Revue de presse Asie - le 14 septembre 2016

Fraude électorale en Chine, Aung San Suu Kyi à Washington et trêve en Inde

Washington avait maintenu les sanctions envers la Birmanie mi-mai. Copie d'écran du Myanmar Times, le 14 septembre 2016.
Washington avait maintenu les sanctions envers la Birmanie mi-mai. Copie d'écran du Myanmar Times, le 14 septembre 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – La légitimité du gouvernement chinois est-elle sapée ? C’est en ces termes que s’ouvre l’article du South China Morning Post qui nous conte l’ouverture à Pékin d’une session extraordinaire du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire (ANP) pour statuer sur une gigantesque fraude électorale. Pas moins de 45 membres du Congrés provincial de la province du Liaoning – dont plus de la moitié de son Comité permanent – ont été forcés de démissionner. Ces démissions ont provoqué l’incapacité pure et simple du Congrès qui ne peut plus réunir un quorum suffisant pour faire approuver ces décisions. La télévision chinoise d’ajouter que c’est la 1ère fois qu’une telle chose se produit depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Et Pékin, via le Comité permanent de l’ANP a donc été appelé à la rescousse afin de trouver une solution « conforme à la Constitution ».

L’heure est donc grave dans la province du nord de la Chine puisque, selon les révélations de l’agence de presse chinoise Xinhua, sur les 62 membres du Comité permanent du Congrès provincial du Liaoning, 38 ont dû être démis de leur fonctions. Ce qui porte désormais à 523 le nombre d’officiels de la province a être impliqués dans cette vaste fraude électorale destinée à aider à « l’élection » de 45 des leurs l’Assemblée nationale populaire – soit 5 % du total des députés.
Pour résoudre la question, du moins au niveau provincial, le Comité permament de l’ANP se prépare d’ores et déjà à nommer un panel représentatif au Liaoning afin que les tâches de l’organe représentatif soient assurées. Au niveau national pourtant, la réponse immédiate n’est pas si simple. En effet, cette vaste fraude électorale pose une double question, selon le quotidien hongkongais : celle du rôle pur et simple des députés et celle de la place de la démocratie en Chine.

Ainsi, dans un second article, le South China Morning Post peut – sans coup férir – dire que bien que les députés n’aient qu’une influence minime sur les décisions, ils peuvent utiliser leurs positions pour promouvoir leurs clans et leurs intérêts propres. En effet, l’ANP n’est l’organe suprême de la République poplaire de Chine que « sur le papier ». Constitutionnellement, c’est à ses 3 000 membres que reviennent le « pouvoir « d’élire » le président et le Premier ministre, de contrôler le pouvoir du gouvernement, ou d’approuver les lois ». Or, lorsque le gouvernement de Pékin annonce que plus de la moitié de la délégation de la province du Liaoning au Congrès a été élue par fraude, qu’en est-il des décisions pour lesquelles ils ont votées ? Doivent-elles être elles aussi reconsidérées ? Ou purement et simplement annulées ? La question et ses implications n’a semble-t-il pas échappé à Zhang Dejiang, le président du Comité permanent de l’ANP qui voit le scandale du Liaoning comme « un challenge pour la politique socialiste démocratique de la Chine » car il ébranle « le système socialiste chinois ». Pour autant, malgré ces déclarations, une réforme de la Constitution n’est pas à l’ordre du jour…

The Mainichi – Est-ce le début d’un vaste changement de politique à l’égard des étrangers (autour de cette question, redécouvrir notre article) ? C’est en tout cas ce que semble indiquer la dernière déclaration du gouvernement nippon en vue de la « Réunion du conseil pour la réalisation de la réforme du style du travail » prévue fin septembre. Le gouvernement de Shinzo Abe entend ainsi augmenter le nombre de travailleurs étrangers présents sur le sol japonais afin de combler la pénurie de main-d’oeuvre. Mais pas seulement. Cette réforme serait incluse dans un plus vaste « plan d’action pour la réforme du style du travail », au même titre que la réforme des heures supplémantaires, de la mise en place d’une politique de « salaire égal pour travail égal » ou encore de la mise en place d’un « environnement simplifié pour permettre d’élever son enfant et de travailler ». Toutes ces mesures feront l’objet de lois concrètes présentées au plus tard au mois de mars prochain de façon à être adoptées au plus vite.

Le Japon compte aujourd’hui 900 000 travailleurs étrangers, essentiellement des chercheurs ou des travailleurs spécialisés dans des secteurs précis. Or, au vue de la baisse du taux de natalité et du déclin de la population japonaise, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour ouvrir plus de secteurs et permettre ainsi aux étrangers de travailler dans dans l’agriculture, l’industrie du « care » (les services à la personne) ou encore dans le tourisme – notamment l’industrie hôtelière (relire notre article sur le sujet). Pour autant, le gouvernement ne se précipitera pas car se pose une double question sensible : Comment différencier à terme ces futurs travailleurs étrangers des immigrants et quel sera l’impact du recours à cette large main-d’oeuvre sur le marché du travail local ? Shinzo Abe entend donc attendre afin d’obtenir un large consensus au sein de la population.

Channel News Asia – Il est présenté comme le typhon le plus puissant cette année à Taïwan. De larges parties de l’île ont été frappées ce mercredi 14 septembre par le « super typhon Meranti » provoquant des pluies torrentielles et des coupures d’électricité dans plus de 180 000 foyers de l’est et du sud de l’île, nous rapporte Channel News Asia. Bien que le super typhon n’ait pas touché terre, l’observatoire taïwanais de la station Hengchun indique que la force des vents est la plus haute enregistrée depuis ces 120 dernières années. Pour le météorologue Hsieh Pei-yun, « c’est aujourd’hui, mercredi, que l’impact du passage du super typhon va être le plus ressenti sur Taïwan ». En conséquence, les écoles et les lieux de travail sont fermés dans la majeure partie des comtés du sud et de l’est de l’île et les connexions ferroviaires sont stoppées, affectant ainsi les trajets du long weekend du festival de la mi-automne qui débute ce jeudi 15 septembre.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times
C’est la première visite d’Aung San Suu Kyi à Washington en tant que Premier ministre de facto de la Birmanie. Arrivée aux Etats-Unis ce mercredi 14 septembre, la prix Nobel de la paix doit rencontrer le président Barack Obama et son vice-président Joe Biden. Au programme de leurs discussions : le processus de paix dans le pays quinze jours après la tenue de la Conférence de Panglong, où se sont réunis des représentants des différents groupes ethniques (voir notre revue de presse du 5 septembre), mais aussi la question des Rohingyas, minorité musulmane considérée comme apatride en Birmanie. Privés de tout droit civique depuis fin mars 2015, nombre d’entre eux vivent dans des camps de fortune à la frontière avec le Bangladesh.

Aung San Suu Kyi et Barack Obama doivent aussi aborder l’épineuse question des sanctions économiques qui pèsent toujours sur la Birmanie. Mi-mai, Washington les a maintenues en les modifiant. L’embargo sur la vente d’armes, l’importation de rubis et de jade est toujours à l’ordre du jour mais sept entreprises d’Etat et trois banques nationales ont été retirées de la liste noire. Les sanctions contre Asia World, plus gros conglomérat de Birmanie dirigé par l’homme d’affaires Steven Law et proche de l’ancienne junte militaire, ont été renforcées.

Depuis la victoire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, aux élections législatives de novembre dernier, Aung San Suu Kyi ne s’est jamais exprimé explicitement pour ou contre le maintien de ces sanctions. Le 12 septembre dernier, l’Alliance Kachin, l’une des minorités ethniques fortement représentée en Birmanie, a adressé une lettre ouverte au président Obama. Son objectif : maintenir dans la liste noire les personnes qui s’approprient les territoires où vivent les minorités ethniques pour profiter des ressources présentes. « Malgré les progrès qu’a fait la Birmanie, nous pensons qu’annuler les dernières sanctions à ce moment de la transition démocratique serait prématuré.

Avant son voyage à Washington, Aung San Suu Kyi a passé deux jours à Londres. Une ville qu’elle connaît bien puisqu’elle a étudié aux universités d’Oxford et de Londres. Ces deux fils sont par ailleurs nés dans la capitale britannique. La prix Nobel a rencontré la Premier ministre Teresa May, son ministre des affaires étrangères Boris Johnson, ainsi que douze ambassadeurs européens, du Moyen-Orient et d’Afrique.

The – Rodrigo Duterte a-t-il donné son accord à l’exécution de la philippine Mary Jane Veloso ? Depuis 48 heures, c’est le flou artistique du côté de Manille qui va de démentis en explications vaseuses pour rattraper les déclarations à l’emporte-pièce du nouveau président philippin. Ce qui est certain, c’est que son homologue indonésien, le président Joko « Jokowi » Widodo est bien décidé à combattre le trafic de drogues avec la peine de mort. Un choix « malheureux pour un pays qui se veut le champion des droits de l’homme », déplore le Jakarta Post dans un éditorial ce mercredi 14 septembre.

Arrêtée en avril 2010, Mary Jane Veloso est accusée d’avoir transporté 2,6 kg d’héroïne en Indonésie. Jusqu’alors, cette Philippine de 31 ans, était parvenue à échapper à l’exécution. En avril dernier, cette dernière avait été suspendue in extremis après qu’une enquête sur son potentiel employeur a été ouverte aux Philippines. Manille avait cependant dû insister, l’ancien président Benigno Aquino III s’était adressé directement à Jokowi. Lundi, ce dernier lui-même a affirmé aux médias indonésiens que Rodrigo Duterte avait donné son « feu vert » à l’exécution de Mary Jane Veloso provoquant un tollé sur les réseaux sociaux. Une affirmation sitôt niée par le dirigeant philippin qui affirme avoir déclaré qu’il laisserait la justice indonésienne faire son travail sans interférer.

En 2015, 14 personnes suspectées d’être liées au trafic de drogue ont été exécutées en Indonésie, dont deux Australiens, un Brésilien et un Nigérian. « Jokowi a décidé d’utiliser sa licence de tuer pour sauver son pays de ce qu’il appelle l’Etat d’urgence en matière de drogue, rapporte le Jakarta Post, et les pressions d’associations nationales et internationales n’ont pas réussi à le faire changer d’avis. » Jokowi défie ainsi la communauté internationale qui appelle à la clémence envers la jeune femme. Une façon pour le président indonésien de rappeler à ses homologues qu’ils doivent respecter les lois de son pays.

« Mais le gouvernement doit faire face à un manque de confiance envers ceux chargés d’appliquer les lois dans un système souvent perçu comme corrompu », remarque l’éditorial. S’il n’existe aucune preuve de corruption dans des procès pour trafic de drogue, certains ne manquent pas de noter des erreurs judiciaires. A aucun moment, Seck Osmane et Humphrey Ejike, exécutés en juillet n’ont pu tenter d’obtenir la clémence du gouvernement. Mary Jane Veloso, quant à elle, n’a pu avoir accès qu’à un interprète non diplômé pour son procès alors qu’elle parle à peine anglais. « Que Jokowi choisisse de maintenir l’exécution de Mary Jane Veloso malgré les doutes sur le fait que la justice ait réellement fait son travail, soulève l’hypothèse qu’il a besoin de marquer le coup avant d’accélérer ses réformes. S’il veut impressionner ses citoyens, mettre fin à la peine de mort serait son héritage le plus apprécié », lance le Jakarta Post.

Straits Times
Bersih retourne dans les rues de Malaisie. Ce mercredi 14 septembre, Maria Chin Abdullah, à la tête du mouvement malaisien de la société civile, a annoncé que le mois d’octobre serait marqué par de nombreux rassemblements. Au total, ils doivent être organisés dans 246 villes malaisiennes et culminer avec une manifestation le 19 novembre prochain. Le groupe veut dénoncer le manque d’actions autour du scandale du fonds étatique d’investissement 1MDB (1 Malaysia Development Berhad) dans lequel est impliqué le Premier ministre Najib Razak. Ils appellent toujours à sa démission et à la tenue d’élections libres.

Cela fait suite à l’annonce le 2 septembre selon laquelle le Premier ministre est bien le « Malaysian Official 1 » mentionné dans le rapport du Département américain de la Justice (voir notre revue de presse du 2 septembre). Le fonds 1MDB, créé par Najib Razak en 2009 et suspecté de blanchir de l’argent, fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes dans six pays dont les Etats-Unis, la Suisse et Singapour. La superstar d’Hollywood Leonardo Di Caprio y serait même impliquée.

Ces manifestations auront lieu alors que la National Security Council Law est entrée en vigueur le 1er août dernier. Cette législation permet à Najib Razak d’instaurer des « zones d’état d’urgence », pour contrer le terrorisme. Elle pourrait cependant priver les Malaisiens du droit de protester. Les dernières manifestations de Bersih datent d’août 2015, au moment où le scandale du 1MDB était révélé dans la presse.

Asie du Sud

Times of India – Est-ce la fin de la crise de l’eau entre le Karnataka et le Tamil Nadu ? Le couvre-feu a été levé hier mardi 13 septembre à Bangalore, capitale du Karnataka, « dans le périmètre de 16 commissariats de police », ont précisé les autorités locales. Cependant, les rassemblements de plus de 5 personnes restent interdits dans les espaces publics ou les lieux très fréquentés. La vie reprend dans l’une des plus grandes métropoles indiennes, avec les transports en commun autorisés à fonctionner à nouveau, même si les écoles ont été mises en vacances pour le festival Onam et restent fermés dans les zones du couvre-feu. Cette trêve intervient après une journée de calme relatif suite à une flambée de violence qui a fait deux morts.

Cette crise a commencé le 5 septembre avec l’arrêté de la Cour suprême indienne ordonnant au Karnataka de livrer 425 mètres cubes d’eau par seconde du fleuve Cauvery à l’Etat voisin du Tamil Nadu. Alors que ce dernier était « à l’agonie » selon son gouvernement provincial, le Karnataka n’y voyait « aucune crise de l’eau » nécessitant des livraisons forcées. Ce lundi 12 septembre, la Cour a décidé d’infléchir sa position et de limiter la livraison à 340 mètres cubes par seconde (voir notre revue de presse). Siddaramaiah, le ministre-en-chef du Karnataka, espère désormais rencontrer le Premier ministre Narendra Modi pour trouver une solution durable à la crise entre les deux Etats.

Dawn – Pas de trêve des attentats pour les Talibans au Pakistan. Au moins deux officiers de sécurité ont été tués et 10 autres personnes dont 5 civils blessés par l’explosion d’une bombe près d’un centre d’entraînement de la police à Sariab Road à Quetta. Selon les sources du quotidien Dawn, les terroristes ciblaient un véhicule de patrouille dans la zone. C’est via un email envoyé par son porte-parole, Muhammad Khorasani, que le Tehrik-i-Taliban (TTP) a revendiqué l’attaque. Selon les démineurs, il s’agirait d’une bombe artisanal contenant de 2 à 3 kg d’explosifs et déclenchée à distance.

Un dispositif a été mis en place dès après l’explosion, avec un cordon de sécurité autour du périmètre touché par l’attentat. Sariab Road est considérée comme l’une des zones les plus sensibles de Quetta. Cela fait presque dix ans que des militants y ciblent les forces de sécurité.

NDTV – Combien de temps le très autoritaire président Yameen restera-t-il à la tête des Maldives ? Difficile à dire car en coulisses, on s’organise pour le pousser vers la sortie. C’est le dessein de Mohamad Nasheed, leader de l’opposition et premier président démocratiquement élu des Maldives en 2008. Nasheed est aujourd’hui en exil à Londres, après des années de prison sous l’accusation de terrorisme, condamnation qu’il a toujours dénoncée comme « politique ». Pour se débarrasser de Yameen, Nasheed est aujourd’hui prêt à s’allier avec son pire ennemi, Maumoon Abdul Gayoom, qui a régné pendant 30 ans sur l’archipel.

Jusqu’à présent Nasheed accusait Gayoom d’avoir orchestré sa chute, et d’exercer encore son influence sur le régime actuel. Mais le temps du pardon est manifestement arrivé : Nasheed souhaite maintenant se rapprocher de son ancien ennemi pour le convaincre de retirer son soutien politique à Yameen et le « renverser légalement ». Car l’opposition ne peut agir seule, a déclaré Nasheed qui a perdu l’élection présidentielle de 2013 contre Yameen. Depuis sa victoire controversée, ce dernier a largement durci la démocratie maldivienne, en emprisonnant pas moins de 340 000 dissidents. Presque tous les leaders de l’opposition ont été incarcérés ou sont partis en exil. En juillet dernier, la fille de Gayoom, Dunya Maumoon a démissionné de son poste de ministre des Affaires étrangères pour protester contre la réinstauration de la peine de mort, plus de 70 ans après son abolition. D’où l’opportunité de nouvelles alliances.

Par Joris Zylberman, Antoine Richard et Cyrielle Cabot, avec Anda Djoehana Wiradikarta à Paris