Revue de presse Asie - 25 octobre 2016

Attentat au Pakistan revendiqué par Daech, confidente sud-coréenne et déplacés birmans

Pour la deuxième fois de l'année, Quetta est la cible d'une vaste opération terroriste. Copie d'écran de Dawn, le 25 octobre 2016.
Pour la deuxième fois de l'année, Quetta est la cible d'une vaste opération terroriste. Copie d'écran de Dawn, le 25 octobre 2016.

Asie du Sud

Dawn – La ville de Quetta est une nouvelle fois la cible d’un vaste attentat. Après l’attaque de l’hôpital civil du 8 août ayant fait 73 victimes, majoritairement des avocats, trois assaillants armés de kalachnikovs ont investi l’école de police du Balouchistan où ils ont ouvert le feu en pleine nuit. Deux d’entre eux se sont fait exploser ; le troisième a été abattu par les forces de police. Au total, l’assaut a causé la mort de 60 personnes et fait au moins 117 blessés, selon le dernier bilan – essentiellement des jeunes hommes de 15 et 25 ans, précise Dawn. Déjà la cible d’attaques en 2006 et en 2008, l’école est située dans une zone considérée comme étant « l’une des plus sensibles » de Quetta.

Le flou persiste encore sur l’identité des auteurs. Les forces paramilitaires du Balouchistan ont annoncé avoir intercepté des communications entre les trois assaillants et des individus en Afghanistan, soupçonnés d’appartenir à la faction Al-Alimi du groupe sunnite armé Lashkar-e-Jhangvi, lui-même affilié aux Talibans pakistanais. Pourtant, ce groupe n’a pas revendiqué l’attaque – ce qu’a fait Daech via un communiqué de son agence de presse, Amaq.

Quoi qu’il en soit, l’attaque fait peser de nouvelles incertitudes sur la viabilité du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), dont les travaux sont déjà fort ralentis, commente Dawn. Le Balouchistan doit en effet concentrer la majorité des grands travaux d’infrastructures chinois réalisés dans le cadre de cette branche des « nouvelles routes de la soie ». Or Pékin met un point d’honneur à assurer la sécurité de ses ressortisants (relire notre dossier : « Chine : routes de la soie, une entreprise risquée »).

Indian Express – Le groupe Lashkar-e-Taiba (LeT) responsable de l’attaque d’Uri ? Alors que New Delhi accusait le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed d’avoir organisé de l’attaque de la base militaire indienne dans le Jammu-et-Cachemire le 18 septembre dernier, l’affrontement le plus meurtrier depuis une quinzaine d’années, il semblerait qu’il se soit trompé de cible. Des posters affichés dans la ville pakistanaise de Gujranwala tendent en effet à prouver la culpabilité du LeT créé par Hafiz Saeed, considéré comme l’un des cerveaux des attentats de Bombay en 2008. Les affiches annoncent en effet une cérémonie en l’honneur de l’un des quatre assaillants de la base militaire, membre du LeT. Jusqu’alors, l’enquête était en berne et les autorités indiennes ne parvenaient pas à définir de manière certaine l’identité des assaillants. La présence de ces affiches est donc perçue comme la piste la plus sérieuse.

Le groupe islamiste LeT est responsable d’une série d’affrontements à des postes militaires indiens l’année dernière. Il avait notamment provoqué une attaque à proximité d’Uri, causant la mort de huit soldats et de trois membres des forces de police. Jusqu’à présent, le groupe Jaish-e-Mohammed a quant à lui surtout agi à l’extérieur du Jammu-et-Cachemire – notamment en attaquant la base militaire indienne de Pathankot en janvier dernier.

The Express Tribune – Comment répondre à la reprise de l’insurrection talibane, au plus fort depuis le retrait des troupes occidentales en 2014 ? Grâce aux forces aériennes, répond l’Afghanistan. Il faut dire que l’année dernière, les Talibans ont causé la mort de 5 000 militaires afghans, note The Express Tribune. Mais « avec trois bases aériennes à Kaboul, Kandahar et Shindand, les méchants savent que les avions afghans peuvent frapper n’importe où dans le pays », explique le capitaine James Smith, porte-parole de la 438e escadre expéditionnaire de l’US Air Force – chargée d’entraîner les Afghans. Outre les pilotes, l’OTAN s’occupe également de former des « coordinateurs tactiques » au sol.

Néanmoins, ce développement accéléré des forces aériennes afghanes ne se fait pas sans bavure, tempère le quotidien pakistanais. D’après l’ONU, 133 civils ont été tués et 159 blessés par des frappes aériennes depuis le 1er janvier – une hausse de 72 % par rapport à 2015. Des acidents dont les opérateurs afghans seraient responsables aux deux-tiers. Le commandant des forces aériennes nationales, le général de division Wahab Wardak le regrette : « Malheureusement, les Talibans se cachent souvent dans les maisons. Nous émettons l’ordre de ne pas frapper les quartiers résidentiels, mais ce sont des choses qui arrivent en temps de guerre. »

Asie du Nord-Est

Korea Herald – Un vent de scandale souffle sur la Corée du Sud depuis que 200 documents confidentiels, dont des ébauches de discours officiels de la présidente Park Geun-hye, ont été retrouvés sur l’ordinateur de sa confidente. Car Choi Soon-sil n’est ni membre du gouvernement, ni fonctionnaire : comment pourrait-elle avoir eu accès à des informations si sensibles, envoyées directement depuis la Maison bleue (le palais présidentiel sud-coréen) ? D’autant plus que le chef de cabinet du palais, Lee Won-jong, avait formellement réfuté les soupçons planant sur l’accès de Choi Soon-sil à de tels documents : « Cela serait impossible, même dans un Etat féodal. » Les preuves trouvées dans l’ordinateur de Choi viennent désormais le contredire. Park Geun-hye pourrait bien « faire face à une crise d’ampleur pour violation des lois sur la sécurité nationale et implication de son confident dans les affaires d’Etat », note le Korea Herald.

La principale intéressée s’est ainsi excusée publiquement ce mardi 25 octobre, dans un discours à la nation sud-coréenne, informe le Korea Times. « Quelles qu’en soient les raisons, je suis désolée que [le scandale] ait provoqué un risque pour la sécurité nationale, a-t-elle déclaré. Je prie sincèrement au peuple de m’excuser ». La présidente a également avoué que sa confidente l’avait aidée à rédiger ses discours pendant sa campagne de 2012 et durant les premières années de son mandat. Le scandale est d’autant plus grand que Choi est impliquée dans une affaire de corruption touchant deux fondations, commente le Korea Herald.

South China Morning Post – Le code de conduite promis aux élites du PC chinois prend corps. Ce mardi 25 octobre, le South China Morning Post révèle que « deux ensembles de règles » devraient être présentés au cours du 6e plénum du parti, qui s’est ouvert hier lundi 24 octobre à Pékin et doit courir sur quatre jours. Le premier doit « édicter les principes généraux de la vie politique au sein du parti dans de nouvelles circonstances » ; le second, « réviser les règles de contrôle interne du parti ». Objectif affiché : « Renforcer la loyauté envers le leadership du PC », explique Li Tuo, professeur de science politique à l’Ecole nationale d’administration de Chine (Chinese Academy of Governance). Pékin reproche aux élites communistes leur « déloyauté » à chaque éclatement d’une affaire de corruption, commente le quotidien hongkongais.

Le Quotidien du Peuple, organe de presse d’Etat, s’est même permis de dresser un parallèle entre Xi Jinping et Mao Zedong. Appelant à « la mise en place inconditionnelle des ordres donnés par les dirigeants », le journal rappelle que l’unité du parti, assurée par la figure du Grand Timonier et l’application de ses directives par les membres du PC comme par les militaires, ont permis d’éviter à la Chine un destin similaire à celui de l’URSS. Cette nécessité de discipline contribuerait également à donner une meilleure image du pays, dans un contexte de « polarisation politique » – le Quotidien du Peuple n’hésitant pas à évoquer « la farce que constitue la compétition entre les partis aux Etats-Unis ». Mais les observateurs internationaux sont nombreux à y déceler une feuille de route pour le maintien au pouvoir de Xi Jinping (voir notre revue de presse du 24 octobre).

South China Morning Post – Les preuves sont accablantes. Alors qu’il plaide non coupable, Rurik Jutting, banquier britannique soupçonné de torture et du meurtre de deux Indonésiennes dans son appartement de Hong Kong fin 2014, se serait filmé en train de torturer Sumarti Ningsih, 23 ans, avant de la tuer. Des vidéos diffusées aux jurés le deuxième jour de son procès, ce mardi 25 octobre. Dans le premier extrait, Jutting menace sa victime de la frapper et de lui « trancher les seins » si elle ne lui dit pas qu’elle l’aime. Dans le second, le banquier décline son identité et déclare avoir enlevé, violé et « sévèrement torturé » l’Indonésienne pendant trois jours avant de la tuer. D’après le procureur, Jutting se serait livré à « des actes cruels d’une violence croissante, employant sa ceinture, des sex toys, une paire de pinces et ses propres poings ». Il aurait répété l’opération sur une seconde Indonésienne de 26 ans, Seneng Mujiasih. Bien qu’il nie sa culpabilité, le banquier s’était lui-même dénoncé à la police par téléphone, informe le South China Morning Post.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Où ont fui les musulmans déplacés dans l’Etat du Rakhine ? Selon les associations de défense des droits de l’homme, environ 10 000 personnes auraient quitté leur village depuis la reprise des violences dans cette région de l’ouest de la Birmanie le 9 octobre dernier. Parmi eux de nombreux Rohingyas, minorité musulmane persécutée dans le pays. « Il y a plusieurs choses qui peuvent expliquer pourquoi les musulmans ont fui : les attaques sont compliquées à comprendre et je pense que certains ne voulaient pas partir mais ont fini par le faire par angoisse », explique U Kyaw Min, chef du Parti des droits et de la démocratie. L’inquiétude est celle de revivre un épisode semblable à celui de 2012 où des violences avaient provoqué la mort de près de 200 personnes et le déplacement de milliers d’individus.

Le gouvernement a par ailleurs affirmé que les responsables de l’attaque de postes de police à la frontière avec le Bangladesh, point de départ de ces combats, étaient des musulmans affiliés à des groupuscules rohingyas. La région a par ailleurs été qualifiée de « zone opérationnelle » permettant à l’armée régulière, le Tatmadaw, d’en bloquer l’accès et de filtrer les informations sur la situation. Depuis plusieurs jours, certains dénoncent ainsi des meurtres extrajudiciaires et des violences à l’encontre des musulmans. Face à ces accusations, les envoyés de l’ONU en Birmanie appellent le gouvernement à ouvrir une enquête, rapporte le Straits Times. Au total, 400 Rohingyas sont recherchés par les forces de police. 30 assaillants présumés auraient été tués et 53 arrêtés depuis le début des opérations.

Japan Times – Quelles conséquences aurait la rupture entre Washington et Manille pour le Japon ? Alors que Rodrigo Duterte est en visite dans l’archipel, il a éclairci les propos tenus vendredi dernier à Pékin où il affirmait que les Philippines se « séparaient » des Etats-Unis au profit de la Chine. Une annonce reçue froidement par le Japon, qui tente de renforcer ses liens avec l’ensemble des pays d’Asie du Sud-Est afin de contrebalancer la puissance chinoise dans la région. Duterte a commencé par nuancer ses déclarations, affirmant aux médias japonais qu’il s’agissait avant tout de mettre en place des alliances commerciales avec la Chine. Mais il a tout de même réitéré son désir de mettre fin aux accords militaires entre Manille et Washington, rapporte Reuters. « J’ai hâte de voir arriver un temps où je ne verrai plus d’autres soldats que des militaires philippins sur mon territoire. »

Les relations entre Manille et Pékin s’étaient détériorées suite aux contentieux en mer de Chine du Sud. En juillet dernier, la Cour permanente d’arbitrage de la Haye avait tranché : aucun pays n’a de droit souverain sur le récif de Scarborough revendiqué par les deux Etats. Une décision que refuse d’appliquer Pékin. Les deux Etats semblent aujourd’hui d’accord pour mettre de côté ce différend d’autant plus que les Philippines ont refusé des exercices militaires conjoints avec les Américains dans cette zone. Le Japon a quant à lui décidé d’aider les gardes-côtes philippins. Son objectif : être « l’ami » vers qui se tournerait Manille si ses relations avec Pékin se détérioraient.

De son côté, Perfecto Asay, le ministre philippin des Affaires étrangères a continué de nuancer les propos de son président. « Une diplomatie indépendante ne signifie pas rompre les alliances », a-t-il déclaré, cité par le Philippine Star. « Etre capable d’être flexible et de gérer les intérêts convergents et divergents de chacun : voilà les bases d’une politique étrangère indépendante et pragmatique » , a déclaré Perfecto Yasay, soulignant que les Philippines continueraient d’étendre leurs partenariats.

Bangkok Post – Nouvel attentat dans le sud de la Thaïlande. Une femme a été tuée et 18 personnes ont été blessées par l’explosion d’une bombe hier, lundi 24 octobre, devant un restaurant de nouilles à Pattani, au sud de la région de Tak Bai, en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Aujourd’hui, le 25 octobre, est une date clé pour ces rebelles musulmans : il y a dix ans jour pour jour, cette région de Tak Bai avait été le théâtre d’une altercation entre manifestants anti-gouvernement et forces de police. Les autorités avaient ouverts le feu faisant 7 morts, et 78 personnes avaient ensuite péri asphyxiées dans des camions de l’armée qui les transportaient vers une prison. Depuis cette date, le conflit a fait plus de 6 000 morts, majoritairement civils. En août, onze bombes ont explosé simultanément dans plusieurs villes thaïlandaises, notamment dans des stations balnéaires blessant de nombreux touristes. Ces attaques avaient été attribuées aux séparatistes musulmans et la traque contre les responsables est toujours en cours
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil et Cyrielle Cabot, avec Sylvie Lasserre Yousafzai à Islamabad et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris