Revue de presse Asie - 10 novembre 2016

Trump "maintient" l'alliance avec Séoul, Duterte conciliant et Inde aux aguets

La rhétorique antimusulmane de Trump, désormais président élu des Etats-Unis, ne rassure pas les Pakistanais. Copie d'écran de Dawn, le 10 novembre 2016.
La rhétorique antimusulmane de Trump, désormais président élu des Etats-Unis, ne rassure pas les Pakistanais. Copie d'écran de Dawn, le 10 novembre 2016.

Asie du Nord-Est

Korea Times – Après le Japon, Donald Trump cherche aussi à rassurer la Corée du Sud. Dans son coup de fil à la présidente Park Geun-hye, le 45e président des Etats-Unis a « réaffirmé l’engagement sécuritaire de Washington envers Séoul », déclare le Korea Times. Objectif : maintenir un rôle défensif « fort et ferme », citant les mots de l’intéressé. Des propos qui n’apaisent pas la crainte de certains experts, d’après lesquels Trump pourrait – selon ses promesses de campagne de « réduire l’engagement militaire américain » – transférer définitivement à Séoul le contrôle des troupes sud-coréennes en temps de guerre. Contrôle qui revient à Washington depuis la guerre de Corée (1950-1953), rappelle le Korea Times.

Autre dossier bouillant entre les Etats-Unis et la Corée du Sud : la question nucléaire nord-coréenne. A ce titre, Donald Trump a promis « tout et son contraire » lors de la campagne électorale, depuis « des négociations à la même table que Kim Jong-un » jusqu’à « la remise du dossier entre les seules mains de la Chine », souligne Victor Cha, responsable Corée au think-tank CSIS. Park Geun-hye a ainsi rappelé la nécessité, d’après elle, d’une « coopération rapprochée » entre Séoul et Washington afin d’éviter toute « provocation » de Pyongyang pendant la période de transition à la Maison blanche – et après. De son côté, la Corée du Nord a prévenu Donald Trump qu’il aurait à faire avec « un Etat nucléaire » et que les appels américains à la dénucléarisation constituaient « une illusion obsolète ». Kim Jong-un demande ainsi à « changer la politique des Etats-Unis » dans la péninsule coréenne, rapporte le Straits Times.

The Mainichi – Le ballet diplomatique de Donald Trump démarre en trombe, et le Japon vient d’y faire sa place. Au cours d’une conversation téléphonique, le Premier ministre nippon et le président élu américain ont convenu de se rencontrer le jeudi 17 novembre à New York. L’enjeu est de taille pour Tokyo : lors de sa campagne, Trump avait fustigé les politiques commerciales et sécuritaires de l’archipel, évoquant même un désengagement des GI. Son positionnement en faveur de la prolifération nucléaire a par ailleurs incité les maires d’Hiroshima et de Nagasaki à l’inviter dans leurs villes pour qu’il constate « ce qu’il s’est passé sous le champignon nucléaire » – et éventuellement le faire changer d’avis, rapporte le Japan Times.

Côté économique, l’industrie japonaise craint pour ses exportations : le président élu n’a jamais caché ses velléités protectionnistes et son opposition au Traité Transpacifique, tout en accusant le Japon de bénéficier d’un yen faible, rappelle le Mainichi. Conséquence : l’annonce de sa victoire hier a causé déstabilisé les cours de la bourse et de la monnaie nationale nippone. L’ouverture de cette période d’incertitude pourrait bien contrarier les plans d’Abe pour des élections législatives anticipées : désormais, la priorité est à accorder à la consolidation des relations entre l’administration de Tokyo et la nouvelle équipe à Washington, commente le Mainichi dans un autre article. Ce à quoi Donald Trump a l’air étonnamment disposé : lors de son entretien téléphonique avec Shinzo Abe, le futur président des Etats-Unis a souligné la nécessité de « renforcer » la « relation spéciale » qui unit leurs deux pays…

South China Morning Post – Donald Trump n’a pas – encore – proposé de politique officielle à l’égard de la Chine, mais ses discours de campagne augurent des temps mauvais pour Pékin et Hong Kong. « Regardez ce que la Chine fait à notre pays… Ils dévaluent leur monnaie et personne ne fait quoi que ce soit dans notre gouvernement… Ils utilisent notre pays comme tirelire pour reconstruire la Chine. » S’il applique ses promesses, le président élu des Etats-Unis taxera à 45 % toutes les importations en provenance du pays – qui pourraient alors être divisées par 10, projette Steven Lai, économiste en chef Asie chez Daiwa Capital Market. L’éditorial du quotidien d’Etat Global Times titre ainsi sur « l’incertitude » que fait peser l’élection de Donald Trump sur la politique commerciale des Etats-Unis et les relations sino-américaines – non sans menace de représailles… « Si Trump persiste sur sa ligne de campagne et met économiquement la pression sur la Pékin, les entreprises américaines opérant en Chine risquent de payer les pots cassés. »

Mais il est possible que le nouveau président américain infléchisse sa position d’ici son investiture en janvier. « En Chine, et je suppose dans de nombreux endroits du monde, je pense que nous adopterons une approche attentiste pour constater si Trump va effectivement concrétiser quelques unes de ses promesses de campagne les plus controversées » confie Zhang Yu, professeur adjoint de management à la China European International Business School, au South China Morning Post. Dans un autre article, le quotidien hongkongais donne ainsi la parole à James Woolsey, conseiller principal de Donald Trump sur la sécurité nationale, la défense et les renseignements. Et l’homme se veut rassurant : les Etats-Unis resteront attachés à l’équilibre des puissances en Asie, mais continueront de soutenir les « efforts légitimes » de la Chine en faveur d’une meilleure prise sur les enjeux internationaux. En somme, Donald Trump pourrait bien accepter la montée en puissance de la Chine, tant qu’elle ne menace pas le statu quo dans la région.

Asie du Sud-Est

Straits Times – Rodrigo Duterte a-t-il trouvé un homologue à sa hauteur ? Suite à la victoire du républicain Donald Trump aux élections présidentielles américaines, le chef de l’Etat philippin a déclaré vouloir « arrêter les querelles » avec les Etats-Unis, rappelant que sa « colère » était ciblée à l’encontre de l’administration Obama. Le président américain sortant avait en effet critiqué de nombreuses fois Duterte pour les violations supposées des droits humains liées à sa guerre contre la drogue – qui a fait plus de 3 500 morts depuis son investiture fin juin.
Myanmar Times – Les craintes des autorités birmanes rejoignent celles de bon nombre de pays asiatiques après la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines. Dans le Myanmar Times le porte-parole de la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), U Win Htein, ne cache pas sa déception. « Je voulais qu’Hillary Clinton gagne », a-t-il déploré. Il faut dire que la candidate malheureuse considérait le rapprochement américano-birman comme l’un des grands succès de son passage au Secrétariat d’Etat américain, entre 2008 et 2012. « Trump ne saurait même pas placer la Birmanie sur une carte si on le lui demandait. La relation entre nos deux pays risque de souffrir sous sa présidence. »

Mais tous les Birmans ne partagent pas son avis. Les groupes anti-musulmans du pays composent ainsi des chants lyriques pour fêter la victoire du républicain, rapporte le Straits Times. Ils considèrent Donald Trump comme le champion de la lutte contre le « terrorisme islamiste », louant sa proposition d’interdire aux musulmans l’accès au territoire américain. Le fameux moine controversé Wirathu s’est ainsi fendu d’un poème de quatre vers : « La sécurité publique est la plus haute considération, Donald Trump est le véritable leader, le peuple l’aime tant, le nationalisme est la priorité. »

Bangkok Post – Les impacts sur le commerce international liés à l’élection de Trump bénéficieront-ils ou non à la Thaïlande ? La communauté d’affaires du pays n’est pas unanime sur la question. Isara Vongkusolkit, président de la Chambre de commerce thaïlandaise, prévoit des « conséquences minimes » sur les exportations de Bangkok. Il estime en effet que l’isolationnisme prôné par Trump est « difficilement concrétisable ». De son côté, le président de la Fédération des industries thaïlandaises, Chen Namchaisiri, estime qu’il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de la victoire de Trump sur l’économie du pays. De son côté cependant, Nopporn Thepsittha, président du Conseil des chargeurs thaïlandais, craint des « perturbations » jusqu’au second trimestre de l’année 2017 – la victoire de Trump s’ajoutant aux incertitudes liées au Brexit. Le vice-directeur général du Bureau des politiques fiscales, Warotai Kosolpisitkul, est quant à lui très pessimiste : la présidence Trump constitue une « menace pour l’économie internationale » car il « ne dispose pas de politiques bien définies », ce qui pourrait altérer la confiance des investisseurs. A court terme, Warotai prévoit ainsi une fuite des capitaux et une éventuelle baisse des exportations thaïlandaises.

Asie du Sud

Times of India – L’Inde de Narendra Modi fait partie des pays qui regardent l’élection de Donald Trump avec un certain espoir. Les Indiens ne sont pas dupes de l’ère incertaine qui débute en matière de diplomatie américaine, mais ils espèrent que sous la direction du milliardaire de Manhattan, Washington saura se positionner clairement aux côtés de New Delhi pour l’aider à juguler l’alliance entre Pékin et Islamabad.

Durant sa campagne électorale, relève le Times of India, Donald Trump a parlé de l’Inde de trois façons : comme un pays à croissance très rapide, comme un pays qui vole les emplois des Américains et comme un pays cible du terrorisme. Cela dit, « The Donald » a très tôt fait part de son enthousiasme à travailler avec Narendra Modi. Le Premier ministre indien espère que Trump tiendra sa promesse de redoubler la présence américaine en mer de Chine du Sud. Quant à la politique éconmique plus protectionniste du nouveau président-élu, notamment sa volonté d’abandonner le Traité Transpacifique, le TPP, ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour l’Inde. En effet, New Delhi ne s’est pas qualifié pour le TPP et son abandon pourrait lui donner plus de jeu dans le commerce avec les Etats-Unis.

Dawn – La victoire de Trump est-elle une mauvaise nouvelle pour les Pakistanais ? Oui, estime le quotidien Dawn, car la dégradation des relations entre Islamabad et New Delhi, d’une part, et le rapprochement sino-indien, d’autre part, pourraient bien s’approfondir sous la nouvelle administration américaine. Le journal pakistanais pointe en effet la rhétorique anti-musulmane de l’homme d’affaires et ses liens commerciaux avec l’Inde. « L’Amérique n’abandonnera pas le Pakistan, mais il est certain que Trump sera un président plus compliqué qu’Hillary Clinton pour le Pakistan » résume Hasan Askari Rizvi, analyste en politique étrangère basé à Lahore.

Cependant, pour le quotidien Express Tribune, l’élection de Trump pourrait au contraire être une « aubaine cachée » en faveur Islamabad. Car d’après Ishtiaq Ahmed, professeur de relations internationales à l’Université Quid-e-Azam d’Islamabad, les Etats-Unis de Trump ne joueront plus la carte de « l’ambigüité » entre l’Inde et le Pakistan. Il espère ainsi des dialogues plus « francs » entre les deux Etats.

Firstpost – 24 milliards de billets indiens en circulation ont perdu leur valeur du jour au lendemain. C’est la conséquence du vaste plan de « démonétisation » du Premier ministre Narendra Modi qui, ce mardi 8 novembre au soir, a annoncé que les coupures de 500 et 1000 roupies ne pouvaient plus être utilisées. Objectif : lutter contre la corruption. De longues files d’attente se sont ainsi formées devant les bureaux de change, les Indiens ayant jusqu’à fin décembre pour échanger leurs billets contre d’autres coupures. De nouveaux billets de 500 et 2 000 roupies ont été réintroduits ce jeudi, avec des mécanismes de sécurité renforcés. Ceux de 1 000 devraient suivre prochainement, rapporte le quotidien Indian Express. L’annonce de Narendra Modi est intervenue par surprise : même les membres du gouvernement et les représentants de la Banque de réserve indienne ayant assisté au conseil des ministres ont été intimés de ne pas sortir tant que le Premier ministre n’avait pas fait son discours télévisé, dévoile le Times of India.
Par Alexandre Gandil et Joris Zylberman