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Chine : comment Xi Jinping place ses pions du Fujian à Chongqing pour l'après-2022

Le président chinois Xi Jinping. (Source : Foreign Policy)
Le président chinois Xi Jinping. (Source : Foreign Policy)
Démanteler le socle d’influence de Jiang Zemin et le remplacer par le sien. C’est ainsi que Xi Jinping prépare l’après-2022, afin d’au moins pouvoir tirer les ficelles du pouvoir après son deuxième mandat, à la manière de Jiang. Ainsi en ce début d’année, le président chinois ajuste les gouvernements locaux à Chongqing, dans le Fujian, l’une de ses bases arrières, et dans le Jilin, une province qu’il tente de « nettoyer » depuis 2013 de l’emprise de Jiang Zemin. Après avoir mis la main sur les structures provinciales du Parti depuis un moment déjà, le numéro un chinois continue d’étendre son emprise sur les structures gouvernementales afin de se donner les moyens d’une série de réformes économiques. Ce faisant, de « nouveaux » visages font leur apparition sur la scène provinciale, des cadres interchangeables comme des alliés « mobiles » du président.

Retour à Chongqing : tout pour Xi Jinping

*Zhang vient en fait remplacer Wang Dongfeng (王东峰, 1958), actuel secrétaire du Parti dans le Hebei depuis octobre, date du départ de Zhao Kezhi (赵克志, 1953) pour le ministère de Sécurité publique.
La municipalité de Chongqing est depuis 2002 le théâtre de changements incessants. Alors que 2017 a fourni son lot de rebondissements avec la chute de Sun Zhengcai en juillet, l’ancien bastion de la star déchue Bo Xilai continue de faire parler de lui. Depuis le 1er janvier, Tang Liangchi (唐良智, 1960) est le nouveau maire par intérim de Chongqing, venant ainsi remplacer Zhang Guoqing (张国清, 1964), muté à la mairie de Tianjin depuis quelques jours à peine. Ancien de maire et secrétaire de Chengdu, Tang est l’un des associés de Yu Zhengsheng, supporteur de Xi Jinping, depuis qu’il a travaillé avec lui dans le Hubei entre 2001 et 2007). Zhang Guoqing est quant à lui membre de la « frange des industries militaires » (军工系统), qui réunit elle aussi des proches du président chinois*.
*Au titre de « présence féminine obligatoire » au sein du comité permanent de la municipalité.
Les liens avec « l’ancienne garde » ne pardonnent pas. Zeng Qinghong (曾庆红, 1962) est certes toujours membre du comité permanent de Chongqing, mais elle est « non-assignée » depuis septembre, mois durant lequel sa participation au 19e Congrès fut également révoquée. Elle sera remplacée sous peu par Li Jing (李静, 1962), arrivée en décembre*, son homologue féminin en provenance du Sichuan, déléguée suppléante au 19e Congrès. Dans le même temps, les fonctions de Zeng au département de l’organisation seront reprises par Hu Wenrong (胡文容, 1964), ancien du gouvernement du Shandong. Enfin, Mu Huaping (沐华平, 1965) – ancien maire-adjoint, a lui été mis en retrait du gouvernement en novembre après des allégations de fraudes et de liens avec Sun Zhengcai.
*Chen a travaillé dans la filiale de la China Construction Bank au Liaoning du temps où Wang Qishan en était le gouverneur (1993-1996).
Avec Chen Min’er et Tang Liangchi aux commandes de Chongqing, appuyés par Cheng Yong (陈雍, 1966) – secrétaire de la commission disciplinaire et vieille connaissance de Wang Qishan*, on peut penser que le « ménage » opéré dans la municipalité va s’accélérer dans les prochaines semaines.

Refonte dans la base arrière de Xi Jinping : l’arrivée de Tang Dengjie dans le Fujian

*Yu devait remplacer You Quan (尤权, 1954), à présent membre du Politburo et directeur du département du Front Uni.
L’arrivée de Tang Dengjie dans le Fujian dès la fin 2017, a marqué la volonté incessante du président chinois de consolider ses bases, tout comme dans le Shaanxi ou à Shanghai. Placé au ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) en mai dernier en attendant que les promotions du Congrès déplacent certains cadres et permettent des vacances de postes, Tang a connu Xi Jinping lors de son passage à Shanghai en 2007 ; il était alors maire-adjoint. Après une rotation dans le China South Industries Group Corporation (2001-2017) ainsi qu’au MIIT, Tang fut appelé à remplacer Yu Weiguo (于伟国, 1955), promu au secrétariat du Parti dans le Fujian durant le 19e Congrès*. Ce dernier, tout comme son prédécesseur, You Quan, sont des alliés de Xi Jinping.

Jing Junhai : l’allié du Shaanxi au Jilin

*Li, Zhao et Cai sont des alliés proches de Xi.
Jing Junhai (景俊海, 1960) est d’abord et avant tout un ancien du Shaanxi, province natale du président chinois. Il est considéré comme un « grand administrateur de l’intérieur » (大内总管) par Xi, en plus d’avoir côtoyé Li Zhanshu (1998-2003) et Zhao Leji (2007-2012) dans la même province. Ces liens étroits avec Li et Zhao au Shaanxi en plus de son passage à Pékin aux côtés de Cai Qi font de Jing un individu des plus bien connectés au pouvoir*.
*Hu avait dû occuper les deux postes après le départ de Lou Qinjian (娄勤俭, 1955) pour le secrétariat du Jiangsu.
Le 2 janvier, Jing est venu remplacer Liu Guozhong (刘国中, 1962), transféré gouverneur du Shaanxi, poste cumulé depuis octobre par le secrétaire du Parti provincial Hu Heping (胡和平, 1962)*, supporteur de Xi Jinping. Si Liu n’est pas encore secrétaire-adjoint, la nomination ne saurait tarder.

Xi Jinping, le joueur solitaire

Ces choix de gouverneurs représentent certes une simple rotation des alliés de Xi en province. Mais il ne faut pas se tromper. Ils consolident l’idée que le numéro un chinois met en place la structure qui lui survivra et qui contrôlera la prochaine équipe, comme l’avait fait avant lui Jiang Zemin avec Hu Jintao. Cette avancée modeste, comparée aux temps forts de 2017, donne malgré tout à Xi la chance de pourvoir des postes importants en ne laissant aucune place aux autres factions. Plus le temps avance, plus la partie d’échecs entamée en 2013 devient unilatérale, et sans opposant.
A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est stagiaire postdoctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines [CRSH]. Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa [2015]. Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique [2013], l’International Journal of Chinese Studies [2015/2016], le Journal of Contemporary Eastern Asia [2016], East Asia : An International Quarterly [2017], Issues and Studies [2011] ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie [2013/2015]. Il a également publié une note de recherche faisant le point sur « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.