Revue de presse Asie - 26 août 2016

Général chinois arrêté, pagodes birmanes et sous-marin indien

Copie d'écran du Myanmar Times, le 26 août 2016.
A Bagan, l'UNESCO doit être impliquée dans les travaux de reconstruction, d'après Aung San Suu Kyi. Copie d'écran du Myanmar Times, le 26 août 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post – C’est le premier général haut gradé en poste à être destitué pour corruption sous l’ère Xi Jinping. Wang Jianping, vice-directeur du Département d’Etat-major interarmées – placé sous contrôle de la puissante Commission militaire centrale – et proche de Zhou Yongkang, l’ancien tsar de la Sécurité publique déchu en 2013 pour avoir soutenu le grand rival de Xi Jinping (Bo Xilai), a été arrêté à Chengdu (province du Sichuan) hier jeudi 25 août. En cause : la « violation des règles de discipline du parti » – un euphémisme du Parti communiste pour désigner des faits de corruption, explique le South China Morning Post. Plusieurs membres de son entourage ont également été arrêtés : femme, secrétaire et ex-secrétaire. Ces dernières semaines, un autre général haut gradé et proche de Zhou Yongkang, mais à la retraite cette fois-ci, avait été arrêté – Tian Xiusi.
Si les accusations de corruption à l’encontre des proches de Zhou Yongkang ne surprennent qu’à moitié, ces deux dernières interviennent dans un contexte particulièrement obscur. Il y a quelques jours, c’est le superviseur même de l’enquête contre Zhou, le vice-ministre de la Sécurité publique Fu Zhenghua, qui a été limogé (voir notre revue de presse du 19 août 2016)… Une sanction d’autant plus surprenante que Fu est considéré comme un grand allié de Xi Jinping.
Mainichi Shimbun – Le Parti Libéral Démocrate (PLD) relance le débat sur la succession des femmes au trône. Le secrétaire général du parti actuellement au pouvoir, Toshihiro Nikai, a suggéré hier jeudi 25 août la possibilité d’une impératrice sur le trône nippon. Il est « irraisonnable » et « inacceptable » selon lui qu’elles ne puissent pas le devenir en cette époque de « respect des femmes ». En 2005, un comité consultatif réuni par Junichiro Koizumi – alors Premier ministre – avait déjà établi un rapport recommandant la possibilité pour les femmes de la Maison impériale d’accéder au trône. Les conservateurs s’étaient cependant fortement opposés à l’idée et la naissance en 2006 du fils du Prince Akishino, frère du Prince héritier Naruhito, avait mis fin au problème de succession. Mais aujourd’hui, la déclaration de Toshihiro Nikai intervient alors que l’Empereur Akihito a fait savoir au début du mois sa volonté d’abdiquer (voir notre revue de presse du 8 août).
Korea Times – C’est l’histoire d’un scandale aux conséquences dramatiques. La police sud-coréenne a annoncé ce vendredi 26 août avoir retrouvé le corps sans vie du vice-président du groupe Lotte sur un sentier de la province de Gyeonggi. Il s’agirait selon elle d’un suicide. Lee In-won – identifié grâce à sa carte d’identité – a en effet été retrouvé pendu à un arbre avec une lettre de suicide laissée dans une voiture garée non loin.
Lotte Group est l’un des plus puissants conglomérats sud-coréens ou chaebol. Le groupe de la famille Shin possèdent une 60aine d’entreprises et emploie environ 60 000 personnes en Asie, en Europe et aux Etats-Unis, dans des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, l’hôtellerie, la distribution, les services financiers, l’électronique ou encore la chimie lourde. Lotte est le premier fabricant de confiserie en Corée et le troisième au Japon.
Le numéro 2 du groupe était censé comparaître ce vendredi matin devant le Bureau des procureurs du district central de Séoul afin d’être questionné sur des accusations portées contre lui et le président de Lotte, Shin Dong-bin. Ils avaient en effet tous deux amassé d’importantes sommes d’argent d’origine occulte et avaient par conséquent été interdits de quitter le pays début juin.
Lee In-won affirme dans sa lettre que Lotte n’a aucun fond occulte et il qualifie son supérieur de « bonne personne », s’excusant de « partir plus tôt ». Il avait rejoint le groupe en 1973 et travaillé pendant de nombreuses années aux côtés de Shin Dong-bin et du fondateur du groupe, Shin Kyuk-ho. Ce dernier – ainsi que sa famille – est aussi soupçonné d’avoir amassé des fonds illégalement. Une de ses filles, Shin Young-ja, a d’ailleurs été arrêtée le mois dernier pour corruption et détournements.

Asie du Sud-Est

Myanmar Times – Pas question de démarrer immédiatement les travaux de reconstruction à Bagan, annonce Aung San Suu Kyi. Les 187 pagodes endommagées par le violent tremblement de terre qui a fait trois morts hors de Bagan hier jeudi 25 août (voir notre revue de presse) attendront. La raison ? Pour la conseillère d’Etat et Permier ministre de facto, la restauration doit se faire sur les conseils et avec la participation de l’UNESCO. Elle a ainsi enjoint son ministre birman de la Culture et des Affaires religieuses à prendre contact avec l’organisation internationale. Un avis partagé avec le président de l’Association des Architectes birmans : « Les principes de rénovation du patrimoine mondial doivent être respectés. » En 1975, un tremblement de terre avait abîmé 600 pagodes qui avaient été « grossièrement » réparées. Or les « travaux de préservation bâclés » ont longtemps constitué un frein à l’inscription de Bagan à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, souligne le Myanmar Times – ce qui pourrait expliquer le positionnement du nouveau gouvernement. La candidature de Bagan a été déposée il y a 20 ans maintenant auprès de l’organisation internationale, en 1996.
The Straits Times – La cité-Etat rend un dernier hommage à l’un de ses grands hommes. Le cortège funéraire de SR Nathan, l’ancien président de Singapour, s’est déroulé ce vendredi 26 août, rapporte le Straits Times. La marche cérémoniale a débuté au Parlement, où le cercueil de SR Nathan, décédé le 23 août dernier, avait été transporté la veille (voir notre revue de presse du 25 août). Elle est passée par les repères historiques du parcours de l’homme politique, dont l’Hôtel de ville, l’Hôtel Fullerton et le NTUC Centre. Elle s’est achevée au centre culturel de l’université nationale, où se sont déroulées les obsèques. De nombreux Singapouriens ont accompagné le cercueil de l’ancien chef d’Etat, le plus longtemps en poste, de 1999 à 2011.
La Malaisie et le Japon ont également tenus à rendre hommage à SR Nathan. Najib Razak, Premier ministre malaisien, a signé le registre de condoléances en l’honneur de l’ex-président singapourien, à Kuala Lumpur, le remerciant d’avoir défendu « des liens plus étroits entre la Malaisie et Singapour » selon Channel News Asia. Shinzo Abe, Premier ministre japonais, s’est quant à lui rendu dans la cité-Etat pour présenter ses condoléances aux Singapouriens. Accompagnée de son épouse, il a tenu à honorer SR Nathan, « la pierre angulaire de l’unité » de Singapour, qui a été le premier chef d’Etat étranger à rendre visite aux victimes des bombes atomiques à Hiroshima en 2009, rapporte le Straits Times dans un autre article.
The Philippine Star – Duterte n’en démord pas. Le président philippin a dévoilé une « matrice de la drogue » de la prison de Bilibid hier jeudi 25 août, selon le journal Philippine Star. Cette liste, que Rodrigo Duterte a rendu public aux médias, met en cause la précédente administration de la province de Pangasinan. Selon sa « matrice », dont il n’a pas révélé les sources, le gouverneur de la province, Amado Espion Jr., ainsi que son administrateur, Rafael Baraan, de mèche avec la ministre de la Justice Leila de Lima, tiraient les ficelles d’un complexe réseau de drogue. Espion serait l’amant de cette dernière, son chauffeur et garde du corps, qui aurait fait le lien entre les dirigeants de la province et les cartels de drogue.
« De Lima, tu es finie. Tu es cuite. Aujourd’hui, la vérité éclate au grand jour. On a découvert le pot aux roses, a déclaré Duterte. Elle a bafoué les droits de l’homme. Elle a tout commencé, pas moi. Elle a détruit la vie de beaucoup de Philippins. » Selon le département de la Justice, six témoignages seraient à l’origine de cette matrice, comprenant ceux de plusieurs prisonniers et gardiens de la prison de Bilibid. Leila De Lima est actuellement sénatrice.

Asie du Sud

Times of India – Le scandale autour du sous-marin Scorpène se poursuit. De nouveaux documents fuités ont été mis en lumière par la presse australienne ce jeudi 25 août, rapporte le Times of India. Plus tôt dans la semaine, une fuite massive, comprenant 24 000 pages de documents confidentiels, décrivait les caractéristiques de ce sous-marin (voir notre revue de presse du 24 août). Ces nouvelles informations révèlent le mode d’emploi du système de défense sous-marine des six Scorpène construits en Inde.
Les documents de cette nouvelle fuite sont estampillés de l’insigne de la marine indienne, et détaillent le système de sonars du sous-marin, notamment le degré et la fréquence auxquels il fonctionnera. DCNS, groupe naval français qui a conçu le Scorpène, devrait annoncer la mise en place d’un nouveau comité de sécurité en Australie afin de protéger les données confidentielles des fuites. De son côté, New Delhi a affirmé que la défense indienne n’était pas compromise. « Les documents qui ont été publiés ont été examinés et ne compromettent pas la sécurité du sous-marin car ses paramètres vitaux ont été censurés », a déclaré le ministre de la Défense Manohar Parrika dans un communiqué.
Dawn – L’étau continue de se resserrer autour du parti libéral et laïque MQM (Muttahida Qaumi Movement, Mouvement national uni). Le rétropédalage d’Altaf Hussain, son leader installé à Londres – qui avait entre autres qualifié le Pakistan de « cancer du monde » (voir notre revue de presse du 23 août) – et la prise de distance des représentants locaux avec ce même leader (voir notre revue de presse du 25 août) n’auront pas suffi au parti pour éviter les foudres d’Islamabad.
Plusieurs huiles du MQM ont été arrêtées hier jeudi 25 août et de nombreux bureaux ont été fermés dans la province du Sindh. Le parti a dénoncé ces actions qu’il qualifie « d’illégales ». Les autorités provinciales ont également annoncé qu’elles détruiraient les locaux du MQM construits sur des terres appartenant à l’Etat et ont ordonné le retrait des portraits d’Altaf Hussain près des bureaux du parti à Karachi. Côté britannique, le MQM fait également les frais des propos sulfureux de son leader, rapporte Dawn : certains parlementaires auraient déjà approché le gouvernement de Londres afin de les avertir de leur « inaction » contre le parti, qu’ils accusent de « faire usage du sol britannique contre le Pakistan ».
Japan Times – Une coopération en plein essor. Le Japon a l’intention, selon une source gouvernementale, d’envoyer une équipe au Sri Lanka dans les prochains mois. Objectif : se renseigner sur le potentiel d’investissement dans les infrastructures du port de Trincomalee, au nord-est de l’île. Le développement des infrastructures portuaires avait été reporté à cause de la guerre civile qui a secoué le pays dès les années 1980 et fait perdre au port son potentiel.
Le projet, s’il se concrétise, renforcera la coopération bilatérale entre les deux pays. Il aidera également le Sri Lanka à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, et le Japon à sécuriser les voies maritimes qu’il emprunte pour importer du pétrole du Moyen-Orient. Une amélioration de la coopération entre les deux pays est également prévue dans le domaine de la sécurité maritime face à l’expansion chinoise dans l’Océan Indien.
Par Joris Zylberman, Alexandre Gandil, Myriam Sonni et Marie Bonnamy, avec Sylvie Lasserre Yousafzai à Islamabad