Politique
Analyse

Chine : Xi Jinping garde la mairie de Shanghai entre ses mains malgré la crise du coronavirus

Gong Zheng, nouveau mairie de Shanghai. (Source : Shanghaiist)
Gong Zheng, nouveau mairie de Shanghai. (Source : Shanghaiist)
La crise du coronavirus a obligé Xi Jinping a reprendre la main dans le Hubei pour mettre fin à l’enchaînement d’erreurs depuis le déclenchement de l’épidémie à Wuhan. Il avait alors parachuter à la tête de la province touchée de plein fouet par l’épidémie le patron du Parti de Shanghai. Restait à le remplacer par un fidèle. C’est chose faite avec le gouverneur du Shandong, Gong Zheng, un soldat de son « armée du Zhejiang ». Contrairement à ses prédécesseurs, il n’était pas membre de l’équipe dirigeante de la capitale économique de la Chine. Un choix risqué pour Xi Jinping ?
*Leur relation remonte au Hebei au début des années 1980.
À la suite du départ de Ying Yong (应勇) de la mairie de Shanghai, le 13 février parti remplacer Jiang Chaoliang à la tête du Parti dans le Hubei, plusieurs spéculations émergèrent sur le remplaçant possible de Ying. Dans un premier temps, on souffla le nom de Liao Guoxun (廖国勋), déjà en poste à Shanghai en tant que secrétaire adjoint et secrétaire de la commission des affaires politiques et légales de la municipalité- le secrétaire particulier (mishu) de Li Zhanshu, président du comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, l’un des confidents de Xi Jinping*. Ensuite on murmura celui de Xu Lin (徐麟), un membre de la « bande des trois » (三人帮) de Shanghai, associé au numéro un chinois. Xu, un vétéran de Shanghai, était passé par le système de la propagande en 2015, et avait depuis un rôle important (pour Xi) en matière de contrôle de l’information. Autrement dit, par son expérience politique dans le secteur de la propagande, très prisé par le président chinois, Xu faisait figure de favori dans cette course, jusqu’à l’arrivée impromptue de Gong Zheng (龚正) en tant que secrétaire adjoint le 19 mars dernier.

Retour sur le parcours de Gong

Originaire du Jiangsu et né en 1960, Gong Zheng est connu avant tout comme le beau-frère de Liu He (刘鹤), le « M. Économie » de Xi et son ami d’enfance. Cela dit, la carrière de Gong représente plus que cette simple affirmation.
*À Shenzhen, Gong précédera pour la 2e fois Zou Zhiwu (邹志武). Il est également secondé par Li Guo (李国) durant son séjour à Shenzhen.
À première vue, Gong est un cadre typique. Il débute sa carrière dans les douanes en 1982 dans le secteur de la supervision du fret. En 1986, Gong devient le secrétaire particulier (mishu) Dai Jie (戴杰), le ministre des Douanes de 1985 à 1993. C’est d’ailleurs Dai qui poussera Gong vers l’administration des douanes de Tianjin en 1993, alors sous la direction de Yang Xuchen (杨戌辰). Gong demeure trois ans en poste avant de faire une année au Centre national de gestion des informations douanières, puis de revenir vers l’administration centrale des douanes en tant que directeur adjoint du département des spécifications commerciales. En 1998, Gong a 38 ans et se trouve à présent cadre de rang départemental à 38 ans. Il est nommé directeur du département des politiques et réglementations. En 2001, il est transféré aux douanes de Shenzhen, un poste-clé dans le système national des douanes*. Le bureau des douanes se remet alors de l’affaire Zhao Yucun (赵玉存).
*Liu est alors directeur adjoint de la Commission centrale des finances et de l’économie. **Chen partait à l’époque pour le Guizhou.
En 2003, avec l’aide de Liu He*, Gong devient ministre adjoint des douanes sous Mu Xinsheng (牟新生), un vétéran du système de la sécurité publique. Gong sera envoyé en province au Zhejiang en 2008 – avec l’aide Xi Jinping – en tant que membre du groupe du Parti pour le gouvernement provincial. Un mois plus tard, Gong est nommé gouverneur adjoint. Après six années, Gong vient remplacer Chen Min’er, l’un des alliés de Xi**, en tant que gouverneur adjoint exécutif. Durant cette période, de 2012 à 2015, Gong progresse dans « l’armée du Zhejiang » du président chinois – comprenant des noms comme Xia Baolong (夏宝龙), Li Qiang (李强), Wang Huizhong (王辉忠), Huang Kunming (黄坤明), Cai Qi (蔡奇), ou He Heping (胡和平). Ce faisant, Gong est formé par Xia Baolong, celui sur qui Xi compte pour tenir Hong Kong.
Après avoir remplacé Huang Kunming en tant que secrétaire du Parti à Hangzhou (2013-2015), Gong est envoyé au Shandong en tant que secrétaire provincial adjoint, sous Jiang Yikang (姜异康), un cadre proche de Zeng Qinghong. Gong attendait depuis un moment le poste de gouverneur occupé au début 2017 par Guo Shuqing (郭树清). Il devient numéro deux de Liu Jiayi (刘家义) en mars 2017. Ce rappel vers le centre, vers Shanghai, après environ trois ans en poste à la tête du gouvernement du Shandong interpelle. L’aide de ses camarades du Zhejiang devenu membres du Politburo (Li Qiang, Chen Min’er, Cai Qi et Huang Kunming), ajoutée à ses liens à Liu He, a dû peser lourd dans la balance. Mais Gong est-il le bon choix pour Shanghai ?

Le Zhejiang à la charge

*D’autres points auraient été également discutés, sans doute des remaniements de responsables de haut rang.
Ce choix, probablement pris le 18 mars lors de la rencontre des membres du comité permanent du Politburo* sur la crise du coronavirus* – est sûrement le fait des hommes du Zhejiang de Xi. Le département de l’Organisation transfert et déplace les cadres de haut rang en fonction des décisions du Comité central – sous recommandation (中共中央批准), ou encore sur décision directe. Dans la situation de Gong, il est probable que Li Qiang, secrétaire du Parti à Shanghai, ait recommandé Gong Zheng. Considérant qu’une majorité des maires de Shanghai provenait également de son gouvernement local – comme Ying Yong (应勇), Yang Xiong (杨雄), Han Zheng (韩正) ou Chen Liangyu (陈良宇), un parachuté pourrait s’avérer une bonne idée. Surtout lorsque l’on sait à quel point Xi cherche à faire table rase des anciens réseaux du centre financier de la Chine.
Dans les jours qui suivent, le poste de gouverneur du Shandong devra aussi être pourvu. À observer l’avancée des hommes du Zhejiang, on pourrait penser que Zhao Yide (赵一德) sera nommé prochainement : secrétaire adjoint du Hebei depuis 2018, il se trouve dans une situation similaire à celle de Gong en 2016. Si on voulait pousser plus loin la prédiction, il faudrait également regarder du côté du Liaoning : Chen Qiufa (陈求发), qui a maintenant 65 ans (et qui ne réussira pas à monter vers le Politburo) sera sûrement remplacé par Tang Yijun (唐一军), un autre allié du Zhejiang.
Cette habitude qu’à Xi de n’utiliser que des alliés directs (en l’occurrence parmi sa bande du Zhejiang) épuise rapidement les options pour occuper des postes importants après 2020. En ce sens, ce coup de dés pourrait représenter en fait une ouverture pour Gong Zheng (et pour Xi), qui pourrait éventuellement replacer un Li Qiang appelé peut-être à devenir membre du comité permanent du Politburo dans deux ans.

Soutenez-nous !

Asialyst est conçu par une équipe composée à 100 % de bénévoles et grâce à un réseau de contributeurs en Asie ou ailleurs, journalistes, experts, universitaires, consultants ou anciens diplomates... Notre seul but : partager la connaissance de l'Asie au plus large public.

Faire un don
A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est co-fondateur et Pdg du Groupe Cercius, une société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique. Ancien stagiaire post-doctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines (CRSH). Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa (2015). Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique (2013), l’International Journal of Chinese Studies (2015/2016), le Journal of Contemporary Eastern Asia (2016), East Asia : An International Quarterly (2017), Issues and Studies (2011) ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie (2013/2015). Il a également publié une note de recherche faisant le point sur le « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.