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Expert - Politique chinoise

Chine : de la cybercensure à la "clique du pétrole", le ménage continue contre les alliés Jiang Zemin

Le président chinois Xi Jinping parle à l'un de ses puissants prédécesseur Jiang Zemin lors de la session de clôture du 19ème Congrès du Parti communiste chinois à Pékin, le 24 octobre 2017. (Crédits : AFP PHOTO / GREG BAKER)
Le président chinois Xi Jinping parle à l'un de ses puissants prédécesseur Jiang Zemin lors de la session de clôture du 19ème Congrès du Parti communiste chinois à Pékin, le 24 octobre 2017. (Crédits : AFP PHOTO / GREG BAKER)
Est-ce une surprise ? La campagne anti-corruption en Chine, qui battait son plein déjà en 2014, continue de plus belle sous Zhao Leji, le tout frais successeur de Wang Qishan à la tête la commission centrale d’inspection et de discipline du Parti. Des individus de moindres envergures se font encore mettre en examen et certains des premiers accusés reçoivent leurs verdicts. La tendance de fonds ne change guère : le long « ménage » des alliés de Jiang Zemin continue, notamment les « vestiges » des factions du pétrole et du Jiangsu. Parmi eux, Liu Beixian et Lu Wei, deux poids lourds de « l’information ».

Le Tsar de l’Internet chinois : le démantèlement du réseau de Liu Yunshan

*Né en 1955, Cai est une vieille connaissance de Ling Jihua et de Liu Yunshan.
Né en 1960, Lu Wei, originaire de l’Anhui, a passé plus de 20 ans à l’agence presse officielle Xinhua avant d’être envoyé à Pékin, aux côtés de Guo Jinlong (郭金龙, né en 1947), l’un des derniers alliés de Hu Jintao dans la capitale. Lu Wei sera placé par Liu Yunshan auprès de Cai Mingzhao* (蔡名照), directeur de Xinhua et ami de longue date de Lu. Dès 2013, Ce dernier prend les commandes de l’Internet chinois, et ce jusqu’en 2016, avant d’aller rejoindre Liu Qibao (allié de Hu Jintao) au département de la propagande. A son départ de « l’unité de travail nationale d’information sur Internet » (国家互联网信息办公室) par un certain Xu Lin (徐麟, né en 1963), allié de Xi Jinping.

L’information et le « porte-parole » de Bo Xilai : la chute de Liu Beixian

Déjà à la retraite depuis 2015 en raison de son âge (il est né en 1955), Liu Beixian (刘北宪) était l’ancien directeur de China News Service (中国新闻社), deuxième organe officiel d’information en importance derrière Xinhua. Grande figure de l’industrie de l’information en Chine depuis les années 1980, il était aussi un allié connu de Liu Yunshan, directeur du département de la propagande de 2002 à 2012. Liu Beixian avait en outre dirigé la branche de Hong Kong durant la rétrocession de l’ancienne colonie britannique, de 1997 à 2000.
Cependant, le 16 aout dernier, soit plus de deux ans après sa retraite, Liu est mis en examen pour « violations disciplinaires ». En cause : ses loyauté multiples envers Bo Xilai, qu’il alla visiter en personne à Chongqing en 2011, mais aussi envers Zhou Yongkang, en sa qualité à l’époque de chef des forces de polices, et bien entendu envers Jiang Zemin. C’est d’ailleurs Liu qui accompagna Jiang à New York en 2000 lors d’un sommet international. On le soupçonne d’avoir étouffé certaines affaires en plus d’avoir aidé certaines figures politiques à déplacer leur argent, notamment Bo et Liu Yunshan.
Expulsé du Parti en novembre dernier, Liu Beixian est le second cadre du Bureau des affaires des Chinois d’Outre-mer ou Guoqiaoban (国侨办) à tomber. Son « prédécesseur », Gu Yicheng (谷宜成), était responsable du cabinet du conseil aux entreprises (中国企业经营咨询公司) dans le système administratif du Guoqiaoban. Ce dernier, mis en examen en 2016 pour de graves allégations de corruption, a lui été expulsé du Parti en mai de cette année.
*Ancien vice-président de la commission consultative politique du peuple chinois (2003 à 2013), Liao est le fils de Liao Chengzhi (1908-1983), 廖承志, ancien révolutionnaire, haut cadre du Guoqiaoban dans les années 1960 et directeur de Xinhua en 1937. **Un sergent de la bande du Jiangsu, Xu est un proche de Li Yuanchao et de Zhang Chunxian (张春贤, 1953), des associés de Jiang Zemin.
Le début du nettoyage amorcé dans le Guoqiaoban indique la volonté de Xi Jinping de se réapproprier la communauté chinoise « extérieure » et de créer une meilleure relation d’échange avec elle. Cette communauté est en effet beaucoup plus proche de l’ancienne garde. D’autant que le prochain directeur du Guoqiaoban s’appelle Xu Yousheng (许又声, 1957), ancien secrétaire de Liao Hui (廖暉, 1942)* dans les années 1980, et du pré-retraité Xu Shousheng (徐守盛, 1953) lorsqu’il était à la tête du Hunan (2013-2016).

Liang Yaohui et Su Shulin : deux lieutenants du pétrole reconnus coupable

Né en 1962 au Shandong et étoile montante de la 6ème génération, Su Shulin (苏树林), membre avéré de la bande du Liaoning, est l’ancien gouverneur du Fujian (2011-2015). Ancien du secteur du pétrole, Su est l’un des derniers de la faction de Zhou Yongkang à tomber en 2015, la majorité de ses alliés ayant déjà été mis en examen dès 2013. Pour l’heure, seuls quelques individus ont su « échapper » à la commission disciplinaire, dont Zhou Jiping (周吉平, 1952), retraité depuis 2015.
*Déjà en 2015, on parlait d’environ 50 cadres impliqués dans cette affaire, dont près de 30 femmes.
Liang Yaohui (梁耀辉, 1967) est l’ancien dirigeant du « Crown Prince Hotel » de Dongguan, dans la province méridionale du Guangdong. Il est épinglé en 2014*. Impliqué dans la corruption et dans l’industrie de la prostitution par le biais de l’hôtel, celui que l’on surnommait « le Prince Hui », a été condamné à la perpétuité le 14 aout août dernier. Liang était à l’époque un allié de Zhou Yongkang et le « maitre-assistant » (帮主) de la faction du pétrole. La chute de Liang sera beaucoup plus le fait des efforts de Wang Yang (汪洋, 1955), secrétaire du Guangdong de 2007 à 2012, que de Hu Chunhua, son successeur à la tête de la province. Il faut aussi rappeler que que deux autres figures de la bande du Jiangsu ont été mises en examen la même année que Liang, en novembre 2014 : Ji Kejian (嵇克俭, 1963), maire-adjoint de Wuxi, et Li Lianyu (李连玉, 1959), maire-adjoint de Xuzhou.

Le nettoyage des « tuantuan huohuo » 团团伙伙

*Wang, un membre de la bande du Jiangsu, serait davantage un associé de Luo Zhijun (罗志军, 1951), secrétaire du Parti du du Jiangsu de 2010 à 2016 et allié de Jiang.
C’est en 2016 que le Jiangsu se « stabilise ». Cette année-là voit la chute de Li Yunfeng (李云峰, 1957), l’ancien gouverneur-adjoint et secrétaire du comité permanent du Jiangsu (2006-2011), précédée par la mise en examen de Feng Yajun (冯亚军, 1966), membre du comité permanent de Nanjing (2014). Déjà en 2014, quatre autres responsables de l’agglomération avait eux aussi été mis en examen : Li Qiang (李强, 1955), secrétaire de la ville de Lianyungang (2011-2014), Zhao Shaolin (赵少麟, 1946), secrétaire du comité permanent (1998-2006), de Yang Weize (杨卫泽, 1962), secrétaire de Nanjing jusqu’en 2015, Ji Jianye (季建业, 1957), maire de Nanjing (2009-2013), et Wang Jianhua (王建华, 1952)*, directeur de la Banque du Jiangsu (2011-2017). Lorsque la poussière retombe, il devient évident que la bande de Jiang Zemin a cédé à la « nouvelle » clique de Nanjing, celle de Xi Jinping.
A propos de l'auteur
Alex Payette
Alex Payette (Phd) est co-fondateur et Pdg du Groupe Cercius, une société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique. Ancien stagiaire post-doctoral pour le Conseil Canadien de recherches en Sciences humaines (CRSH). Il est titulaire d’un doctorat en politique comparée de l’université d’Ottawa (2015). Ses recherches se concentrent sur les stratégies de résilience du Parti-État chinois. Plus particulièrement, ses plus récents travaux portent sur l’évolution des processus institutionnels ainsi que sur la sélection et la formation des élites en Chine contemporaine. Ces derniers sont notamment parus dans le Journal Canadien de Science Politique (2013), l’International Journal of Chinese Studies (2015/2016), le Journal of Contemporary Eastern Asia (2016), East Asia : An International Quarterly (2017), Issues and Studies (2011) ainsi que Monde Chinois/Nouvelle Asie (2013/2015). Il a également publié une note de recherche faisant le point sur le « who’s who » des candidats potentiels pour le Politburo en 2017 pour l’IRIS – rubrique Asia Focus #3.