus agressive ».
Le gouvernement américain a lancé ce mardi 13 avril un signal lourd de symbole avec l’annonce du voyage à Taïwan de l’ancien sénateur Chris Dodd et des anciens secrétaires d’État adjoints Richard Armitage et James Steinberg, deux personnalités très proches de Joe Biden. Ce dernier a d’ailleurs qualifié ce voyage de « signal personnel » de soutien à la présidente Tsai Ing-wen que les trois hommes politiques américains rencontreront ce jeudi matin 15 avril. Ce voyage coïncide avec le 42e anniversaire du Taiwan Relations Act que Joe Biden avait voté et par lequel les États-Unis s’engagent à donner à Taipei les moyens militaires de se défendre.
La réponse du gouvernement chinois ne s’est pas faite attendre. Pékin a parlé « d’exercices de combat » ce mercredi en évoquant ses manœuvres militaires en cours à proximité de Taïwan. « L’Armée Populaire de Libération organise en ce moment des exercices de combat dans le détroit de Taïwan qui représentent une mesure nécessaire pour prendre en compte la situation sécuritaire actuelle dans le détroit de Taïwan et pour protéger la souveraineté nationale », a expliqué le porte-parole du bureau chinois des Affaires de Taîwan Ma Xiaoguang. Il s’agit là d’une réponse solennelle à l’ingérence de forces extérieurs et aux provocations des partisans de l’indépendance de Taïwan. […] Les exercices militaires de l’Armée Populaire de libération sont là pour envoyer un signal pour prouver que notre détermination à écraser l’indépendance de Taïwan et la collusion entre Taïwan et les États-Unis ne sont pas que des mots. »
Par Pierre-Antoine Donnet

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A propos de l'auteur
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube. Il est aussi l'auteur de "Tibet mort ou vif", paru chez Gallimard en 1990 et réédité en 2019 dans une version mise à jour et augmentée. Son dernier ouvrage, "Chine, le grand prédateur", est paru en 2021 aux Éditions de l'Aube.