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Chine-Europe : le sommet de "la dernière chance" et les concessions de Pékin

Le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors du sommet Chine-Europe par visioconférence, le lundi 14 septembre 2020. (Source : Teller Report)
Le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors du sommet Chine-Europe par visioconférence, le lundi 14 septembre 2020. (Source : Teller Report)
Le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel ont participé ce lundi 14 septembre à un sommet de « la dernière chance ». Cette rencontre virtuelle a permis de dégager « des avancées » et d’exprimer de part et d’autre « une volonté politique » commune d’aboutir à un accord sur la protection des investissements européens en Chine d’ici la fin de l’année.
Des négociations Chine-UE sur ce sujet s’éternisent depuis sept ans et des responsables européens n’avaient pas caché avant ce sommet que ce dernier représentait une « dernière chance » de parvenir à un accord sur les questions de l’accès au marché chinois des entreprises européennes, les transferts de technologies contraints et les subventions gouvernementales chinoises aux entreprises publiques du pays qui faussent la concurrence.
« La volonté politique doit être là pour conclure un accord sur les investissements. Et la volonté politique est là, des deux côtés », a expliqué la chancelière, dont le pays exerce actuellement la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Xi Jinping est tombé d’accord sur la nécessité « d’accélérer » les négociations de manière à ce qu’elles aboutissent d’ici la fin décembre, selon un compte-rendu de ce sommet en vidéoconférence de l’agence officielle chinoise Xinhua.
Ursula von der Leyen a toutefois ajouté un bémol à ces déclarations enthousiastes en soulignant qu’il restait « beaucoup à faire » avant la conclusion d’un accord. Elle a néanmoins déclaré que « la Chine nous a convaincus qu’il est nécessaire de parvenir à un accord sur les investissements ». « Il y a des domaines dans lesquels nous avançons, mais je dois dire qu’il reste beaucoup à faire, a-t-elle dit. Il existe un intérêt réel pour accélérer, de changer les choses pour le meilleur. Ce n’est donc pas une question de temps mais de substance. »

L’UE pas un « terrain de jeu » pour la Chine

Par la voix de Charles Michel, l’Union européenne en a profité pour aborder la question des droits de l’homme devant le numéro un chinois. « L’Union européenne et nos États membres ont répondu d’une seule voix claire. Les voix démocratiques à Hong Kong doivent être entendues, les droits protégés et l’autonomie préservée, a-t-il affirmé. Nous demandons à la Chine de tenir ses promesses faites au peuple de Hong Kong et à la communauté internationale. »
« Nous avons réitéré nos inquiétudes s’agissant du traitement par la Chine des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes, a poursuivi l’ancien Premier ministre belge. Nous avons également demandé à la Chine de se garder de toute action unilatérale en Mer de Chine du Sud afin de respecter la loi internationale et d’éviter une escalade. » Ces propos illustrent, si besoin est, une nouvelle politique européenne plus intransigeante à l’égard de Pékin qui s’était déjà manifestée lors du précédent sommet Chine-UE en juin dernier.
Charles Michel a résumé les relations entre la Chine et l’Union européenne en soulignant que cette dernière « a besoin d’être un acteur et non pas un terrain de jeu ». « Nous voulons davantage d’équité. Nous voulons une relation équilibrée, ce qui se traduit par davantage de réciprocité », ce sommet ayant représenté « une nouvelle étape en direction d’une relation plus équilibrée avec la Chine ».
Angela Merkel a annoncé qu’un nouveau sommet avec la Chine aurait lieu l’an prochain, probablement à Bruxelles. « Je suis d’avis que nous avons eu un dialogue bénéfique, ouvert et honnête qui doit se poursuivre, a insisté la chancelière. Globalement, la coopération avec la Chine doit reposer sur certains principes : la réciprocité et une concurrence équitable. Nous avons des systèmes sociaux différents, mais nous sommes engagés dans le multilatéralisme qui doit être basé sur des règles. »

Concessions chinoises

Ursula von der Leyen a encore expliqué qu’un accord avait été trouvé avec Xi Jinping « dans trois domaines importants » : « une discipline sur la conduite des entreprises d’État, mais également sur les transferts de technologie et sur la transparence s’agissant des subventions. »
Ces propos semblent marquer des concessions chinoises sur des négociations qui s’éternisaient. C’est que Pékin a clairement traîné les pieds ces dernières années. Le régime chinois a cependant grand besoin de meilleures relations avec l’Union européenne afin de contrebalancer les fortes tensions politiques et économiques avec les États-Unis.
Ce sommet s’est déroulé alors que l’Allemagne vient tout juste de procéder, sans tambour ni trompettes, à un profond réexamen de ses liens avec la Chine bien que celle-ci soit devenue en 2017 son premier partenaire commercial, devant la France et les États-Unis. Le gouvernement fédéral allemand a ainsi adopté début septembre de nouvelles orientations diplomatiques en Asie-Pacifique qui font de pays démocratiques de la région tels que le Japon et la Corée du Sud la priorité, au détriment de la Chine qui passe au second plan.
« Nous voulons contribuer à définir [l’ordre mondial à venir] de façon à ce qu’il soit basé sur des règles et la coopération internationale et non pas sur la loi du plus fort », a souligné le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas le 2 septembre. Voici pourquoi nous avons intensifié la coopération avec ces pays qui partagent nos valeurs démocratiques et libérales. »
Signe des temps, le patron du géant allemand Siemens Joe Kaeser a lui-même déclaré jeudi dernier à l’hebdomadaire Die Zeit : « Nous observons de près et avec inquiétude ce qui se passe en ce moment à Hong Kong ainsi que dans la région du Xinjiang. Nous condamnons catégoriquement toute forme d’oppression, de travail forcé et d’atteinte aux droits de l’homme. » Des propos qui sont sans précédent venant d’un grand patron allemand.
Quant au président français, après un long silence, il a publiquement condamné le 6 septembre les « pratiques inacceptables » menées par les autorités chinoises envers les musulmans Ouïghours au Xinjiang qui vont « contre les principes universels inscrits dans les conventions internationales relatives aux droits de l’Homme ».
Par Pierre-Antoine Donnet
A propos de l'auteur
Pierre-Antoine Donnet
Ancien journaliste à l'AFP, Pierre-Antoine Donnet est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés à la Chine, au Japon, au Tibet, à l'Inde et aux grands défis asiatiques. En 2020, cet ancien correspondant à Pékin a publié "Le leadership mondial en question, L'affrontement entre la Chine et les États-Unis" aux Éditions de l'Aube.