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Hong Kong : Xi Jinping changera-t-il le principe "un pays, deux systèmes" ?

Le président chinois Xi Jinping à son arrivée à l'aéroport international de Hong Kong le 29 juin 2017, accueilli par le chef de l'exécutif hongkongais sortant Leung Chun-ying. (Crédits : AFP PHOTO / Anthony WALLACE)
Le président chinois Xi Jinping à son arrivée à l'aéroport international de Hong Kong le 29 juin 2017, accueilli par le chef de l'exécutif hongkongais sortant Leung Chun-ying. (Crédits : AFP PHOTO / Anthony WALLACE)
C’est sa première visite officielle à Hong Kong en tant que président de la Chine. Hier jeudi 29 juin, Xi Jinping s’est posé à l’aéroport de la « région administrative spéciale » marquant ainsi le lancement officiel de 3 jours de célébrations du 20ème anniversaire de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la « mère patrie » chinoise. Dès sa descente de l’avion, Xi n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler cette appartenance avec les mots des sentiments : « Hong Kong a toujours été dans mon cœur. » Et d’ajouter : « Depuis 20 ans, le gouvernement central [de Pékin, NDLR] a toujours été un fervent supporteur de Hong Kong. » Car c’est bien la question des relations, politiques comme économiques, entre le continent chinois et la cité, qui semble cristalliser les débats aujourd’hui tant la ville semble être de plus en plus laissée à l’écart (lire notre article). Quelle est donc la stratégie de Pékin pour Hong Kong ? Les autorités centrales en ont-elles seulement une ?

Le 1er juillet 1997, le minuscule territoire britannique (1 067 kilomètres carrés) de Hong Kong se trouvait « rendu » à la République Populaire de Chine sous l’œil du 28ème et dernier gouverneur de la désormais ex-colonie, Christopher Patten. Ce dernier avait dressé la veille lors de la cérémonie de passation une ode à « l’État de droit », à un « gouvernement propre et souple » (clean and light-handed government), « aux valeurs d’une société libre » et aux « débuts d’un gouvernement représentatif et d’une responsabilité démocratique ». Mais surtout, il avait appelé de ses vœux un « gouvernement de Hong Kong par les habitants de Hong Kong » qu’il percevait comme « un destin inébranlable ».

Il est vrai qu’une large partie de ses souhaits se retrouvait à l’époque dans l’accord conclu entre Deng Xiaoping et la Première ministre britannique Margaret Thatcher qui précéda la cérémonie en elle-même. Ce document, la « Déclaration conjointe du gouvernement de la République populaire de Chine et du gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord sur la question de Hong Kong », fût signé le 19 décembre 1984 à Pékin entre les représentants britanniques et chinois. Selon cette déclaration, Pékin mettrait en place le principe dit « un pays, deux systèmes » (一国两制 – yiguoliangzhi) et pendant 50 ans, Hong Kong garderait sa « façon de vivre ». Autrement dit, la Chine resterait socialiste et Hong Kong resterait capitaliste. La cité deviendrait alors une « Région administrative spéciale » (tout comme Macao à partir de sa rétrocession deux ans plus tard). Elle serait à la fois dépendante de la Chine et gérée selon la loi fondamentale de Hong Kong (Hong Kong Basic Law ou 香港基本法 – xiangkang jibenfa) qui prit effet le jour de la rétrocession.

Concrètement, cela signifie que Hong Kong est – dans les textes – indépendant dans tous les domaines, hormis la Défense et la politique étrangère qui sont assurées eux par la Chine. En effet, comme défini par la loi fondamentale, le pouvoir exécutif est entre les mains d’un chef de l’exécutif élu pour 5 ans. Un collège de 1 200 personnes participe à cette élection. Le chef de l’exécutif – actuellement Leung Chun-ying avant la prise de fonction de Carrie Lam le jour des festivités, suite à son élection en mars 2017 – est assisté dans ses fonctions par un Conseil exécutif.

Du côté législatif, une assemblée parlementaire, le Conseil législatif ou Legco, légifère. il compte 70 membres dont une moitié sont élus au suffrage universel et une autre moitié par 200 000 grands électeurs, représentant des collèges professionnels. Ce sont d’ailleurs ces élections qui cristallisent les dernières contestations, tout autant que les projets de Pékin pour faire avaliser ses « uniques candidats ». Entre « localistes », « pro-démocrates » ou « pro-Pékin », les noms d’oiseaux pleuvent au Legco et les débats sont houleux. D’autant plus que la stratégie de Pékin semble illisible au premier abord. Ainsi, entre tentative d’intimidation, marche arrière toute, négociations, crises ou même laisser-faire, souvent les autorités centrales varient (à ce sujet, voir notre article).

La ville s’est faite belle pour les célébrations. Partout elle s’est ornée d’affiches multicolores prônant « Ensemble, Progrès, Opportunités » comme maitres-mots de ce 20ème anniversaire. Le chef de l’exécutif en exercice Leung Chun-ying a fait les choses en grand et prépare depuis quelque mois déjà les festivités. Le président chinois n’a d’ailleurs pas manqué, dès sa descente de l’avion, de saluer son « sens de l’engagement », notamment dans la « gestion » des forces pro-indépendantistes.
En effet, Xi Jinping n’a pas tari d’éloges lors d’une réunion avec le chef de l’exécutif et son cabinet ainsi que des fonctionnaires haut-placés. Leung, selon le président, a « montré au cours des cinq dernières années, un sens de la responsabilité envers le pays, Hong Kong et l’Histoire avec la mise en œuvre sérieuse de la doctrine « un pays, deux systèmes ». » Son équipe et lui doivent être remerciées car « nombreux sont leurs succès, notamment autour des questions de la terre, du logement, des personnes âgées ou de la pauvreté. Mais aussi spécialement dans leur gestion effective de questions politiques et juridiques importantes, qui ont permis de freiner efficacement l’indépendance de Hong Kong et de maintenir la stabilité sociale. »
Au fond, que veut vraiment le Comité Central du Parti Communiste Chinois et son chef à l’heure où les manœuvres d’appareil sont à l’œuvre à l’approche du 19ème Congrès du PCC ? Qu’est-ce que le « China Dream » que Xi va présenter à la jeunesse de Hong Kong dès ce vendredi 30 juin ? Aucune piste ne nous ait donné pour le moment. Et ce n’est pas le très communiste Quotidien du Peuple qui nous en apprendra plus. Car dans son édition d’hier jeudi 29 juin, il ne fait que décrire combien la pensée de Xi a permis d’approfondir le principe « un pays, deux systèmes », tout en exhortant pourtant les Hongkongais à « avoir une compréhension précise dudit principe ».
C’est peut-être là où le bât blesse. Comment mettre en pratique pour les uns et les autres des directives et un futur inconnus ? En effet, pour les uns – et au premier chef Carrie Lam prête serment ce samedi 1er juillet devant Xi – comment appliquer une ligne directrice que l’on sent sous-jacente mais qui n’est pas clairement exprimée ? Et pour les autres, comment lutter contre, à l’instar de ces manifestants hongkongais massés dès le mercredi 28 juin pour demander notamment que soit donnée au Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo la permission de voyager afin de recevoir des traitements médicaux adaptés ?
Le message des autorités de Pékin sur le futur de Hong Kong est donc on ne peut plus brouillé. Xi Jinping lors de sa visite apportera peut-être des réponses. D’autant que certains à Pékin en ont déjà esquissé les contours, comme le 27 mai dernier, lorsque Zhang Dejiang, le plus haut responsable des affaires hongkongaises au sein du PCC, s’est rendu dans l’ancienne colonie britannique. Lors d’un discours, Zhang avait ainsi donné la vision chinoise de Hong Kong. Soit un territoire où le gouvernement central doit avoir « des prérogatives étendues » et où l’autonomie dont dispose Hong Kong ne doit « en aucune circonstance servir de prétexte pour s’opposer au gouvernement central ». Seul Xi Jinping, le « noyau dur », doit primer et non la « séparation des pouvoirs ». Voilà le seul pilier sur lequel paraît reposer l’avenir de la cité. Cela ne dit toujours pas la place qu’elle a dans les grands projets du numéro un chinois.
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