Revue de presse Asie - 26 octobre 2016

Crise des serments des députés à Hong Kong, Daech en Asie du Sud-Est et Tata en Inde

Le conseil législatif n'arrive toujours pas à franchir l'étape des serments des députés élus le 4 septembre dernier. Copie d'écran du South China Morning Post, le 26 octobre 2016.
Le conseil législatif n'arrive toujours pas à franchir l'étape des serments des députés élus le 4 septembre dernier. Copie d'écran du South China Morning Post, le 26 octobre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – C’est inédit dans la jeune histoire politique de Hong Kong. Le Conseil législatif (Legco) n’arrive toujours pas à franchir l’étape des serments des députés élus le 4 septembre dernier. Andrew Leung Kwan-yuen, le président du Legco, a décidé de retarder l’intronisation des deux députés pro-indépendance, Baggio Leung et Yau Wai-ching. Le « speaker » du conseil a dit attendre le jugement du Tribunal de Première Instance, qui doit d’ici 10 jours valider ou non une seconde inauguration. Le Tribunal a été saisi par l’exécutif hongkongais désireux de disqualifier les deux députés réfractaires, qui ont refusé de prêter allégeance à la Chine. C’est donc l’essence même du lien de Hong Kong avec la mère-patrie qui est en jeu.

Bien décidé à entrer quand même dans le Conseil législatif, Baggio Leung et Yau Wai-ching, ont été « escortés » à l’intérieur de l’hémicycle par des députés du camp démocrate, alors que leurs pairs pro-Pékin tentaient de faire barrage. Le président du Legco a rapidement décidé d’ajourner la séance. Dans la foulée, les deux députés du mouvement Youngspiration ont appelé à un rassemblement ce mercredi 26 octobre devant le bâtiment du Conseil législatif. « Que vous nous souteniez ou non, n’hésitez pas à nous rejoindre ce soir si vous voulez sauvegarder les fondements de notre constitution », a lancé Baggio Leung devant les caméras. Selon lui, le président du Legco a montré qu’il pouvait « porter atteinte à l’intégrité constitutionnelle de Hong Kong en empêchant deux députés démocratiquement élus de prêter serment et d’accomplir leur devoir. »

Korea Times – Des excuses sur fond de perquisitions pour mettre fin à la polémique ? Alors que le scandale de la « confidente » de la présidente sud-coréenne (voir notre revue de presse du mardi 25 octobre) continue, Park Geun-hye s’est décidée à prendre les devants pour éteindre le feu des critiques. Ainsi, elle a reconnu que Choi Soon-sil l’avait bien aidée à rédiger ses discours pendant sa campagne de 2012 et durant les premières années de son mandat.

Sa déclaration ne calme pas l’opposition sud-coréenne qui est vent debout contre la présidente en dénonçant « l’affront fait à la démocratie » : puisque Choi Soon-il n’est ni membre du gouvernement, ni fonctionnaire, elle ne devrait pas avoir accès à des informations sensibles. Et certains responsables politiques de réclamer « l’ouverture d’une enquête » pour tirer au clair les agissements de la présidente.

Pour autant, selon les déclarations de la locataire de la Maison bleue (le palais présidentiel sud-coréen), l’aide de Choi ne se limitait qu’à « parfaire ses discours » et ladite aide « s’est arrêtée dès que les services du palais ont pris les choses en main » – sans toutefois préciser de date exacte, note le quotidien de Séoul.

Choi Soon-sil, la dame par qui le scandale arrive est la fille de l’ancien mentor politique de Park Geun-hye. Elle est décrite par le Korea Times comme un « poids lourd secret exerçant une énorme influence sur Park et sur son administration ». Hors de la politique, son nom est aussi cité dans la rubrique judiciaire. En effet, elle a été dernièrement soupçonnée de trafic d’influence autour d’activités suspectes de collectes de fonds pour deux fondations : K-Sport et Mir. Ces deux fondations ont d’ailleurs fait l’objet de « perquisitions simultanées » menées par le « Parquet central du district de Séoul » ce mercredi 26 octobre, rapporte l’agence de presse Yonhap.

Selon les allégations à l’origine de ces perquisitions, « une partie des fonds de ces deux fondations, établies respectivement l’année dernière et cette année, aurait été versée à Choi ». Cette dernière, dont l’appartement a été également perquisitionné ce matin aurait quitté la Corée le 3 septembre dernier et séjournerait actuellement en Allemagne, selon le Parquet de Séoul.

The Mainichi – Ce qui se joue en ce moment au Japon fait réfléchir sur l’usage de la démocratie. Le parti libéral-démocrate (PLD), dirigé par le Premier ministre Shinzo Abe, vient d’officialiser son plan d’étendre le mandat de son président à trois mandats consécutifs de trois ans chacun, au lieu de deux actuellement. Les conséquences sont considérables : la loi nipponne ne limite pas le nombre de mandat du Premier ministre ; ainsi, tant que le parti gagne les élections législatives et qu’Abe en reste le leader, il sera nommé une fois encore chef du gouvernement par l’Empereur. Son mandat actuel de président du PLD courant jusqu’en septembre 2018, il pourrait donc se maintenir au pouvoir jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

Au Japon, la limitation du nombre de mandats du président du PLD remonte à 1980. Junichiro Koizumi fut Premier ministre de 2001 à 2006. Il démissionna à la fin de son deuxième mandat à la tête du PLD. Si tout se passe comme le souhaite Shinzo Abe, le nouveau plan d’extension pourrait être validé le 5 mars prochain lors de la convention du parti. Certaines rumeurs ont même courru ces dernières semaines sur de nouvelles élections législatives anticipées en janvier, ce que Shinzo Abe a démenti. Pour l’instant.

Asie du Sud-Est

Straits Times – Le groupe Etat islamique perd du terrain au Moyen-Orient. Si la nouvelle pourrait a priori être saluée, elle peut aussi inquiéter. Pour cause, les spécialistes craignent que le groupe terroriste n’élise l’Asie du Sud-Est comme prochain champ de bataille. C’est que l’EI scrute depuis longtemps cette région où cohabitent de nombreux groupes extrémistes islamistes notamment aux Philippines, en Indonésie et en Malaisie. Le 18 octobre dernier, au moment où la bataille de Mossoul débutait, Kuala Lumpur a ainsi décidé de renforcer la sécurité à ses frontières craignant un retour massif de djihadistes (voir notre revue de presse du 18 octobre). Depuis 2013, 90 Malaisiens auraient rejoint les rangs de l’EI.

Daech a su s’implanter durablement dans la région, faisant des Philippines une extension de son califat et se liant aux principaux groupes extrémistes, notamment Abu Sayyaf. « Aller en Syrie est devenu de plus en plus difficile pour les combattant d’Asie du Sud-Est, Mindanao pourrait être la prochaine option », soupçonne une spécialiste citée par le Straits Times. La région a connu en 2016 une recrudescence de violences perpétrées par l’Etat islamique. En début d’année, Jakarta a ainsi été victime d’un attentat provoquant la mort de quatre personnes.

Global Times – Tokyo aurait voulu que les relations entre Washington et Manille s’améliorent. Mais, en visite au Japon, principal partenaire commercial des Philippines, Rodrigo Duterte n’a pas semblé prêt à abandonner sa nouvelle « diplomatie de l’indépendance ». S’il a insisté sur son amitié avec Tokyo et plaidé que ses relations avec Pékin étaient purement commerciales, il a aussi réitéré son désir de mettre fin aux accords militaires avec Washington, raconte Channel News Asia.

En annonçant sa « séparation » avec les Etats-Unis au profit de la Chine vendredi dernier, le président philippin a marqué un tournant dans sa politique étrangère : il veut désormais s’allier avec l’ensemble des grandes puissances, faisant fi des dissensions existantes. « Duterte ne pourra pas complètement rompre ses relations avec les Etats-Unis mais sa nouvelle politique étrangère de l’indépendance a commencé à prendre forme. Et les Etats-Unis et le Japon doivent respecter ce désir des Philippines de préserver leurs intérêts nationaux », avertit le très officiel quotidien chinois Global Times dans un éditorial. Pour pouvoir s’allier avec tous ces acteurs, il semble prêt à mettre de côté les dissensions en Mer de Chine du Sud, qui ont longtemps été la raison des tensions entre Pékin et Manille. Le président philippin s’assure donc de laisser la question de côté à Tokyo comme il l’avait fait lors de sa précédente visite à Pékin.

Straits Times – Comment éviter que le scandale 1MDB ne se répète ? Le Premier ministre malaisien, impliqué depuis plus d’un an dans cette gigantesque affaire de détournement d’argent, veut réguler les donations politiques. Il souhaite ainsi interdire les dons en provenance de l’étranger mais permettre aux citoyens malaisiens ou à des compagnies locales de faire des dons illimités à condition de révéler leur identité. « Les lois qui régulent les finances et dépenses politiques sont très laxistes », explique Paul Low, ministre malaisien en charge de l’Intégrité, affirmant que de telles mesures auraient pu empêcher le scandale 1MDB.

Le Premier ministre malaisien a été épinglé pour avoir reçu une contribution de 681 millions de dollars de la part de la famille royale saoudienne juste avant les élections présidentielles de 2013. Il n’a été blanchi qu’en début d’année. Mais les voix de l’opposition se sont surtout levées lorsque les Etats-Unis ont annoncé qu’environ 700 millions de dollars avaient été détournés du fonds d’investissement étatique 1MDB vers un compte privé appartenant à Najib Razak.

Pour Paul Low, créer cette régulation pourrait ainsi permettre de lutter contre la fraude et la corruption. Les entreprises liées au gouvernement, ou celles qui bénéficient de son aide ne pourraient plus financer de campagnes politiques et les candidats seraient obligés de déclarer la somme d’argent en leur possession sur un compte indépendant. Du côté de l’opposition, la nouvelle a reçu un accueil mitigé. « Même dans les pays les plus développés comme les Etats-Unis, il y a une limite à ce qu’une personne ou une entreprise peut donner, lance Ong Kian Ming, député du parti démocrate. Evidemment, le parti au pouvoir aura bien plus de donations que l’opposition. Cela provoquera des abus. »

Asie du Sud

Firstpost – Le groupe Tata se retrouve dans une situation suprenante. Le plus gros conglomérat indien est entré dans une période de troubles après le renvoi surprise de son Pdg, Cyrus Mistry. En attendant la nomination de son successeur dans quatre mois, le patriarche de la famille, Ratan Tata, 78 ans, en a profité pour reprendre les rênes du groupe qu’il avait précédemment dirigé dans les années 1990 et 2000. C’était pourtant lui qui avait favorisé l’ascension de Cyrus Mistry quatre ans auparavant.

Traditionnellement, ces groupes familiaux indiens règlent leurs différends en privé. Cette séparation a ainsi mis en lumière les divisions auxquels se retrouvent confronté le conglomérat né en 1868 sous le joug colonial britannique et actif dans plus de cent pays. Ces tensions ont été exacerbées par une crise économique que traverse depuis quelques mois le conglomérat. Tata Steel, géant de la sidérurgie mais aussi Tata Motors, spécialisé dans l’automobile sont particulièrement touchés. Lors de son mandat à la tête du conglomérat, Cyrus Misty s’est attaché à réduire les dettes du groupe à travers la vente d’actifs et des emprunts de refinancement. C’est cette politique qui aurait déplu à Ratan Tata, qui, lui, voyageait à travers le monde et signait acquisition après acquisition. Le site indien Firstpost ose la question : qu’est-ce qui, entre la crise économique et le simple fait que Cyrus Misty ne porte pas le nom Tata, a réellement mené à l’éviction du Pdg ?

Dawn – Quelles mesures après le nouveau drame de Quetta ? Hier la cité pakistanaise était de nouveau la cible d’un vaste attentat. Trois assaillants armés de kalachnikovs ont investi l’école de police du Balouchistan où ils ont ouvert le feu en pleine nuit provoquant la mort de 60 personnes et faisant au moins 117 blessés. Peu après l’annonce de l’attaque, le Premier ministre Nawaz Sharif, le ministre de l’Intérieur, Chaudhry Nisar Ali Khan et le général en chef des armées Raheel Sharif se sont rendus sur place. Lors d’une réunion exceptionnelle, ils ont déploré que le renforcement des mesures de sécurité dans la ville n’ait pas été mis en place.

L’école de police avait en effet déjà été la cible d’attaques en 2006 et 2008 et se situe dans une zone particulièrement sensible, non loin de l’Afghanistan. Les membres du gouvernement épinglent les forces de l’ordre « qui auraient du être plus vigilentes ». Et on en sait maintenant plus sur l’identité des auteurs. Les trois assaillants seraient d’origine afghane. Ils sont soupçonnés d’appartenir à la faction Al-Alimi du groupe sunnite armé Lashkar-e-Jhangvi, lui-même affilié aux Talibans pakistanais. L’attaque a été revendiqué par Daech, mais l’organisation opérationnelle de l’attentat n’est encore clairement établie.

The Hindu – Un responsable de l’opposition bangladaise inculpé. Sept personnes et un membre du parti nationaliste du Bangladesh ont été jugés coupables du meurtre d’un humanitaire italien, Cesare Tavella, en septembre 2015. Ce dernier avait été abattu à Dacca par des hommes qui avaient pris la fuite à moto et son assasinat avait marqué le premier d’une longue série revendiquée par le groupe Etat islamique. Les autorités avaient alors rejeté cette revendication, plaidant que Daech n’était pas présent sur le territoire bangaldais. Elles soutenaient en revanche qu’il s’agissait d’un crime politique visant à déstabiliser le gouvernement de la Première ministre Sheikh Hasina. Le parti nationaliste, principal groupe d’opposition, a de son côté dénoncé un jugement politique visant à discréditer le parti.
Par Joris Zylberman, Cyrielle Cabot et Antoine Richard, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris